Finance : Lou Jiwei, le salut d’un réformiste

Lou Jiwei, ministre des Finances depuis 2013, était un des hommes les plus brillants du cabinet Li Keqiang, auteur entre autres du fonds d’investissement CIC et de la banque régionale asiatique AIIB. À son entrée en fonction, Lou avait souhaité conserver le poste jusqu’en 2018 – cinq ans  lui étant nécessaires pour refondre un système fiscal perclus d’inefficacité et d’injustice. Ployant sous 40% de taxes en moyenne, les PME se disent à 87% incapables d’investir dans la R&D et de créer des emplois. Lou voulait introduire la taxe foncière, les taxes vertes, supprimer les subventions agricoles pour forcer les exploitations à se remembrer et atteindre la masse critique. Il voulait surtout convertir l’économie chinoise à la croissance due à ses acteurs, non à la planche à billets. Pour commencer, Lou voulait barrer aux provinces la route trop facile de l’emprunt à tout va.

Or, voilà le ministre remercié à 11 mois de la fin de son mandat, remplacé par un cadre largement inconnu, Xiao Jie (59 ans). Lou part en même temps que ses collègues des Affaires civiles et de la Sécurité publique – indice d’un remaniement à finalité politique plus que personnelle. Mais pour Xi Jinping, les raisons de se séparer de lui, ne manquent pas.

Jouent d’abord les mauvais chiffres de conjoncture en octobre, 45 milliards de $ décaissés par la Banque centrale en guise de parachute au yuan et pour couvrir la fuite des capitaux. Il y a aussi le fort recul constaté à l’exportation, -7,3%.
Lou s’était aussi fait des ennemis en province, par sa tentative anti-emprunts. Le 4 novembre, il protestait que Pékin ne couvrirait pas les faillites de « véhicules financiers » provinciaux. Il avait malgré tout dû entériner l’échange de 7200 milliards de ¥ de dettes contre des obligations bancaires, et il avait milité contre la hausse de la dette au budget 2017.

Son départ laisse l’écho d’un message : Lou, chef d’orchestre de la finance nationale, était gênant, omniprésent, remuant trop de choses… Sa mise à l’écart force à conclure qu’en fin 2016, la concentration du pouvoir autour de Xi compte plus que la réforme.

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