Le Vent de la Chine Numéro 27 (2020)

du 6 au 12 juillet 2020

Editorial : Un 1er juillet frappant

Avec une pointe de triomphalisme, le Parti communiste chinois célébrait son 99ème anniversaire le 1er juillet. « Cette grande bataille [contre le Covid-19] a permis de démontrer l’excellence politique du leadership du PCC, et la supériorité de notre système socialiste », pouvait-on lire dans un édito du Quotidien du Peuple, le journal du Parti.

Autre sujet officiel de réjouissance : la perspective d’une paix retrouvée à Hong Kong. En effet, pour marquer le 23ème anniversaire de sa rétrocession à la Chine, Pékin lui offrait une loi de sécurité nationale, et la présentait comme un « cadeau », selon le terme de Zhang Xiaoming, n°2 du Bureau central pour les Affaires hongkongaises. « Cette loi sera comme un ange gardien pour Hong Kong, restaurant la prospérité et la stabilité, commentait Zhang. Par contre, pour la petite minorité qui menace la sécurité nationale, elle sera une épée de Damoclès suspendue au-dessus de leurs têtes ».

Le passage en force de cette loi, contournant le Parlement local, reflète la détermination inébranlable du gouvernement de Xi Jinping de défendre ses intérêts et positions, et d’accroître son contrôle sur des territoires turbulents ou qu’il considère comme relevant de la souveraineté chinoise. C’est valable pour le Tibet, le Xinjiang, mais aussi Hong Kong et Taïwan, en mer de Chine du Sud ou le long de la « ligne de contrôle effectif » avec l’Inde. Pour ce faire, Pékin poursuit une « stratégie de grignotage progressif », avançant ses pions sans en avoir l’air, tout en prenant soin de ne pas aller trop loin. En théorie, cette tactique la met à l’abri de toute réaction vive, mais elle lui vaut bien des inimitiés, réduisant sensiblement sa marge de négociation avec les partenaires étrangers et nuisant à sa réputation à travers le monde… En témoigne, la liste toujours plus longue de querelles en cours avec d’autres pays.

Avec l’Inde, les tensions n’ont jamais été aussi fortes depuis des décennies. Un affrontement mortel entre soldats indiens et chinois dans la région du Ladakh (15juin) a poussé le Président Modi, nationaliste lui aussi, à suspendre ses importations venant de Chine et à bannir 59 applications mobiles chinoises, comme la populaire TikTok. Une mesure qui devrait trouver un certain écho à Pékin, la Chine étant elle aussi très sensible au respect de sa « cyber-souveraineté »… Pour l’instant, Pékin s’est gardé de prendre des mesures de rétorsion, espérant encore faire de New Dehli un allié, particulièrement dans le cadre d’une alliance entre pays membres des BRICS.

Le ton est tout autre avec Washington, les deux plus grandes puissances étant embarquées dans un cercle vicieux de sanctions et de représailles depuis 2018. Si Pékin se permet de hausser la voix, c’est que le leadership chinois est convaincu que l’influence internationale des États-Unis n’a jamais été aussi faible qu’actuellement, le coronavirus continuant de faire des ravages sur le territoire américain tandis que les alliances traditionnelles de Washington ont été mises à mal par la présidence de Donald Trump. Ainsi, toute pression supplémentaire des États-Unis ne fera qu’accentuer le durcissement de la position chinoise. Dans ce contexte, la Chine estime que les USA ne sont plus en mesure de jouer les gendarmes du monde, et en profite. De manière plus globale, si l’Occident ne se positionne pas plus fermement, la Chine pourrait être tentée de prendre des risques plus grands encore, en accélérant la réunification avec Taïwan par exemple.

