Le Vent de la Chine Numéro 23 (2019)

du 9 au 22 juin 2019

Editorial : Le visage de la jeunesse urbaine

Chaque début juin en Chine, les projecteurs se tournent vers la jeunesse : celle d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Quelques jours après la fête des enfants le 1er juin (儿童节), 10 millions de lycéens auront planché sur leur examen du Gaokao les 7-8 juin (高考),  chacun nourrissant l’espoir secret d’intégrer l’une des meilleures universités du pays. Mais que veulent ces jeunes pour leur avenir ? Quelles sont leurs valeurs ? En quoi diffèrent-elles de celles de leurs parents ? 

Cette génération reste avant tout celle de l’enfant-roi, gâté depuis la naissance par toute la famille qui rivalise pour répondre à ses désirs. Elle reste aussi soumise au stakhanovisme scolaire, sans autre choix que de réviser en permanence—avec cours particuliers durant les week-ends et les vacances. Ces jeunes se retrouvent donc avec un niveau d’instruction dont leurs aînés n’ont pas bénéficié. Ayant pu voyager, ils ont acquis un goût pour la découverte du monde. Ils en retirent l’aspiration à une certaine qualité de vie, à un équilibre entre vie professionnelle et personnelle – c’est ce qu’exprime notamment le mouvement anti-« 996 ».

Cet état d’esprit s’accompagne d’un désir entrepreneurial, associé à un goût du risque. Naturellement pragmatiques, et formés par l’école socialiste dans un pointilleux patriotisme, ils ne se sentent pas mariés aux modes de pensée à l’occidentale. Ils sautent volontairement les étapes technologiques et regardent toujours plus loin. Il en ressort un foisonnement de nouveaux business models, comme le paiement mobile, les vélos en libre-partage ou les magasins phygitaux. Ils se lancent avec optimisme, quitte à réajuster et régler les problèmes plus tard ! C’est de cette énergie vitale que découle la capacité d’innovation chinoise d’aujourd’hui.

Aujourd’hui, elle n’achète plus aveuglément des produits pour seul motif qu’ils soient de marques étrangères. Même si les jeunes restent fortement attirés par ces produits importés, ils croient que les marques chinoises peuvent faire aussi bien, si ce n’est mieux, que leurs concurrents étrangers. Ils sont donc plus enclins à consommer « made in China » avec fierté, ou à suivre des directives en ce sens.

Ces moins de trente ans n’ont donc connu qu’une phase ininterrompue de développement et d’enrichissement, formant le socle d’une large classe moyenne. Ces jeunes gagnent aujourd’hui 40 fois plus que leurs parents au même âge.

Une telle opulence les pousse à la reconnaissance envers le Parti et ses leaders, et leur culture leur interdit de « mordre la main qui les nourrit ». Ils avouent volontiers que leur réussite a largement été rendue possible par ces 30 ans de stabilité politique. On est donc loin des idéaux civiques et démocratiques de leurs parents. « Pourquoi regarder dans le miroir cassé du passé alors que le futur est si prometteur ? », rétorquent-ils.

Cette jeunesse fronce les sourcils face aux revendications sociales, au malaise populaire qu’ils perçoivent en Europe. « En France où l’Etat traite plutôt bien le peuple », entend-on, « pourquoi revêtir son gilet jaune pour aller casser et brûler, et pourquoi le pouvoir ne les empêche pas ? » Implicitement, les jeunes Chinois sont rassurés d’avoir un régime fort, interdisant toute contestation, qu’ils assimilent à une déstabilisation néfaste à l’intérêt général. Pour le moment, aucun état d’âme non plus sur le déploiement en cours du « crédit social » qui interdit déjà de TGV, d’avion et de prêt bancaire plus de 24 millions de citoyens : « moi, je me comporte bien, et cela ne m’arrivera pas ». Cette confiance montante de la jeunesse en son système est peut-être la donnée nouvelle, déterminante par rapport à celle qui l’a précédée. 

