Agroalimentaire : Le riz hybride chinois recordman, mais…

Le 20/09, succès indéniable pour l’agronomie chinoise : à Longhui (Hunan), une sélection de riz hybride, le DH2525, vient de porter le record mondial de rendement à 13,9 tonnes à l’hectare, le double de la moyenne nationale (6,3), le triple de la mondiale(4,3). Technique classique distincte de la manipulation génétique (OGM), l’hybridation consiste en la fertilisation croisée de deux lignées parentales. Par sélection des plants, on développe des caractères tels la résistance (froid, sec), la valeur nutritive, le rendement…

Cette recherche a un père officiel : Yuan Longping, (cf. photo) 81 ans, directeur de la recherche nationalle sur le riz hybride depuis le centre de Changsha (Hunan). Dans les années ’70, il a l’idée de croiser des espèces avec une souche sauvage dont l’organe mâle est stérile et parvient, avec d’autres chercheurs, au séquençage à haut débit du génome du riz, ce qui lui vaut en 2004 le prix mondial de l’alimentation de l’ONU.

En riz, la Chine est à la pointe de l’hybridation, et y consacre le plus de moyens dans le monde. «La technique n’a pas modifié le patrimoine génétique du riz depuis sa domestication, 9 à 11 000 ans en arrière», estime Alain Bonjean, DG de Limagrain-Chine. Alors pourquoi un tel engouement officiel pour cette voie à l’ancienne ?

[1] C’est au bassin du Yangtzé que le riz serait né, dit une étude génomique de mai 2011 réalisée par Stanford (NY). Avec 30 millions d’ha en 2011, dont 60% en hybride, le riz est l’aliment de base pour 60% d’habitants. Pour l’Etat, cette riziculture spéciale est « un instrument d’autopromotion » vis-à-vis de la population. Le record, succès indéniable, est aussi « le fruit d’une évolution normale, 30 ans d’efforts menés depuis Deng Xiaoping»: en 2000, la Chine franchissait la barre des 10,5 t/ha, et les 12 t/ha en 2004.

[2] Pour les autorités, le riz hybride permet aussi une valorisation nouvelle du sol. Aujourd’hui, il a permis un gain de 15 à 20% en productivité : il libère des terrains autour des villes pour l’industrie et l’urbanisation. Ce qui explique une pression politique et commerciale pour son usage, perceptible dans les zones de culture traditionnelle rizicole.

[3] Enfin, depuis 10 ans, les semences de riz hybride chinoises s’exportent. Commercialement, ce n’est pas hyper rentable, mais elles deviennent une arme politique contre la malnutrition et un argument fort dans les échanges avec le Tiers-Monde. Par exemple, quand il s’agit d’obtenir les ressources minières ou énergétiques des «nouveaux amis africains», et d’autres pays pauvres d’Asie ou d’Amérique du Sud : la Chine ouvre une relation « affective », à long terme, en leur offrant un « package» global de développement, incluant une riziculture « made in China».

Mais ce riz hybride n’a pas que des qualités. Le chercheur Li Changping par exemple, dénonce son mauvais goût par rapport aux variétés traditionnelles ; ses besoins accrus en engrais ; sa résistance moindre aux crues et aux tempêtes, et surtout la dépendance du paysan envers ces semences qu’il doit acheter à chaque semaille (car l’hybride, bien que plus productif que la variété de base, doit être refabriqué chaque année—travail de spécialiste). Pour Li, compte tenu de tous ces handicaps, le véritable gain économique de l’hybride par rapport à la semence classique, ne serait que de 5 à 10%, et l’Etat devrait donc laisser l’agriculteur libre de ses options…

Enfin, dans son choix du « tout hybride », l’Etat chinois reste isolé : sur les 180 millions ha de riz dans le monde, seuls 20 millions ha sont hybrides—dont 17 millions au Céleste Empire.

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