Petit Peuple : Wenzhou (Zhejiang) – Un gagnant malchanceux

Wenzhou (Zhejiang) – Un gagnant malchanceux

Quelle mouche a piqué Mr Zhou pour prendre d’aussi mauvaises décisions depuis l’évènement qui aurait dû changer sa vie pour le mieux – gagner au loto ! –  une chance incroyable à l’origine d’une série de déboires culminant en ce jour du 1er février 2023. Debout face au juge, évitant de croiser le regard furibond de sa femme Lin, la sentence est tombée, donnant raison à son épouse. Il devra lui payer des millions de yuans, le voilà bientôt dépossédé d’une grande partie de sa nouvelle fortune, plus malheureux que jamais. La tête basse, refusant tout commentaire, il sait déjà qu’il ne fera pas appel. À quoi bon ? L’adage le dit bien : « Heureux au jeu, malheureux en amour. »

Tout a commencé par le départ de sa première femme, si belle mais tellement ambitieuse, un départ qui l’avait mis à terre il y a quelques années. Un an après leur mariage, elle ne supportait déjà plus cette routine sans horizon, sa manie à lui d’acheter des billets de loterie, ses amis trop collants et son bide aussi mou que ses aspirations dans la vie. Native de Wenzhou, elle partage avec sa ville natale cet esprit opportuniste et travailleur, il n’y a pas de sot métier, l’important est de gagner de l’argent. Mr Zhou y mettait du cœur pourtant, mais rien n’y faisait. Un matin, charmée depuis longtemps par les muscles et la réussite de son patron, un entrepreneur dynamique dans le secteur de l’électronique – elle a fait sa valise et est partie. Inconsolable,

Mr Zhou aurait sombré dans la dépression sans les soins attentifs d’une voisine, Lin, trentenaire au visage placide, marquée ici et là par une acné juvénile mal soignée. Dans l’impossibilité de quitter l’appartement parental sans être mariée – son salaire d’esthéticienne ne lui permettant pas la location d’un studio – Lin avait remarqué Mr Zhou depuis un moment et attendait, patiemment, l’heure où cette grue d’épouse, traversant la cour commune de l’immeuble au pas de charge sur ses talons, fardée et serrée dans des tenues toujours plus courtes et clinquantes, se lasserait de son nounours de mari.

Un matin, ce fut chose faite et Lin ne perdit pas de temps. Quelques mois après le départ de la première femme, elle avait pris sa place.  Efficace, les pieds sur terre, sans grands rêves, Lin donnait un fils à Mr Zhou et lui laissait ce qu’il fallait d’espace – la bière de fin de semaine avec ses amis, les soirées karaoké de temps en temps, les billets de loterie tant qu’il voulait – tout en maintenant un contrôle étroit sur le reste.

On ne peut pas dire que la vie de Mr Zhou manquait d’amour, mais elle manquait de piment assurément. Est-ce pour cela qu’il choisit de miser ce jour-là sur l’ambivalence du chiffre 7 ? 40 tickets de loterie achetés pour ses 40 ans, contenant tous le chiffre 7, porte-bonheur par son homonymie avec les caractères 齊 (qí ; uniforme, pair), 气 (qì ; force vitale, énergie) et 起 (qǐ ; se lever), mais le 7ème mois lunaire est aussi celui des fantômes, et 7 sonne alors comme 欺 (qī ; tromper). Le lendemain, il avait gagné 10 millions de yuans (1,5 million de dollars) – 8, 43 millions après impôt. Et tout avait alors commencé à déraper.

Pourquoi n’a-t-il rien dit à Lin ? Avait-il peur qu’elle change, accentuant cette tendance à tout dominer chez eux ? Peur qu’elle s’arrête de travailler, se vante auprès des voisins, de la famille, continue comme avant de tout critiquer mais en prenant maintenant les autres de haut ? En fait, c’est sa première femme qui a tout de suite occupé ses pensées. À lui-même, il pouvait se l’avouer, il ne l’avait jamais oublié et la façon dont elle avait été abandonnée par son patron, aussi volage qu’elle était ambitieuse, l’avait retourné. Le bougre lui avait fait des promesses sans l’épouser, elle se retrouvait chassée, sans toit, le cœur brisé. Sans rien en dire à Lin, Mr Zhou vira 700 000 yuans à sa première épouse pour lui permettre de s’acheter un appartement, faisant surgir à nouveau dans ses yeux ébahis la petite flamme du désir qu’il pensait éteinte à jamais. Il vira également 2 millions de yuans à sa sœur aînée, qui s’occupait avec dévouement de leurs parents âgés et séniles. Lin ne mit pas longtemps à découvrir le pot aux roses et sa vengeance fut impitoyable. Elle courut au bureau des divorces, demanda un partage équitable des biens du couple et réclama les 2/3 des sommes données aux deux femmes en réparation du préjudice subi. Mr Zhou s’excusa, il comptait bien la prévenir, comment pouvait-elle lui faire cela ? Lin n’en démordait pas, donner de l’argent à sa première femme c’était la preuve de l’infidélité, elle ne chercherait pas plus loin! Il était temps de penser à elle,  être une bonne épouse ne valait décidément rien.

Mr Zhou devra donc payer, en plus de perdre sa femme et sans avoir regagné l’amour de la première, qui lui trouve finalement moins de charme avec quelques millions en moins… Au loto comme partout, un geste imprudent et le jeu est perdu (一着不慎,满盘皆输, yī zhāo bù shèn , mǎn pán jiē shū) !

Par Marie-Astrid Prache

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