Tel est le tableau de cette jeunesse, qui bien sûr ne cesse d’évoluer. Mais que deviendra le contrat informel passé avec le leadership, face à l’inéluctable ralentissement de la croissance, l’inflation, la montée du chômage, et la limitation toujours plus forte des libertés individuelles par le crédit social ? Dans ce cas, elle pourrait être moins encline à soutenir le régime, mais difficile pour le moment de l’imaginer contestataire.


Banque : Tutelle de la banque Baoshang, la face cachée d’un iceberg

Séisme sur la banque, 24 mai : la banque Baoshang (包商银行) de Baotou (Mongolie) est placée pour un an sous contrôle de la CBIRC (tutelle des assurances et banques) et de la Banque Centrale. Cette sanction peut s’interpréter sous deux grilles de lecture, deux campagnes de l’Etat :

– celle visant à juguler la finance de l’ombre (ensemble des activités et des acteurs contribuant au financement non bancaire de l’économie),
– et celle dont le but est de briser l’expansion du secteur privé.

Baoshang était dans le collimateur du gouvernement depuis 2013, et de ce fait, interdite d’accès aux échanges interbanques (qui laisse les banques se prêter à court terme pour éviter la rupture de liquidités). Depuis, Baoshang, fondée en 1998, 50ème banque du pays (291 succursales, 8000 employés), voyait sa dette fuser, atteignant 156 milliards de yuans fin 2016, 65% de plus qu’en 2014. C’était en partie dû à la manie de Tomorrow, propriétaire de 70% de ses parts, de puiser dans sa caisse, pour le compte de son PDG Xiao Jianhua. Ceci explique peut-être la disparition du milliardaire en janvier 2017 à Hong Kong, pour resurgir captif en Chine, où il « coopère  avec la justice ». Il rejoint ainsi la liste des tycoons que Xi Jinping veut casser, dont Wu Xiaohui, PDG des assurances Anbang (en prison pour 18 ans, Anbang placé sous tutelle), ou Wang Jianlin, patron de Wanda qui a cédé en 18 mois 25 milliards de $ d’actifs pour sauver son groupe.

Même en mauvaise santé, Baoshang restait le vaisseau amiral du groupe de Xiao Jianhua : en reprenant ses rênes, Pékin compte porter un coup fatal à Tomorrow qui résiste, contestant la valorisation de ses actifs par ses candidats repreneurs publics.

Mais le coup était risqué. Le secteur privé en Chine est le premier générateur d’emplois et de profits. Il est soutenu par la classe moyenne, face à un secteur public perçu comme profitant de monopoles et subventions. Aussi l’Etat a pris toutes les précautions pour rassurer : « le cas de Baoshang est unique », déclarait à la TV Yi Huiman le 2 juin, nouveau patron de la tutelle de boursière (CSRC), et « le marché des capitaux est stable et fondamentalement en bonne santé ». La Banque Centrale elle, précise que cette mise sous tutelle d’une banque, première en 20 ans, restera l’exception, et que les comptes de moins de 50 millions de yuans seront garantis à 100%, les autres à 90%.

Cependant le problème n’est pas si simple. Les troubles dont souffre le marché financier sont loin de se limiter à l’indiscipline d’une poignée de milliardaires. De 2010 à 2018, la valeur de la finance grise s’est multipliée par 25, à 8254 milliards de $. En même temps, la masse des prêts bancaires faillis à travers la nation augmentait de 50%, à 1,74% du total des encours, ce qui est directement imputable à l’activité des prêteurs non régulés.

Depuis 2017, l’autorité financière lance de nouvelles actions pour briser la croissance des prêts illégaux, apparemment avec succès. Moody’s a calculé que fin 2018, la finance grise atteignait un plateau puis régressait de 66 000 milliards de yuans en 2014 à 61 000 milliards. En part du marché des capitaux, la décrue était plus nette encore : -5% dans la période, pour se stabiliser à 23,5%.

