Le Vent de la Chine Numéro 23

du 29 juin au 5 juillet 2013

Editorial : Li Keqiang casse la planche à billets

Ce mois de juin, industriels et financiers s’inquiètent de voir la Banque Centrale (BPdC) cesser de fournir en fonds le réseau bancaire. Dès le 20/06, la pénurie d’argent frais cause l’envol du prêt interbanques à 8 jours, atteignant 12,45% contre 3,82% en moyenne annuelle, voire + de 20%. À partir du 23/06, certaines banques cessèrent de distribuer des billets à l’ATM et d’accorder des prêts. Les 24-25/06, la bourse de Shanghai perdait 10%. 

Puis sous la montée de nervosité des usagers, la Banque Centrale réalimenta certains organes non bancaires et multiplia les paroles lénifiantes sur sa capacité à renflouer les banques, tout en promettant d’« ajuster le niveau des liquidités afin d’assurer la stabilité ». Tout cela était un avertissement que le temps du crédit gratuit était fini, mais aussi un « stress test » pratiqué sur l’économie en temps réel. Pékin inflige en fait une potion amaigrissante à ses entreprises d’Etat et ses provinces. Mais en même temps, il prend soin de ne pas leur infliger un effort insoutenable. L’objectif est de guérir des mauvaises habitudes, pas de tuer le malade !

Outre la réforme financière déjà annoncée par le Conseil d’Etat (19/06), d’autres réformes sont déjà explicites, sur l’environnement, la lutte anti-corruption, l’ idéologie, l’armée, le Tibet… Par cette grève du crédit, le tandem Xi Jinping – Li Keqiang veut convaincre les ténors socio-économiques de sa détermination à aller jusqu’au bout, et lancent aujourd’hui des réformes qui devront être assimilées d’ici novembre, pour être avalisées lors du 3ème Plenum du XVIII. Congrès.

Mais n’est-ce pas un grand risque que de sevrer soudain des organes, une clas-se privilégiée, des fonds auxquels ils ont eu un accès discrétionnaire toute leur vie ? Pas tellement…Fin 2012, comparé au PIB, l’endettement n’est que de 50% (contre 107% aux USA en 2008, lors des subprimes) et l’Etat n’a pas d’assurances ni de sécurité sociale surendettées. 

Le vrai risque est dans les 42 millions de PME, dont 97% sans accès au crédit, et qui se refinancent (plus cher) auprès du crédit gris. Or, ces PME mal aimées du système, sont à la base de 69% du PIB en 2012, et ce sont elles qui vont le plus souffrir des coupes de crédit. Aussi Nomura voit 30% de chances que la croissance chinoise en 2013 n’atteigne pas l’objectif de 7%, et l’on peut s’attendre sous peu, à au moins une faillite dans les banques provinciales de seconde zone. D’ici juillet, 244 milliards de $ de produits financiers de type « gris » arrivent à maturité, soit 20 à 30% de leurs actifs, que toutes auront du mal à rembourser.

Pour comprendre l’urgence d’entamer une réforme si profonde de la finance officielle, il faut regarder qui en bénéficiait et à quelles fins. Les provinces finan- çaient leurs projets de prestige (parcs des expos, aéroports) ainsi que le train de vie des cadres, par le système des adjudications. Les consortia publics ou privés rééchelonnaient leurs dettes et s’enrichissaient en empruntant grâce à un intérêt négatif, une fois l’inflation déduite. De ce fait, ils n’avaient pas besoin d’affiner leurs produits pour suivre la demande, ni de « décarboniser » la production – mesures qui coûtent sans rapporter. Ce qui en retour, explique pour beaucoup l’état déplorable de l’environnement. Enfin, la corruption érigée en système, servait à faire taire les critiques.

