Petit Peuple : Hengyang (Hunan) – le piège de la belle (1ère partie)

En 2010 à Hengyang (Hunan), Wu Yuping, rayonnait d’une beauté qui ne devait rien au hasard : la concubine y mettait un soin jaloux, y passant le plus clair de son temps. Chaque jour à la piscine, elle se forçait à une heure de natation, suivie d’une de Pilates. Chaque semaine elle faisait son parcours de golf, suivi d’un massage. Elle s’offrait une séance chez le coiffeur, une de manucure, et un masque facial pour raffermir son admirable plastique. Avant les beaux jours, elle payait des fortunes pour des soins blanchissant sa peau qui la mettaient à son avantage, face aux autres filles condamnées à voir leur derme assombri par un hâle estival. 

Cette discipline féroce était nécessaire, pour rester en tête. Sur le marché local, la compétition entre belles était rude, face à un stock limité d’industriels, spéculateurs et surtout cadres du Parti – des quadra ou quinquagénaires assez riches pour s’offrir leurs services. 

Le souci s’aggravait chaque année. Yuping redoutait de subir « des ans, l’irréparable outrage ». A 32 ans, elle ne pouvait plus empêcher de fines ridules d’apparaître aux commissures des paupières et des lèvres. Et quand Zhao Anmin, son protecteur depuis 4 ans, directeur de l’office municipal des affaires aquatiques, la rejoignait, elle remarquait la lassitude dans ses yeux, la froideur dans leurs ébats.

Aussi fut-ce sans surprise qu’elle reçut ce jour de mai 2010, le factotum de Zhao pour lui signifier sans manières son renvoi. Zhao régla le loyer du coquet appartement jusqu’à fin août, et son cachet mensuel. Il étala sur la table du salon les liasses de billets roses de 100¥. « Tu as trois mois devant toi », déclara-t-il avant de décamper, lui souhaitant bonne chance. 

A peine le secrétaire sorti, Yuping explosa en cris, pleurs et rage. C’en était trop ! Voilà tout ce qui restait de 4 ans de vie de couple, de promesses creuses de divorce et de remariage, époque de grand oral permanent durant lesquelles elle avait tout donné et vécu en tremblant. Pour rien.

Yuping pensait à « la légitime » : après ses années de nuits blanches passées à grincer des dents, celle-là pouvait pavoiser à présent ! A défaut de beauté, elle avait pour elle la loi, les guanxi (pistons), le pouvoir. Au fond, ces cadres étaient tous les mêmes : tout en s’amusant avec des jeunettes, ils se gardaient de franchir la ligne rouge. Fille de général, l’épouse de Zhao n’était pas femme à se laisser impunément bafouer, contrairement à Yuping, enfant de la balle, qui se retrouvait désormais à la rue avec pour tout potage, sa jeunesse fanée. 

Mais en son chagrin, l’amante plaquée ne perdait pas la tête : elle gardait des cartes en main. Elle connaissait par cœur les idiosyncrasies de son ex. Elle savait le moment où il réclamait ses plaisirs, son type de canon féminin, d’habit, de parfum. Il y avait de quoi tirer vengeance, et Yuping n’allait pas se laisser enterrer. Certes, elle s’en doutait, elle était déjà remplacée. Mais qu’importait ? Le directeur des eaux ne reculerait pas devant une passade de plus. 

Tissant son plan, elle s’assura d’abord la collaboration de deux vieux amis, pour la logistique. Ils surent obtenir les faux papiers, le compte en banque qui allait avec. Ils descendirent sur Shenzhen, frontière de Hong Kong, acheter la caméra miniaturisée (planquée dans un bouton de veste).

Puis la bande se mit à bombarder Zhao d’e-mails aguichants, signés d’une femme fictive. L’homme, comme supputé, mit peu de temps à mordre à l’hameçon. Bientôt, le rendez-vous fut pris dans un hôtel de Changsha (cf photo). Zhao fut reçu par une séduisante permanentée auburn, tout à fait son genre. S’ensuivit une nuit folle, que le cadre rétribua d’un beau cachet, en remerciement de ses talents déployés.
Sept jours plus tard au bureau, 

Zhao eut le cauchemar de sa vie, décachetant une enveloppe qui convoyait un CD, preuve de ses immorales fredaines. Pour en détruire la source, les auteurs réclamaient 100.000¥ sur un compte bancaire sous 2 jours, sous peine de voir une copie parvenir à sa femme, une à son supérieur hiérarchique, et une autre à la Commission Municipale de la Discipline du Parti. Sa carrière en serait brisée !

Avec cette invitation à payer par virement bancaire, il faut bien dire que la bande avait frappé très fort, prenant un risque fou : si Zhao, refusant le chantage, fonçait se plaindre à la police, il ne faudrait à cette dernière que quelques heures pour les pincer… 

Mais le risque était mince : quand Li Xu, un des complices, releva le compte, par internet, il poussa un cri de victoire, repris par Yuping et les comparses : le directeur avait payé sans moufeter. Il confirmait ainsi l’axiome des escrocs, selon lequel Zhao ne pourrait pas dénoncer l’arnaque sans se trahir. Et dès lors, les bandits n’allaient pas s’arrêter en si bon chemin : tous les patrons qu’ils englueraient à leur « piège de la belle » (美人计měirén jì), préféreraient payer sans broncher, et oublier au plus vite la malheureuse affaire… Wu Yuping avait fait plus que se venger : elle venait d’inventer l’escroquerie parfaite, ou presque !

Notre bande d’escrocs va-t-elle s’arrêter là ? Vous le saurez sans faute au prochain numéro !

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