Pour obtenir ce résultat, la Banque Centrale a recapitalisé les grandes banques, tout en les libérant de leurs actifs faillis, transférés vers des structures de défaisance. Elle s’est aussi penchée sur le cas des 4000 petites banques rurales et municipales, grosses émettrices de prêts gris hors des clous. Pour les renforcer et mieux les surveiller, elle a vite lancé une série de fusions entre elles, vu l’urgence. Pour Bloomberg, ces banques de la base avaient perdu, au 31 mars 2019, la moitié de leur capital de « 529 000 milliards de yuans ». Par cet endettement rapide, elles grevaient lourdement la qualité du marché national des capitaux, dont elles occupaient 25%.

Cependant, le remède n’a pas marché, tout d’abord car ces concentrations ont été imposées sans respecter les réalités culturelles de terrain. Ensuite, parce qu’elles ne faisaient rien pour régler le problème de fond : les campagnes « rapportent » moins que les villes, du fait de la vieille priorité accordée aux villes par le régime, au nom de la stabilité. Pour éviter les troubles sociaux, le citadin doit être nourri à bas prix, et le paysan est mal rémunéré. Ces petites banques ne bénéficient donc ni de la recapitalisation, ni de la grâce de leurs dettes. Pire, les grandes banques non plus n’écoutent pas les demandes de crédit des paysans et des entrepreneurs ruraux. De ce fait, pour éviter la faillite du monde rural, il ne reste plus que ce crédit gris pour lui prêter, à taux très élevé, et sur des dossiers souvent à risques. Conséquence inéluctable, davantage de prêts font faillite aux champs que dans les villes. Ce qui ne fait que renforcer le cercle vicieux des mauvaises dettes.

Sous cette perspective, la mise sous tutelle de Baoshang reflète moins la volonté de punir un capitaliste, que la recherche, pour l’instant vaine, d’une solution pour attirer du capital vers les marchés financiers chinois. Mais sur le fond, elle ne règle rien, et les affirmations de Yi Huiman, optimistes et rassurantes, n’engagent que leur auteur—elles soulèvent plutôt de fortes questions sans réponses… La Chine pourra-t-elle garantir les défauts de paiement de toutes ces petites institutions comme elle le fait avec Baoshang ? L’Etat et les grandes banques sont-ils prêts à prendre leur part de ce déséquilibre financier entre villes et campagnes ? À reconsidérer la priorité de crédit aux consortia publics déficitaires ?

La question est tout sauf angélique, car le rythme des demandes d’intervention de l’Etat s’emballe.  Les 27-28 mai derniers, la Banque Centrale devait encore injecter 150 milliards de yuans dans le réseau interbancaire pour renflouer les caisses. Et le 3 juin, Ernst & Young, auditeur de la banque de Jinzhou (Liaoning), démissionnait de sa mission, faute d’entente avec la direction sur les moyens d’assurer le service de la dette et de publier les comptes de 2018. L’Etat va donc devoir intervenir, ce qui inflige un démenti au patron de la CSRC : la Chine a probablement, dans l’ombre, beaucoup d’autres Baoshang à deux doigts du précipice !


Education : Quand la Chine forme ses managers

La Chine est devenue championne du commerce mondial, présente sur les marchés des quatre coins du monde et intégrant dans ses entreprises les technologies et les usages numériques les plus avancés. Mais au fait, comment s’y prend-elle pour former ses cadres ?

Tout commence fin du XIXème siècle, sous l’influence néocoloniale : en 1898 apparaît à Pékin la première école de commerce, logée dans l’Imperial University. Elle est suivie en 1905 par son homologue à Fudan (Shanghai), puis à Tsinghua (Pékin, 1911), et Nankai (Tianjin, 1919).

