Editorial : Un sans-faute pour Xi Jinping à l’APEC

A domicile (Yanqi – Pékin), la Chine organisa avec succès un événement international majeur, la grand-messe de l’APEC (10-11/11) – une première pour Xi Jinping depuis son arrivée au pouvoir.L’enjeu initial de l’APEC portait sur un futur accord de libre-échange entre les 21 nations riveraines du Pacifique. Rêvé depuis 25 ans, mais bloqué par les disparités idéologiques et de richesses entre Etats, ce traité n’a jamais pu voir le jour. Aussi depuis 2008, les Etats-Unis négocient avec 12 pays (les plus avancés) un Partenariat Trans-Pacifique ( TPP), de voilure plus limitée mais plus réaliste – où la Chine n’est pas conviée.

Or à Yanqi, faisant échec à cette stratégie discriminante, Xi put faire adopter le principe d’une FTAAP (Zone de libre-échange d’Asie-Pacifique) aux 21, n’excluant personne. Il fut aidé dans la démarche par le fait que même après 6 ans de palabres, le TPP rencontre des blocages, tel celui du marché agroalimentaire nippon que Tokyo considère « chasse gardée ».
Xi a aussi imposé son projet de fonds « Route de la Soie » et a fait avancer l’idée d’un traité multilatéral contre les voyageurs corrompus, pour saisir leurs fortunes envolées à l’étranger.
En effet, le Président chinois est en position de force : sur son terrain, il fait valoir la force unique de son pays comme locomotive mondiale de la croissance. Mais sa victoire est surtout symbolique : s’inscrivant dans la lignée du concept des 25 dernières années, le FTAAP restera encore longtemps tout aussi chimérique. 

Paradoxalement, reflétant le rôle dualiste du couple Chine-USA, rival ET partenaire, l’accord le plus important est signé entre eux, sur le plan climatique : les USA s’engagent à couper leurs émissions de 26-28% d’ici 2025 par rapport à 2005, et la Chine, de plafonner les siennes pour 2030 et « plus tôt si possible ». À y regarder de près, les deux promesses nationales n’impliquent aucun effort nouveau. Mais ce deal est mobilisateur : les deux pays ne sont plus en collusion apparente pour bloquer un traité anti-réchauffement global, qui a désormais plus de chances d’aboutir, à Paris fin 2015, au COP21 de l’ONU. Obama et Xi Jinping ont signé d’autres accords majeurs, tel cet octroi mutuel de visas touristiques jusqu’à 10 ans, ou tel l’ITA (Information Technology Agreement) qui supprimera les droits douaniers sur 250 produits, dans un marché de 1000 milliards de $. L’ITA sera validé, peut-être dès décembre, à l’OMC par les autres nations parties prenantes. 
Un autre accord sino-russe prévoit la livraison en Chine de 30 milliards de m3 de gaz sibérien, en plus des 38 milliards de m3 commandés en mai. Enfin, l’accord de libre-échange sino-coréen, annoncé imminent, lèvera les tarifs douaniers sur plus de 90% des échanges, donnant à la Corée du Sud une avance substantielle sur ses compétiteurs taïwanais et américains.L’APEC a aussi été le terrain de tête-à-tête « propitiatoires » entre Xi et des hôtes avec qui les relations n’étaient pas au beau fixe : les Premiers ministres nippon Shinzo Abe, et canadien Steven Harper, ainsi que les Présidents vietnamien Truong Tan Sang et philippin Benigno Aquino… Ainsi, avec « son » APEC, Xi Jinping fait un « sans faute » qui assoit son image internationale et renforce au passage sa position face à ses adversaires au sein du Parti. 

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