Editorial : Surchauffe : Wen Jiabao saisit le taureau par les cornes!

«Nous allons bel et bien maintenir une croissance de 7% en 2004! »: c’est un 1er ministre sûr de lui qui, le 12/5, confirma sa certitude de pouvoir refroidir l’économie chinoise sans accident, malgré les 83MM² prêtés au 1er trim. (32% du quota annuel), et le bond en avant des investissements fixes (+ 43%).

La confiance de Wen Jiabao vient du fait que l’austérité imposée depuis décembre 2003 commence à porter ses fruits. Le cours de l’acier est redescendu (12/5) de 17% par rapport à mars, à 344²/t, tout comme le cuivre (-11%) et le nickel (-20%). Pékin a réduit la masse monétaire, notamment le 25/4, en rehaussant les réserves des banques (-11MM²). Ainsi, le client industriel n’avait plus les fonds pour acquérir sa matière 1ère, dès lors en excédent!

Pour autant, la surchauffe est loin d’être endiguée : en avril, l’inflation, l’indice des prix à la conso, montait à 3,8% (34% pour le grain), la croissance industrielle fusait à 18,2%. De janvier à avril, l’investissement direct étranger (IDE) réel haussait de 10% à 20MM$ et l’IDE contracté, de 54%, à 47MM$. Tandis que le déficit commercial propulsé par l’importation de pétrole, passait à 2,26MM$!

Aussi, SDRC, BPdC et CBRC serrent la vis. Les 3 tutelles préparent une base de données sur les firmes boiteuses (polluantes, sans marché, mais soutenues par les provinces), et viennent d’émettre (14/5) une directive comminatoire aux banques pour assécher leur crédit – de construction comme de fonctionnement. Ce texte succède à l’imposition d’une hausse du taux d’intérêt, pour les secteurs à surchauffe, de 9% à 10,6% max, et au ban des «prix d’amis». Outre cette hausse sélective des taux d’intérêt, les experts attendent une hausse générale, (0,25%?), la 1ère en 9 ans. Parmi les autres mesures, figurent la surveillance de l’allocation des sols, et la réévaluation de projets de prestige, tels 17 terrains de golf à Canton, ou le futur siège pékinois de la CCTV. Enfin, au 12/5, la BPdC double sa fréquence hebdo d’échange des liquidités des banques contre des bons.

On voit bien l’ennemi désigné : les mauvaises pratiques bancaires, qui mettent la Chine, dit Wen, «à 10 générations d’un Etat moderne ». En 2003, la Chine a réinvesti 42% de son PNB (contre 10% aux US, 24% à l’Inde): c’est trop, pour une croissance de 9,1%!

L’écart a été englouti par la «fausse croissance» (stérile) des projets «bidon». L’enchérissement du crédit vise aussi l’éradication dans les secteurs en surchauffe (acier, alu, ciment, voitures), des PME, afin de :

[1] élargir le marché des gros producteurs,

[2] produire plus avec moins, et

[3] remplacer l’enclavement provincial par un marché unique : «globaliser» la Chine, de l’intérieur !!!

Par ces mesures, Wen fait le pari que la Chine saura limiter ses prêts à l’enveloppe prévue –260MM² – «moins qu’en 2003, mais son 2d record historique», évitant ainsi tout atterrissage dur. Le reste du monde retient son souffle.

Un échec de Pékin aurait des suites partout ailleurs. En 2003, la Chine intervenait pour 32% dans la croissance de l’export nippon, 68% à Taiwan, 28% en RFA et 21% aux US. Moyennant un réajustement chinois réussi, l’OCDE affiche sa confiance : pour cette année, chez ses 30 pays membres, la croissance, pour cette année, atteindra 3,4% en moyenne !

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