Temps fort : Le mandat limité de Ma Ying-jeou

Après l’élection de Ma Ying-jeou, candidat du parti nationaliste KMT, comme Président de Taiwan (22/03) avec 58% des votes, l’apaisement avec la Chine s’accélère, comme jamais durant les 8 ans de règne du DDP indépendantiste (Parti démocratique du progrès). Cette population d’affaires, riche et éduquée, sait qu’elle pourra mieux travailler avec sa « soeur » continentale, affranchie du climat de suspicion réciproque. Anticipant l’embellie, la Bourse de Taipei caracole, enregistrant sur le trimestre, une rarissime hausse de 0,8%.

On a aussi constaté, au passage, le rejet de 2 référendums soumis par Chen Shui-bian, le Président sortant : seuls 36% des citoyens ont voté, alors que 78% étaient là pour s’exprimer aux présidentielles. C’est un indice de la maturation de l’esprit citoyen : une société soudée, pragmatique, a choisi la meilleure voie pour sa prospérité. Assurée de son autonomie « de facto », elle convient de reporter le règlement de la question qui fâche, celle « de jure » à (beaucoup) plus tard !

Avant de ceindre son écharpe de Président le 20/05, Ma a rappelé sa priorité : normaliser  avec Pékin, au plan économique. Dès juillet, business et tourisme auront leurs charters directs de week-end, entre 7 villes des 2 rivages. Avant décembre, Ma espère voir la convertibilité entre le NT$ et le ¥, et faire sauter le verrou qui empêche les compagnies de l’île d’investir en Chine plus de 40% de leurs actifs nets. L’étape suivante étant l’accord de libre échange, qu’il appelle « marché commun trans-maritime », entre le 1er investisseur en Chine, et le 1er client de Taiwan.

 En Chine, Wen Jiabao n’a pas attendu le scrutin pour rappeler en mars qu’avec Taibei, hormis l’indépendance, tout était négociable. Le 31/03, il dut se retenir d’inviter le futur Président en Chine -ce dernier ayant déjà fait savoir qu’il n’était pas pressé de franchir le détroit. Wen Jiabao lui proposa un «grand débat» sur les «liaisons directes» -air, mer, PTT-, ainsi que sur un «traité de paix » pour enterrer formellement la guerre civile des années 30-50…

On peut donc parler d’un effet «table rase» après ces élections, et d’un new deal possible. Sans toutefois sombrer dans la naïveté : Ma Ying-jeou a déjà proclamé que durant son mandat, il n’entamerait pas de palabres de réunification. Les Taïwanais veulent paix et prospérité, pas soumission. Souhaité par tous, le désenclavement économique sera aisé et logique. Mais pour le politique, rien n’a changé. Le 22/03, il s’est quand même trouvé 5,5M de citoyens à voter pour un DDP mis KO par son obstination et sa corruption, mais qui garde son fort pouvoir de mobilisation. D’ailleurs, Washington s’apprête à inviter le futur président à une visite, dont la Chine rejette le principe : avec Pékin, la « lune de miel » pourrait être courte !

 

 

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