Editorial : Au pic du Parti communiste—quatre regards

Parmi d’autres, voici quatre tendances qui émergent au sommet du régime, à 15 mois de l’arrivée aux affaires de Xi Jinping, l’actuel vice Président. Ceci, en pleine lutte pour les places dans la prochaine équipe et sous les secousses tumultueuses du printemps du jasmin.

w La vague patriotique autoritaire qui traverse la Chine, se ressent même au G20, dans la négociation multilatérale de réforme des flux des capitaux. Li Yong, vice-ministre des finances, écrit sur le site du ministère que le système envisagé au G20 pour prévenir les crashs financiers suite à des transferts massifs de devises, «n’est qu’un levier politique conçu par les pays développés tels les USA, pour contenir la croissance chinoise». Li prétend «surveiller étroitement les débats» et les verrouiller à l’aide des pays BRICS – Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud (cf p.3) – suivant la stratégie suivie en 2008 à Copenhague contre le plan global anti-réchauffement climatique. De source sud-coréenne, le bloc voudrait surtout interdire que l’on se demande au G20 si «des contrôles limités des flux» pourraient bénéficier au pays originaire du déséquilibre : question relevant de la souveraineté nationale !

w Autre question: comment cette campagne autoritaire est-elle perçue au sein du Parti… Un bon indice est un discours de Xi à l’École du Parti, qui obtint un franc succès en fustigeant l’inefficacité des hauts cadres, leur vanité, carriérisme et gaspillage de ressources. Xi milite pour un style de pouvoir plus ouvert et public— mais il reste assez prudent et réaliste pour éviter de critiquer la ligne de son prédécesseur, avant d’avoir en main les commandes.

En 10 ans, Hu Jintao a remporté des succès indéniables, renforçant l’autorité de l’État et éteignant toute critique des classes moyennes, qui acceptent même souvent de défendre ce système qui a fait leur prospérité. Mais pour l’observateur R. Moses, les cadres moyens ont toujours plus de mal avec le fait du prince, les campagnes qui ne frappent que les petits, la perte d’initiative et l’obligation de défendre une ligne impopulaire. Ensemble, ces opposants, majorité silencieuse dans l’appareil, souhaitent voir apparaître un leadership plus téméraire, prêt à explorer des méthodes inédites de gestion politique.

w A Chongqing, la campagne rouge du Secrétaire Bo Xilai inverse ses rapports avec l’appareil. Son envoi en province en 2007 avait quelque chose de l’exil d’un rival déchu, face à un Xi triomphant et un Hu mal disposé envers les «petits princes», fils des leaders. Mais sa gestion de Chongqing a tout changé. Le vif effort d’infrastructures a été suivi du grand nettoyage anti-mafia et surtout du remake de vieux thèmes maoïstes, un «réarmement moral» que Pékin ne peut qu’approuver. C’est ce que vient d’aller faire Wu Bangguo, Président de l’ANP, commentant enthousiaste que «d’autres régions devront suivre… elles n’auront pas le choix». Et qu’importe si les juristes froncent les sourcils, dénonçant à Chongqing une justice «cow-boy» et le recul de l’État de droit: l’essentiel pour Bo Xilai est ailleurs : avec Wu, un 5ème membre (sur 9) du Comité Permanent fait le «pèlerinage» chez Bo, plus proche que jamais d’une cooptation au plus haut organe du pays.

w Autres promotions qui tombent: Su Shulin, PDG de Sinopec est parachuté vice Secrétaire et vice Gouverneur du Fujian (certain d’obtenir bientôt les vrais postes de n°1). Son poste est repris par Fu Chengyu, l’ex Président de la Cnooc (China National Off-shore Oil Corp), dont la place revient à Wang Yilin, n°2 à la CNPC (Compagnie Nationale Pétrolière), le n°1 Jiang Jiemin étant réputé reprendre les rênes du Yunnan. La promotion de Su Shulin surtout, est significative : parvenu si haut à 49 ans, il est sur le tremplin des plus hautes destinées.

Tout ceci nous révèle une facette inattendue du régime. Comme à l’ère de GW. Bush, aux USA, le lobby du pétrole fait tourner les usines du pays, finance le pouvoir et est imbriqué en lui. Su et Jiang par exemple, ont fait toute leur carrière à la CNPC, n°1 du pétrole chinois. Une telle influence écrasante ne date pas d’hier: Zhou Yongkang, patron de toutes les polices de l’empire et membre du Comité Permanent, a lui aussi passé des décennies dans les murs de la CNPC, État dans l’État tout comme Sinopec et Cnooc, les rois de l’or noir !

 

 

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