Editorial : Le Dragon est mort, vive le Serpent !

Selon la malédiction biblique, le Serpent qui relaie le Dragon au Chunjie 春节 (fête du printemps, le 10/02), n’a pas bonne presse à l’Ouest. Il n’en va pas de même en Chine, qui y voit (comme dans les 11 autres signes de son zodiaque) un être équilibré, chargé de qualités « neutres », vertus ou vices suivant les circonstances. 

Le Dragon était extraverti : le Serpent, 6ème du zodiaque, est discret, craignant lumière et foule. Cherchant le bonheur dans l’amitié, il croit plus au sentiment qu’aux discours. Pas méchant, il ne mord que pour se défendre, sous l’emprise du danger. 
Être de méditation voire de religion, sage et intense, amoureux de la justice, dit la tradition, il protège le paysan des exactions du cadre. Il peut être aussi anarchiste, dissident, sa vanité lui fait défier l’Etat, et sa dissimulation empêche ce dernier de l’extirper.
C’est aussi le signe de la mue, des changes. En 1977, il inspirait les premières manifestations de l’après Révolution Culturelle, et en 1989, le Printemps de Pékin. Mais la force publique trouve aussi en lui un allié, par ses vertus d’agronome et de guérisseur (ici, l’aspic chinois rejoint l’européen, dans le sigle du Caducée) : la Chine pourrait connaître de belles avancées en 2013, dans la réforme du monde agraire (du droit du sol ?) et de la santé. 

Comme chaque année à telle époque, le citadin de fraîche date retourne au « pays ». En 12 ans, quelle mutation ! 
Les 800 millions de voyages du Chunjie 2001 se sont mués en 3,4 milliards. Mais les proportions par moyen de transport restent immuables : le bus garde 90% du trafic, et pris d’assaut, le train n’acheminera que 225 millions, tandis que l’avion en prendra 35,5 millions (5 fois les 7,3 millions de 2001). Ceci montre, en filigrane les défauts d’une politique de prestige : par sa priorité aux TGV, le régime a délaissé les trains de masse, bon marché, pour les moins bien lotis. 

Introduite pour le train à l’occasion du Chunjie 2012, la réservation par internet avait « crashé » sous le poids de millions de demandes. Cette année, un système renforcé a été introduit. Mais immédiatement, la fraude arrive, sous la forme d’un logiciel répétiteur de demande qui garantit son billet à qui l’utilise : l’équivalent virtuel d’un « coupe-file » dans la queue qui permit, le jour de l’ouverture, d’écouler en 20 secondes tous les billets pour les grandes destinations. 

La fête du Chunjie est aussi le moment où, les comptes de chacun doivent être en ordre : dettes payées, emploi trouvé, la fille mariée. Justement, on trouve sur internet des fiancés à louer, pour les filles de 27-28 ans qui font carrière en ville et qui ne pensent pas se marier –mais qui veulent rassurer leurs parents par un pieux mensonge. Le jeune Ding Hui, 27 ans, avoue s’être loué deux fois, l’an passé : 3000¥, plus le billet d’avion et quelques nippes. Investissement de la fausse fiancée, pour commencer l’année du bon pied face à ses parents.

Enfin, c’est aussi un moment privilégié pour l’Etat, d’assumer ses devoirs confucéens de protection des masses. C’est aussi le temps des promesses et des bons sentiments, le moment où le régime voudrait se faire aimer. Aussi dès le 01/01, les pensions ont été revalorisées, de 10% pour les cadres d’entreprise. 

L’Etat promet de combattre la congestion des villes, affligées par 62 millions de voitures (contre 8,45 millions en 2003) – on en attend 200 millions en 2020. Il appelle à la tempérance des cadres et à la fin des gâchis au restaurant. Il promet aussi une meilleure protection des consommateurs, la fin des camps de rééducation et la tolérance zéro face à la corruption, celle des mouches (petits cadres) comme celle des tigres (hauts cadres)… 
Et la vie va !

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