Diplomatie : Chine-Japon—l’axe rétabli

Après huit années de glaciation, la relation sino-nipponne entre dans un dégel dû à un double virage à 180° : celui de Donald Trump vers le protectionnisme, et celui de la Corée du  Nord vis-à-vis de son programme nucléaire.

Opportunément, 2018 marquait le 40ème anniversaire du Traité sino-nippon de paix et d’amitié : à point pour une visite à Tokyo (15-16 avril)de Wang Yi, conseiller d’Etat et ministre des Affaires étrangères, la première en 9 ans. En 2012, le grand froid avait été aggravé par le rachat par l’Etat nippon à des propriétaires privés, d’une fraction de l’archipel Senkaku. La Chine qui revendique ces îles sous le nom de Diaoyu, avait mal pris ce fait accompli.

A Tokyo, Wang Yi et le 1er ministre Shinzo Abe confirmèrent la tenue en mai d’un Sommet trilatéral avec le Président sud-coréen Moon Jae-in. Suivraient les visites du Shinzo Abe en Chine, puis  de Xi Jinping au Japon. La mer de Chine de l’Est devrait redevenir un « espace de paix, coopération et amitié » – les voisins laisseraient de côté leurs revendications. Le principe d’ouverture des échanges devrait être « protégé ». Et concernant les projets de l’initiative Belt & Road (BRI), une priorité absolue pour la Chine, Abe acceptait de s’y intéresser « au cas par cas et selon leur adhésion aux normes internationales ». Sa position est donc strictement alignée sur celle d’Europe et des Etats-Unis qui ne sont pas disposés à cofinancer des projets aux standards chinois,  risquant de ne bénéficier qu’à la Chine au détriment des autres partenaires. Autrement dit, la concession d’Abe n’en était pas une…

De toute manière, l’essentiel était ailleurs. Pour ces hommes d’Etat, il s’agissait d’unir leur attitude face à l’attaque d’un Trump prétendant taxer leurs exportations d’acier et d’aluminium vers les USA, hors de toute procédure légale de l’OMC. Les deux pays se retrouvaient donc solidaires.

Autre question : Trump suggérait aussi, tout à trac, la possibilité de retourner dans l’accord TPP, alliance entre 11 pays de la zone Pacifique,  dont il avait fait sortir son pays dès son arrivée au pouvoir. Cet accord, originellement, avait été conçu (sans que ses auteurs ne veuillent l’admettre) pour isoler la Chine. Mais à présent que le TPP s’apprête à fonctionner, hors participation des deux puissances Chine et USA, la question des intentions de Pékin, méritait d’être posée. Pour le professeur Y. Matsuda de l’Université de Tokyo, « aux yeux de la Chine, Trump n’est pas fiable… Le Japon lui, est relativement stable : aussi, se réconcilier est une forme de garantie de stabilité ».

Si Wang Yi venait à Tokyo discuter de Trump, Abe l’accueillait pour avancer sur le dossier nord-coréen, dont il se sentait tenu à l’écart.

Durant sa visite à Pékin (26 mars), Kim Jong-un avait présenté à Xi Jinping une offre secrète de renoncer à la bombe, suivant une procédure « phasée et synchronisée ». A chaque étape de cette procédure, les alliés devraient faire leurs propres concessions.

En prenant l’initiative des négociations pour signer un traité de paix (qui n’a jamais été conclu depuis 1950, les hostilités ayant pris fin à l’époque par un simple armistice) et en annonçant la fin de ses essais nucléaires le 21 avril, Kim Jong-un semble avoir abandonné la condition historique de son père et son grand-père, d’un départ de l’US Army de la Corée du Sud.

Autre secret bien gardé : le week-end de Pâques, M. Pompeo, directeur de la CIA et émissaire de Trump, rencontrait Kim Jong-un à Pyongyang pour préparer le sommet des deux chefs d’Etat fin mai-début juin, dans la perspective d’une dénucléarisation de la péninsule—qui devrait être suivi par la visite de Xi Jinping à Pyongyang. À ce niveau, entre USA et Corée du Nord, c’était la première retrouvaille depuis l’an 2000. Dans la même course au tapis vert, les leaders des deux Corées se rencontreront le 27 avril à Panmunjom dans la zone démilitarisée, dans un bâtiment en pleine frénétique rénovation. Et à peine Wang Yi repartait pour Pékin, Abe s’envolait pour Mar-a-Lago, pour retrouver Trump en Floride dans un autre débriefing au sommet.

Entre parties prenantes au futur traité de paix, on assiste ainsi à une reprise de dialogue. Si le Japon s’en trouvait tenu à l’écart, c’est du fait de son exigence de recouvrer 13 citoyens kidnappés, parfois il y a des dizaines d’années, par des agents secrets nord-coréens. Affectant de croire que l’affaire est « réglée », Kim Jong-un refuse d’en parler. Pour Tokyo, Pékin était donc la meilleure chance pour rentrer dans le circuit des négociations avec Pyongyang.

Pour autant, Japon, Etats-Unis et Corée du Sud n’ont jamais desserré leur étroite coordination politique : tous trois sont d’accord pour refuser le scénario de démantèlement nucléaire proposé par Kim. Au contraire, ils fixent leurs exigences : fusées, centres d’extraction de plutonium, et usine de missiles doivent disparaître d’ici 2020, dans le cadre d’une procédure « complète, vérifiable et irréversible ».

Entre le petit pays et les trois alliés, avec entre eux la Chine comme médiateur, un bras de fer se prépare donc. Mais de toute évidence, « rien sans rien ». Pour les alliés, l’argent n’est pas la question essentielle. Par contre, le moment venu, ce ralliement de Kim Jong-un ne devra pas apparaître comme une capitulation, mais comme une paix honorable, assortie d’un plan d’aide généreux pour la reconstruction de ce pays en ruine. Ce qui signifie, au passage, que les pays parties prenantes, trouvent un accord sur les règles pour se répartir ces projets et tâches à faire. 

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2 Commentaires
  1. severy

    La Corée du nord est ruinée. Les caisses de l’État sont vides. Kim prétend faire des concessions en « renonçant » à la course à la bombe. Il n’a plus la capacité de la continuer. Il bluffe. La Chine, qui le sait, zieute son petit voisin affamé dans l’espoir d’en faire un protectorat et de passer, 75 ans après la guerre de Corée, pour le sauveur du pays. En fait, pour pouvoir prétendre à un tel titre de gloire, Pékin devrait en tout premier lieu se débarrasser du régime parasite qui décime depuis 75 ans une population-martyr survivant tant mal que pis dans le plus vaste enfer carcéral du monde que Kim et consorts appellent « le paradis sur terre ». Il faut extirper la tumeur cancéreuse et trancher dans la partie gangréneuse pour sauver le patient, voilà tout. Opérons donc sans attendre.

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