Santé : Sida – Un combat en passe d’être gagné ?

En 2000, la Chine découvrait avec effroi le SIDA, et sa propre vulnérabilité face à lui. Au Henan, des milliers de paysans décédaient, contaminés après avoir vendu leur sang. Au Xinjiang les drogués se « plombaient » à la seringue partagée. Mais l’Etat réprimait la méthadone, condamnant à la perpétuité un professeur ayant produit 2000 de ces pilules qui pourtant sevraient le dépendant tout en éliminant la seringue. Les séropositifs étaient alors évalués à 650.000, mais l’UNaids, agence de l’ONU anti-SIDA, en pronostiquait 10 millions d’ici 2010, si rien n’était fait d’ici là… 

Aujourd’hui, la situation est heureusement plus rassurante. Les porteurs du VIH seraient 497.000, bien moins que les 2 millions estimés en Inde. La méthadone est désormais distribuée dans 763 cliniques à travers le pays, devenu 1er pays mondial de cette thérapie. Le cocktail de rétrovirus (ART) est accessible dès 15 jours après dépistage positif. Au Henan, la mortalité est passée de 17,9% en 2005 à 6,6% en 2013 – l’espérance de vie est quasi-identique à celle des VIH-négatifs. 

Pour autant, des problèmes demeurent. Aujourd’hui, le sexe a remplacé la drogue comme vecteur n°1 : à Pékin, il est à l’origine de 74% des 3200 cas de 2014. 30% des contaminations au plan national (et 90% à Pékin, Changchun et Harbin) adviennent suite à des rapports homosexuels et sont dus au manque de formation préventive. Les porteurs sont aussi de plus en plus jeunes : cette année, 13 provinces ont recensé plus de 100 ados contaminés, contre 5 en 2013. Le défi n°1 devient convaincre des malades qui se cachent, de se faire tester, sans que leur vie en soit détruite par l’exclusion sociale.Ici, la mauvaise nouvelle est que le Henan -toujours lui- voit le SIDA augmenter depuis 4 ans (plus de 4600 cette année, et +17%), et que les activistes continuent à être persécutés sous des prétextes fallacieux. La bonne, est l’arrivée massive des ONG sur le champ de bataille, telle Blued, fondée par un ex-policier, qui offre dans ses 4 centres, un dépistage en 20 minutes aux volontaires incités par une application smartphone. 

On voit donc sur le terrain du Sida, le vieux combat entre les conservateurs, soucieux du « qu’en dira-t-on », et les jeunes décidés à combattre le virus, avec la peur et l’exclusion sociale qu’il génère. Or, vu les progrès réalisés en 15 ans, cette nouvelle Chine semble bien en passe de gagner la bataille.

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