Interrogé à propos des sanctions imposées par Washington en représailles de la loi de sécurité nationale à Hong Kong, Zhang Xiaoming affirmait que « bien sûr, nous n’avons pas peur ». « Le temps où la Chine se préoccupait de ce que les autres [pays] pensent, et les admirait est révolu », ajoutait-il. Cette déclaration est révélatrice de l’état d’esprit actuel dans les hautes sphères du pouvoir, constatant que les gouvernements occidentaux avancent en ordre dispersé et pourraient bien être des « tigres de papier » (zhǐ lǎohǔ, 紙老虎). Si les calculs de Pékin s’avèrent corrects, cela confortera la perception chinoise de démocraties occidentales en perte de vitesse, paralysées par leurs propres problématiques, incapables de lui tenir tête. Cela donnera également une occasion supplémentaire à Pékin pour vanter la pertinence et l’efficacité du modèle chinois. Si la Chine n’a jamais fait mystère de son ambition de prendre la tête du leadership mondial, il parait désormais clair qu’elle compte bien y arriver sans se plier aux règles établies, selon ses propres termes. Ce faisant, la Chine avance seule contre tous, sans alliés de poids. Même la Russie pourrait commencer à s’inquiéter. Autrement dit, Pékin avance, mais à ses propres risques.


Hong Kong : Pékin fait sa loi

En 15 minutes, les 162 membres du Comité Permanent de l’Assemblée Nationale Populaire ont scellé le destin de Hong Kong, en votant à l’unanimité le 30 juin au matin l’adoption d’une loi de sécurité nationale. Elle était promulguée dans la soirée par la cheffe de l’exécutif hongkongais, Carrie Lam, qui n’avait jusque-là pas eu connaissance du texte définitif, tout comme le reste de la population.  

En gardant délibérément secret le contenu de la loi jusqu’au dernier moment, Pékin réaffirmait sa puissance et son autorité tout en alimentant l’appréhension dans la région administrative spéciale (RAS). Avant même qu’elle soit divulguée, plusieurs organisations politiques pro-démocratie annonçaient leur dissolution, tel le Demosistō de Joshua Wong (23 ans), les commerces « jaunes » retiraient leurs couleurs, tandis que les Hongkongais faisaient le ménage sur leurs réseaux sociaux, redoutant qu’un vieux message ne les conduise en prison…

Jusqu’à présent, Hong Kong était la seule ville de Chine où les libertés individuelles étaient protégées. Cette loi marque donc la fin d’une ère, à la grande satisfaction d’une partie des internautes chinois du continent qui célébraient le « second retour » de Hong Kong à la mère patrie. D’un ton sarcastique, l’un d’entre eux écrivait sur Weibo : « pourquoi les Hongkongais ont-ils le droit de manifester dans les rues et d’accéder librement à Facebook et Twitter ? À partir de maintenant, tout le monde devrait être traité équitablement, ce qui veut dire qu’eux aussi vont goûter à la cuisine à l’huile de caniveau et aux vaccins frelatés »…

L’ambiance était donc délétère dans la région administrative spéciale (RAS) à la veille du 23èmeanniversaire de la rétrocession de l’ex-colonie britannique à la Chine, le 1erjuillet 1997. Ironiquement, à la même date il y a 17 ans, un demi-million de Hongkongais défilaient dans les rues pour réclamer l’abandon d’un texte anti-subversion beaucoup moins répressif que celui adopté aujourd’hui.

En effet, la portée de la loi dépasse les prédictions les plus pessimistes. Concrètement, Pékin s’accorde le droit d’arrêter n’importe qui, pour des crimes aux définitions plus ou moins vagues (« le séparatisme, le terrorisme, la subversion et la collusion avec des forces étrangères »). Des règles du jeu arbitraires bien connues sur le continent, mais inédites dans la RAS. Pékin pourra donc extrader des Hongkongais ou des ressortissants étrangers vers le continent pour les juger. C’est cette même disposition qui avait mis le feu aux poudres en juin 2019. Des agents secrets n’ayant aucun compte à rendre à la justice hongkongaise auront pour mission de surveiller étroitement les membres de l’opposition. La loi stipule également que tous les élus n’ayant pas « solennellement » prêté serment ou affiché leur soutien à la loi seront « disqualifiés ». Un mauvais présage pour les élections au Legco de septembre…

