Diplomatie : Chine-USA : Demi-tour vers l’impasse

Après des négociations plutôt positives pour épargner à leurs pays les affres d’une guerre commerciale, Chine et USA sont retombés le 3 juin à Pékin dans l’antagonisme lors de leur 3ème ronde de palabres.

Suivant les consignes du Président D. Trump, les exigences américaines, portées par le Secrétaire au Commerce W. Ross, demeuraient intangibles, tout comme la menace de taxer les exportations chinoises à hauteur de 50 milliards de $.

Détail révélateur, il manquait au sein de l’équipe américaine tout membre de l’US Trade Representative, l’organe fédéral chargé d’appliquer les sanctions éventuelles.

En vain, Liu He, l’homme de Xi Jinping, promettait l’achat de 70 milliards de $ de gaz, soja, coton, maïs et autres produits américains…

Ross donnait aux Chinois jusqu’au 15 juillet pour obtempérer, avant la mise en place des rétorsions. Liu He menaçait à son tour : si les Etats-Unis passaient à l’action, toutes les concessions chinoises seraient non avenues !

La pierre d’achoppement était le plan « made in China 2025 », mécanisme pensé, d’après l’institut allemand Mercator, pour forcer l’étranger opérant en Chine à remettre leurs secrets industriels, avant de les faire exploiter par l’industrie locale. Washington est déterminé à forcer le retrait du plan. Mais pour l’instant, Pékin ne veut pas même en discuter. 

Mais la Maison Blanche se garde de ne rien faire d’irrévocable— comme si Trump, tout en gardant l’objectif, voulait prévoir un temps de réflexion aux partenaires. Les USA soupçonnent qu’une petite fraction du leadership chinoise serait favorable au principe d’une ouverture du marché intérieur (services, finance, commandes publiques), au nom de la compétitivité et de l’équilibre des échanges commerciaux. Parmi ces personnalités, pragmatiques et modérées, figurerait Liu He en personne…Aussi l’état-major de Trump garde une attitude ambigüe, soufflant le chaud et le froid.

En témoigne le cas ZTE, dangereux brûlot entre les deux pays : le 6 juin, un compromis était signé avec le groupe de Shenzhen, qui devrait lui éviter 7 années d’interdiction de se fournir sur le marché américain, pour avoir enfreint l’embargo de l’ONU sur la Corée du Nord et l’Iran.

L’amende à payer est salée : 1,4 milliard de $, en plus d’un droit aux inspecteurs américains de visiter en tout temps toute implantation ZTE pour vérifier l’usage (conforme aux accords) des semi-conducteurs américains, et le remplacement sous 30 jours du conseil de directeurs et de l’équipe dirigeante. A ce prix, ZTE est sauvé.

Même jeu ambigu vis-à-vis de Taiwan : il s’agit pour Washington de contrer la campagne chinoise qui bat son plein (manœuvres autour de l’île, transfert de deux ambassades à Pékin – République Dominicaine et Burkina Faso – en un mois) pour tenter de « casser » l’île rebelle. Mais en soutenant l’allié formosan, Trump veut éviter de provoquer Pékin en avançant « un pont trop loin ». Le Pentagone prépare ainsi le passage d’ « un ou plusieurs » navires de guerre au détroit de Taiwan, le département d’Etat inaugurera le 12 juin à Taipei les nouveaux bureaux de son « ambassade » de facto. Mais il n’y enverra aucun représentant officiel. Et c’est au contraire à Pékin que Jim Mattis le Secrétaire à la Défense, va faire une visite destinée à donner de la face.

La Chine joue au même jeu de clair-obscur, de concessions aussitôt contrées par des rodomontades. Sentant le choc qu’a causé à travers les capitales son récent armement balistique de trois atolls pris en mer de Chine du Sud, Pékin retire ses missiles (provisoirement sans doute). Elle annonce aussi une hausse de ses quotas de coton, 3ème marché à l’export pour les USA, et promet que même en cas de conflit, elle ne revendra pas massivement ses bons du trésor, ce qui causerait l’effondrement du billet vert. Par contre, elle ose imposer à toute compagnie aérienne l’obligation de spécifier aux voyageurs que Taiwan « fait bien partie de la Chine ». Trump adjure ses compagnies nationales de résister –sans grand succès…

L’Europe elle aussi, joue un jeu nuancé, se rangeant sous certains angles du côté chinois et sous d’autres, du côté américain. Bruxelles s’associe aux reproches américains envers la Chine, et se met en tête de la punir. L’UE va donc prolonger, voire renforcer une taxe sur les vélos d’importation chinoise. Elle accuse la Chine de réétiqueter ses exports via la Hongrie et la Grèce (le Pirée) pour frauder les taxes communautaires. Surtout, elle porte plainte contre la Chine devant l’OMC pour transfert forcé des technologies européennes dans le cadre du plan « made in China 2025 ». Ceci intervient au cœur d’un véritable défilé de plaintes à l’OMC : Washington a lancé la première plainte contre Pékin, laquelle a depuis lors réciproqué contre l’Amérique et l’Europe…

Tout ceci n’empêche pas Europe et Chine de préparer un nouveau rapprochement, à un degré de profondeur inégalé. Le 25 juin, le dialogue va reprendre, autour d’un « traité intégral de protection des investissements », devant renforcer ouverture et transparence des marchés. En juillet se tiendront les sommets Chine-Europe et Chine-Allemagne, consacrés à des sujets de frictions telles les surcapacités industrielles chinoises.

Entre Chine, USA et Europe, l’intensification du jeu triangulaire est inévitable, sans possibilité pour deux régions d’évincer la troisième, vu la complexité de l’économie mondialisée. Et si Trump insiste pour mener son conflit contre Europe et Chine, ces dernières réagiront naturellement en cherchant à se rapprocher.

Pour la Chine, le nouvel objectif, porté par sa tendance modérée et libérale, sera d’assurer le passage vers une économie plus concurrentielle et plus dérégulée. Elle le fera en offrant à l’Europe les compromis qu’elle ne sera plus en état d’offrir aux Etats-Unis…

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1 Commentaire
  1. severy

    Bref, pendant qu’on se serre la main à se faire mal tout en souriant, on se fiche des coups de pied à se faire déboîter les rotules. C’est beau, les relations (commerciales) internationales!

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