Agriculture : La seconde vie chinoise du chanvre

Posséder plus de 5kg de cannabis  en Chine, fait risquer la peine capitale. Ceci n’empêche le pays d’aspirer à devenir n°1 mondial du chanvre—l’autre nom de cette plante psychotrope, sous ses applications industrielles. Les 3-4 août, se tenait à Harbin (Heilongjiang) en présence de 300 experts mondiaux, son premier congrès international.

Le fait est que la culture du cannabis sativa explose : au Heilongjiang, où le cannabis est légalisé depuis 2016 sous licence (en des variétés à faible dose de THC, l’agent psychédélique), on recense 30.000 hectares plantés (le double est prévu pour 2018), contre  1000 hectares seulement il y a quelques années. Dans le monde, la Chine revendique désormais 50% des plantations légales et 50% des brevets (309).

Le Yunnan aussi a légalisé, bien plus tôt en 2003, permettant sa culture en masse. Beaucoup d’autres provinces la tolèrent sans mot dire, soucieuses de laisser leur paysannat profiter de cet « or vert », rapportant 10.000 yuans à l’hectare.

Car les applications sont immenses, et l’avenir très ouvert. Rien qu’en Chine, le président de Hemp Invest Group (Pékin) prédit d’ici 5 ans un marché intérieur de 15 milliards de $. En textile, le chanvre donne après transformation, une fibre légère, bactéricide, qui protège des UV. Son rendement est double du coton, et il ne réclame ni pesticides, ni irrigation, préservant ainsi l’équilibre du sol. Précieux allié dans la lutte contre le réchauffement climatique, sa feuille  absorbe le double de CO2 par rapport au coton.

Le chanvre trouve aussi sa place dans le bâtiment, l’automobile et autres, en substitut du bois, du plastique et de la fibre de verre.

Dans l’alimentaire, une fois filtré l’agent psychoactif, la graine riche en oméga 3 va dans des barres nutritives. Et c’est surtout dans la pharmacie que les substances psychotropes (THC et CBD) sont utilisées. Depuis l’Antiquité, elles servent de remèdes contre les traumatismes, l’épilepsie et la sclérose en plaques. Comme l’annonce Yang Ming, chef de l’équipe de recherche « cannabis » à l’Académie nationale des sciences agronomiques, « les remèdes traditionnels chinois, une fois occidentalisés, se retrouveront dans pharmacies et hôpitaux étrangers ».

Le seul risque est celui du dérapage de ces cultures vers un marché noir de la marijuana et une explosion d’usage clandestin de la drogue. « Même à bas taux en THC, du cannabis reste du  cannabis, avec ses risques d’abus », rappelle Yun Chunming, professeur à l’Académie agronomique du Hunan… Mais ceci est une autre histoire ! La Chine donne une fois de plus la preuve de sa capacité à prendre des risques.

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