Bilan : l’Etat réalise que tous ses maux, en train de croitre à rythme exponentiel, provenaient d’un accès inéquitable à la finance. Ainsi, en fermant le robinet, non seulement il force les sphères décisionnelles à se réorganiser tout en abandonnant leurs vices, mais il dégage aussi les fonds nécessaires à l’imminente décennie d’urbanisation, qui prétend créer 250 millions de consommateurs en 10 ans (les migrants, une fois intégrés à la ville). 
L’avantage pour Li Keqiang, à procéder à ce sevrage du crédit, tient au fait que l’objectif poursuivi (redistribuer la manne publique aux classes défavorisées) reste peu lisible. Il n’a donc pas besoin de demander l’avis du Parti, pour lancer ses réformes. Mais qu’on ne s’y trompe pas : réformer la finance, c’est déjà, avant le 3ème Plenum, entamer la séparation du Parti et de la planche à billets.


Monde de l'entreprise : Paris : Opération séduction des patrons chinois
Paris : Opération séduction des patrons chinois

C’est un peu une revanche sur janvier 2009 où le 1er ministre Wen Jiabao passait par Bruxelles, Berlin, Berne, Madrid et Londres avec une brochette de patrons chinois…ou encore sur juin 2011 où il visitait Hongrie, Royaume-Uni, Allemagne – chaque fois en évitant studieusement l’Hexagone… la Chine ne représentant que 4% des investissements en France.

Aujourd’hui, les relations sont au zénith et c’est une quarantaine de membres du China Entrepreneur Club (Alibaba, Sina, Fosun, CITIC, Huiyuan, New Oriental Education, le Président de Zhongkun Investment, Huang Nubo, Yongyou Softtware…) menés par Liu Chuanzhi (Lenovo), qui se rendaient en voyage (24-30/06) à Bruxelles puis Paris, « chouchoutés » par leurs homologues locaux (L’Oréal, BNP, Publicis, Lafarge, Areva, Alstom, Cartier, Chanel, Thales..) et par les dirigeants politiques au sommet, le Président F. Hollande, le 1er ministre belge E. Di Rupo, et JM. Barroso de l’Union Européenne. Véritables fer de lance de l’économie privée chinoise, ils représentent 4% du PIB national à eux-seuls. 

Pour eux, la France, comme d’autres pays, fourmille de pépites technologiques à bon prix – occasion rêvée pour un saut qualitatif, par rachat ou par coopération, comme avec Colisée Patrimoine, 5ème opérateur français de maisons de retraites médicalisées. D’autres visites revinrent au monde agroalimentaire, à Atos, temple français du « cloud computing », tandis qu’un accord SWAP (€/¥) serait sur le point d’aboutir entre Banque de France et BPdC. 

Les visiteurs citèrent Rousseau et son « contrat social ». Savoir produire, c’est bien, mais savoir gérer les rapports entre citoyens (travailleurs), Etat et monde du travail, c’est mieux, et la France a de l’expérience dans ce domaine.


Monde de l'entreprise : Conflit social à la mode de Huairou
Conflit social à la mode de Huairou

A Huairou (Pékin), l’américain Chip Starnes, 42 ans, copropriétaire de Specialty Medical Supplies, fermait la division « plastique moulé » de l’usine, délocalisée en Inde. Trente ouvriers congédiés recevaient compensation. Mais c’était sans compter les 97 autres : redoutant ensuite de voir le reste de l’usine fermer, ils exigèrent le même traitement. 

Starnes se retrouva séquestré, pour des négociations qui durèrent 6 jours, encadrées par le syndicat. La mairie, la police ne firent pas un geste pour le libérer. C’est souvent le cas en ce type de conflit. Mais cette réaction, qui en dit long sur la faible confiance dans le monde du travail, n’était peut-être pas totalement infondée – certains ouvriers exhibaient des séquelles d’accidents de travail. 

