Editorial : Une coopération qui fond comme neige au soleil

Alors que le conflit commercial transpacifique voit son dénouement reculer, David Zweig chercheur à Hong Kong, met le doigt sur l’origine de ces tensions entre Chine, Etats-Unis, et autres grands acteurs économiques. En 2013, un an après l’arrivée aux affaires du Président Xi Jinping, le 3ème Plenum envisageait de déréguler la gouvernance rigide de l’économie (plan, crédit, taxation…). Selon le plan du Premier ministre Li Keqiang, très apprécié de la Banque Mondiale, du FMI et de nombreux pays, Pékin voulait alors déléguer au marché une part plus équitable des ressources. Il visait la levée des barrières intra-provinciales (la course au grand marché unique chinois) et des monopoles, la refonte du système de santé, la refonte de la sécurité sociale, du droit foncier…

En parallèle, cependant, un autre concept sourdait de l’Académie nationale d’ingénierie : la stratégie Made in China 2025 (MIC 2025). Après consultation de 153 groupes dans 32 villes, l’académie proposait des buts radicalement distincts : le rattrapage par tous moyens du retard technologique dans 10 filières, telles microprocesseurs, nanotechnologie, véhicule électrique, aéronautique ou énergies renouvelables. Il offrait de redistribuer ces techniques et brevets à un petit nombre de groupes publics fusionnés et consolidés, un ou deux par secteur, devenus n°1 mondiaux. Pour exploiter ces technologies venues d’ailleurs, une masse inégalée de subventions serait mise à leur disposition.

Parallèlement, les grands groupes privés jusqu’alors en plein essor, devaient être sevrés de crédits.  Au bout de dix années, la Chine « usine du monde »  devait muter en une base technologique sans égale, bientôt première puissance mondiale. C’est cette stratégie qui fut finalement retenue. Elle apporta une forte croissance, au détriment du monde extérieur, mais aussi un sentiment de rejet de la part des nations spoliées : Etats-Unis, Union Européenne et autres nations industrielles, émergentes comme matures, qui préparent la défense de leurs marchés et de leurs savoir-faire.

Dans le choix du plan MIC2025, deux critères furent dominants : cette stratégie était la plus efficace pour éviter l’affaiblissement du Parti et celui des consortia publics (SOE). Cette décision entraîna aussi la croissance artificielle des années 2010 du secteur public sur le privé : 11 fusions et consolidations de SOE ont eu lieu depuis, une par secteur, dont la dernière en cours dans l’agroalimentaire, Sinograin par la COFCO.

En même temps, la Chine tentait de réinvestir les gains de cette croissance hors frontières, sous forme d’influence industrielle sur le monde en développement : à travers l’initiative BRI des nouvelles routes de la soie, en voie de déploiement sur les cinq continents, de l’équateur au continent arctique ! Ce sujet fut  abordé le 6 mai à Rovaniemi (Finlande), au sommet du Conseil Arctique réunissant  les 8 nations riveraines, USA, Canada, Danemark, Islande, Suède, Norvège,  Russie, avec d’autres pays dont la Chine, observateur depuis 2013.  

C’est que cette région inhabitée offre le vif intérêt d’être déjà presque navigable, et d’abriter 30 % des réserves gazières encore inexploitées, 13% de celles pétrolières, sans parler d’un stock halieutique immense et vierge. Pas à pas, par partenariats avec les pays nordiques, la Chine grignote les 1500 km qui la sépare de l’arctique. En 2018, elle ouvrait en Islande son labo de météo spatiale, baptisait son second brise-glace, le Xuelong 2, 100% made in China. En mars 2019, elle inaugurait son centre sino-russe de prévision météo, pour aider la navigation (encore hasardeuse) sur le nouveau Passage Nord-Ouest qui va couper 20 jours de mer sur la route Canton-Mourmansk. Quoique se méfiant des appétits de son géant voisin méridional, Moscou a besoin des titanesques investissements chinois, nécessaires à l’ouverture de la route. Elle en aura encore plus besoin à l’avenir, quand l’exploitation de ressources du Pôle Nord deviendra licite – à condition bien sûr d’y préserver ses droits et prétentions impérialistes. Avec la Chine et d’autres, la Russie veut bien partager les richesses du sous-sol et de la mer arctique, mais pas la souveraineté revendiquée sur « sa » façade du continent.

Toutefois, à Rovaniemi, un orateur dénonça agressivement les visées russes comme celles chinoises : le Secrétaire d’État américain Mike Pompeo, opposé à l’avancée d’une recherche scientifique chinoise en arctique, « cheval de Troie » d’une occupation militaire par déploiement de sous-marins interposé. L’accusation de Pompeo fut tièdement suivie par un Conseil Arctique, fier des 50 années de coopération pacifique passée, et soucieux de préserver le statu-quo actuel, fondé sur la bonne volonté des nations et la préservation d’un sanctuaire naturel sans lequel notre planète perdrait le Nord.

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1 Commentaire
  1. severy

    Hé oui, Li Kejiang semble avoir été court-circuité par son carnassier patron. Le besoin en énergie et en eau de la Chine font passer au deuxième plan la protection de l’écosystème sibéro-arctique. Combien de temps la Russie tiendra-t-elle face à la pression chinoise tous azimuts et combien de temps faudra-t-il pour que la calotte glaciaire réduite à peau de chagrin se couvre d’une jolie pellicule d’hydrocarbures?

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