Le Vent de la Chine Numéro 28-29 (2022)

du 28 août au 3 septembre 2022

Editorial : Un été mouvementé
Un été mouvementé

Alors que l’été touche à sa fin, le moins que l’on puisse dire est que les dernières semaines ont été particulièrement mouvementées. Crise immobilière, visite de Nancy Pelosi à Taïwan, résurgence de la Covid-19, vague de chaleur et sécheresse… Autant de menaces à la stabilité sociale qui s’enchaînent au moment même où les dirigeants font tout leur possible pour les éviter, obnubilés par les enjeux du XXème Congrès de cet automne.

Après la révolte des petits épargnants ayant vu leurs économies gelées par plusieurs banques du Henan victimes de fraude, la rébellion mi-juillet de dizaines de milliers d’acheteurs de logements sur plan, refusant de payer les mensualités de leur crédit immobilier tant que le chantier de construction de leur appartement ne reprendrait pas, est venue fragiliser un marché déjà chancelant. Cette situation est la conséquence directe des mesures imposées par Pékin visant à limiter l’endettement galopant des promoteurs immobiliers, poussant bon nombre d’entre eux au défaut de paiement. Face à l’ampleur du boycott populaire, le gouvernement a ordonné aux banques de faire preuve de davantage de souplesse vis-à-vis des promoteurs, mais il y a peu de chance que cela suffise à réinstaurer un climat de confiance sur le marché.

Il n’y a pas que les ventes immobilières qui sont à la peine. La production industrielle, les ventes de détail et l’investissement ont tous ralenti au mois de juillet. Geste inattendu, la Banque Centrale s’est résolue mi-août à abaisser deux de ses principaux taux directeurs. Or, là encore, les économistes jugent que cela ne sera pas suffisant pour enrayer la décélération économique. Après avoir échappé de justesse à la contraction au 2ème trimestre (+0,4%), l’économie chinoise peine à se redresser. Dans ces conditions, l’objectif officiel d’une croissance annuelle du PIB d’environ 5,5 % semble hors d’atteinte (3% serait plus réaliste).

Le maintien coûte que coûte de la politique « zéro Covid » n’aide en rien. Cette fois-ci, ce sont les touristes en escapade au Tibet, au Xinjiang et sur l’île tropicale de Hainan, où la Chine entière aime se retrouver depuis la fermeture des frontières début 2020, qui en ont fait les frais. Face à une flambée des cas, les autorités locales ont alors ordonné le blocage de l’île, empêchant 150 000 touristes de rentrer chez eux. Alors que les plaintes s’accumulent sur les réseaux sociaux, le Quotidien du Peuple est venu rappeler à tous le 24 août que « les avantages de la politique sanitaire actuelle outrepassent ses inconvénients » et « qu’abandonner cette stratégie aurait un effet dévastateur sur l’économie et la société chinoise ». Mais n’est-ce pas déjà le cas ?

Comme si cela ne suffisait pas, une vague de chaleur inédite depuis 1961 ans s’est abattue sur le pays. À Chongqing (cf photo) et dans le Sichuan, les habitants suffoquent sous des températures dépassant les 40°C. En parallèle, une bonne partie des récoltes d’automne de riz et de maïs sont menacées par la sécheresse tandis que les barrages hydroélectriques tournent au ralenti par manque de précipitations (-40% par rapport à l’an passé). C’est un véritable fléau pour cette province qui dépend à 82% de l’énergie l’hydraulique pour ses besoins électriques. Ce déficit énergétique a conduit les autorités à imposer un rationnement aux usines, ce qui devrait avoir un impact non négligeable sur la production et diverses industries (chimie, automobile, panneaux solaires, aluminium, semi-conducteurs…). Le Sichuan exportant un tiers de son électricité vers les provinces voisines et la région de Shanghai, ces dernières se retrouvent à leurs tours contraintes de réduire leur consommation… Cette nouvelle pénurie électrique vient rappeler que l’hydraulique, source d’énergie renouvelable la plus stable, dépend malgré tout des caprices de mère Nature et qu’ils risquent d’être de plus en plus fréquents dans les années à venir à cause du réchauffement climatique. Un constat sans appel qui pourrait bien signer le retour en grâce momentané du charbon, comme en Europe…


Taiwan : La visite de Nancy Pelosi exacerbe la guerre froide sino-américaine
La visite de Nancy Pelosi exacerbe la guerre froide sino-américaine

Que retenir de la visite de Nancy Pelosi, représentante du groupe démocrate à la Chambre des représentants des États-Unis, à Taïwan, le 2 et 3 août ?

