Sécurité Alimentaire : Mention « Peut mieux faire »

Pour les jeunes Chinois anxieux de trouver un emploi, celui de superviseur de la qualité alimentaire, a le vent en poupe. C’est du moins ce que suggère, début janvier sur son site internet, l’Administration Nationale des Aliments et Médicaments (SFDA), lançant l’alarme : «  notre personnel n’est pas à la hauteur. Nous souhaitons recruter davantage d’inspecteurs, et standardiser les méthodes de formation à travers les universités et les régions ». 

En fait, avoue l’administration avec une sincérité admirable, malgré un travail de fond après 2008, suivant le terrible scandale du lait à la mélamine, « les fondations de la sécurité alimentaire et médicamenteuse restent fragiles. Les risques connus et ceux nouveaux se combinent pour créer l’incertitude ». Cet avis est une claire référence aux soucis des derniers mois et années rencontrés par des groupes tels McDonald’s, Yum!, Walmart et Carrefour en Chine. Inspecteurs et administrateurs ne parviennent pas à faire face à une chaîne d’approvisionnement fragmentée en millions de fermiers et dizaines de milliers de fournisseurs, des lois de sûreté alimentaire lacunaires et contradictoires, et des problèmes de compétence entre agences chargées de les appliquer, créant des écarts de qualité de région à région. 

Publiée le 12 janvier, l’enquête de Greenpeace fait apparaître des conclusions explosives. L’approvisionnement en légumes est insatisfaisant à Pékin, où 40% des échantillons inspectés (originaires du Hebei et du Shandong) contenaient des traces de cinq types d’insecticides, et même 16 types, sur une laitue. À Canton, où les légumes poussent sans contrôle sanitaire, des traces excessives ont été relevées par l’agence indépendante contractée par Greenpeace, sur un tiers des légumes, dépassant jusqu’à 64 fois les normes en vigueur. L’enquête dévoile aussi que depuis 2007, Pékin a augmenté de 1% son usage de ces poisons à insectes, Canton de 11%, alors que Shanghai la réduisait de 6%. 

Panier LégumesCette dernière est donc la plus en avance, en commandant dans les provinces voisines plus de 50% de ses légumes dans des bases de production pratiquant l’agriculture raisonnée. Elle a aussi créé un réseau de traçabilité permettant aux clients de retrouver l’origine de leur légume à partir du numéro de série, souvent lisible par code QR, sur téléphone portable. 

Au demeurant, le ministère de l’Agriculture, loin de rester inactif, tente de faire évoluer les mentalités paysannes par actions dans les villages, et par des projets privés de gros distributeurs comme Carrefour. Modeste, son objectif reflète les difficultés à gérer le plus gros paysannat au monde, et des situations souvent incomparables, disséminées sur un territoire immense. L’objectif se borne à viser à travers la Chine d’ici 2020 le plafonnement de l’usage des engrais (quatre fois supérieur en moyenne à l’Occident) et des pesticides (un des plus élevés au monde).

Parmi les autres récentes affaires en sécurité alimentaire : à Gao’an (Jiangxi), un abattoir clandestin a exporté pendant près de 10 ans hors de la province un total de 3,2 millions de tonnes de viande de porcs atteints de fièvre porcine – 12 personnes ont été arrêtées, et 8 inspecteurs et cadres ont été démis, accusés d’avoir fermé les yeux. A Pékin, une des 489 sandwicheries chinoises de Subway, a été accusée, le 26 décembre par la presse, d’avoir falsifié ses dates de péremption – l’enquête est en cours.
Toutefois, ces cas reflètent peut-être autant les dysfonctions du système, que la sévérité croissante des inspections et leur qualité. En 2014, AsiaInspection, compagnie française basée à Hong Kong, a réalisé 100.000 inspections, audits et tests à travers la Chine en tous secteurs. Parmi eux, 7000 concernaient l’industrie de transformation agroalimentaire. Résultat : 48% de ces entreprises n’ont pas passé le test.

Les principales raisons fournies par le groupe expert ont été un étiquetage mensonger sur les ingrédients ou les dates d’expiration, et la découverte en laboratoire de pesticides, d’antibiotiques, de métaux lourds, bactéries et virus. Mathieu Labasse, vice-Président d’AsiaInspection, ne mâche pas ses mots : « cette industrie alimentaire reste immature. Dans ce secteur, la Chine a 15 ans de retard sur d’autres secteurs tels le textile. Usines et centres de conditionnement sont moins formés, moins au courant des normes, que dans le non-alimentaire. Pour combler ce retard, il faudra l’effort combiné de tous : industriels, agences de tutelle, distributeurs et consommateurs ». Autrement dit, un programme vaste et de long terme.

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