Hong Kong : Au revoir Carrie Lam, bonjour John Lee

Au revoir Carrie Lam, bonjour John Lee

Ce n’était qu’une simple formalité : le dimanche 8 mai, les 1500 membres du comité électoral hongkongais, majoritairement pro-Pékin, ont « élu » à 99,4% des voix, l’unique candidat John Lee (Li Jiachao, 李家超) pour prendre la suite de Carrie Lam en tant que chef de l’exécutif le 1er juillet.

« Chief executive » la plus impopulaire de la « région administrative spéciale » (RAS) depuis sa rétrocession à la Chine en 1997, Mme Lam ne devrait manquer ni aux Hongkongais, ni à Pékin qui n’a pas souhaité commenter son départ. En une critique voilée de l’inefficacité de sa prédécesseure, John Lee, policier de carrière, a promis une « approche axée sur les résultats ».

Très peu porté sur l’idéologie et loin d’être un « animal politique », il passe surtout pour un dirigeant pragmatique. Sa profession de foi, dévoilée à peine dix jours avant le vote, se contente d’ailleurs de reprendre les politiques actuelles et les projets en cours. Cependant, lors d’une élection à candidat unique, le programme de ce dernier passe au second plan…

L’essentiel est ailleurs : Pékin voit en John Lee un leader capable de mettre en œuvre ce que le gouvernement central envisage pour Hong Kong, à savoir poursuivre l’intégration de la région « semi-autonome » dans le plan de développement de la Grande Baie, résoudre la pénurie de logements, et préserver la réputation de place financière internationale de Hong Kong. A priori, rien dans le CV de John Lee ne laisse penser qu’il a les compétences requises pour mener ces objectifs à bien.

C’est parce que la véritable priorité du pouvoir central est d’éviter que Hong Kong ne devienne une base de subversion manipulée par des « forces hostiles » étrangères, plus précisément les États-Unis. Une inquiétude motivée par le contexte de rivalité croissante avec Washington, voire l’intime conviction d’une partie du pouvoir chinois que la relation sino-américaine pourrait dégénérer. Ainsi, l’expérience de John Lee en matière sécuritaire ainsi que le fait qu’il ait été personnellement sanctionné par les USA font de lui « l’homme de la situation » aux yeux de Pékin. Le futur chef de l’exécutif s’est d’ailleurs engagé à promulguer « de manière urgente » une loi de sécurité, telle que le stipule l’article 23 de la Basic Law, même si en 2003, un demi-million de personnes étaient descendues dans les rues pour s’y opposer…

Saura-t-il se montrer à la hauteur des attentes du leadership ? Il est évidemment trop tôt pour le dire. Néanmoins, plusieurs facteurs jouent en sa faveur : la loi de sécurité nationale imposée par Pékin ayant neutralisé le mouvement pro-démocratie et la presse indépendante, le futur dirigeant ne devrait pas trop avoir à s’inquiéter d’éventuelles manifestations, ni de sa faible cote de popularité (35% en mars dernier). En sus, il n’aura plus à composer avec les membres de l’opposition, de facto exclus du Parlement local, « grâce » à la récente réforme électorale. L’ancien flic de Hong Kong devrait donc avoir les mains libres pour mettre en œuvre le plan élaboré par Pékin. Si John Lee donne satisfaction, ce sera la preuve que le modèle de gouvernance par des « patriotes » peut obtenir des résultats, tandis que l’espoir de réforme démocratique s’évanouira pour de bon…

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1 Commentaire
  1. severy

    John Lee, bonne graine de fasciste, a tout pour plaire à Pékin. Grâce à ce collabo, la démocracie a toutes chances d’être étranglée dans les sombres geoles de l’ex-colonie britannique.

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