Les peines encourues oscillent entre quelques années de prison pour les affaires « mineures », à la perpétuité pour les cas les plus graves. Ainsi, les participants à des rassemblements pacifiques pourront écoper de 10 ans de prison si un lien avec des « forces étrangères » est suspecté. Demander que des sanctions soient imposées sur Hong Kong ou sur la Chine, comme l’a fait le nouvel exilé Nathan Law lors d’une vidéo-conférence avec le Congrès américain le 1erjuillet, sera désormais considéré comme un crime de collusion avec l’étranger. Et toute personne en possession d’un drapeau, d’une bannière, ou chantant un slogan réclamant l’indépendance de Hong Kong (ou de Taïwan, du Tibet, du Turkestan oriental) sera arrêtée.

Le 1erjuillet, ils étaient tout de même quelques milliers dans les rues à braver l’interdiction de manifester pour motif épidémique (une première depuis 2003), jouant au chat et à la souris avec des policiers brandissant de nouveaux drapeaux violets (cf photo), les avertissant qu’ils enfreignaient la loi. Ainsi, moins de 24h après l’entrée en vigueur de la loi, sur les 370 manifestants arrêtés, 10 l’étaient pour des motifs de sécurité nationale.

Même si cette loi a reçu le soutien des milieux d’affaires n’appréciant guère l’agitation sociale, et que la bourse de Hong Kong n’a pas plongé grâce aux capitaux chinois, elle crée un climat d’incertitude indéniable. 

La grande question sera bien sûr le degré d’application de la loi. La nomination de deux partisans de la ligne dure, Luo Huining, chef du bureau de liaison, à la tête du nouveau « comité pour la protection de la sécurité nationale » et Zheng Yanxiong (ayant prouvé sa valeur lors des émeutes de Wukan en 2011) au « bureau pour la sécurité nationale », ne laisse rien présager de bon. Il faut donc s’attendre à ce que des personnalités de l’opposition en soient les premières victimes, en guise d’exemple. 

Lors des manifestations de l’an dernier, de nombreux observateurs craignaient que Pékin décide de rétablir l’ordre dans la RAS en y envoyant ses soldats. Mais force est de constater qu’entre le printemps 1989 et l’été 2020, le gouvernement chinois a changé ses méthodes, préférant avoir recours à un arsenal législatif plutôt que militaire. Cependant, l’objectif reste le même : intimider, voire terroriser toute voix dissonante. Pour Pékin, il était hors de question de laisser Hong Kong devenir une base de subversion, défiant l’autorité du Parti sous le regard du monde entier, et dont l’influence toxique menaçait de se répandre sur le continent. Voilà pourquoi il était primordial pour Pékin de reprendre la main, et cela, peu importe les conséquences internationales (représailles, sanctions, perte du statut économique spécial…).

Cette loi est surtout l’expression d’un projet politique plus large que le système central a pour Hong Kong. Constatant ces dernières années que les « deux systèmes » avaient pris le dessus sur le « un pays », Pékin s’est attelé à éroder progressivement le « haut degré d’autonomie » accordé à la RAS afin de réaffirmer sa souveraineté sur le territoire et rétablir le rapport de force en sa faveur. Ainsi, au lendemain d’Occupy Central en 2014, l’ « interventionnisme » de Pékin au sein des affaires hongkongaises s’est accéléré : extradition forcée de libraires et de milliardaire, disqualification des députés de l’opposition, fin du principe de non-ingérence auquel était soumis le bureau de liaison, arrestations de personnalités du mouvement pro-démocratie, loi sur l’hymne national… Et Pékin ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Il faut s’attendre à davantage « d’harmonisation » de la société hongkongaise à l’avenir : une éducation patriotique renforcée dans les écoles et les universités, une mise au pas des médias, des avocats, des ONG, et un contrôle de l’internet… Du déjà-vu en Chine.

