Environnement : La revanche des déchets

En 2016, la ville de Pékin collecta 8,7 millions de tonnes d’ordures ménagères. La plupart devait être traitée (enfouie ou incinérée) non recyclée, quoique la capitale ait fait partie dès l’an 2000 de l’échantillonnage de 8 villes retenues pour s’initier au tri sélectif—entre déchets secs, humides et dangereux. A présent 20.000 « brassards verts » tentent de sensibiliser la population – mais ils peinent, d’autant que cet effort attendu, est facultatif. En 10 ans, la capitale a réussi à incinérer 42% de ses déchets. Depuis 2016, elle a fermé 82 déchetteries et 1000 fosses sans permis, qui employaient 170.000 recycleurs, mais généraient trop de pollution par substances délétères telle la dioxine.

D’ici 2020, pour un coût de 290 millions de $, Pékin veut porter de 4 à 10 le nombre de ses centrales et brûler tous ses déchets. Les chercheurs de l’université Renmin le disent : si elle savait trier à 100% (elle en est encore loin), elle réduirait ses incinérations et ses coûts des deux-tiers. Et surtout, ses frais de santé baisseraient des trois-quarts, à 187¥ par tonne incinérée. En effet, l’incinération sans recyclage coûterait à la ville de Pékin, 4,1 milliards de $ d’ici 2020 en frais de santé, par exemple en décès du cancer dû à la dioxine. Avec le tri sélectif, ce bilan serait considérablement allégé ! Ainsi, il devient une priorité nationale. Le Conseil d’Etat vient d’ordonner à 46 villes de préparer avant décembre un plan, et de trier 35% des ordures ménagères d’ici 2020. En incinération aussi, la nation accélère l’effort. Les 514 centrales existantes devront doubler d’ici 2020, pour un coût de 30 milliards de $. Alors, elles brûleront 54% des ordures, contre 31% deux ans plus tôt.

Dans cette course au propre, Shenzhen arrive en tête. Dotée de déchetteries modernes (cf photo), elle est la première ville à taxer les contrevenants au tri, 50 ¥ pour les foyers, 1000 ¥ aux PME (restaurants), et 5000 ¥ aux résidences faisant appel à des recycleurs ou transporteurs non agréés…
Il s’agit d’un problème lourd et complexe : la solution passe par la technologie (y compris le traitement des données« big data »), la loi – le recyclage sera obligatoire en 2020, et les citoyens. A Pékin, l’entreprise New Living Infotech a pu en deux ans fédérer 200.000 foyers, leur faisant trier leurs déchets selon ses normes. La firme privée en tire chaque jour 15 tonnes de plastique, papier, électronique et textiles, qu’elle écoule avec profits auprès des recycleurs spécialisés. C’est ainsi que par la petite porte, bonne gouvernance et action citoyenne font leur apparition dans les cités.

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