Au bout de six jours, Starnes avait fait venir des USA, 300.000 $ de primes supplémentaires pour congédier tout le monde. Peu vindicatif, il n’attendit que 24h pour en réengager quelques uns. La vie continue, pense-t-il, et le fait que ses employés utilisent ce moyen pour s’approprier une part de plus du profit de l’entreprise, est de bonne guerre ! 

Le plus curieux, voire hilarant, est l’attitude de Mme Chu Lixiang, directrice locale du syndicat unique : à peine le dernier chèque tendu à son bénéficiaire, qu’elle saisit son mégaphone pour déclarer aux journalistes : « que les investisseurs étrangers le sachent, Huairou dispose d’excellentes lois sociales, d’un bon climat d’investissement…Venez donc vous établir chez nous, sans peur des conséquences ! ».


Energie : Solaire, éolien – l’incroyable énergie vitale des industries chinoises

Après l’annonce des taxes anti-dumping de l’Union Européenne sur les panneaux solaires (12%, voire le quintuple à partir d’août, à moins de trouver accord d’ici là), les industriels chinois dévoilent leur « plan B » pour continuer à fournir l’Europe… en délocalisant ! C’est une réaction générale, qui laisse deviner qu’elle a été coordonnée. 

Canadian Solar veut produire entre Asie, Afrique du Sud, Arabie Saoudite et Turquie. Sunergy produit déjà à Istanbul. Jinko Solar bâtit en Afrique du Sud et au Portugal. Trina Solar (n°2 mondial), Yingli (n°1) et Suntech ne se sont pas encore dévoilés.

Rassuré par la perspective de pouvoir contourner les taxes de l’UE, le ministère chinois du Commerce attend au chaud, sans rien céder. Au contraire : à ses rétorsions contre l’automobile de luxe et le vin, il ajoute (27/06) une taxe pour 5 ans, sur la chimie de l’UE : 19,6 à 36,9% sur l’import de toluidine, produit d’usage courant dans les colorants, les pesticides et la pharmacie. Un message est perceptible : en cas de conflit commercial généralisé, c’est l’UE qui aurait le plus à perdre…

En fait, ces géants du solaire et Pékin n’ont pas le choix. En 2013, les groupes d’équipements en énergies renouvelables ont 3,5 milliards $ de dette à rembourser sous peine de faillite.

Pendant ce temps, après des années de croissance échevelée, Sinovel, n°3 chinois des éoliennes, est rattrapé par la justice. Ce groupe pékinois avait fait sa place en 10 ans, soutenu par New Horizon Capital, groupe de Wen Yunsong, fils de l’ex-1er ministre Wen Jiabao. En 2011, Sinovel équipait ses turbines en micro-PC fournis par American Superconductor (AMSC). Or depuis l’Autriche, D. Karabasevic, ingénieur serbe du groupe, avait secrètement accepté de livrer le code source de cet équipement à Sinovel, moyennant un contrat d’ embauche, 1,7 million de $ et d’autres privilèges. Puis Sinovel avait vendu, y compris aux USA, 1000 turbines équipées du matériel piraté.

C’est ici qu’entre en jeu le mécanisme d’espionnage planétaire dévoilé par E. Snowden, le transfuge de la NSA. En interne, AMSC aurait d’abord retrouvé des centaines d’emails entre Karabasevic et ses interlocuteurs chez Sinovel, Su Liying et Zhao Haichun. Puis le FBI, par son accès illimité aux archives de Google et Yahoo, aurait détricoté le reste. 

Résultat : le 27/06, le ministère fédéral de la Justice inculpe, pour espionnage industriel, la firme et ses 2 cadres, décrivant leur conduite comme « tentative préméditée…d’assassinat d’une entreprise ». Estimant son préjudice à 1,2 milliard de $ et à 500 emplois perdus, AMSC poursuit trois actions en justice et un arbitrage à Pékin. Aux USA, la sanction max. pour les 3 chefs d’inculpation peut atteindre 4,8 milliards de $ d’amende. 