Même si l’opposition risque d’en prendre un coup, la résistance pourrait perdurer sous d’autres formes, les manifestants hongkongais ayant déjà prouvé leur créativité en utilisant des moyens détournés pour exprimer leurs opinions – un exercice que pratiquent les internautes chinois de longue date. Certains feront le choix de l’exil. Royaume-Uni, Taiwan, Australie ont déjà tendu la main aux éventuels candidats. Mais pour ceux qui restent, le choix est clair : renoncer à leur activisme politique ou faire une croix sur leur liberté. 23 ans après la rétrocession, Hong Kong n’a jamais été aussi chinoise.


Spatial : Mise en orbite de Beidou, le GPS chinois

« Trois, deux, un… mise à feu ». Le 23 juin à 9h43, les Chinois ont pu suivre à la télévision le lancement de la fusée Longue-Marche 3B dont la mission était de placer en orbite un satellite BeiDou (BDS-3). Signe de l’importance de l’évènement, le décollage était diffusé en direct, tranchant avec l’habituelle annonce officielle une fois les satellites correctement positionnés dans l’espace. En effet, avec cet ultime satellite, le 30ème opérationnel de la troisième génération, la Chine a achevé en seulement trois ans le déploiement de son système de navigation et de géolocalisation BeiDou . Avec six mois d’avance sur le calendrier officiel, l’évènement marquait ainsi une nouvelle étape dans l’ascension de la Chine en tant que grande puissance spatiale. Cette annonce suscitait la fierté de la nation, faisant écho à l’histoire millénaire de la Chine et de ses inventions, comme la boussole. Depuis le lancement en 1994 du programme BeiDou (parfois appelé Compass), 100 000 scientifiques et ingénieurs chinois ont participé à la mise au point de ce système, pour un investissement de 10 milliards de $.

Une première génération de BeiDou (北斗), dont le nom désigne en mandarin la constellation de la « Grande Ourse », était déjà opérationnelle en Chine en 2000, puis pour l’ensemble de la région Asie-Pacifique en 2012 – à l’instar des systèmes indien (NavIC) et japonais (QZSS ou « Michibiki », en complément du GPS) qui n’offrent qu’une couverture régionale. Désormais, BeiDou offre une couverture mondiale, permettant ainsi à la Chine d’intégrer le « G4 » des puissances disposant d’un tel système : les États-Unis avec le GPS, la Russie avec son système Glonass, et l’Europe avec le programme civil Galileo (dont les derniers satellites devraient être lancés avant 2021). En une alliance incongrue, la Chine s’était même engagée à investir 200 millions d’euros dans Galileo en 2003, avant d’en être exclue quatre ans plus tard par des membres de l’UE craignant des transferts de technologies. De son côté, la Chine aurait été exaspérée par la lenteur du projet européen…

C’est toutefois bien plus tôt que la Chine aurait été convaincue de l’importance stratégique de disposer de sa propre « constellation satellitaire », comme les autres puissances avant elle. L’incident remonte à la 3ème crise du détroit de Taïwan en 1996, lorsque deux missiles destinés à dissuader Taipei de tenir sa première élection présidentielle au suffrage universel direct tombèrent à l’eau… Un échec que Pékin imputa à une coupure du signal GPS par l’US Army. « Une humiliation inoubliable » des mots d’un haut gradé de l’APL. Depuis lors, il était devenu prioritaire pour la Chine d’assurer sa souveraineté nationale en mettant à l’abri ses opérations militaires d’une éventuelle interruption de service en cas de conflit armé avec les États-Unis ou l’un de leurs alliés. Un objectif rendu encore plus pertinent dans le contexte actuel de découplage, voire de « nouvelle guerre froide », entre Pékin et Washington.

Bénéficiant de technologies plus récentes que celles du GPS (opérationnel en 1995, et en cours de modernisation), BeiDou se targue d’une précision en version militaire pouvant aller jusqu’à 10 cm en Asie-Pacifique et 10 m en version civile. Mais le GPS chinois doit encore faire ses preuves : « les performances de la « Grande Ourse » doivent être démontrées au-delà de la région Asie Pacifique », commente un expert. Cependant, il ne s’agit pas d’évincer le GPS américain : l’utilisateur pourra recevoir simultanément des signaux de différents systèmes afin d’en accroître la précision selon les circonstances (dans un « canyon urbain » par exemple) et la région géographique où il se trouve.