Symboliquement, ce déplacement, réalisé au nom de la défense la démocratie dans le monde, est positif pour Taipei car il montre que Pékin, malgré ses menaces, ne peut contrarier les visites de personnalités politiques de haut niveau. Des visites similaires de responsables d’autres pays sont d’ailleurs à prévoir.

Cependant, force est de constater que l’épisode a augmenté le niveau de tensions dans le détroit sans modifier durablement les forces en présence.

Quoique la visite d’une politicienne de 82 ans dont c’est le dernier mandat à la chambre basse du Congrès, n’engage en aucun cas la Maison-Blanche, Pékin n’a cessé de présenter la chose comme une « provocation ». En réaction, la Chine de Xi Jinping s’est sentie « forcée » d’envoyer en cinq jours plus de 100 avions, 40 navires et 10 missiles faire le tour de l’île, jusque dans la zone économique exclusive (ZEE) du Japon.

Cette démonstration de force a mis en exergue la capacité de l’Armée Populaire de Libération (APL) à mobiliser un ensemble d’avions et navires militaires en peu de temps. Cela laisse également supposer que la planification de ces exercices précédait la visite de Pelosi et que la Chine n’a sans doute choisi de donner à celle-ci une importance démesurée que pour justifier des exercices militaires agressifs.

La surréaction chinoise ne peut que renforcer la méfiance occidentale vis-à-vis de la Chine et son soutien à Taipei. Elle démontre également l’impréparation des capitales européennes à une éventualité militaire.

Du point de vue économique, les investisseurs, déjà inquiets d’investir en Chine du fait des restrictions liées au Covid, des mesures de contrôle arbitraire des marchés et des sanctions russes en riposte à l’invasion de l’Ukraine, vont encore plus songer à diversifier leurs investissements.

D’où la question suivante : si la Russie peut envahir l’Ukraine en dépit du droit international en niant que l’Ukraine soit un pays, la Chine populaire – qui nie la réalité de la souveraineté de facto de la République de Chine sur l’archipel formosan – pourrait-elle être tentée par une « opération militaire spéciale » similaire ?

Certains éléments semblent corroborer un tel scénario, tel le glissement du discours de la Chine elle-même. Il faut rappeler que dans les années 1930, Mao Zedong ne faisait pas de Taïwan une priorité nationale. Mais quand Xi Jinping annonce en 2019 que l’intégration de Taïwan est un objectif nécessaire de la « nouvelle ère » chinoise, il pose un calendrier clair et rappelle que le recours à la force est toujours possible.

La nécessité d’une prise de Taïwan avant 2030 ou « au pire » 2050 est renforcée du fait qu’aux yeux de Pékin l’indépendantisme taïwanais gagne du terrain en même temps que les Etats-Unis renforcent leurs liens militaires et politiques.

La Chine, instruite de l’exemple russe, a déjà entrepris de définir l’impact de sanctions internationales possibles sur son économie en cas de guerre. Plus encore, en refusant de condamner la Russie et en entraînant avec elle une partie des pays du Sud, la Chine cherche aussi à tester les limites de ces sanctions.

Il existe néanmoins des freins à une telle aventure, comme les 400 000 Chinois qui vivent à Taïwan et le caractère paradoxal du discours chinois qui à la fois menace et exhorte les « compatriotes taïwanais ». Tant que la Chine affirme que le désir d’indépendance est le fait d’une petite minorité, elle se trouve dans la situation de justifier l’injustifiable : pourquoi attaquer tout un pays si la majorité voudrait d’une réunification ? Dans les faits, on sait que les partisans d’une unification immédiate sont très minoritaires, moins de 4% de la population. Toute attaque militaire devra donc être précédée d’un changement rhétorique qui imputerait le crime de lèse-majesté indépendantiste à une majorité endoctrinée, devenue incurable, et donc devant être liquidée et remplacée. Des éléments d’une telle transformation sont déjà perceptibles sur les réseaux sociaux chinois, mais ne constituent pas encore une politique officielle.