Après avoir timidement accompagné la révolution, toutes ces écoles seront fermées pendant les 10 ans de la Révolution culturelle. Le nouveau départ en 1979 fait suite au mot d’ordre de Deng Xiaoping, « enrichissez-vous ! », qui favorise dans les années 80 l’éclosion de centaines d’écoles,  chapeautées par les facultés de management des grandes universités.

Directement inspirés de campus nord-américains, ces instituts géants comme celui de la School of Economics and Management (SEM) de Tsinghua, sont dirigés par des conseils d’administration regroupant le Gotha des consortia chinois et des multinationales, avec des noms tels Tim Cook (Apple), Michael Dell (Dell), Elon Musk (Tesla), Satia Nadella (Microsoft), Mark Zuckerberg (Facebook)… 

Le dispositif fut renforcé par des écoles indépendantes : en 1994, sur base d’un accord entre le Conseil d’Etat et la Commission Européenne, s’ouvre à Shanghai la CEIBS (China Europe International Business School), qui fera mieux que se défendre, se retrouvant sacrée en 2019 n°1 en Asie, et  5ème mondiale derrière Stanford, Harvard, l’INSEAD et Wharton.

La pénurie de managers en Chine a aussi suscité des approches originales, comme la Hupan University, initiative du PDG d’Alibaba Jack Ma et de huit autres tycoons, ouverte près de Hangzhou en 2015 (cf photo). Chaque promotion accueille 40 patrons de start-ups, et commence par trois jours de sevrage du smartphone, une marche nocturne, et l’étude obligatoire des discours compilés de Jack Ma depuis 2003.

Autre initiative, les conglomérats privés fondent leur propre école : les colleges, universities, business schools de Haier, Lenovo ou Yili forment les futurs cadres de leurs différents départements. 

Jusqu’en 2010, au moment de la ruée industrielle euro-américaine vers la Chine, des partenariats entre Grandes Ecoles et universités occidentales, ont pullulé pour des cursus mixtes avec les universités chinoises. À tout seigneur, tout honneur : les jumelages associent les maisons de niveau mondial, telle la SEM de Tsinghua qui ouvre des  MBA et des EMBA aux coûts d’entrée prohibitifs, avec MIT Sloan, Harvard, Stanford ou l’INSEAD. Stephen Schwarzman, PDG milliardaire américain de Blackstone, mettait  100 millions de $ sur la table en 2016 pour accueillir à Tsinghua chaque année 40 Américains, 20 Chinois et 20 étudiants du reste du monde.

Dans cette course, le fleuron des écoles de management françaises est déjà présent, ou prévoit de l’être. Bernard Sanchez, pionnier d’un rapprochement entre l’Université Dauphine et Tsinghua, distingue trois générations d’entrepreneurs : 

– le self-made man sans formation supérieure (pour cause de Révolution culturelle), a réussi à la force du poignet, grâce à son travail, sa capacité d’adaptation, sa famille et ses contacts au sein du Parti ou de l’Armée. Parmi eux comptent Liu Chuanzhi, fondateur de Lenovo ou Ren Zhengfei, patron de Huawei.

– celle des années 60 et 70 qui a pu accéder aux études et aux meilleurs diplômes. Ce manager là commence à voyager, parle anglais et se veut « international », à l’instar de Robin Li créateur de Baidu, de Pony Ma PDG de Tencent, de Wang Xing, PDG de Meituan-Dianping le livreur de repas.

– la troisième génération d’entrepreneur découvre en même temps l’internet et la société des loisirs. Plus mondialisé et davantage prêt à assumer les plaisirs de la vie, il s’écarte pour de bon de la « génération perdue » de ses parents. Yin Qi, fondateur de Megvii, en est un brillant exemple.

Avec toutes ces écoles qui lui permettent de griller les étapes pour remonter son retard sur l’étranger, la Chine du management n’en comporte pas moins des failles : Jack Ma déplore le manque de managers doués de pédagogie, capables de former à l’autonomie, la créativité et l’encadrement international. Voilà un chantier qui inspire à présent de nouveaux partenariats avec les universités étrangères, francophones incluses.