BeiDou devrait également permettre de stimuler l’économie chinoise en multipliant ses applications. En effet, cet outil permet de synchroniser dans le temps les opérations bancaires, d’offrir des services de positionnement utiles pour l’industrie minière ou l’agriculture intelligente, de guider piétons, automobilistes, cargos, mais aussi les secouristes en cas de catastrophes naturelles. Cela a été le cas dès 2008, quand BeiDou a aidé à localiser les victimes du dévastateur tremblement de terre de Wenchuan (Sichuan). C’est ainsi que le gouvernement chinois a ordonné que tous ses camions de livraison, véhicules postaux, cars, bus, ferries et chalutiers soient reliés à BeiDou et son novateur « système de messagerie » pour les urgences et le sauvetage, permettant ainsi d’être alerté en cas d’accident, une fonctionnalité que ne possèdent pas les systèmes américain, russe ou européen.

À l’heure d’aujourd’hui, 70% des smartphones vendus en Chine, de marque Huawei, Oppo, Xiaomi, Vivo, Samsung, sont compatibles avec BeiDou. Fin 2019, quelque 6,6 millions de véhicules embarquaient des récepteurs BeiDou. Un chiffre amené à augmenter puisqu’un plan gouvernemental publié il y a deux ans stipule que tous les nouveaux modèles de voitures sortis en 2020 devront être reliés au système BeiDou. Pour l’aviation, il est encore trop tôt, faute de standards et de certifications des récepteurs…

Au total, le secteur de la navigation par satellite devrait représenter 400 milliards de yuans (50 milliards d’euros) d’ici la fin de l’année. Et ce n’est qu’un début : à l’avenir, BeiDou devrait permettre à la Chine d’accélérer le développement des technologies liées aux véhicules autonomes, à l’intelligence artificielle, la 5G… Et maintenant que la couverture de BeiDou est mondiale, la Chine devrait redoubler d’efforts pour en faire la promotion le long de ses « nouvelles routes de la soie ». La Thaïlande, l’Iran, la Birmanie, le Cambodge, l’Indonésie, l’Ouganda ont déjà fait confiance au « GPS chinois ». Selon Yang Chengfeng, ingénieur en chef, « BeiDou offre une alternative aux pays désireux de réduire leur dépendance vis-à-vis du système américain ». Un argument qui a fait mouche au Pakistan, dont les militaires utilisent la même version de BeiDou que l’armée chinoise. À ce jour, BeiDou serait déjà utilisé dans une centaine de pays.


Blog : « A Pékin, 10 millions de dépistés, et moi, et moi, et moi… »
« A Pékin, 10 millions de dépistés, et moi, et moi, et moi… »
Après 55 jours sans nouvelle infection à Pékin, un nouveau foyer de Covid-19 dans le plus grand marché alimentaire de gros (332 cas au 4 juillet) a déclenché une large campagne de dépistage à travers la ville. 
Ont été testés en priorité et souvent gratuitement, les personnes ayant fréquenté le marché de Xinfadi, les commerçants, les restaurateurs, puis les livreurs (de repas), les coiffeurs, les manucures, les professeurs d’université…
Prenant les devants, certains quartiers ont transformé leurs jardins publics ou les cours de récréation de leurs écoles en points de dépistage en plein air, où les résidents ont été priés de se rendre tour à tour. 
Les entreprises prennent aussi l’initiative de tester leurs employés. Même si la procédure n’est pas obligatoire, difficile pour un salarié de refuser de se faire dépister alors que tous ses collègues ont joué le jeu.  
Ainsi, les 128 points de dépistage de la capitale ont été pris d’assaut depuis que le Covid-19 est de retour en ville. Il fallait compter plusieurs heures d’attente dans certains centres de test. Impossible d’obtenir un rendez-vous dans une clinique ou un hôpital d’ici plusieurs jours, voire semaines !
Grâce à une application mobile prénommée « iKang » (爱康), il est possible de géolocaliser les centres autour de soi et de visualiser leurs créneaux disponibles afin d’éviter toute période d’affluence.
Au choix sur l’application, la formule de dépistage du Covid-19 à 180 yuans ou celle le combinant à un test sérologique pour 216 yuans de plus détectant la présence d’anticorps dans le sang et permettant ainsi de savoir si l’on est immunisé (ou non) contre le virus (tests respectivement facturés 120 RMB et 40 RMB dans les hôpitaux publics).
Option originale mais très populaire dans cette clinique privée, la possibilité de venir se faire dépister sans descendre de sa voiture, comme au McDonald’s ou au cinéma en plein air !