A Pékin, le torchon brûle pour Sinovel, qui vient de perdre son second Président en 2 mois, et qui est entendu par la Cour Suprême sur la plainte en Chine d’AMSC. Il est aussi visé par la CSRC, tutelle financière, pour avoir falsifié ses profits de 2011. Il admet déjà les avoir exagéré de 20%, à 598 millions de ¥. La vraie dégringolade avait eu lieu en 2012, où sa part des commandes nationales avait chuté de moitié, à 10%. Elle s’accentue au 1er trimestre 2013 avec un chiffre d’affaires à moins 41%, à 684 millions de ¥. Pas de doute, après avoir mangé son pain blanc, le groupe entame à présent son pain noir !


Société : Le Xinjiang reste chaud

Au Xinjiang, immense désert (deux Turquie, 22 millions d’habitants dont 9 millions de musulmans sunnites de langue turmène), ces dernières années, de graves incidents n’ont cessé d’arriver. 

Le dernier eut lieu le 26/06 à Lukqun, 30.000 habitants en plein désert, à 90% Ouighours. Des centaines de paysans se sont jetés sur les commissariats, la mairie, un chantier, tuant au gourdin ou au couteau, tout en incendiant édifices et voitures de police, jusqu’à ce que du renfort n’arrive pour imposer une paix de plomb. Dernier bilan : 36 morts ! 

Le même schéma s’était vu ailleurs au Xinjiang le 21 avril 2013 (21 morts), 15 autres égorgés à Yechang (Kashgar) en février 2012, 14 tués à Hotan en juillet 2011, 17 en août 2008 à Kashgar, et surtout 197 assassinés à Urumqi en juillet 2011… Une même référence « culturelle » semble se reproduire à travers ces attaques : celle de l’intifada où des fidèles extrémistes acceptent le martyr pour entraîner dans leur disparition un nombre d’occupants Han. 

Pourtant, la Chine ne compte pas ses efforts d’investissements pour équiper la province, l’éduquer et la développer par l’agriculture (coton, fruits, blé) et surtout par l’exploitation des énergies (charbon, hydrocarbures). Les Ouighours se voient offrir des postes dans les universités, l’administration. L’islam est respecté—pour peu que l’imam soit formé au séminaire officiel, la paroisse déclarée, tout comme ses activités. 

Mais comme au Tibet, la critique n’est pas tolérée, même au nom de la spécificité ethnique. Des conflits surgissent, sur la croissance des écoles coraniques que la Chine ne sait pas endiguer ; sur le contrôle des bonnes terres, de l’eau, du pétrole, ou des crédits qui invariablement reviennent à l’ethnie Han. Pakistan et Kazakhstan proches, offrent refuges à ceux qui ont enfreint la loi. Et les cadres semblent parfois avoir du mal à enjamber le fossé qui les séparent de la population autochtone, tel ce vice-gouverneur provincial Shi Dagang qui considère (mai 2013) les Ouighours « trop occupés à chanter et danser pour penser à se révolter ». 

Tous ces signes semblent suggérer que le Xinjiang lui aussi, avec nostalgie profonde, reste dans l’attente de cette stratégie de réconciliation vers la quelle Pékin apparaît sur le point de s’engager, au bénéfice du Tibet voisin !


Société : Tibet – un new deal ?

A propos du Tibet, ces dernières années les bonnes nouvelles sont rares. Depuis 20 ans, le bras de fer perdure entre un régime déterminé à appliquer une politique généreuse mais ne supportant pas la contradiction, et une minorité ethnique menée par son clergé, qui revendique le retour de son chef spirituel exilé en Inde depuis 54 ans. D’ailleurs, au nom de cette cause, une nonne lamaïste s’immolait le 11/06, portant le chiffre à 120 depuis 2009 ; tandis que le 20/06, T. Woeser, poétesse tibétaine dissidente, était assignée à résidence à Pékin. 