Le manager chinois est déjà une femme

Les femmes s’émancipent et ouvrent toujours plus grand la porte du management chinois, confirmant ainsi la capacité de l’entreprise à transformer la société de ce pays—contrairement à l’administration et au Parti qui restent une chasse gardée masculine. Ainsi le nombre de chinoises manager de haut rang a récemment doublé, pour atteindre actuellement plus de 50% des postes. Ainsi dans le monde, la moitié des femmes milliardaires ne devant leur fortune qu’à elles-mêmes sont chinoises ; et 55% des startups technologiques chinoises ont aujourd’hui des femmes comme fondatrices. Parmi ces entrepreneures figurent Tao Huabi, inventrice des sauces pimentées Lao Gan Ma, Qian Zhiya CEO du rival de Starbucks, Luckin Coffee, Zhang Xin à la tête du groupe SOHO, et Jean Liu à l’origine de Didi Chuxing.

Par Jean-Dominique Seval

 


Economie : Chine/USA, œil pour œil…

Il y a un mois, le 11ème tour des négociations sino-américaines se terminait sur un échec, suivi sans tarder par une nouvelle salve de sanctions des Etats-Unis. Pékin alors avait promis de ne pas en rester là… Trente jours plus tard, la matérialisation des rétorsions se fait attendre : l’administration de Xi Jinping ayant déjà surtaxé la quasi-totalité des livraisons américaines, il fallait trouver autre chose.

La dernière tentative émane (31 mai) du ministère du Commerce chinois :  une liste noire de personnes physiques ou morales « non fiables », parce qu’ayant abandonné leurs commandes à la Chine pour raisons non-commerciales ou causé une menace à la sécurité nationale. Sont potentiellement concernées toutes firmes telles Qualcomm, Intel ou Google, ayant obtempéré aux interdictions de Trump de travailler avec Huawei. La démarche s’apparente à une « prise d’otages » de part et d’autre. Pékin est donc resté sourd aux appels de Ren Zhengfei, fondateur de Huawei, d’éviter la loi du Talion, et de nouvelles rétorsions contre les firmes américaines. Les firmes d’Europe ou du Japon n’ ayant pas –encore– suivi Washington, seront vite confrontées à l’obligation qui fait leur hantise : celle de choisir leur camp.

Inédite en Chine, cette liste noire soulève un nombre de questions sous l’angle du mécanisme, comme l’éclaire le clash à propos de FedEx. La messagerie de Memphis est placée sous enquête par la Chine,  après l’acheminement erroné (plaide Fedex) ou malicieux (accuse Huawei) de colis vers les Etats-Unis, alors qu’ils étaient destinés à l’Asie.  Si –comme probable -, l’enquête conclut à une faute de FedEx, le transporteur doit s’attendre à une lourde amende, voire à la suspension de sa licence sur sol chinois…

Selon l’influent rédacteur en chef du Global Times Hu Xijin le 8 juin, la Chine s’apprêterait à freiner certaines de ses exportations  technologiques aux États-Unis, via un mécanisme de contrôle.

Pékin prépare aussi un embargo sur ses ventes de terres rares, la Chine représentant 80% de la production mondiale. Ce n’est pas une première : elle avait engagé le même processus en 2010 lors d’une crise maritime avec le Japon, avant de faire machine arrière.

Enfin, dénonçant une vague de refus de visas américains à ses ressortissants, Pékin avertissait le 4 juin ses touristes, hommes d’affaires et étudiants contre un voyage Outre-Pacifique.

