Banque : L’impossible réforme bancaire de Wen

Le 28/03, le 1erministre Wen Jiabao annonçait le lancement d’une légalisation (limitée) du crédit clandestin à Wenzhou (Zhejiang), la Mecque des PME.

Cinq jours plus tard à la radio, il déclare que « franchement, les banques ont le gain trop facile. Il faudrait les subdiviser, pour qu’elles reviennent à leur mission première et financent les PME ». Bien dit, mais Wen, en neuf ans de présidence du Conseil d’Etat, n’a pas touché au système, ce pour quoi il avait toute latitude. Au contraire, suite à la crise de 2008, c’est lui qui leur ordonnait de prêter sans modération… aux GEE (Grandes Entreprises d’Etat) et aux pouvoirs locaux !

Résultat : en 2011 sur les 3800 banques du pays, les cinq plus grandes, toutes d’Etat, ratissent 62% des profits (de plus de 1000milliards de ¥).

Dicté par Pékin, le taux de dépôt est de 2%, celui d’intérêt de 6,57% (marge moyenne de 2,7%, une des plus hautes au monde). Le client est public, donc hors faillite. Sauf que dans cette course échevelée, l’encours atteint 137% du PIB contre 100% en 2010, et que ces placements sont de faible qualité. Du coup, les banques retiennent leurs prêts, à 710 milliards de ¥ en février, 8 à 900 milliards de ¥ en mars, chiffres décevants.

Telles que vues aux USA et en Chine, les causes de la rétention des fonds sont différentes, mais se rejoignent. Pour l’Amérique, la montée en volume de la banque renforce son éloignement du client, l’opacité du marché et les risques de se tromper sur la qualité du projet. Tandis que pour la Chine, les grandes banques profitent de leur monopole et gagnent désormais plus en dormant sur leur or, qu’en le prêtant.

A ceci s’ajoute le reproche aux banques, de multiplier les taxes indues et inutiles, comme celle pour changer le mot de passe de son compte bancaire sur internet. La tutelle CBRC (China Banking Regulatory Commission) vient de mettre cette pratique sous surveillance.

En attendant, aujourd’hui le Conseil d’Etat n’a plus la liberté de réformer le crédit en le dérégulant ou bien en cassant sa marge, car le marché financier s’attend à un « tsunami » de prêts irrécupérables, jusqu’à 40% de hausse en 2012. C’est le pire moment pour confisquer aux banques leur monopole, en octroyant des licences à des corporations privées riches en cash, comme le réclamait Zong Qinghou, président de Wahaha, lors de la dernière session de l’ANP, le Parlement.

Cette chute des prêts est aussi due à la lutte contre l’inflation, 6,5% en août 2011, ramenée à 3,2% en février, en obligeant les banques à renforcer leurs réserves à la banque nationale. Mais elles réagirent en refusant impitoyablement les prêts aux petits clients, causant d’innombrables faillites de PME, fort visibles notamment dans les shopping malls aux boutiques à 90% « à louer ».

Le 13/04, la Chine entière attendait avec nervosité l’annonce officielle de la croissance du trimestre : 8,1%, taux le plus bas depuis 2009 – et encore, d’autres sources mettent en doute ce chiffre, du fait de la chute de consommation et de la baisse de production d’électricité. G. Chang parle de « 3 à 4% » ! L’inflation était de 3,6% en mars, soit +0,4%, et de 7,5% pour les produits alimentaires. 

 Vu sous cet angle, la complainte du 1er ministre semble vouée à demeurer sans suite. On se prend même à soupçonner qu’elle n’ait jamais eu d’autre but que celui de polir, dans l’avenir, son image de « papy-Wen », vieil homme gentil, voulant bien faire… et sans pouvoir.         ‘

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