Politique : Propositions de lois en cascade

Comme chaque année, le Parlement est l’occasion pour les 3 000 délégués de l’Assemblée Nationale Populaire (ANP) et les 2 000 membres de la Conférence Consultative Politique du Peuple chinois (CCPPC), de faire remonter leurs propositions. Parmi ces derniers, hommes d’affaires, avocats, artistes, sportifs, acteurs… Leurs suggestions, souvent inspirées par de récents scandales ayant marqué l’opinion publique, donnent un peu de couleur aux débats lisses des « lianghui ». Voici les plus marquantes ou les plus originales d’entre elles :

La relance

L’épidémie a durement touché les foyers chinois. Pour y remédier, Zhu Zhengfu, vice-directeur de l’Association des avocats, proposait que l’État offre 2 000 yuans à chacun de ses citoyens pour les aider à surmonter cette période difficile. La proposition s’avérait particulièrement populaire auprès des internautes, qui argumentaient que de nombreux pays étrangers avaient déjà consenti à une telle aide – pourquoi pas la Chine ? Certains n’en demandaient pas tant : « 200 yuans suffiraient à regonfler le moral de la population ».

L’automobile

Pour stimuler les ventes de véhicules, le président du groupe automobile GAC, Zeng Qinghong, proposait de réduire les taxes qui frappent son secteur et de supprimer les loteries aux plaques d’immatriculation ainsi que les restrictions à la circulation dans les grandes villes. Des mesures qui avaient été instaurées pour lutter contre les bouchons et la pollution de l’air… Cette suggestion soulève un dilemme plus large pour les décideurs : relancer l’économie ou poursuivre les efforts de lutte contre la pollution ?

Li Shufu, patron de Geely, proposait que le gouvernement central redistribue une partie des 350 milliards de yuans annuels tirés de la taxe à l’achat d’un véhicule, aux gouvernements locaux. Selon Li, ce serait une bonne manière d’inciter les autorités à stimuler les ventes de voitures et à construire plus de parkings ainsi que des bornes de recharge pour véhicules électriques. Comme alternative, Li suggérait que ces taxes à l’achat aident d’autres familles aux moyens plus limités à s’acheter une voiture.

Zhu Huarong, président de Changan, se préoccupait des apparences en appelant les célébrités et les politiques à acheter uniquement des voitures chinoises pour améliorer leur image de marque.

Les nouvelles technologies

Comme chaque année, les patrons de la tech chinoise ont fait le déplacement. Parmi eux, le PDG de Lenovo, Yang Yuanqing et le fondateur de Xiaomi, Lei Jun

La protection des données personnelles était au cœur de nombreux débats durant cette ANP. À ce sujet, le PDG de Baidu, Li Yanhong, un autre habitué de ce grand rendez-vous politique, faisait une sortie remarquée, en affirmant que toutes les données collectées durant l’épidémie devraient être supprimées sans exception pour éviter tout abus et fuite embarrassante. Il proposait également d’instaurer un mécanisme pour demander la suppression des données personnelles collectées durant l’épidémie. De voir le patron du moteur de recherche le plus populaire en Chine s’inquièter de la confidentialité de ses utilisateurs semblait soulager les internautes, lui qui avait auparavant déclaré que les Chinois se fichaient de leur vie privée…

Alors que la Chine ambitionne de devenir la première puissance technologique mondiale, Ding Wei, créateur de NetEase (qui exploite le portail 163.com), proposait que le codage informatique devienne obligatoire de l’école primaire jusqu’au lycée, et soit sanctionné par des examens afin que la matière prenne toute son importance dans le cursus scolaire.

Le patron de Qihoo 360 (entreprise d’anti-virus mise sur liste noire par le Département du Commerce américain), Zhou Hongyi, tirait la sonnette d’alarme à propos de la 5G : de par ses nouveaux usages connectés, cette technologie risque d’amener de nouveaux dangers en matière de cyber-sécurité. « Il faut absolument former une organisation indépendante qui établirait les standards de sécurité 5G, tout en respectant la cyber-souveraineté chinoise bien sûr ». Il en profitait pour rappeler l’importance de ne plus dépendre technologiquement des pays occidentaux.

Le PDG milliardaire de Tencent, Pony Ma Huateng, absent pour des raisons de santé, présentait tout de même sept propositions à l’ANP, comme la mise au point d’hôpitaux intelligents qui « tireraient profit de l’écosystème digital avancé du pays pour réduire la charge de travail des soignants durant les crises sanitaires ».

