Editorial : Le ballon rond, sur l’herbe verte…

Le week-end du 28/02, l’internet chinois s’emballa pour « Sous le dôme », vidéo environnementale par Chai Jing, ex- vedette de TV. Fruit d’un an de travail et d’1 million de ¥ d’investissement, ce documentaire était bâti sur la trame d’« Une vérité qui dérange », le film d’Al Gore de 2006. Alternant animations, séquences filmées et souvenirs vécus, Chai accusait l’air sale pékinois d’avoir fait naître son bébé avec une tumeur – bénigne heureusement. Filmant les cheminées d’usines aux volutes noires, elle reprenait la déclaration de Chen Zhu, ex-ministre de la Santé : 500.000 Chinois par an décèdent prématurément pour cause de pollution de l’air. Elle accusait les pétroliers de bloquer l’adoption de normes strictes au carburant. Enfin, elle adjurait les citoyens d’agir, afin d’« aider le pouvoir à améliorer la lutte » pour l’environnement. Dans l’histoire médiatique du pays, ce fut un succès unique : ce thème très sensible pour l’opinion fut présenté avec forte vulgarisation et sous un ton affectif adoré des Chinois. En 48 heures, le film reçut 175 millions de clics – un internaute sur trois. Derrière ce succès, se devine le soutien du pouvoir. Les media multiplièrent citations, éditoriaux, hyperliens. Chen Jining, le nouveau ministre de l’Environnement adressa ses félicitations. Chose très atypique à la veille du Plenum, la censure fut bénigne, quasi-souriante. Il faut dire que le message largement inoffensif évitait toute attaque gouvernementale. La retenue des censeurs était méritoire : le timing de la sortie lui assurait un impact maximal, à 5 jours de la double Assemblée (两会), de la Commission Consultative CCPPC (03/03) et de l’Assemblée Nationale ANP (05/03). Le reportage de 104 minutes « préchauffait » le débat sur le thème environnemental dans les deux enceintes, promettant d’être un des terrains sur lequel Pékin veut avancer. C’est peut-être un compte à rebours, pour le Sommet de l’ONU, COP 21 de Paris fin novembre, qui ambitionne d’adopter un plan de limitation mondiale des émissions de CO2…Après 3 jours de « buzz », les roues dentées de la censure s’ébranlèrent enfin, pour laisser place nette aux débats des édiles nationaux. Mais le message était passé, et la population avait été ravie, 72 heures durant, par une apparence de démocratie directe. 

L’actualité veut qu’à la même période, le pouvoir se penche sur un autre sujet populaire : le football, discuté le 27/02 au « Groupe de travail sur la réforme intégrale » sous la direction de Xi Jinping-même : un honneur jamais vu pour le ballon rond. Un plan décennal était adopté, destiné à arracher ce sport à son faible niveau international. Dès 2015, une heure de football par un professeur qualifié sera au programme dans 6000 écoles, devant passer à 20 000 d’ici 2017. Le 2 mars, Xi réitéra son engagement envers le ballon rond : devant le Prince William, Duc de Cambridge, en visite chinoise pour quatre jours. 

Entre l’environnement et le football, sujets apparemment disparates, quel lien peut-il y avoir ? À la veille du rendez-vous annuel avec les édiles, Xi Jinping avait à cœur de montrer que loin de limiter son action à la chasse aux corrompus, il savait aussi se montrer près des préoccupations du peuple – de façon cette fois tangible, le « Rêve de Chine » rejoint celui de la rue chinoise.

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