Diplomatie : Vietnam, Corée du Sud, Japon – le printemps en hiver

Infatigable, Xi Jinping était à Hanoi le 6 novembre, pour une visite marquant un tournant à 180° dans les relations sino-vietnamiennes—10 ans après la dernière visite d’un chef d’Etat chinois. 

En effet, en mai 2014, un clash avait eu lieu entre ces deux pays, quand la Chine avait tracté dans des eaux limitrophes du Vietnam une de ses plateformes pétrolières. Du pays d’Oncle Ho, des milliers d’expatriés chinois avaient dû décamper en catastrophe, et voir saccagés leurs magasins ou usines. 

Ainsi, à Hanoi, Xi est arrivé main tendue, la besace chargée de (petits) cadeaux: un milliard de yuans pour des écoles et hôpitaux, et 550 millions de $ à prêt bonifié pour une route transfrontalière et un métro de surface à Hanoi. La presse chinoise faisait miroiter une aide « immense » au Vietnam (en cas de bonne attitude) en infrastructures, dans le cadre du plan mondial d’équipement « une route, une ceinture ». En effet le Vietnam, étiré tout en longueur sur 2000km du Guangxi vers le Cambodge, constitue potentiellement un axe stratégique de pénétration vers l’Asie du Sud-Est…Xi fut reçu avec les honneurs par le n°1 du Parti Nguyen Phu Trong bien conscient de l’impératif de rétablir les liens avec un voisin si puissant et riche. La visite était placée sous le signe de la fraternité socialiste – un choix pouvant accélérer la réconciliation. 

Autre bonne nouvelle : avec l’alter ego nippon Shinzo Abe et la Présidente sud-coréenne Park Geun-hye, le 1er novembre à Séoul, Li Keqiang tenait la première trilatérale entre ces pays depuis 2012. Entretemps, les relations avaient été orageuses, ponctuées par les visites de l’APL autour des îles Senkaku-Diaoyu. Et là, encore miracle : les trois s’entendaient pour reprendre ce « trilogue » annuel, en route vers une zone de libre-échange et vers une meilleure coordination face à la Corée du Nord. Aux industriels coréens, Li promettait de consentir un accès identique à celui aux firmes chinoises « hormis les secteurs sous une liste négative ». 

Avec Abe, « first things first », Li accepta de reprendre les palabres d’exploration/partage de ressources en mer de Chine du Sud, et les échanges de visites ministérielles.

Somme toute : avec l’Asie entière voire le monde entier, la Chine passe à la détente, veut faire oublier les tensions passées. Et cela se passe juste après l’adoption du 13ème Plan, où une longue série de réformes de fond était adoptée. Comme si une fois les ennemis intérieurs neutralisés, on pouvait se permettre davantage de civilité. C’est le printemps en hiver, et il semble parti pour se prolonger.

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