L’autre élément qui s’oppose à une intervention militaire, c’est bien entendu le poids de Taïwan dans l’économie chinoise. Une attaque de Taïwan paralyserait la source principale de semi-conducteurs hauts de gamme et aurait des répercussions mondiales à une époque de pénétration ubiquitaire de l’électronique dans les objets de la vie quotidienne.

Enfin, c’est évidemment la perception par la Chine de la capacité de l’APL à surpasser l’armée américaine dans le Pacifique qui est décisive. La Chine ne peut entreprendre de lancer une offensive que si elle est sûre d’être capable de prendre assez vite le territoire ennemi tout en résistant à une contre-attaque américaine.

En clair, la seule chose qui tient encore Pékin à distance de Taipei est Washington. Dans ces conditions, la stratégie américaine doit-elle évoluer ? Le débat se concentre autour de la question de savoir si les Etats-Unis doivent mettre fin à leur ambiguïté stratégique : doivent-ils affirmer sans détour que toute attaque de Taïwan par la Chine entraînera une riposte américaine ou bien simplement continuer à s’opposer à toute réunification par la force ? Certains affirment qu’une telle clarification serait contre-productive parce qu’elle lierait Washington à Taipei et pourrait favoriser l’indépendantisme sur l’île. D’autres soutiennent que c’est le doute sur une intervention américaine qui pourrait laisser Pékin croire qu’une invasion « éclair » est du domaine faisable.

Pour éviter ce risque, il faudrait proposer une double clarification posant une limite claire à Taipei tout en certifiant de l’engagement américain. D’une part, rassurer Taipei en confirmant que Washington répliquera en cas d’attaque ; d’autre part, conforter Pékin en affirmant que Washington ne viendra pas en aide à l’archipel formosan en cas de « provocation » de la part de Taipei. Plutôt qu’une ambiguïté qui parait de moins en moins stratégique, une double clarification serait plus géopolitiquement viable.   

Par Jean Yves Heurtebise


Portrait : Hu Chunhua, un candidat de « premier » choix
Hu Chunhua, un candidat de « premier » choix

Cet article est le premier d’une série consacrée aux leaders de demain qui sera publiée à chaque numéro du Vent de la Chine d’ici l’ouverture du XXème Congrès le 16 octobre prochain. À l’occasion de cet événement politique hors du commun, nous publierons une étude offrant analyse des rapports de force en présence et portraits des 25 dirigeants les plus influents du pays pour les cinq prochaines années. Un éclairage indispensable pour mieux comprendre les arcanes du pouvoir chinois et les orientations politiques qui en découlent – à paraître fin 2022 (600 euros). Pré-commandez-la dès maintenant en nous contactant ! Pour retrouver un aperçu de notre précédente étude réalisée lors XIXème Congrès en 2017, cliquez ici.

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La rumeur prend de l’ampleur. Et si Hu Chunhua (胡春华), actuel vice-premier ministre en charge de l’agriculture et de la lutte anti-pauvreté, venait à remplacer Li Keqiang, Premier ministre sortant, à la suite du 20ème Congrès ?

Après avoir longuement scruté les faits et gestes de Wang Yang, président de la CCPPC et n°4 dans la hiérarchie du Parti, les observateurs s’interrogent sur l’hyperactivité de Hu Chunhua au lendemain de la retraite de Beidaihe. Outre ses remarques plutôt banales sur la production agricole, ses interventions le 19 août lors d’une conférence nationale dédiée aux investissements étrangers, puis trois jours plus tard au sujet du marché de l’emploi, laisseraient présager d’un portefeuille élargi à l’économie, tel celui d’un Premier ministre !

Né à Wufeng (Hebei) en 1963, d’une famille paysanne de 7 enfants, Hu Chunhua se révèle être un élève brillant. Major de son district au Gaokao à 16 ans, il intègre la prestigieuse université Beida (Pékin) où il boucle une licence de lettres en 1983 – il est coopté dans la foulée au Parti.

Surnommé « le petit Hu » en raison de sa ressemblance frappante (physique et de carrière) avec son protecteur, l’ex-Président Hu Jintao qu’il rencontre à la Ligue de la Jeunesse, il passe 19 ans au Tibet, où il s’attachera à apprendre le tibétain – chose très rare pour un cadre. Envoyé dans sa province d’origine le Hebei en 2009, il devient alors le plus jeune gouverneur du pays, puis est nommé secrétaire du Parti de la Mongolie Intérieure, où il gère avec doigté les émeutes de mai 2011.