Le jour J, tous les candidats au dépistage sont accueillis dans le grand parking extérieur. Après avoir donné sa température et montré son code QR de santé à des employés en combinaison blanche, il faut faire la queue, le masque sur le visage, tout en prenant bien soin de garder ses distances avec la personne précédente, pour s’enregistrer et collecter son tube à essai sous une tente de fortune. 
Le test en lui-même se déroule sous l’ombre d’un arbre sur un simple tabouret, où des dizaines de patients défilent toutes les heures. L’infirmière a le regard bienveillant derrière ses lunettes en plexiglas : « les premiers jours, cela a été la cohue, maintenant il y a moins de monde », affirme-t-elle.
A chaque patient, elle demande d’ouvrir bien grand la bouche tandis qu’elle récolte de la salive à l’aide d’un long coton-tige durant quelques secondes. Le processus n’est pas douloureux, mais entraîne un réflexe de déglutition. Toutefois, la plupart des dépistés s’estiment heureux de n’avoir pas à subir le prélèvement par voie nasale, nettement plus désagréable… Puis, sans perdre une seconde, l’infirmière brise le coton-tige, l’insère dans le tube à essai nominatif, puis le range dans une glacière. « Le résultat sera disponible sous trois jours sur l’application », précise-t-elle en pointant du doigt la sortie.  Elle terminera sa journée à 22h.

Cette campagne de dépistage volontaire vise bien sûr à rendre chacun plus serein. A la sortie de la clinique, une sexagénaire se confie : « je fais ce dépistage pour moi-même bien sûr, mais surtout pour rassurer les autres ».
Malgré les grands moyens déployés, les laboratoires sont débordés et les résultats tardent à être communiqués aux patients. Certains l’attendent toujours cinq jours après… Or, un test d’acide nucléique daté de moins de sept jours était exigé jusqu’au 3 juillet pour pouvoir quitter la ville, et est très souvent demandé à destination. Alors, pour gagner du temps, certains centres collectent les échantillons de jusqu’à cinq personnes dans un seul tube à essai. Si l’une d’entre elles est contaminée, chacun devra revenir se faire tester, individuellement cette fois. Une méthode également employée à Wuhan, lorsque la municipalité a voulu dépister ses 11 millions d’habitants en 10 jours. Au total, Pékin aurait testé plus de 10 millions de personnes parmi ses 21 millions d’habitants entre le 12 juin et le 3 juillet, soit près de 48% de la population.

Petit Peuple : Shanghai : Zhu Xiaodong et son mariage de glace (3ème partie)

Le 1er février 2017, Zhu Xiaodong se rend à la police, après avoir étranglé sa femme et avoir caché son corps durant 105 jours dans un congélateur.

Une fois en prison, Zhu Xiaodong réalisa effaré qu’il ne contrôlait plus rien de sa vie. Parmi les 12 détenus dans sa cellule se trouvaient de dures racailles, tel ce chef de triade, chauve baraqué au front saillant qui lui avait désigné son lit (le plus mauvais) et toutes les corvées – balayage, lessivage du sol, nettoyage du seau d’aisances, et lavage de ses effets personnels. Au centre de détention, tous étaient au courant de son chef d’inculpation, crime mal vu dans ce milieu. Zhu s’était donc retrouvé ostracisé, brimé, permettant au chef de bande de le forcer à devenir son mignon.

