Editorial : Pékin face à Moscou – l’art de se faire dire ‘non’

Inusable, le 1er ministre Wen Jiabao est reparti du 2 au 8/11 en Asie Centrale et en Russie, pour une mission vibrante de sous-entendus – à fleurets mouchetés!

A Tashkent (2/11), au meeting de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) entre  Ouzbekistan (le pays-hôte), Chine, Russie, Kirghizstan, Tadjikistan et Kazakhstan, un projet russe, certain d’agacer les pays de l’Ouest, était discuté: un club du pétrole et du gaz destiné à favoriser les échanges entre membres, au détriment des autres acheteurs mondiaux, tels Japon et Europe.

Trois jours plus tard pourtant, à Dushanbe (Tadjikistan), Wen Jiabao signait avec sept pays un projet régional doté de 19MM$ sur 10 ans, série de routes Nord-Sud et de six axes ferroviaires destinés à «rouvrir la route de la soie » entre Mongolie, Azerbaïdjan, Turquie, Asie du Sud et Proche Orient : faire que l’Asie Centrale reçoive davantage que ses 1% actuels des échanges Europe-Asie. Un tiers des fonds sera utilisé en Chine, et près de la moitié sera financé par les cinq banques internationales de l’IDB (Inter-American Development Bank), BERD (Banque européenne pour la reconstruction et le développement), ADB (Asian Development Bank), FMI (Fonds monétaire international) et Banque Mondiale. Or, fait très remarquable, la Russie n’a pas (encore) signé ce projet sur 10 ans : avouant son manque d’enthousiasme, face à la perspective du désenclavement de ses ex-satellites!

Le 6/11, à Moscou, le 1er ministre Victor Zubkov attendait Wen Jiabao, pour renforcer les liens «stratégiques ». Dix protocoles bilatéraux, accords et déclarations d’intention furent signés, allant de la coopération monétaire au soutien réciproque des PME, en passant par l’enseignement des deux langues. De même, les partenaires avaient des raisons de se congratuler, voyant cette année leurs échanges exploser, à 40MM$ (+41%). Les deux pays visent le doublement sous trois ans.

Mais sur le fond, le bilan est moins clair—comme de coutume, entre ces deux géants aux rapports complexes. Wen Jiabao venait demander un accord de livraison longue durée pour le pétrole, l’accélération des projets d’oléoduc et de gazoduc, endormis depuis des années, et une ristourne sur les futures ventes de gaz. L’oléoduc Angarsk-Daqing serait finalement ouvert fin 2008, promet Poutine. L’accord à long terme serait «accéléré», sans plus. Moscou souhaite peu se lier les mains. Livrer ses hydrocarbures transformés, même en électricité, rapporte davantage, tout en renforçant la dépendance du voisin. Sachant que son pétrole n’aura qu’un temps, il veut sous 20 ans, l’avoir remplacé par d’autres exports, plus high tech, tel le nucléaire… Et la Chine est pour lui un marché incontournable : vu ses besoins incompressibles, exponentiels en énergie propre, il pense pouvoir lui imposer de payer le prix ! 

Bien conscient de sa faiblesse, Wen Jiabao est venu les bras chargés de cadeaux, 12MM$ à investir sur place d’ici 2010, et surtout, la promesse d’achat le 7/11, de deux réacteurs nucléaires de 1000MW, à installer à Tianwan (Jiangsu), succédant à deux 1ères tranches complétées cet été. Wen commande aussi une centrale d’enrichissement du combustible, pour une addition globale dépassant (sans doute) 3MM²…

Mais ce qui compte, l’accord énergétique à long terme, n’a pas eu lieu : clairement, ces deux puissances auront besoin de décennies, pour rattraper des siècles de méfiance culturelle, au nom du bien-être !

 

 

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