Petit Peuple : Kunshan (Jiangsu) – Les trois mariages de Zhang Mou (2ème partie)

Pour frauder le planning familial et se doter d’une grande famille, Zhang Mou, agent immobilier, a épousé successivement Ren, Chen et Wang, en un ménage polygame à quatre, dont aucune des trois femmes n’a connaissance…

En 2017, débuta alors pour Zhang Mou, à 35 ans, un mode de vie presque intenable, basé sur le mensonge, mais portant en même temps la marque indéniable d’une moralité confucéenne. Face à l’Etat, il respectait la règle de l’enfant unique par femme mariée : ainsi, il s’estimait exempt de toute faute. Car l’ennemi ici, c’était la loi et le jeune patron s’innocentait en s’affirmant qu’il mènerait au grand jour cette vie d’une tribu clandestine à un homme et trois épouses si elle le lui avait permis. Face à ses épouses, c’était autre chose. Aucune, bien sûr, ne soupçonnait l’existence des autres. Alors, espérant rendre sa fraude sentimentale plus justifiable, il s’efforçait d’offrir à ses femmes la vie idéale, le bonheur matériel, et son plein amour.

Toutes habitaient en appartements loués, à moins d’un kilomètre de distance, ce qui permettait au pater familias de chalouper commodément de l’une à l’autre, plusieurs fois par jour. Au saut du lit, il prenait son bol de « zhou » (soupe de riz) chez Ren, puis passait au bureau. A 12h, il sortait déjeuner chez Chen avec qui il faisait ensuite la sieste, avant de repasser au bureau, et de repartir dîner chez Wang qui l’attendait depuis la veille. En respectant ce rythme de visites conjugales effréné, il ne fallut pas trop de temps avant que toutes ne soient enceintes, puis mères.

Si durant longtemps aucune des conjointes ne vit le soupçon l’effleurer, ce fut en raison de leur candeur, résultat d’une éducation socialiste bannissant la contestation. Zhang Mou de son côté aida bien ses femmes à retarder le moment des questions, en les satisfaisant par l’intensité et la fréquence de ses passages, ainsi que par sa générosité financière. Peu de visites ne se déroulaient sans que, sur le pas de la porte, il tende un petit cadeau, bouquet de fleurs, bouteille de vin, colifichet pour l’enfant. Toute demande d’argent était instantanément satisfaite, coupant court aux interrogations que chacune pouvait se faire quant à son absence permanente du domicile. D’ailleurs, à cette solitude, chacune y trouvait son compte, en un subtil équilibre entre la présence de l’homme père et amant, et sa propre liberté d’organiser sa journée et sa vie à sa guise.

Pourtant, depuis 2017 et le troisième mariage, Zhang Mou angoissait de conserver ses moyens physiques, et d’être à la hauteur des attentes intimes de trois jeunes femmes simultanément. Incapable de tenir le rythme, il avait dû multiplier la prise de fortifiants divers, du ginseng en poudre amère aux pilules d’hippocampes séchés qu’il payait des fortunes. Mais bientôt, son corps n’y pouvait plus tenir. Plus il se dépensait, plus il perdait sa masse musculaire, tandis que ses traits se creusaient. Par manque de sommeil, il lui arrivait désormais souvent de perdre le fil d’une négociation avec ses promoteurs ou clients, voire de s’endormir à son bureau, en pleine dictée d’un courrier à sa secrétaire. De plus en plus, il en venait à rêver d’une nuit passée seul dans sa chambre, sans aucune de ses femmes pour troubler son sommeil. Pourtant, il les aimait, et restait en adoration devant chacun des deux garçonnets et de la fillette qui portaient son nom.

Conscient de sa fatigue et pour être certain de ne pas se trahir, il tenait au bureau le mémoire des moments passés avec chacune de ses épouses, des arguments échangés, des histoires qu’il leur racontait pour justifier ses absences. Il conservait également trois téléphones portables, avec des sonneries différenciées afin d’être sûr au premier tintement, de l’identité de la compagne qui l’appelait.

Un jour, il avait offert à chacune un tee-shirt personnalisé sur lequel il avait fait imprimer une photo de leur couple et de leur enfant, accompagné de la date de prise du cliché. Lui-même s’était fait faire trois tee-shirts similaires pour témoigner de son affection lors de ses visites conjugales. Et c’est un jour de septembre que la catastrophe arriva lorsqu’il entra chez Ren, avec sur son torse, le portrait imprimé de lui avec Wang ! Fut-ce là un acte manqué ? Une protestation de son subconscient épuisé de maintenir un tel mensonge ? Probablement, étant donné l’énormité de son erreur qu’il réalisa instantanément à la vue du visage stupéfié de la jeune femme qui détaillait le portrait de la rivale sur l’habit de son mari. S’ensuivit un échange bref mais d’une extrême violence, d’affirmations furieuses suivies de faibles dénégations qui eurent pour seul effet de convaincre la malheureuse que, depuis des années, il la « menait en bateau » (瞒天过海, mán tiān guò hǎi). Elle l’adjura de dire adieu à son fils qui suivait en silence leur altercation, choqué au point de ne pouvoir pleurer, et de quitter immédiatement l’appartement pour ne jamais plus revenir.

A peine l’homme fut-il parti que Ren prépara sa valise pour retourner chez sa mère, ailleurs en ville. Une fois le petit déposé, elle fonça au commissariat porter plainte pour bigamie. Au terme d’une enquête éclair, Zhang Mou fut arrêté, interrogé, jeté en prison, et bientôt au cœur d’un scandale aux proportions nationales !

Mais comment tout cet imbroglio va-t-il se finir ? Rendez-vous la semaine prochaine pour le savoir !

Avez-vous aimé cet article ?
Note des lecteurs:
1.43/5
7 de Votes
1 Commentaire
  1. severy

    Ah! Voilà un argument en or pour la propagande – dans le cadre strictement familial, soyons confucéennement modeste… – du nudisme en milieu urbain. Cette nouvelle mode s’inscrit d’ailleurs en droite ligne dans le plan social vestimentaire le plus élémentaire ressortissant des observations statistiques météorologiques et des probabilités tendancielles établies selon la courbure temporelle provoquée par l’exacerbation exponentielle du changement climatique. CQFD.

Ecrire un commentaire