Fort de ses affectations dans des régions pauvres et « ethniquement sensibles », et surtout grâce à l’appui du Président sortant, Hu Chunhua est promu en 2012 à la tête du Guangdong, ce qui va de pair avec une place au Politburo. À l’époque, son « jeune » âge faisait de lui un candidat idéal à la succession de Xi Jinping en 2022, étant l’un des deux seuls dirigeants de la 6ème génération à accéder à ce pinacle du pouvoir. C’était sans compter sur les aspirations de Xi de se maintenir à la tête du pays pour (au moins) cinq ans de plus…

Bien conscient de ne pas être le favori de Xi Jinping, Hu a néanmoins su se faire passer pour « acceptable » aux yeux de celui-ci, en déclarant à multiples reprises son allégeance au leader, retenant la leçon de la chute brutale en 2017 de son rival, Sun Zhengcai. Encore le 27 juillet dernier, Hu Chunhua signait dans le Quotidien du Peuple une tribune vantant les réalisations du Président en matière de « réjuvénation rurale », l’article mentionnant Xi Jinping plus d’une cinquantaine de fois…

Ainsi toléré par le Premier secrétaire du Parti, Hu Chunhua, encore dans la fleur de l’âge (59 ans), pourrait bien rejoindre le « Saint des Saints », le Comité Permanent, à l’automne 2022 : soit en tant que nouveau patron du Conseil d’État, soit en tant que Président de la Conférence Consultative Politique du Peuple Chinois (CCPPC), dans le cas où Wang Yang serait remercié.

Jusqu’à présent, tous les 1er ministres (sauf Zhou Enlai, étant le tout premier de la liste) ont été sélectionnés parmi les vice-premiers en poste. Or, le seul vice-premier actuellement en fonction, qui n’a pas atteint la limite d’âge de 68 ans, est Hu Chunhua, ce qui fait de lui un candidat de choix.

Si cette nomination se confirme, sera-t-elle à interpréter comme une concession faite par Xi Jinping à la faction (affaiblie) de la Ligue de la Jeunesse (la « tuanpai »), incarnée au plus haut niveau par Li Keqiang et Wang Yang, en échange de leur soutien à sa « réélection » ? C’est possible… L’importance de ce potentiel compromis est néanmoins à nuancer, puisque Xi Jinping a relégué le rôle du Premier ministre au second plan ces dix dernières années. Et il y a peu de chances que Hu Chunhua – ou quiconque nommé à sa place – parvienne à inverser la tendance.

Une seule chose est sûre : le futur premier ministre aura fort à faire pour remettre sur les rails une croissance économique à bout de souffle après presque trois ans de politique « zéro Covid », et atténuer les dégâts provoqués par les multiples reprises en main du secteur privé initiées par son indéboulonnable patron.


Politique : Le « conclave » de Beidaihe est-il toujours d’actualité ?
Le « conclave » de Beidaihe est-il toujours d’actualité ?

Chaque été, entre juillet et août, les dirigeants chinois se retirent de la scène médiatique pendant une dizaine de jours pour se rendre à Beidaihe (Hebei), à quelque 280 km de Pékin. A la même période, la station balnéaire se transforme en un bunker où les allées et venues sont étroitement contrôlées et où les Tesla sont interdites, soupçonnées d’être utilisées à des fins d’espionnage… Cette année n’a pas dérogé à la règle. Xi Jinping et consorts n’ont effectivement plus été vus en public du 1er au 15 août.

Cette tradition ne date pas d’hier. Elle aurait été instaurée en 1953 par Mao, nageur occasionnel tombé sous le charme de ce lieu de villégiature situé en bord de mer de Bohai. Le Grand Timonier prend alors l’habitude d’y convier ses fidèles pour des réunions de travail informelles.

Cette retraite estivale deviendra peu à peu un rendez-vous politique incontournable durant lequel les caciques sont censés se mettre d’accord sur les grandes orientations politiques de manière à éviter d’avoir à régler leurs différends lors de meetings officiels, ce qui pourrait affecter « l’unité » du Parti. Les anciens dirigeants sont également conviés afin de donner leurs avis sur des sujets importants, comme les nominations.

