Portrait : Li Yunze, nouveau tsar de la supervision financière

Li Yunze, nouveau tsar de la supervision financière

La nouvelle a créé la surprise. Pour diriger la toute nouvelle tutelle financière (NFRA – National Financial Regulatory Administration), née d’une restructuration annoncée lors de la dernière session parlementaire en mars, Pékin a choisi Li Yunze. Originaire de Yantai (Shandong), titulaire d’un doctorat en économie, l’homme a passé 23 ans à la China Construction Bank sans toutefois accéder à un poste de direction, puis est devenu vice-Président de la banque ICBC de 2016 à 2018, avant d’être promu vice-gouverneur au Sichuan, où il a su gérer avec doigté les risques posés par les banques régionales. Le banquier retrouve ainsi au sommet du pouvoir son supérieur hiérarchique au Sichuan et expert en santé publique, Yin Li*, propulsé à la tête de la municipalité de Pékin lors du XXème Congrès.

La nomination de Li Yunze a surpris les observateurs, qui s’attendaient à ce que Pékin choisisse un cadre avec davantage d’expérience au niveau central et d’expertise, comme Yi Huimian, président de la Tutelle boursière (CSRC) et ancien patron de Li à ICBC, ou encore Zhu Hexin, président du Citic Group.

En outre, le leadership avait annoncé à l’issue du Parlement maintenir l’équipe « financière » en poste, à savoir le gouverneur de la Banque centrale, Yi Gang, qui aurait dû partir à la retraite, ainsi qu’un bon nombre de ministres (commerce, finances…), au nom de la continuité des politiques existantes. Ainsi, la nomination de Li Yunze dénote dans ce paysage « d’anciens ».

Face à ces « poids lourds » de la finance, Li Yunze, âgé de 52 ans seulement, devra prouver qu’il est l’homme de la situation. Son objectif premier à la tête de la NFRA sera de garantir la stabilité du système financier chinois. Une mission d’autant plus sensible que le dette des gouvernements locaux atteint des sommets et pourrait enrayer la relance économique voulue par Pékin.

La NFRA, qui a absorbé la tutelle des banques et des assurances (CBRIC) ainsi que quelques fonctions de la Banque centrale, sera chargée de superviser tous les secteurs de l’industrie financière, qui pèsent ensemble 61 000 milliards de $. Seul le secteur boursier restera entre les mains de la CSRC. Cette nouvelle division des tâches semble tout droit inspirée du « Twin Peaks », un modèle de régulation financière à deux pôles, l’un chargé des marchés (CSRC), l’autre de la dimension prudentielle (NFRA).

Cette restructuration coïncide avec un nouvel effort des inspecteurs de l’anti-corruption, qui ont reçu pour consigne d’assainir le secteur financier. Parmi leurs récentes victimes, Liu Liange, l’ex-président de la Bank of China ou encore Fan Yifei, l’ancien vice-gouverneur de la Banque centrale. Dans un tel contexte, pas étonnant qu’un « outsider » comme Li Yunze ait été choisi pour diriger la NFRA !

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* Yin Li est considéré comme un fidèle de Xi Jinping, puisqu’il est l’ex-secrétaire du Parti au Fujian, l’une des bases arrières de Xi. Par ailleurs, le fait que des alliés d’alliés de Xi soit promus aujourd’hui, reflète l’épuisement du réseau personnel du Président, qui n’a d’autre choix que de faire confiance à ses proches pour pourvoir les postes-clés.

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1 Commentaire
  1. severy

    Quand on pense que la réserve en devises étrangères était d’environ 90 milliards $ en 1990, les 61 trillons $ du secteur financier actuels font hausser les sourcils.
    (Montants sous toute réserve)

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