A la loupe : Crise identitaire à Hong Kong : « Sauterelles » contre « chiens courants »

Le 1er juillet 1997, à zéro heure, à Hong Kong, l’Union Jack s’abaissait, tandis que montait l’étendard écarlate. A bord du yacht royal, Sir Chris Patten, le dernier gouverneur, quittait la colonie. A l’époque, les insulaires étaient en majorité prêts à renouer avec leurs racines. La vie continuait au nom du slogan martelé par Deng,一国两制,  « un pays, deux systèmes », 50 ans de liberté promise, temps d’une intégration en douceur.

Pourtant 15 ans après, une série de feux orange clignote. Incidents cocasses, à la Clochemerle, qui feraient sourire s’ils n’étaient porteurs d’un sens plus préoccupant.

[1] le 15/01, dans Central, 1.500 femmes aux ventres ronds ou derrière leurs poussettes, marchent en criant « halte au tourisme obstétrique » ! C’est qu’en 2010, les Chinoises enceintes trustaient 41.000 lits, 47% des accouchements. Ce qu’elles aiment dans ces hôpitaux hors frontière, est le sourire du personnel mieux formé et le double passeport promis à leurs bébés. Aussi, pour certaines, un départ à la cloche de bois, laissant à la ville en 2010 une ardoise de 850.000HK$. Mais les futures mères locales protestent, réduites à s’inscrire sur listes d’attente. En janvier la situation vient d’être rectifiée : les Chinoises sont mises sous quota (34.400), et une « rabatteuse » a été arrêtée.

[2] Le 12/02, ce sont les automobilistes qui montent au créneau…à pied, contre l’ouverture de leurs rues aux chauffeurs continentaux. Ils craignent une conduite trop rude et des accidents inévitables, du fait que l’on conduit, à Hong Kong et en Chine, d’un côté opposé de la voie.

[3] D’autres plaintes concernent le lait en poudre, en rupture de stock : hantés par le scandale du lait à la mélamine, les visiteurs chinois vident les rayons. De même, concurrencés par les achats spéculatifs des riches Chinois, les locaux ne trouvent plus de logements à prix abordable.

Résultat : un sondage semestriel de la HK University vient d’établir que 1000 citadins se sentent citoyens «de Hong Kong à 79,1%» (un plafond depuis 10 ans), et « de la RP de Chine à 61,1%», (plancher depuis 12 ans). Les délégués de la RP de Chine jugent le sondage tendancieux, et s’irritent de l’ingratitude locale : la prospérité de la Région Administrative Spéciale tient pour beaucoup aux dépenses de ces 100.000 visiteurs par jour, lui permettant en 2012, de couper les taxes, subventionner l’électricité, et d’offrir trois mois de loyer aux logements sociaux.

Analysant la nervosité des insulaires, les sociologues s’accordent à y voir le reflet de l’enrichissement éclair des visiteurs, et des comportements hautains qui s’ensuivent. Les HKgais expriment aussi une perte d’identité et un déficit en démocratie. Ainsi le chef de l’Exécutif, à sortir des urnes le 25/03, est déjà connu : Henry Tang, l’homme de Pékin, plutôt que Leung Chun-ying, de l’opposition. Dans la rue, au dernier sondage, Tang pèse 26,1% des voix contre 49,2% à Leung, mais ce sont les 1200 grands électeurs qui votent, selon les voeux de Pékin…

Vu les efforts convaincants de la Chine pour préserver la prospérité de Hong Kong, sa bataille pour les coeurs n’est pas perdue. Mais le débat se radicalise entre Hongkongais traitant les visiteurs de «sauterelles» (cf image), et Chinois les sacrant « chiens courants de l’impérialisme britannique ». Dans ce climat tendu, Pékin devra jouer fin.

 

 

Avez-vous aimé cet article ?
Note des lecteurs:
0/5
9 de Votes
Ecrire un commentaire