Editorial : Crise du Tibet : Pékin veut tourner la page…

Depuis le 14/03, l’insurrection tibétaine n’en finit pas de rebondir, suscitant une tension inouïe. A Garze (Sichuan), la troupe tire sur la foule (4/04), suite à une inspection tendue au monastère de Donggu: 8 morts, qui s’ajoutent aux 22 officiellement dénombrés à Lhassa. D’autres troubles éclatent au Xinjiang,  par des Ouighours solidaires des Tibétains: à Hotan, (23-24/03), des émeutes se soldent par 70 arrestations. A Gulja (Nord-Est), 25 sont arrêtés et 3 bombes récupérées le 28/03, 10 jours après qu’une autre ait sauté à Urumqi (non confirmé)…

Sur l’origine de tous ces troubles à Lhassa, planent bien des mystères, tel au début des émeutes, le retrait de la police du centre-ville, abandonné aux pillards 3 jours durant. Quels débats, quelles décisions furent prises alors, au Bureau Politique -ou en dehors ?

Les dégâts sont déjà considérables, aggravés par l’angoisse d’une société Han locale qui réclame la fermeté, au moment même où il faudrait faire preuve de retenue. Les arrestations massives se multiplient.  111 suspects furent relâchés, 50 légèrement punis. Plus de 1000 personnes sont arrêtées, dont 6 « leaders ». Pékin espère avoir expédié tous ces procès à étapes forcées, pour sortir du cauchemar et rouvrir Lhassa au tourisme, au 1er mai. Mais comment le faire, alors qu’une liste de 79 «ennemis publics» est affichée au Toit du monde, avec 20.000¥ promis pour la délation de chacun…

Manifestement, au sein du Parti (PCC), deux tendances cohabitent. Celle qui veut imposer l’ordre, et celle qui tente de rétablir l’image du pays et écarter tout nuage noir sur les Jeux Olympiques. Ces derniers, les modérés, n’ont pas la partie facile. En conduisant d’urgence à Lhassa quelques diplomates et journalistes étrangers, ils n’ont pu éviter de nouvelles protestations de lamas ayant déjoué la vigilance policière. Trahissant son désarroi, ce mouvement s’adresse à de grandes agences de relations publiques entre Londres et New York, pour mettre tous les moyens, et compenser au plus vite le dégât d’image : car déjà, au moins deux lamas se sont suicidés, aux monastères de Kirti (27/03) et Guomang, augmentant le risque de boycott de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques.

Car à l’étranger, les images dramatiques de Lhassa et d’ailleurs réveillent critiques, vieilles peurs et rancunes. Le 1er ministre polonais D. Tusk déclare forfait pour le 1er jour des Jeux. En France, N. Sarkozy –sous la pression d’une opinion à blanc- déclare le boycott «envisageable» et les 27, très divisés, «y réfléchissent». D’ores et déjà, ces événements ont permis au Dalai Lama d’obtenir une situation dont il ne pouvait pas même rêver jusqu’alors : une (probable) rencontre à Bruxelles, avec les 27 ministres des affaires étrangères.

En face, l’appareil déploie une faconde violente contre le Prélat, « patte du chat des forces internationales anti-chinoises », « loup froqué », menteur ou hypocrite.

Mais la surprise vient de Vientiane (Laos) le 29/3 : Wen Jiabao le 1er ministre appelle le Dalai au dialogue, sans insultes ni accusations, et presque sans condition. Comme s’il était convaincu que l’avenir des JO, voire même des bonnes relations avec l’Ouest, passait par ce dialogue avec le Dalai-Lama, si longtemps refusé. La question étant de savoir, s’il n’est pas déjà trop tard, au vu des forces en train d’exploser,en Chine et en dehors!

 

 

 

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