Etant donnée la nature extrêmement opaque de l’appareil, ce rassemblement, ses participants ainsi que son agenda, ne sont jamais dévoilés. La presse officielle se contente de rapporter le déplacement des leaders à Beidaihe afin de « rencontrer des experts », manière de reconnaître à demi-mots l’existence de cette « université d’été ».

Elle n’a pourtant pas toujours été du goût de tous. En 2003, sous l’ex-Président Hu Jintao à peine installé au pouvoir, une directive a formellement interdit aux cadres de « travailler depuis Beidaihe ». En 2015, la rumeur prêtait également à Xi Jinping la volonté de mettre fin à cette tradition : officiellement pour améliorer la transparence de la gouvernance, officieusement pour ne pas donner l’opportunité aux « anciens camarades » de l’utiliser à des fins politiques en pleine campagne anti-corruption.

Qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Ce rendez-vous a-t-il perdu en importance, sous l’influence de Xi Jinping ? A-t-il même encore lieu ? C’est la question qui agite certains observateurs étrangers depuis quelques années.

Charles Parton, éminent sinologue, met sérieusement en doute l’existence de ce conclave : pourquoi Xi Jinping, dirigeant ayant concentré le plus de pouvoirs depuis Mao, aurait-il encore besoin de se concerter avec les anciens leaders avant de prendre une décision ? Et qui sont ces ex-dirigeants qu’il serait absolument nécessaire de consulter ? La plupart sont décédés (Li Peng), séniles (Jiang Zemin) ou hospitalisés (Zhu Rongji). Ceux qui représentaient une menace pour Xi Jinping (Zhou Yongkang, Bo Xilai, Sun Zhengcai) ont écopé de la perpétuité à la prison de Qincheng, aux abords de Pékin. Ceux qui sont encore en bonne santé (Zeng Qinghong, Hu Jintao, Wen Jiabao), ne sont pas tous réputés avoir conservé une influence déterminante sur la vie politique du Parti. Et encore récemment, ils ont été priés de ne pas « commenter négativement » les politiques actuelles…

La question de l’existence ou non de ce rassemblement secret est pourtant cruciale. Si l’actuel Premier secrétaire du Parti a toujours besoin de rencontrer les anciens dirigeants pour discuter et valider ensemble les grandes décisions politiques (comme un prétendu abandon de la stratégie « zéro Covid ») et la composition du prochain Bureau Politique, alors il n’est pas aussi puissant que certains le pensent.

A ce jour, il paraît cependant acquis que Xi Jinping soit reconduit au pouvoir lors du XXème Congrès qui se tiendra le 16 octobre prochain. Mais pour combien de temps : cinq ans seulement, pour dix ans, pour la vie ? Un nouveau modèle de succession sera-t-il mis en place ? Si oui, selon quelles modalités ? A quelle échéance ? Autant de questions cruciales qui doivent absolument être débattues, à Beidaihe ou ailleurs…


Chiffres de la semaine : « 5 retraits de Wall Street, 13 ans de prison, 10 000 millionnaires candidats au départ, 8 milliards de yuans d’amende » 
« 5 retraits de Wall Street, 13 ans de prison, 10 000 millionnaires candidats au départ, 8 milliards de yuans d’amende » 

5 : c’est le nombre d’entreprises publiques chinoises qui ont annoncé le 12 août se retirer « volontairement » de la bourse de New York. Il s’agit de l’un des leaders mondiaux de l’aluminium Chalco, de l’assureur China Life, des groupes pétroliers PetroChina et Sinopec ainsi que sa filiale shanghaienne. Ces firmes étaient cotées au NYSE depuis plusieurs décennies, dès 1993 pour Shanghai Petrochemical.

Pour motiver leur décision, elles avancent la lourdeur administrative et les coûts que représentent une cotation aux États-Unis, ainsi que le fait que les bourses de Shanghai et de Hong Kong – où elles sont également cotées – offrent des solutions de financement suffisantes à leurs yeux. Mais la véritable raison tient plutôt aux exigences accrues de Washington, qui veut obliger les entreprises chinoises cotées aux Etats-Unis à faire preuve de davantage de transparence en matière d’audit et d’actionnariat. Or, Pékin s’y oppose farouchement, les entreprises d’État étant la chasse gardée des familles de l’élite rouge du Parti… Les perspectives d’un accord entre Pékin et Washington divisent les analystes : si certains restent pessimistes, d’autres estiment que le retrait de ces entreprises publiques pourrait au contraire ouvrir la voie à un compromis… Environ 270 entreprises chinoises (publiques et privées) sont actuellement listées aux USA, dont 160 sont dans le viseur du gendarme boursier américain. 