Sur le plan de la propagande, dans un « livre blanc » du 2 juin, Pékin rejettait à son tour la faute au partenaire sur l’échec des palabres, et réaffirmait qu’elle ne céderait pas aux pressions, mais veut bien discuter sur des « bases crédibles ». A l’évidence, la partie chinoise tente de reprendre le contrôle de la narration, de livrer au monde sa version des faits. Suite à sa virulente campagne médiatique contre les USA, la démarche peut sembler la montagne accouchant d’une souris. Dans l’expectative, certains commentateurs spéculent que l’entourage de Xi Jinping, réalisant que la course aux sanctions est du temps perdu, se serait convaincu de l’urgence de ne pas entrer dans une provocation qui ne ferait que retarder le retour au tapis vert…

En réalité, la Chine se trouve indéniablement dans une situation délicate, face aux pertes déjà subies par ses entreprises, l’inquiétude grandissante de sa classe moyenne, et surtout face aux risques que lui feraient encourir toute manœuvre dérapant hors frontière, hors contrôle. D’après l’institut berlinois Mercator : une solution pour la Chine consisterait à vendre lentement ses 1200 milliards de $ de bons du trésor US, pour éroder en douceur ainsi la valeur du billet vert. Ainsi, l’Amérique achèterait moins de biens chinois, la Chine et l’Europe commanderaient davantage de made in USA, réduisant ainsi le déficit commercial avec le pays de Donald Trump, motif déclencheur du conflit et premier objet du contentieux transpacifique !

Une autre intéressante thèse est déployée par l’ex-1er ministre australien Kevin Rudd (parfait sinologue) : la Chine, en dépit de ses discours combatifs, pourrait se préparer à une tempête suite à 1,2% de baisse de croissance, et vouloir compenser en stimulant le marché intérieur par des incitations fiscales et monétaires. Au sein du Parti, l’aile dure s’interroge sur le sens de faire des concessions face à des Etats Unis résolus à poursuivre la confrontation en tout état de cause inévitable…


Culture : L’origine de la fête des bateaux-dragons
L’origine de la fête des bateaux-dragons

Partout en Chine, Hong Kong, Macao, Taiwan, se célèbre la fête des bateaux-dragons (节, Duānjié), qui a lieu le 5ème jour du 5ème mois lunaire, (d’où son autre appellation  » fête du Double cinq« ). Elle tombe cette année, le vendredi 7 juin.

« Cette fête commémore le destin tragique du poète Qu Yuan ().

En effet, pendant la période des Royaumes Combattants (475-221 avant J.C.), le Royaume de QIN et le Royaume de CHU étaient en guerre. Le poète Qu Yuan, auteur du célèbre poème  » LI SAO 离骚  » ( » Les Chants de SHU « ) conseillait l’Empereur de CHU, mais ce dernier ne l’écoutait plus et finit par l’exiler …. Le Royaume de QIN triompha en 278.

De désespoir, Qu Yuan se suicida en se jetant dans la rivière MILUO. Aussitôt des passants s’empressèrent de jeter des boulettes de riz dans la rivière pour éviter que les poissons ne dévorent le corps du poète, tandis que des bateliers se hâtaient.       

La fête des bateaux-dragons fut officialisée par l’Empereur Qianlong (1711-1799) (dynastie des Qing, 1644-1911), et depuis, chaque année, le 5ème jour du 5ème mois lunaire, le monde chinois se remémore cet événement, s’offre des  » zòng zi  » (des boulettes de riz agrémentées de divers ingrédients et enveloppées dans des feuilles de bambou ou de roseau). Des courses de bateaux richement décorés ont lieu partout, en mer et sur les rivières, au son de tambours et autres instruments de musique traditionnels chinois ».


Petit Peuple : Parc de Changtang (Tibet) – Un vélo pour la vie (3ème partie)

Résumé des deux premières parties Au Tibet à vélo avec Lin et Li, Feng Hao a quitté ses amis pour traverser seul la réserve de Changtang. En difficulté, ayant perdu vélo et vivres, il trouve refuge dans un camion abandonné…