Depuis l’émeute sanglante de Lhassa (14/03/08) qui avait fait 19 morts et plus de 600 blessés, un effort sécuritaire sans précédent a été investi au Pays des Neiges : 21.000 cadres furent déployés ans 5451 villages, secondés par des milliers de patrouilles de volontaires aux brassards rouges. En deux ans, tous les foyers furent visités au porte-à-porte, dans le cadre de la campagne « une enquête et cinq recherches ». Les habitants furent alors classés selon trois degrés de fiabilité dont le dernier, « méfiant envers le Parti et la patrie », causait l’envoi de nombreux milliers de villageois pour un long stage (45h) obligatoire d’éducation civique. 

Ces « équipes communautaires » de sécurité participent aussi aux tâches collectives et à l’équipement, avec un budget d’investissement d’au moins 100.000¥ par an et par village.  Un autre effort a été fait en recrutement au PCC, pour nourrir la « tibétisation » des cadres : 230.000 membres, soit 7,67% de la population, contre 6,23% pour le reste de la Chine. 

Or à présent, on croit voir, dans cette relation bloquée, un tournant : comme si le régime réalisait à présent le risque de devoir maintenir à jamais le Tibet sous un ordre martial à coût ruineux, sans jamais obtenir la paix civile mais en devant souffrir d’un lourd déficit dans son image internationale. 
De source officielle en effet, depuis quelques semaines, il est autorisé, au Toit du monde comme dans les territoires du Tibet extérieur (Gannan, Amdo, Ngaba) de vénérer le Dalai Lama « en tant que prélat », et ses portraits peuvent s’afficher et se vendre – il y a encore un an, les moines étaient obligés de les piétiner. 

Autre changement, les portes du Pays des Neiges sont davantage ouvertes, même aux journalistes et aux ambassadeurs. Tout cela traduit une concession importante, de nature à faciliter une normalisation avec les monastères et la rue – désaveu de 10 ans de main lourde sous de puissants responsables ultraconservateurs tels Luo Gan, Zhou Yongkang ou Jia Qinglin. 

Le tournant a été préparé par Mme Jin Wei, professeur à l’Ecole du Parti, dans une interview à Asia Weekly (HK). Appelant à « une nouvelle approche créative », elle faisait une série de suggestions en contrepied des thèses officielles depuis 1989, comme reprendre le dialogue avec le pape lamaïste, le faire revenir à Macao, HK, au Tibet, puis à Lhassa. 

Puis Jin Wei envisageait de négocier avec lui sa succession : que sa réincarnation soit acceptable aux 2 parties, pour éviter l’émergence à l’avenir de deux leaders religieux concurrents. Ces vues, sans doute, étaient celles de Xi Jinping et de Li Keqiang, voire de Yu Zhengsheng, l’actuel membre du Comité Permanent responsable du dossier, que l’on dit modéré. 

Seuls resteraient poursuivis par Pékin, une poignée de jeunes Tibétains exilés extrémistes, également dénoncés par le Dalaï Lama, dont une délégation ultra secrète séjournerait ces jours-ci à Pékin. Pékin se serait réaligné sur une position très ancienne et très tolérante. Celle du 1er Secrétaire de naguère, Hu Yaobang, explicitée à Lhassa dès 1980 : laisser aux Tibétains 50 ans d’autonomie culturelle et religieuse ; « pour permettre au Tibet de rejoindre la nation et connaître prospérité et culture, nous avons 6 tâches à accomplir : la première sera de respecter scrupuleusement l’autonomie ethnique »…

Bien sûr, de gros écueils sont à attendre, comme la personnalité de Lobsang Sangay, le jeune 1er Ministre tibétain élu à Dharamsala, inadmissible pour la Chine, tout comme son entourage (qu’elle appelle « la clique »). Mais même ainsi, un vent de changement souffle bien depuis Pékin sur le Toit du Monde. 