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13 : c’est le nombre d’années de prison auxquelles le milliardaire Xiao Jianhua a été condamné à l’issue de son procès pour « collecte illégale de fonds auprès du public, abus de confiance et corruption ». Son groupe financier Tomorrow a lui été frappé d’une amende de 55 milliards de yuans. Le jugement rendu le 16 août peut paraître sévère, mais le tribunal a déclaré avoir fait preuve de clémence vis-à-vis de l’ancien « banquier des princes rouges » qui s’est « rendu » (Xiao a en fait été enlevé à Hong Kong), a reconnu sa culpabilité et coopéré à l’enquête pendant plus de cinq ans. La perspective que Xiao Jianhua ait pu dévoiler des secrets embarrassants sur bon nombre de dirigeants avec qui il était en affaires, pourrait inciter ces derniers à réfléchir à deux fois avant de s’opposer au Président Xi Jinping, à quelques semaines du XXème Congrès.

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10 000 : c’est le nombre de Chinois fortunés qui chercheraient à s’exiler d’ici la fin de l’année, las des contraintes sanitaires qui s’éternisent, d’après le cabinet londonien spécialisé en planification de la citoyenneté Henley & Partners. Ces millionnaires emporteraient avec eux 48 milliards de $. Leurs destinations préférées ? Les États-Unis, le Canada, l’Australie, Singapour et l’Europe (Espagne, Portugal et Irlande notamment). Mais encore faut-il y arriver ! Long délai d’obtention ou de renouvellement de leur passeport, motif valable requis pour quitter le territoire… Les obstacles sont nombreux, tout comme les difficultés pour sortir du pays de larges sommes d’argent, surtout depuis le ban des plateformes d’échanges de crypto-monnaies. Malgré cela, ils sont déjà 4200 à avoir sauté le pas entre janvier et juin.

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1910 milliards de $ : c’est le montant des pertes économiques que Chine et États-Unis, Europe et Japon devraient enregistrer si leurs échanges commerciaux devaient s’interrompre en cas d’invasion de Taïwan, selon les estimations du quotidien nippon Nikkei. En cas d’interruption des exportations vers ces pays, l’économie chinoise pourrait voir son PIB nominal réduit de 7,6%, tandis que le Japon verrait le sien rétrécir de 3,7%, l’Europe de 2,1%, et les USA de 1,3%. Ces données viennent confirmer le fait que décréter des sanctions à l’encontre de la Chine seraient bien plus douloureux que celles qui visent actuellement la Russie. La Chine en est bien consciente : un rapport commandé en avril dernier par le Conseil d’État avertit que « si les États-Unis et leurs alliés décident d’imposer des sanctions, notre pays retournerait à une économie planifiée, fermée sur le reste du monde ». Mais ce qui inquiète le plus Zhongnanhai, c’est le risque d’une crise alimentaire, provoquée par une interruption des importations.

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8 milliards de yuans : c’est le montant de l’amende infligée le 20 juillet par l’administration du cyberespace (CAC) au leader chinois des VTC, Didi Chuxing pour avoir enfreint les règles en matière de sécurité des données personnelles. Cette pénalité, qui représente 4,6% du chiffre d’affaires du groupe en 2021, est l’une des plus importantes jamais infligée à une entreprise en Chine, après celle de 18,2 milliards de yuans ayant frappé Alibaba en 2021. En outre, ses dirigeants, Cheng Wei et Jean Liu Qing (fille du fondateur de Lenovo), ont écopé chacun d’une amende d’un million de yuans. Malgré sa sévérité, la nouvelle a été accueillie avec soulagement par l’entreprise qui y voit l’épilogue d’une saga débutée un an plus tôt avec son introduction en bourse à New York contre l’avis du régulateur qui craignait un transfert de données sensibles vers le sol américain. Cette insubordination a valu à Didi d’être radié des magasins d’applications et contraint de se retirer de Wall Street cinq mois plus tard. Désormais, la firme devrait être à nouveau en mesure d’accepter de nouveaux utilisateurs et pourrait envisager une nouvelle levée de fonds, à Hong Kong cette fois, pour éviter de froisser Pékin.


