Petit Peuple : Riches et pauvres – la rage de gagner

Dans toute ville depuis 2000, elles explosent, ces fosses grandes comme des terrains de football, dont la poussière ocre s’élève en tourbillons vengeurs, sans attendre le béton des camions-toupies.

Les gratte ciel apparaissent, apparts et bureaux à vendre : la  publicité envahit les rues, qui promet, contre ces millions, l’échappée solitaire d’un monde autoritaire. Un bon exemple, à Pékin, en est le showroom (qui vient d’être démoli, mission accomplie) de la tour « the Space » : statue géante de vitres et pans asymétriques tendus d’ardoise, qui réfléchit une lumière d’ombre le jour, blanche la nuit, lui donnant un petit air d’aérolithe.

A travers sa paroi scintille le n°de téléphone de réservation, 58.78.8888. Subjugué de tant de luxe, le Chinois ne peut s’empêcher de le prononcer in petto : «wu fa, qi fa, babababa» : c’est le piège ! La formule s’anime, l’interpelle : «sans fortune?» (wufa?), lui répond : «invoquer la fortune!» (qifa!), avant de lui prédire un avenir radieux, fortune faite, à travers les pétards de bon augure (babababa) !

Ce message subliminal exerce une formidable attraction : fini l’égalitarisme maoïste, la richesse sera réservée à celui qui s’affirme – en achetant son appartement ici et maintenant !

Mais voilà que surgit du trottoir un ‘pékin’, portant sur son vélo une caisse d’objets hétéroclites, tel ce court mais large tuyau noir en boudin. Un carton révèle sa raison d’être : «nettoie hottes aspirantes». C’est un petit métier qui n’existait pas l’an dernier. Un chômeur a eu l’idée brillante d’offrir l’entretien d’un accessoire de cuisine encore rare mais en expansion. Pour sa trouvaille, le cycliste récupérera les miettes du festin dont jouit le riche néophyte. Jusqu’à ce que prolifère la concurrence.

Tout cela pour dire que si à l’Ouest le «bon sens» est la chose la mieux partagée, en Chine, c’est la rage de s’enrichir qui fait vibrer es hommes riches comme pauvres, et telle l’indomptable puissance de la houle, «déferle et roule comme la marée!»,  汹涌澎湃, xiong yong peng pai !

 

 

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