Blog : TikTok, aussi inquiétant que Huawei ?

TikTok, aussi inquiétant que Huawei ?

Le 11 janvier, un article de Claudia Biancotti, du Peterson Institute, montre que l’application pour smartphone de création et de partage de vidéos TikTok pourrait être tout aussi préoccupante que les équipements Huawei.

Créée par en septembre 2016 par la « licorne » pékinoise ByteDance, TikTok, plus connue en Chine sous le nom de Douyin, revendiquait 400 millions d’utilisateurs actifs mensuels, dont 200 millions hors de Chine en novembre 2018. Or la politique de confidentialité de TikTok pour les États-Unis et l’Union Européenne stipule que les données peuvent être transférées en Chine. Ce transfert est légal tant que les utilisateurs donnent leur consentement mais ceux-ci n’ont pas de pouvoir d’action sur l’usage de leurs données en Chine. Bien sûr, le problème n’est pas que chinois et l’on sait que Facebook a connu une année 2018 catastrophique du fait de scandales de fuites de données—l’entreprise a perdu 120 milliards de $ en juillet 2018.

Le souci que pose Huawei ou, dans une moindre mesure, TikTok, est double.
D’abord, se pose la question de la réciprocité : pourquoi accepter que la Chine bloque Facebook, Google, Twitter et Instagram pour des raisons de sécurité et permettre l’émergence de ses propres champions nationaux, sans que leurs équivalents chinois fassent l’objet de restrictions équivalentes hors de Chine ? De plus, la loi de cyber-sécurité de 2017 exige que toutes les entreprises étrangères (dont Apple par exemple) stockent leurs données sur des serveurs chinois.

Le problème est aussi économique : la Chine doit une grande partie de sa réussite grâce aux entreprises d’Etat ou aux entreprises privées liées aux intérêts du Parti, comme Huawei. Or, ce modèle devient problématique maintenant qu’elle prend sa place parmi les pays développés, désireuse d’exporter ses technologies et services. En effet, quelle protection un utilisateur étranger peut-il avoir sur ses données privées, stockées sur un smartphone chinois ou transitant via des applications chinoises ?

Les responsables communication d’entreprises chinoises se trouvent donc face à une pression contradictoire. D’une part, le besoin de transparence et de confidentialité des utilisateurs occidentaux. En Chine, pays autoritaire, les usagers sont moins sensibilisés à la protection de leurs données. De l’autre, la loyauté exigée par le Parti et inscrite dans la loi sur le renseignement national, qui stipule que « toutes les organisations et tous les citoyens doivent soutenir les activités de renseignement nationales, coopérer avec eux et collaborer avec eux ».

Par Jean-Yves Heurtebise

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