Economie : Marche arrière, toute !

La Chine se débat entre croissance en panne et critiques de l’étranger –le bras de fer commercial avec les USA, et la présence réduite à 40 chefs d’Etat au Forum BRI de Pékin (25-27 avril) sur les 138 pays dits « alliés » de ce concept des nouvelles routes de la soie.

Dans ce contexte, il est intéressant de constater des demi-tours discrets du régime, sur plusieurs politiques exemplaires.

– La première touche à l’urbanisme. A partir de 2017, sur ordre du gouvernement, les mégapoles telles Pékin ou Shanghai entamaient des actions massives d’expulsions de migrants et démolitions de leurs habitats.

Or le 8 avril, la NDRC (l’organe planificateur de l’économie) tente de relancer l’exode rural vers les villes moyennes. Désormais, les critères pour obtenir le hukou, permis de résidence conditionnant l’accès subventionné à des services (santé, éducation), seront réduits dans les villes de 3 à 5 millions d’âmes telles Wuxi ou Ningbo, et supprimés dans les villes de 1 à 3 millions, telles Shijiazhuang, Lanzhou ou Jilin. Parallèlement à la démarche de la NDRC, des villes à la population supérieures à 5 millions tentent de profiter du mouvement : Hangzhou et Xi’an, capitales provinciales, annoncent depuis janvier qu’elles vont adoucir leurs critères de hukou pour permettre aux diplômés et jeunes talents de venir chez elles.
Grâce à ces mesures, l’Etat espère mener à bien son plan en vigueur depuis 2016, censé s’achever en 2020, pour accueillir 100 millions de nouveaux citadins. D’ici fin 2019, il vise aussi à rehausser de 1% le taux d’urbanisation national, qui était de 59.6% fin 2018.

Comment comprendre ce demi-tour de la politique urbanistique ? Par la décroissance des villes, qui menace directement leur prospérité. Une étude récente rapporte que près d’un tiers des villes du pays sont en chute libre démographique, par épuisement du filon de l’exode rural. Dès lors, une concurrence effrénée entre les conurbations s’engage, pour les derniers migrants ou jeunes diplômés, afin d’utiliser et rentabiliser les métros, écoles et logements que les villes continuent à bâtir. La NDRC laisse faire, dans l’espoir de faire des villes de 3ème et 4ème rang ses derniers relais de croissance.

– Un autre demi-tour est perceptible, au chapitre de la natalité : à défaut d’une action de l’Etat, c’est le secteur privé qui bouge. Lors des deux assemblées de mars (ANP, CCPPC), malgré les alertes répétées des démographes, le pouvoir avait renoncé à décréter l’abolition totale du planning familial –peut-être pour ne pas avoir à démanteler l’administration en charge.

Cependant à Yixing dans le Jiangsu, Far East Holding, firme de fibre optique de 11.000 employés, promettait le 8 avril, à ses jeunes employés en couple, des congés parentaux prolongés et des promotions accélérées, pourvu qu’ils conçoivent un 3ème enfant. Le PDG du groupe justifie l’action par le souci de prévenir le vieillissement de la ville, et l’espoir que les employés bénéficiaires renforceront leur ardeur au travail, sous le besoin de nourrir leur famille élargie. Les internautes cependant remarquent que de tels incitatifs ne suffiront pas à inspirer des familles nombreuses : ce qu’il faudra aux parents, pour assumer les frais toujours plus lourds d’éducation, est un soutien financier, soit par une hausse salariale ou des allocations familiales, pour l’instant invisibles à l’horizon. Pragmatique, He Yafu, démographe du Guangdong, rappelle aux employés de Far East Holding que faire un 3ème enfant contrevient toujours au système officiel en place. Mais cette initiative privée pourra peut-être faire réfléchir l’Etat. C’est en tout cas un signe avant-coureur du souci d’une société entière vieillissante, en mal d’un coup de jeune.

– Un autre tournant touche aux traitement réservé aux entreprises étrangères sur sol chinois. Publiant son bilan d’inspection des provinces et des niveaux de base au 4ème trimestre, l’Office national d’audit constate que « les firmes étrangères ne sont pas équitablement traitées ». 45 agences ont été épinglées à leur imposer des taxes illégales, ou bien à retarder sciemment l’octroi de leur licence.

Le 15 mars, journée des droits des consommateurs, la CCTV, qui de temps immémoriaux concentrait ses piques contre les marques étrangères, s’est cette fois-ci entièrement abstenue. De même, au Plenum, les édiles ont approuvé à toute vitesse une loi des investissements étrangers, se voulant plus protectrice.

La cause du changement d’attitude de l’Etat chinois est aisée à deviner : les levées de boucliers successifs des Etats-Unis et de l’Union Européenne concernant l’accès au marché chinois de leurs entreprises. Notoirement, l’UE n’y achemine chaque année que 3% de ses investissements, découragée qu’elle est par la discrimination et les « chasses gardées » qui y attendent ses firmes. Toutefois, la teneur de la nouvelle loi sur les investissements n’a pas été considérée comme suffisante pour modifier en profondeur le rapport de force.

– Dernière marche arrière, l’autorité de l’audiovisuel bannit les émissions TV impliquant des enfants de stars, tel le populaire « Dad, where are we going ».  Quinze jours plus tôt, c’était au tour de toutes séries TV sur fond de dynastie Ming. Très populaires, elles étaient sans doute trop nostalgiques d’une époque impériale peu au goût du censeur.

Comme par compensation, apparaît en même temps sur smartphone, une application permettant aux citoyens d’approfondir leurs connaissances sur la pensée de Xi Jinping. Ce dernier passe-temps proposé par le régime, permet de deviner vers quelle direction il souhaite rectifier la pensée, et les divertissements des petites gens.

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