Diplomatie : Les retrouvailles de Xi et Macron

La destination « France » du Président chinois Xi Jinping le 24 mars, ne doit rien au hasard. Xi arrive d’Italie, sa première étape. L’Italie en récession et son faible gouvernement « anti-système » semblait un terrain idéal pour fêler la solidarité européenne. Dès lors, prendre la France pour étape suivante, pouvait sembler une bonne stratégie, pour se faire pardonner l’ingérence dans les affaires de l’UE – en lui apportant un bon contrat de commandes. A ce qui semble, ce plan italien n’a pas entièrement joué – le préaccord signé à Rome, a été entretemps affaibli, dans un sens plus conforme aux exigences européennes, et 11 des 50 projets que Xi offrait à l’Italie, les plus dérangeants pour l’Europe, ont disparu. Toutefois, Xi Jinping a d’autres bonnes raisons de venir négocier avec Emmanuel Macron.

Xi Jinping doit parler avec lui d’un nombre de sujets déstabilisants pour son équipe au pouvoir. Son forum international d’avril sur les « routes de la soie », n’attirant pour l’instant que 40 chefs d’Etats, ne se présente pas bien. Car les projets BRI n’ont pas la cote. Pékin propose d’équiper les cinq continents de zones industrielles, ports maritimes et autoroutes, financés par ses banques et réalisés par ses entreprises publiques. Les pays riches comme pauvres en veulent de moins en moins, estimant que la Chine en serait le seul bénéficiaire. Les Européens en particulier font front uni depuis 18 mois : la Chine découvre, selon un diplomate européen, qu’« il ne suffit pas de faire pression pour imposer son plan ». Pire, le bras de fer commercial entamé par Donald Trump commence à mordre : par dizaines de milliers, les firmes chinoises ferment. Autrement dit, selon cette même source, la Chine commence à ressentir le besoin de transiger.

Avec Macron, Xi pourrait chercher à faire aboutir les 5 à 6 projets de coopération en Afrique, négociés discrètement par les deux pays depuis 2017. Cela pourrait redonner confiance à des pays partenaires des BRI, tels Philippines, Pakistan ou Malaisie, qui font une fronde antichinoise ces derniers temps. Le Président chinois pourrait aussi discuter de la réforme de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), pour éviter à l’avenir les guerres commerciales, tout en évitant aux gros exportateurs telle la Chine de hérisser la totalité de ses pays clients par ses mauvais comportements. 

Xi pourrait enfin tenter avec Macron de trouver des parades contre Donald Trumptrès agressif contre la Chine mais aussi contre l’Europe – et de nouvelles actions à entreprendre entre les deux pays, contre le dérèglement climatique. Autant de sujets qui sont pour la Chine des priorités, et en lesquels le Président français peut l’aider, dans le sens des intérêts mutuels bien compris !

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1 Commentaire
  1. severy

    Cet article est l’illustration du vieux slogan des années soixante-dix: « On a toujours besoin d’un plus petit que soi ». Je me demande si Monsieur Macron aime les haricots…

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