Editorial : Un 1er juillet frappant

Avec une pointe de triomphalisme, le Parti communiste chinois célébrait son 99ème anniversaire le 1er juillet. « Cette grande bataille [contre le Covid-19] a permis de démontrer l’excellence politique du leadership du PCC, et la supériorité de notre système socialiste », pouvait-on lire dans un édito du Quotidien du Peuple, le journal du Parti.

Autre sujet officiel de réjouissance : la perspective d’une paix retrouvée à Hong Kong. En effet, pour marquer le 23ème anniversaire de sa rétrocession à la Chine, Pékin lui offrait une loi de sécurité nationale, et la présentait comme un « cadeau », selon le terme de Zhang Xiaoming, n°2 du Bureau central pour les Affaires hongkongaises. « Cette loi sera comme un ange gardien pour Hong Kong, restaurant la prospérité et la stabilité, commentait Zhang. Par contre, pour la petite minorité qui menace la sécurité nationale, elle sera une épée de Damoclès suspendue au-dessus de leurs têtes ».

Le passage en force de cette loi, contournant le Parlement local, reflète la détermination inébranlable du gouvernement de Xi Jinping de défendre ses intérêts et positions, et d’accroître son contrôle sur des territoires turbulents ou qu’il considère comme relevant de la souveraineté chinoise. C’est valable pour le Tibet, le Xinjiang, mais aussi Hong Kong et Taïwan, en mer de Chine du Sud ou le long de la « ligne de contrôle effectif » avec l’Inde. Pour ce faire, Pékin poursuit une « stratégie de grignotage progressif », avançant ses pions sans en avoir l’air, tout en prenant soin de ne pas aller trop loin. En théorie, cette tactique la met à l’abri de toute réaction vive, mais elle lui vaut bien des inimitiés, réduisant sensiblement sa marge de négociation avec les partenaires étrangers et nuisant à sa réputation à travers le monde… En témoigne, la liste toujours plus longue de querelles en cours avec d’autres pays.

Avec l’Inde, les tensions n’ont jamais été aussi fortes depuis des décennies. Un affrontement mortel entre soldats indiens et chinois dans la région du Ladakh (15juin) a poussé le Président Modi, nationaliste lui aussi, à suspendre ses importations venant de Chine et à bannir 59 applications mobiles chinoises, comme la populaire TikTok. Une mesure qui devrait trouver un certain écho à Pékin, la Chine étant elle aussi très sensible au respect de sa « cyber-souveraineté »… Pour l’instant, Pékin s’est gardé de prendre des mesures de rétorsion, espérant encore faire de New Dehli un allié, particulièrement dans le cadre d’une alliance entre pays membres des BRICS.

Le ton est tout autre avec Washington, les deux plus grandes puissances étant embarquées dans un cercle vicieux de sanctions et de représailles depuis 2018. Si Pékin se permet de hausser la voix, c’est que le leadership chinois est convaincu que l’influence internationale des États-Unis n’a jamais été aussi faible qu’actuellement, le coronavirus continuant de faire des ravages sur le territoire américain tandis que les alliances traditionnelles de Washington ont été mises à mal par la présidence de Donald Trump. Ainsi, toute pression supplémentaire des États-Unis ne fera qu’accentuer le durcissement de la position chinoise. Dans ce contexte, la Chine estime que les USA ne sont plus en mesure de jouer les gendarmes du monde, et en profite. De manière plus globale, si l’Occident ne se positionne pas plus fermement, la Chine pourrait être tentée de prendre des risques plus grands encore, en accélérant la réunification avec Taïwan par exemple.

Interrogé à propos des sanctions imposées par Washington en représailles de la loi de sécurité nationale à Hong Kong, Zhang Xiaoming affirmait que « bien sûr, nous n’avons pas peur ». « Le temps où la Chine se préoccupait de ce que les autres [pays] pensent, et les admirait est révolu », ajoutait-il. Cette déclaration est révélatrice de l’état d’esprit actuel dans les hautes sphères du pouvoir, constatant que les gouvernements occidentaux avancent en ordre dispersé et pourraient bien être des « tigres de papier » (zhǐ lǎohǔ, 紙老虎). Si les calculs de Pékin s’avèrent corrects, cela confortera la perception chinoise de démocraties occidentales en perte de vitesse, paralysées par leurs propres problématiques, incapables de lui tenir tête. Cela donnera également une occasion supplémentaire à Pékin pour vanter la pertinence et l’efficacité du modèle chinois. Si la Chine n’a jamais fait mystère de son ambition de prendre la tête du leadership mondial, il parait désormais clair qu’elle compte bien y arriver sans se plier aux règles établies, selon ses propres termes. Ce faisant, la Chine avance seule contre tous, sans alliés de poids. Même la Russie pourrait commencer à s’inquiéter. Autrement dit, Pékin avance, mais à ses propres risques.

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