Plus étonnant, Liu Yonghao, PDG de New Hope Group (Sichuan), un des plus grands éleveurs porcins du pays, et Liu Wei, patron de Suntek Technology, firme d’intelligence artificielle, proposaient d’avoir recours au système de crédit social pour contrôler le comportement des gouvernements locaux : s’ils sont trop endettés, ont du retard dans leurs paiements, ne respectent pas leurs contrats, ils n’auraient pas le droit de lancer de nouveaux projets.

La jeunesse

Afin de donner le goût de l’effort physique aux jeunes Chinois plus enrobés que leurs aînés, Wu Zhiming, membre de la CCPPC et 100 autres délégués, proposaient de rendre obligatoire l’éducation sportive à l’examen du Gaokao (baccalauréat chinois). Pourtant, l’idée était reléguée au vestiaire par les parents : « les lycéens sont déjà sous pression, est-ce vraiment la peine d’en rajouter ? », pouvait-on lire sur Weibo. Un sondage de Quotidien du Peuple révélait que les trois quarts des participants étaient contre cette proposition, craignant une charge de travail trop importante et des différences d’aptitudes physiques entre les adolescents.  

Pour Song Wenxin, vice-directrice d’un lycée du Shandong, le comportement hystérique de certaines adolescentes lorsqu’il s’agit de leur idole masculine est insupportable. « Cette idolâtrie détourne ces jeunes filles de leurs études et ne doit pas être encouragée », affirmait-elle.

Même chose pour les consoles de jeux ! Selon Zhu Yongxin, éducateur et vice-président de « l’association pour promouvoir la démocratie », il faudrait mettre en place un système d’évaluation des jeux vidéo définissant une durée de jeu limitée et un plafond de dépenses selon le contenu du jeu et l’âge du joueur qui serait identifié par son téléphone portable ou par reconnaissance faciale. Ce serait un moyen de prévenir les problèmes d’addiction et de santé, comme la myopie, bête noire du Président Xi Jinping.

La vie sauvage

Le Parlement a finalement validé le ban du commerce et de la consommation d’animaux sauvages, exception faite pour leur fourrure, la science et surtout la médecine traditionnelle chinoise. Les villes de Wuhan, Shenzhen et Pékin ont déjà pris des mesures en ce sens, tandis que le Hunan et le Jiangxi, provinces dépendantes de ce secteur, vont subventionner la reconversion de leurs éleveurs. Pour Zhao Wanping, vice-président de l’Académie des sciences agricoles de l’Anhui, il faudrait aller plus loin et interdire tout élevage commercial de toutes les espèces sauvages, pas seulement celles menacées d’extinction.

Quelques délégués en profitaient pour dénoncer l’absence de loi pour punir la cruauté envers les animaux. Cette demande faisait écho à un récent scandale impliquant un étudiant du Shandong attrapé à torturer des chats sur son campus…

Et le reste…

Plus contestée, la proposition de He Xuebin, célèbre peintre chinois, de rendre permanente l’interdiction de partager les plats en utilisant ses baguettes pour des raisons sanitaires. « Pas question, écrivait un internaute, cette pratique est profondément enracinée dans notre culture. Le gouvernement peut encourager l’usage de portions séparées, mais ne doit aucunement forcer les gens à l’abandonner ».

Enfin, un peu de soft-power avec l’animateur TV du Shanghai Media Group, Cao Kefan, qui proposait de permettre aux médias chinois d’utiliser librement des VPN pour « mieux raconter la Chine » aux étrangers.

Au contraire, Yang Weiguo, maire de Zhuzhou (Hunan), suggérait d’arrêter de traduire les discours lors des conférences de presse et grands événements afin de sauvegarder la dignité de la langue chinoise et de forcer les participants à apprendre le mandarin. « A chaque réunion, il faut attendre la traduction en anglais, on perd en temps et en efficacité », se plaignait-il. Les internautes chinois n’étaient pas dupes : « ce délégué veut simplement se faire bien voir en surfant sur le sentiment nationaliste actuel ».  Certains s’inquiètaient de cette proposition : « le fossé entre la Chine et l’étranger est déjà assez grand, alors mettre fin aux traductions ne ferait que compliquer encore plus la communication ».

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1 Commentaire
  1. severy

    Continuer la chasse et l’annihilation quasiment industrielles d’animaux en voie de disparition importés sous le prétexte fallacieux de sauvegarder la médecine traditionnelle chinoise est le comble de l’hypocrisie. Cela prouve que le « Parlement » chinois se fiche totalement d’adopter des vraies mesures de protection de la faune (et de la flore) à l’étranger puisque les espèces animales victimes de l’appétit saturnien des franges les plus ignorantes de cette immense population avide de poudre de perlimpinpin ont disparu depuis des siècles en Chine même.

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