Corées : Du rififi au matin calme

En Corée du Nord, depuis 20 ans, rien ne change en hiver : les greniers restent vides, et les poêles froids. Par milliers voire dizaines de milliers, de pauvres hères passent en Chine pour éviter la famine. Une errance impossible à stopper : la frontière de 1420km n’est que faiblement gardée.

Le 27/12, un soldat de 26 ans tenta sa chance. Franchissant les glaces de la rivière Tumen, il passa en Chine, au village de Helong (préfecture de Yanbian), zone d’ethnie coréenne. Le plus souvent, les habitants compatissants cachent la présence de ces malheureux et les nourrissent sans penser au danger possible : « ces gens finissent par retourner chez eux », affirme un témoin. Toutefois, dans le cas de notre militaire, les choses se passèrent autrement. Il était déserteur, une faute qui, en ce pays stalinien, peut coûter la vie. Il n’avait rien à perdre. Aussi, forçant les portes, il commença à voler nourriture et argent. Il tua deux couples de vieillards, l’un à coups de matraque, l’autre avec son revolver – avant d’être traqué et appréhendé. 

La suite du drame fut un secret d’Etat, mâtiné de secret de polichinelle. Souvent, le cadre du village chinois fuit les responsabilités. À la frontière coréenne en particulier, il sait bien que le régime veut soutenir ce « petit frère » de combat socialiste, qui ne survivrait pas sans lui. Le pays fondé par Kim Il-sung fait partie précieuse de sa propre histoire révolutionnaire. De la sorte, l’incident resta secret, Pékin refusant d’évoquer l’information « sensible ». Ce n’est qu’une fois le tueur mort des blessures reçues lors de son arrestation, et l’affaire éventée par la presse de Corée du Sud, que la Chine émit —sans grande conviction— des « représentations » formelles, sachant bien que Pyongyang ne pouvait pas faire grand-chose. La presse locale alors, sortant de sa réserve, se souvint que depuis 2000, 14 meurtres de ce genre avaient été déplorées dans la région. 

Depuis, les villageois, le long de la ligne de partage, s’organisent en milices, et l’Etat les laisse faire. Les rondes se succèdent chaque nuit, aux patrouilles constituées par groupes de 10 foyers. Selon un policier du district de Chanbai, c’est plus pour rassurer qu’autre chose : « le danger est exagéré, dit-il. Le plus souvent, les candidats à la fuite se font prendre par les collègues d’en face ». En fin de compte, ce drame sordide est doublement révélateur du désespoir qui règne au « pays du matin calme », et de la détérioration lente mais certaine du rapport entre Coréens du Nord et Chinois de la rue – à l’instar du climat, il est glacial.

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