A tout moment, surtout la nuit, revenait le hanter le film de son crime. Il revoyait chaque phase avec froideur, comme si c’était l’œuvre d’un autre, moins poussé par le remords que par l’incertitude. Car l’avocat ne le lui avait pas caché : il risquait la mort, et l’enquête judiciaire n’évoluait pas bien. Chaque semaine au centre d’interrogatoire, les enquêteurs multipliaient leurs interminables questions, mettant à mal l’interprétation que son avocat lui avait conseillé de suivre. Il prétendait avoir tué sa femme sous le coup de la colère, après la découverte d’une infidélité. Le congélateur, il l’avait acheté par hasard – pour stocker la nourriture de ses reptiles d’élevage. Il y avait enveloppé sa femme dans leur couette rouge nuptiale, parce qu’il l’aimait : il avait voulu la protéger du froid dans l’au-delà. Il avait vidé ses comptes bancaires, mais seulement le lendemain : il fallait bien vivre… il était sans ressources, ayant perdu son emploi quelques semaines plus tôt. S’il s’était fait passer pour Liping auprès de ses amies sur son portable entre le meurtre et son arrestation, c’était pour leur éviter le choc de l’horrible nouvelle. Enfin, il y avait eu sa tentative de suicide, et sa décision le lendemain de se constituer prisonnier : c’étaient autant de preuves de ses remords sincères et de sa capacité à assumer son acte, non ?

Au tribunal intermédiaire de Shanghai, sa comparution eut lieu le 23 août 2018, 18 mois et 23 jours après les faits. Le procès fut expédié en quelques heures devant une salle bondée d’échotiers de feuilles à scandale. L’ambiance fut catastrophique pour l’accusé. Il eut beau implorer le pardon de l’ex-belle famille, trop de preuves de la préméditation s’accumulèrent implacablement, faisant voler en éclat toute présomption d’innocence. Le congélateur avait été acheté 15 jours plus tôt, juste à la bonne taille de Liping, en même temps qu’une dizaine de polars décrivant autant de manières de se débarrasser d’un encombrant cadavre. Contrairement aux dires de l’accusé, un des  comptes de la morte avait été siphonné le jour de l’étranglement, ce qui dévoilait l’immoralité de son auteur. D’autant qu’après coup, Zhu s’était jeté dans la débauche, amenant à l’hôtel des prostituées qu’il enregistrait sous la carte d’identité de la défunte. Le fait qu’il se soit spontanément rendu, ne changeait en rien la nature « vile et haineuse du crime », ni la préméditation : il fut condamné à mort, sous les applaudissements de la salle, et du pays entier – à cette date, ils étaient déjà 40 millions de d’internautes chinois à s’être passionnés pour l’affaire.

Xiaodong fit appel. Mais son avocat avait beau chercher, il ne pouvait apaiser les appels à mort. A cette époque, Xiaodong retourna au bouddhisme, méditant chaque jour dans sa cellule – le verdict de peine capitale lui avait valu le douteux privilège de quatre murs pour lui seul. Son aspect physique s’était dégradé. Face à la cour intermédiaire en 2018, il se défendait droit dans son costume de playboy et sa chemise. Mais le 5 juillet 2019 devant la haute cour, il comparaissait dos vouté, vêtu d’un T-shirt et d’un short, dévoilant des mollets blafards sans dignité… Il ne fallut qu’une petite heure à la juge pour confirmer la peine capitale.

Il ne restait plus à Zhu Xiaodong qu’une chance infime, celle d’une révision par la cour suprême à Pékin. Durant les 11 mois qui lui restaient à vivre, il se raccrocha à cette planche de salut, priant sous la direction d’un moine bouddhiste qui lui rendait visite chaque semaine.