Environnement : Deux nouvelles entrées chinoises au Patrimoine Mondial de l’UNESCO

Le 21 et 22 juin, l’UNESCO ajouta à sa liste des sites classés « Patrimoine Mondial », la montagne Tianshan dans le Xinjiang (ci-dessus) et les rizières de Honghe Hani du Yunnan (ci-dessous). Avis à ceux n’ayant toujours pas choisi leur destination pour les vacances !

La Chine avec ses 45 sites, se classe seconde du classement après l’Italie.

Hani Rice Terraces   Yunnan Honghe Prefecture Unesco Web

Portrait : Nouvelles nominations à la CIC et à l’UNIDO
Nouvelles nominations à la CIC et à l’UNIDO

Selon les dernières rumeurs et après trois mois de spéculation, Ding Xuedong, actuel vice-secrétaire général du Conseil d’Etat (et le plus jeune ayant occupé ce poste, avec ses 53 ans), serait très prochainement nommé au poste de Président de la CIC, fonds qui gère plus de 480 milliards de $. 

Ding Xuedong serait donc le successeur de Lou Jiwei, actuel ministre des Finances, et aurait été amené par le passé, à régulièrement collaborer avec le vice-Premier ministre en charge de l’Agriculture, Wang Yang. Placer Ding à ce poste est loin d’être une prise de risques, vu son expérience passée au ministère des Finances (12 ans). Il était vice-ministre de 2008 à 2010.

Ning Gaoning, Président de la COFCO, Huang Qifan, maire de Chongqing, ou Tu Guangshao, vice-maire de Shanghai, jouaient également des coudes pour ce poste à la tête de la CIC.

Li Yong UnidoA l’ UNIDO (United Nations Industrial Development Organization), c’est  Li Yong (62 ans), qui devient Directeur Général – le premier Directeur Général chinois d’une agence des Nations-Unies. Tout comme Ding Xuedong, c’est un ancien vice-ministre des Finances (depuis 2003), également ancien Directeur Exécutif  du déparment Chine à la Banque Mondiale de 1996 à 1998. 


Petit Peuple : Wuhan : Coup de foudre dans le bus

Quand Xing Chunhua (pseudo), jolie étudiante en 2ème année d’anglais, monta ce 1er juin dans un bus de la Compagnie des transports urbains de Wuhan (Hubei, CTUW), elle ignorait que Cupidon la visait. Au volant, en t-shirt blanc, Dong le chauffeur (autre pseudo) était magique, avec ses Ray-Ban qui rehaussaient ses traits fins et son cheveu noir de jais. Pour mieux l’observer, elle était restée derrière lui : son air appliqué en passant les vitesses, la faisait soupirer. Et avec sa gueule d’ange, en négociant ses virages, il lui donnait des frissons. 

Arrivée, elle descendit. A peine le bus tourné au coin de la rue, elle s’en voulut de n’être pas remontée. C’est alors qu’elle se rendit compte avec horreur que dans son émoi, elle avait omis de repérer le n° de la ligne et même de voir, d’un coup d’œil à l’ annulaire, s’il était marié – donnée qui, tel un coup de gong, sonnerait la vie ou la mort de ses espoirs. Car dans l’aveuglement amoureux, Xing ne voyait plus que cette évidence : elle devait l’épouser. 

Elle passa le jour en proie à de rudes tourments, autocritiques, visions de malheur et de volupté tour à tour mélangés. Pour sûr, la nuit fut plus terrible encore, dans l’incapacité de s’affranchir de ces démons amoureux. 

