Editorial : La fièvre spéculatrice du Bitcoin en Chine

Une nouvelle fièvre spéculatrice s’empare de la Chine : chaque jour 40.000 internautes créent un compte pour acheter et vendre des Bitcoins (比特币, bǐtèbì), monnaie virtuelle, sur laquelle ils spéculent.

Mais qu’est-ce que le Bitcoin ? Il aurait été inventé en 2008, entre Japon, Finlande et USA, par un collectif d’informaticiens, sous le pseudo de Satoshi Nakamoto. Il permet des transferts financiers de particulier à particulier à travers le monde, contournant ainsi tous contrôles publics et banques centrales. La technique est radicalement innovante : pour transférer un Bitcoin, il n’y a ni banque, ni carte de crédit (pas de frais bancaires, Visa ou MasterCard) et les transactions sont vérifiables à tout moment. Après avoir acheté des crédits Bitcoins, une personne peut les envoyer à une autre pour achat, prêt… 

Tout échange, pour être effectif, doit être validé par 5 à 6 informaticiens : au moyen d’un programme mathématique, ils créent (ou utilisent) un algorithme qui garantit que le payeur est solvable, et surtout que le montant en Bitcoins n’a pas déjà été utilisé ailleurs. 

D’autre part, les Bitcoins sont limités à 21 millions, soit le nombre total des algorithmes possibles, et ne sont pas inventés, mais découverts. De la sorte, chaque algorithme est unique, et par définition, infalsifiable. 

Ainsi, le 20 novembre, environ 12 millions de Bitcoins étaient en circulation (valeur totale de 7 milliards de $). Mais même s’il n’existait qu’un seul Bitcoin, tout le monde pourrait en avoir une part, car le Bitcoin est divisible. 

Pour les Chinois, le Bitcoin est plus qu’avantageux : il leur permet de franchir la « grande muraille monétaire » et les contrôles très sévères qui les forçaient jusqu’à présent à placer leur épargne à taux très bas, ou à la peu fiable bourse locale. Avec le Bitcoin, ils découvrent qu’ils peuvent sortir leur argent du pays sans contrôle, en payant seulement une taxe de change de maximum 1% à l’arrivée – le tout, à la barbe des contrôleurs fiscaux. On peut donc prévoir dans un futur proche un raz-de-marée de Bitcoins chinois vers les Etats-Unis.

Pourtant, l’affaire est loin d’être sans risque. En effet, la valeur du Bitcoin est basée sur l’offre et la demande, et fluctue sans cesse : entre le 19 et le 20 novembre, du fait des achats et ventes frénétiques des Chinois, le Bitcoin passait de 800 à 470 US$ l’unité, après une brève escapade à 1100$ (un record) ! Indice du long chemin qui lui reste à faire pour faire ses preuves comme monnaie fiable… 
Autre dérive : en octobre aux Etats-Unis, la CIA démantelait la « Silk Road », portail de Bitcoins utilisé par des trafiquants de drogue et d’armes pour blanchir leur argent sale.

On aurait donc dû s’attendre à voir Pékin chercher à réprimer cette monnaie concurrente, fermer ses plateformes d’échanges, emprisonner ses « mineurs » (ces informaticiens à la recherche des fameux algorithmes). Or, selon un haut cadre à la Banque Populaire de Chine, il n’en est rien. Les autorités voient le Bitcoin d’un œil assez favorable. Selon eux, le Bitcoin fait quelque chose que l’Etat cherche lui aussi à réaliser. Il permet aux particuliers de se prêter de l’argent là où les banques se font rares, dans les campagnes par exemple – vers l’étranger, le Tiers-Monde où la Chine redéploye ses industries et services. 

Autre argument de poids : en soutenant cette monnaie dont elle détient déjà la moitié de la masse, la Chine pourrait supplanter le dollar, et les Etats-Unis comme première puissance monétaire mondiale.

Li Xiaolai, célèbre millionnaire chinois en Bitcoin, assure que : « le destin du Bitcoin est lié à son adoption par un nombre suffisant de personnes pour pouvoir payer ses factures avec. Le Bitcoin ne remplacera pas la monnaie fiduciaire mais reste pour l’instant une parfaite valeur de spéculation ».

On voit pourtant des signes de reconnaissance du Bitcoin comme monnaie à part entière : à Pékin, Baidu qui contrôle 80% de la recherche en ligne du pays, se met à accepter le Bitcoin en paiement de ses services (tout comme la plateforme américaine d’achat en ligne Amazon, avant lui) . He Daxiong, Président de Shanda Tiandi (important groupe immobilier shanghaïen) se fait une belle publicité en annonçant qu’il accepterait le Bitcoin en paiement de ses appartements.

Selon Li Xiaolai, « le danger pour les gouvernements, tient dans le fait que les transactions en Bitcoins ne sont pas taxées, et que si le Bitcoin devient très utilisé, cela résultera à une chute des revenus des impôts ».

Mais rendre le Bitcoin illégal et traquer ses utilisateurs à travers le monde entier, semble impossible. Ainsi, les pouvoirs publics avancent doucement vers un encadrement de cette monnaie, qui passe d’abord par sa reconnaissance.

Justement, le 18 novembre, le Bitcoin vient de recevoir le soutien du Sénat américain, qui l’a reconnu potentiellement comme « moyen légitime d’échange » – tout comme l’Allemagne dès août dernier (Berlin regorge d’ailleurs de restaurants acceptant les paiements en Bitcoin). 

Aussi, la Banque Centrale Chinoise, se gardant de trancher, attend de voir comment les puissances vont réagir, et à terme, comment réglementer le Bitcoin pour prévenir les dérapages…  

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