Podcast : 35ème épisode des Chroniques d’Eric : « Du Mont Beuvray à Pékin, échauffements et réchauffement »
35ème épisode des Chroniques d’Eric : « Du Mont Beuvray à Pékin, échauffements et réchauffement »

Venez écouter le 35ème épisode des « Chroniques d’Eric », journaliste en Chine de 1987 à 2019 et fondateur du Vent de la Chine.

Dans cet épisode, je trouverai des points de passage imprévus entre la Chine et la France, à travers les tunnels obscurs et incandescents de l’art lyrique et de la climatologie, et des histoires d’amitiés qui résistent aux attaques du temps et de l’éloignement. 

En même temps, je reviendrai sur les forces et les faiblesses d’une Chine aujourd’hui contrainte à se remettre en cause –c’est rarissime – pour survivre à ses erreurs passées, en matière climatique. 

Je vous conterai aussi l’histoire tragique et édifiante d’un chevalier d’industrie subitement chuté, Xiao Jianhua, et l’état actuel des préparatifs pour le 20ème Congrès, qui doit octroyer au Président de la République et Premier secrétaire du PCC l’honneur jusqu’à ce jour plus échu à quiconque depuis Mao Zedong, d’un troisième quinquennat à la tête du pays – mais à quel prix, moyennant quelles concessions ?

Suivez dès à présent les « Chroniques d’Eric » via le flux RSS ou sur Apple Podcast !
 


Rendez-vous : Semaines du 29 août au 25 septembre 2022
Semaines du 29 août au 25 septembre 2022

31 août – 5 septembre, Pékin : CIFTIS, Salon international du commerce des services (China National Convention Center et Parc de Shougang).

31 août – 2 septembre, Shanghai : SHANGHAI INTELLIGENT BUILDING TECHNOLOGY 2022 (SIBT), Salon des technologies de construction intelligentes.

31 août – 2 septembre, PékinINTER AIRPORT CHINA 2022, Salon international des équipements pour aéroports, technologies et services. REPORTE du 6 au 8 décembre 2022 à Canton.

31 août – 2 septembre, Shenzhen : DOMOTEX / CHINA FLOOR EXPO 2022, Salon professionnel consacré aux revêtements de sol.

5-7 septembre, Shanghai : AUTOMOTIVE TESTING EXPO CHINA 2022, Salon du test, de l’évaluation et de l’ingénierie de la qualité dans les composants automobiles. REPORTE

6-8 septembre, ShanghaiICIF CHINA 2022, Salon international de l’industrie de la chimie en Chine. REPORTE au 28 au 30 septembre à Wuhan.

7-9 septembre, Shenzhen : CIOE 2022, Salon international de l’optoélectronique.

8-11 septembre, Xiamen : CIFIT 2022, Salon international dédié aux investissements et au commerce.

13-15 septembre, Shanghai : SNEC ENERGY STORAGE 2022, Conférence et exposition internationale sur les technologies de stockage d’énergie. REPORTE du 27 au 29 décembre 2022.

15-17 septembre, Shenzhen : ELEXCON 2022, Salon chinois de la Hi Tech.

15-17 septembre, Pékin : CIOF – CHINA INTERNATIONAL OPTICS FAIR 2022, Salon international de l’optique. REPORTE en septembre 2023

15-17 septembre, Canton : HCI EXPO 2022, Salon de l’industrie de la santé en Chine.

16-18 septembre, Canton : IFE CHINA 2022, Salon international des produits alimentaires et des produits importés.

16-18 septembre, Canton : IHE – INTER HEALTH EXPO 2022, Salon international de l’alimentation et des produits issus de l’agriculture biologique.

20-22 septembre, Shanghai : PHARMCHINA 2022, Salon international de l’industrie pharmaceutique.

22-24 septembre, Shenzhen : CHINA INTERNATIONAL INTERNET & E-COMMERCE EXPO (CIE) 2022, Salon et Forum Internationaux de l’e-commerce et de la logistique.

22-24 septembre, Shenzhen : CILF – CHINA INTERNATIONAL LOGISTICS AND TRANSPORTATION FAIR 2022, Salon international de la logistique et du transport de Shenzhen.

26-28 septembre, Canton : CHINA (GUANGZHOU) INTERNATIONAL ROBOTICS EXHIBITION 2022, Salon international de la robotique en Chine.