Pendant ce temps, Lin et Li avaient poursuivi seuls par la route normale, les 1300km d’asphalte les séparant encore de Golmud, le point de rendez-vous. Lin, petite amie de Feng, et Li, son ami d’enfance, voyaient grandir leur inquiétude pour Feng, redoutant les mille dangers qui guettaient un voyageur solitaire, de surcroit très jeune et peu aguerri aux difficultés de la haute montagne. Ils arrivèrent sans anicroche le 26 mars à Golmud, à l’auberge convenue, avec un jour d’avance sur le plan—mais Feng n’était pas au rendez-vous. Dès le lendemain, ils repartirent sur leurs pas, pénétrant dans la réserve à sa rencontre. Ils pédalèrent ainsi huit jours, luttant contre la neige et la montagne, tout en multipliant les appels et messages WeChat – en vain : côté Feng, c’était silence radio, la messagerie le déclarant injoignable. Fous d’angoisse, ils retournèrent à Golmud, et se précipitèrent au commissariat. Ils savaient qu’ils allaient au devant d’ennuis, car ils allaient devoir avouer qu’ils avaient pénétré dans la réserve sans permis d’entrée—mais ils n’avaient plus le choix. 

Au poste, les inspecteurs réalisèrent l’urgence, et contactèrent par radio le Bureau du parc. Il fallait faire vite. On était le 10 avril, et le cycliste était perdu depuis 30 jours.

Lin et Li furent méticuleusement interrogés sur la route du compagnon, sa forme physique, l’état du vélo, les vivres dont il disposait lors de leur séparation. Le calcul fut vite fait : même avec la plus grande frugalité, Feng n’avait plus rien à manger depuis au moins dix jours…

L’équipe des gardes de la réserve consistait en 500 hommes, répartis en 73 antennes, équipés de 134 véhicules tout-terrain et cinq hélicoptères – c’était  le minimum pour pouvoir rayonner sur leur périmètre grand comme l’Italie. Après avoir envisagé les trois itinéraires les plus vraisemblables, le chef du parc lança sur différents segments 23 patrouilles au départ des postes les mieux placés. Peu de jours suffirent pour détecter les premiers indices du passage de Feng : traces de pneu de vélo, emballages de nouilles instantanées ou cartouches de gaz vides. Près du col de Tangula à 5035m, une casquette fut retrouvée –que Lin et Li identifièrent comme celle de leur ami. Chaque découverte permettait de redistribuer les équipes sur les secteurs à passer au peigne fin, d’y concentrer plus d’hommes et de moyens. 

La découverte décisive fut quand le pilote de l’hélicoptère aperçut le vélo proche du lac Keleqiong, enfoncé dans la glaise jusqu’à mi-cadre. Se posant en sécurité non loin sur la terre ferme, l’équipage retrouvait quelques dizaines de mètres plus loin, le chargeur solaire et le smartphone noyés et hors d’usage.

La course contre la montre s’intensifia alors. On était à 185km de Golmud. A pied, et affamé, le garçon n’avait pas pu aller bien loin. Bon connaisseur du terrain, le pilote eût alors l’idée de faire un crochet du côté du camion militaire abandonné hors d’usage, à quelques kilomètres sur le plateau. Encore en approche, à 500m de distance, il vit la frêle silhouette du garçon jaillir de l’habitacle, agitant les bras en croix vers le ciel… 

Vu les circonstances, Feng était dans le meilleur état possible, très amaigri (à l’hôpital, on constaterait qu’il avait perdu 15 kg), mais partiellement remis de sa chute dans le ravin trois semaines plus tôt. 

Feng avait survécu en sachant qu’il lui faudrait « se nourrir de graines et d’herbes » (fàn qiǔ rú cǎo 饭糗如草) – ou pire encore, vu la très faible végétation environnante. Découvrant des iris sauvages protégés du vent dans des rochers, il avait eu l’idée d’aller chercher leurs oignons en fouaillant de son canif le pergélisol. Dans un étang juste dégelé, il avait extrait de la vase des rhizomes de lotus. Plus loin, un  prunus avait été dépouillé de tous ses bourgeons. Avec son briquet, Feng enflammait des brindilles et faisait bouillir ces végétaux dans sa gamelle, pour être plus sûr de pouvoir les assimiler. De cette manière, il avait survécu près d’un mois dans cet environnement improbable—les sauveteurs ne savaient plus quoi louer : un miracle du Ciel, ou le génie survivaliste de l’aventurier.

