Editorial : Au 5ème Plenum, Xi Jinping orchestre l’après 2022

Au 5ème Plenum, Xi Jinping orchestre l’après 2022

Le contraste est saisissant. Alors que les États-Unis s’apprêtent à élire leur prochain Président, assaillis par la Covid-19, le virus semble sous contrôle en Chine, seule grande économie qui pourra se targuer d’une croissance positive cette année (autour de 2%). Malgré le fait que l’image de la Chine n’ait jamais été aussi mauvaise en Occident et qu’elle suscite le ressentiment dans bon nombre de pays européens qui se reconfinent, le Président Xi Jinping comptait bien capitaliser sur son succès sanitaire pour s’assurer du soutien des 364 membres titulaires et suppléants du Comité Central réunis à huis clos à l’hôtel Jingxi à Pékin pour le 5ème Plenum du 19ème Congrès (26 au 29 octobre).

Traditionnellement, le 5ème Plenum valide les recommandations concernant le prochain plan quinquennal, et les grandes promotions internes, préparant la succession de l’équipe dirigeante suivante, comme la nomination de Xi Jinping en tant que vice-président de la Commission militaire centrale en 2010.

Cette année faisait exception puisque durant quatre jours Xi Jinping a fait campagne pour convaincre les hauts cadres que lui seul a les ressources politiques, la détermination et l’expérience nécessaires pour naviguer en ces eaux (internationales) agitées, plaidant ainsi pour se maintenir au pouvoir au-delà des deux mandats initialement prévus, c’est-à-dire après 2022.

Et il semble avoir réussi son pari puisque le communiqué déclarait « qu’avec Xi Jinping à la barre du navire « Chine » (…), nous serons certainement capables de surmonter toutes les épreuves et tous les dangers sur notre chemin ». Le document relevait aussi un « profond ajustement des équilibres internationaux, jamais vu durant le siècle passé » mais également « une période d’opportunités stratégiques à saisir » pour la Chine. Il reflétait les priorités actuelles, mentionnant plus de vingt fois les termes « sécurité », « innovation », et « technologie », contre seulement deux fois « croissance économique ».

Ce n’est pas un hasard si l’implication personnelle de Xi Jinping dans l’élaboration de non pas un, mais de deux plans de route (le 14ème plan quinquennal de 2021 à 2025 et « Vision 2035 ») – une tâche habituellement du ressort du Premier ministre – était soulignée. En temps normal, la mise en œuvre d’un plan quinquennal sur deux incombe à la prochaine équipe dirigeante, pouvant parfois diluer son exécution. Mais cette fois, Xi Jinping n’a aucune intention de confier son second plan à quelqu’un d’autre, puisqu’il a toutes les chances d’être encore aux manettes jusqu’en 2027, qui serait la fin de son troisième mandat. Cela peut expliquer le nouvel objectif annoncé d’une armée « entièrement modernisée » capable de rivaliser avec celle américaine (et de la décourager d’intervenir dans le détroit de Taïwan) en 2027, l’année du centenaire de l’APL.

Autre nouveauté : le plan « Vision 2035 », qui ambitionne de faire de la Chine une « grande nation socialiste moderne » d’ici 15 ans avec un « PIB par habitant qui atteindra le niveau des pays moyennement développés », soit le double du niveau actuel de 10 000 $, selon Tian Yun, vice-directeur de la « Beijing Economic Operation Association ». Pour y parvenir, le PIB devrait croître en moyenne de 3,5% par an. Cette « vision » pourrait-elle suggérer une extension du leadership de Xi Jinping jusqu’en 2035 ? Impossible d’exclure cette possibilité…. À cette échéance, le leader aura 82 ans et assisté à trois autres élections présidentielles américaines. Mais pourquoi 2035 ? Probablement parce que cette date est à mi-chemin entre les deux objectifs centenaires de 2021 et 2049, permettant à Xi Jinping d’influencer la politique du pays à moyen terme, qu’il reste au pouvoir ou non.

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