Loin de s’estomper, sa notoriété fit tache d’huile : en mai 2020, 110 millions de visiteurs – un chinois sur treize – suivaient sur internet son histoire et ses photos, à commencer par celles de sa femme durant sa courte vie, et celle de l’infâme frigo. C’est alors que tomba la sentence de Pékin confirmant l’ordre d’exécution. Le 4 juin 2020, enfin, 1310 jours après le meurtre, Xiaodong agenouillé reçut dans la nuque sa balle fatale. Face à la meute des journalistes Yang Ganlian, le père de la mariée, fit état de son soulagement : « aujourd’hui, au cimetière, j’aurai enfin pour ma fille une bonne nouvelle ». A proprement parler, c’était une faute de logique : car s’il existe une autre vie dans l’au-delà, la jeune morte avait du découvrir bien avant que son père ne le lui dise, que son mari était en train de la rejoindre dans ses limbes…

A tout le moins, la réaction du père permettait à l’observateur de découvrir cette vérité éternelle : transcendant les langues et les cultures, la loi du talion existe en mandarin, sous l’exacte même formule : « œil pour œil, dent pour dent » ( 以眼还眼以牙还牙, yǐyǎn huán yǎn, yǐ yáhuányá).


Rendez-vous : Semaines du 6 juillet au 2 août
Semaines du 6 juillet au 2 août

 7-8 juillet, Shanghai : Luxe Pack Shanghai, Salon du packaging des produits de luxe, confirmé

8-10 juillet, Shanghai : Aluminium China & Lightweight AsiaLe plus grand salon asiatique de l’industrie de l’aluminium, annulé, prochaine édition du 7-9 juillet 2021

8-10 juillet, Shanghai : China Wedding ExpoSalon du mariage, confirmé

8-10 juillet, Shanghai : TCT Asia, Salon de l’impression numérique 3D et des technologies de production additive , confirmé

8-11 juillet, Shanghai : Photo & Imaging Shanghai, Salin de des tegnologies de la photographie, du son et de l’image grand public, maintenu à priori

13-14 juillet, Shanghai : PlaytimeSalon international dédié à l’univers de l’enfant et des vêtements de maternité, confirmé

14-16 juillet, Shanghai : Intermodal Asia,Salon et conférence sur le transport naval et la logistique portuaire, annulé, prochaine édition du 16-18 mars 2021

14-16 juillet, Canton: Watertech GuangdongSalon international de la gestion de l’eau, confirmé

15-17 juillet, Shanghai : CBME – Children – Baby – Maternity Expo, Salon international de l’enfant, du bébé et de la maternité, reporté au 10-12 octobre

15-17 juillet, Shanghai : ESBSalon international des matériaux de construction et de la décoration intérieure, confirmé

18-30 juillet, Canton : CIFF – China International Furniture Fair, Salon international de l’ameublement,  confirmé

21-24 juillet, Shanghai : APPPExpo – Shanghai International Ad & Sign Technology & Equipment ExhibitionSalon chinois international de la publicité et des supports publicitaires,  confirmé

21 – 24 juillet : Bakery China, Salon international de la boulangerie et de la patisserie, annulé, prochaine édition du 27-30 avril 2021

23 – 25 juillet, Shanghai : Luxehome,Salon international des produits de la maison et de la décoration intérieure,  confirmé

24 – 26 juillet, Pékin : AIFE – Asia Import Food Expo,Salon international de l’agroalimentaire,reporté au 11-13 octobre

24 – 26 juillet, Pékin : CIHIE – China International Healthcare Industry Exhibition, Salon chinois international de l’industrie de la santé, reporté au 11-13 octobre

29-31 juillet, Shenzhen : IOTE – International Internet of Things Exhibition, Salon international des solutions informatiques  et des technologies IoT, confirmé

30 juillet-2 août, Shanghai : Shanghai World Travel Fair, Salon mondial du voyage, annulé, prochaine édition en 2021

31 juillet –3 août, Shanghai : ChinaJoy Digital Entertainment Expo and Conference, Salon des jeux vidéo, confirmé