Une fois ramené à Golmud, Feng dut cependant constater qu’il ne gagnait pas sur tous les plans : Feng, Lin et Li furent taxés de 5000 ¥ chacun, pour accès interdit dans la réserve. En même temps de nombreux reportages sur leur sauvetage inespéré parurent dans tous les tabloïdes du pays et au journal télévisé. Les gardes du parc voulaient décourager un autre type de visiteurs : les braconniers des antilopes Chiru qui, jusqu’en 2009, infestaient le parc et abattaient encore 4000 de ces caprinés par an, menaçant ainsi cette espèce très rare de disparition. En multipliant leurs patrouilles et en faisant condamner les bandits à des peines très sévères, ils étaient parvenus a réduire ce massacre au dixième. Mais ils n’allaient pas remettre en cause ce succès en laissant savoir qu’on entrait au parc comme dans un moulin, et qu’un godelureau de la ville était parvenu à y survivre un mois en autonomie complète. D’où la sanction sévère, que Lin et Li contestèrent mais que Feng lui, paya bien volontiers, éperdu de reconnaissance d’être de ce monde grâce à ses sauveurs. De plus, il avait un petit secret, qui lui permit plus facilement de s’acquitter de cette dette : la veille de sa délivrance, il s’était trouvé nez-à-nez avec un léopard des neiges ocellé de blanc et de beige clair, élançant gracieusement sa longue queue avant de s’élancer et disparaître de sa vue. Feng avait lu dans cette rencontre le présage d’une délivrance proche, et un message du Ciel. A présent, il se voit le plus heureux des hommes !


Rendez-vous : Semaines du 10 au 23 juin 2019
Semaines du 10 au 23 juin 2019

Mardi 11 juin à 20h, Pékin, Ecole Internationale canadienne, 38  Liangmaqiao lu : Conférence d’Eric MEYER à Fenêtre sur Chine. Rétrospective sur ses 32 ans de Chine et sa carrière de journaliste et d’écrivain.

Amis pékinois ou de passage, venez nombreux !

11-13 juin, Shanghai : ASCE, Salon international des services liés à l’aviation

11-13 juin, Shanghai : CHINA AID, Salon professionnel des soins aux personnes âgées, de la rééducation et des soins de santé

11-13 juin, Shanghai : CES ASIA, Salon des hautes technologies et des entreprises pionnières. Villes intelligentes, intelligence artificielle, technologies des véhicules, dernières avancées en robotique…

11-13 juin, Shanghai : FMA CHINA, Salon international de l’alimentation, des vins et spiritueux, de la viande et des produits de la mer et fruits de mer en Chine

11-14 juin, Shanghai : IAAPA EXPO ASIA, Evénement majeur (salon et conférence) sur l’industrie des parcs d’attractions et de loisirs

12-14 juin, Pékin : CIEPEC, Salon chinois international et conférence sur la protection de l’environnement

13-15 juin, Canton : INTERNATIONAL ROBOTICS EXHIBITION, Salon international de la robotique

15-17 juin, Canton : THE KIDS EXPO, Salon international de l’éducation des enfants en Chine

18-20 juin, Shanghai : BIOPH CHINA, Salon de la pharmacologie et des biotechnologies

19-21 juin, Shanghai : FI FOOD INGREDIENTS ASIA-CHINA, Salon international des ingrédients alimentaires

20-23 juin, Shanghai : CHINA INTERNATIONAL BOAT SHOW, Salon du nautisme et des yachts de luxe, équipements et services

21-23 juin, Pékin : LUXURY PROPERTY SHOW (LPS – 19ème édition), Salon immobilier de luxe pour investisseurs chinois a l’international