Hong Kong : « Un pays, un système »?

Le 7 novembre, à Pékin, l’ANP (le Parlement national) franchissait un Rubicon en cassant l’élection de deux membres au Legco hongkongais (l’enceinte de la Région Administrative Spéciale) qui venaient de saboter leur serment d’intronisation. Sixtus Leung et Yau Wai-ching, indépendantistes élus, avaient porté des insultes indirectes à la nation chinoise. C’était plus que la droite conservatrice de l’île et que la nomenklatura à Pékin ne pouvaient admettre.
L’ANP décrétait donc que dorénavant, les édiles hongkongais devraient prêter serment avec « sincérité et solennité » – un principe subjectif, qui ouvre la porte à toutes les dérives. Elle précise que son verdict est rétroactif, et prive aussi ces deux députés d’une session « de rattrapage » – deux modalités peu compatibles avec un système démocratique. Plus grave enfin, par ce jugement express, Pékin vient d’intervenir dans la vie publique du Rocher, un acte dont elle avait promis de s’abstenir par le Traité sino-britannique de dévolution signé en 1984 par Deng Xiaoping : d’ici 2047, elle garantissait à l’île « 50 ans de large autonomie ».

Cette fermeté traduit une volonté de « yanda » (严打), « frapper fort » et tenir à l’avenir les dissidents hors du Parlement. La vague ne s’arrêtera pas là : C.Y. Leung, le Chief Executive d’une loyauté aveugle envers Pékin, n’exclut pas de briser huit autres jeunes élus, ayant aussi fait leur serment de manière persifleuse—une cour hongkongaise instruit l’affaire en ce moment. Surtout, Leung veut déterrer un projet d’« article 23 » à la loi de Sécurité. En 2003, Pékin avait déjà tenté de faire passer au Legco ce texte conçu pour rogner sérieusement les libertés de rassemblement et d’opinion. En deux marches de 500.000 participants, Hong Kong s’était soulevée, et la loi avait donc été retirée. Aujourd’hui, le pouvoir central peut croire le moment venu pour retenter l’aventure. Déstabilisée par 13 ans de crise économique et l’échec de toutes ses tentatives d’obtenir le suffrage universel direct (telles en 2015, les 6 semaines d’occupation du centre ville) Hong Kong pourrait se montrer moins ardente dans la défense de ses droits.

Pourtant, un tel calcul apparaît risqué, et en fin de compte, mauvais connaisseur du fonctionnement de l’île. Face à des rivales comme Canton ou Shanghai, Hong Kong jouit d’une supériorité technique, notamment en matière financière, commerciale ou technologique, due à sa liberté d’organisation et ses institutions démocratiques (ONG, écoles et universités, presse, Legco ou ICAC, agence publique anti-corruption). Ainsi, Hong Kong n’aura pas d’autre choix que de défendre ces libertés. Dès le 6 novembre, une manifestation spontanée réunissait 13.000 démocrates à travers le centre ville… Sur l’île, l’atmosphère est chaude, et le ciel noir.

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