Le 02/06, après avoir ressassé depuis des heures son message, elle jeta sur Weibo sa bouteille à la mer, signée « petite soeur shuang’er 315 ». En 144 idéogrammes, elle y déployait ses intermittences du cœur, son aveu et son appel : « au premier regard, je fus piquée d’amour » (一见钟 情 yī jiàn zhōng qíng) par ce chauffeur de la CTUW. Comment le revoir ? Peut-on m’organiser une « chasse à l’ homme » sur la toile ? Et vous, chers directeurs de la CTUW, je vous en implore à genoux, pouvez-vous m’aider ? » 

Réaliste en dépit de sa passion, Xing savait bien que la Compagnie n’avait pas de temps à perdre sur les peines de cœur d’étudiantes enamourées. Aussi, quelle ne fut sa surprise le lendemain, en recevant une réponse signée de Mme Peng, responsable du site internet de la compagnie. Loin de la morigéner, la webmaster la félicitait gravement d’« avoir rencontré l’amour ». Pour retrouver l’homme de ses pensées, Peng lui suggérait de retourner à la station où elle était montée et d’attendre. En une heure au plus, avec les rotations, elle le verrait arriver. Mme Peng n’alla toutefois pas jusqu’à donner son nom, moins encore son n° de portable. De même, au nom de la sécurité des passagers, elle priait l’étudiante de s’abstenir de lui parler jusqu’à l’arrêt complet.

Et elle ajouta ce conseil délicieusement féminin, comme d’une ancienne amoureuse à une novice : s’assurer d’abord de son statut marital, tant pour améliorer ses chances de bonheur, que pour éviter de compromettre inutilement l’harmonie sociale. « S’il est célibataire, déclarez-vous audacieusement. Mais s’il est pris, passez votre chemin, l’amie »… Peng lui suggérait enfin que son Apollon des autobus pouvait s’avérer un étudiant comme elle, ne faisant le chauffeur que pour payer ses études… 

Pendant ce temps sur Weibo, son appel au public avait un franc succès : des dizaines de tweets atterrissaient, permettant d’avancer l’enquête. Parmi la cohorte des chauffeurs de la CTUW, deux candidats se profilaient, l’un marié, l’autre non. Le bus, c’était sûr, venait du dépôt n°5. Un des conducteurs travaillait sur la ligne 573, l’autre sur la 777… 

Tout ce remue-ménage avait lieu semaine passée. Hélas, sur cette belle scène, le rideau se baisse : Xing la belle ayant exigé l’anonymat, nous sommes dans l’incapacité de raconter la suite, la rencontre. Echanges polis et embarrassés ? Embrassades et serments ardents ? Nous ne le saurons jamais. 

Mais davantage, nous interpellent les réactions d’empathie de la foule qui se voit toujours comme une grande famille chinoise responsable du bonheur des autres. Intéressante aussi, l’intervention de la firme publique dans l’intimité de ses actifs. La « danwei » se sent aujourd’hui toujours impartie du rôle d’entremetteuse, redevable du bien-être du personnel, du berceau au cercueil, en passant par le moment critique du mariage. 

On note malgré tout un progrès social décisif, qui nous semble une conquête des dix dernières années : le choix du partenaire est aux mains de la fille, et non plus des parents ou de la danwei, qui ne sont plus les maîtres de son existence, mais seulement un moyen pour réaliser son choix souverain. 
Qu’on ne se trompe pas sur l’importance du moment : soutenu par la technologie, c’est la naissance du libre arbitre amoureux !


Rendez-vous : Rendez-vous de la semaine du 1 au 7 juillet 2013
Rendez-vous de la semaine du 1 au 7 juillet 2013

2-4 juillet, Shanghai : Aluminium China / Composites China

2-5 juillet, Shanghai : EASTPO, Salon de la machine-outil

3-4 juillet, Canton : Fastener Show, Salon de la fixation

3-5 juillet, Pékin : Clean Energy, Wind power Asia, Bio Energy China, Salons des énergies renouvelables

4-7 juillet, Shanghai : Salon du mariage

4-7 juillet, Shanghai : Salon de la photo et de l’image numérique

5-8 juillet, Ningbo : CHFE, Salon de la maison, ameublement, immobilier

8-11 juillet, Canton : CBD, Salon du bâtiment et de la décoration