Le Vent de la Chine Numéro 9 (2019)

du 4 mars au 17 février 2019

Editorial : A la veille des deux Assemblées

Le 5 mars, suivant un rite immuable, les 2980 membres de l’ANP (Assemblée Nationale Populaire) au Grand Palais du Peuple, écouteront le 1er ministre Li Keqiang ouvrir le plenum annuel. 48h plus tôt, ils auront été précédés par ceux de la CCPPC (Assemblée consultative). Mais l’atmosphère de cette session des « deux Assemblées » (两会) s’annonce tendue : le Président Xi Jinping doit faire face à mille soucis, exacerbés par le ralentissement économique.

À plus 480 milliards de $ d’emprunts supplémentaires en janvier, le spectre de la dette rebondit, notamment en provinces et dans les consortia pour sauver l’emploi. Le 22 février, le Qinghai Investment Group, sentit souffler le vent de la faillite, incapable de payer 11 millions de $ d’intérêts sur un emprunt de 300 millions de $. Il fut sauvé in extremis par un paiement effectué le lendemain, probablement par la province, ne pouvant accepter une faillite publique, catastrophique pour son image.

La crise frappe les fortunes privées : par rapport à 2018, 213 milliardaires en $ ont disparu de la liste Hurun-2019, après avoir perdu 1000 milliards de $ sur 12 mois, dans la chute de la bourse et l’érosion de 6% du yuan.
Autre hantise du régime, de nombreux groupes sociaux manifestent. A Pékin, 35 parents dénoncent des vaccins périmés ayant rendu malades leurs enfants.

Ailleurs, certains des 57 millions de vétérans de l’armée protestent contre leurs retraites faméliques. Le pouvoir tente de réagir : après leur avoir dédié un ministère spécialisé en mars 2018, il leur promet une « loi des vétérans », à voter par l’ANP en fin de la session de mars.

Autre souci : la pollution à l’ozone, sous les émissions non contrôlées de CFC et de gaz organique composites. Dès 2010, l’ozone causait le décès de 316.000 adultes. Cette dégradation de l’environnement reste le  plus rude sujet de mécontentement. Justement, le Parlement, lors de la session, promet de renforcer les contrôles de terrain, pour faire appliquer l’arsenal de lois vertes passées depuis 2015.

Xi Jinping promet également, par voie de presse, aux investisseurs étrangers de renforcer l’« Etat de droit » en leur faveur, et la protection de leur propriété intellectuelle. Une nouvelle loi devrait être votée à ce sujet lors de l’ANP. Toutes ces références sont un clin d’œil aux Etats-Unis, dont Xi prétend prendre en compte les exigences (ce qui ne veut pas dire « les satisfaire »). Elles s’adressent aussi aux projets BRI (« initiative ceinture et route »). Il s’agit de relancer un programme en butte aux doutes croissants des Etats partenaires, vis-à-vis du programme chinois d’infrastructures sur leur sol.

A propos du Xinjiang, où un million de Ouighours seraient détenus dans des camps de « rééducation professionnelle », la Chine semble désireuse d’émettre des signaux positifs, depuis que la Turquie a dénoncé ces camps – premier pays islamique à le faire.

Ainsi après un an passé dans un tel camp, Hesim, footballeur ouighour de 20 ans, peut réintégrer le Onze national. De même, selon plusieurs témoins, les libérations de Ouighours se multiplient, et au moins quatre groupes de diplomates ont pu visiter l’un de ces camps.

Dans ce contexte, la nomination au Xinjiang, d’un nouveau secrétaire du Parti « responsable de la loi et de l’ordre »,  Wang Junzheng, étoile montante de 56 ans, ancien secrétaire du Parti de Changchun, à l’image neutre dans la région, peut-être annonciatrice d’autres gestes d’ouverture. Il reprenant le poste de Zhu Hailun, atteint de la limite d’âge. Cela n’empêche pas le Secrétaire du Parti Chen Quanguo, l’homme fort du Xinjiang, de rester fermement au manettes de sa politique de pacification ethnique qu’il a inventée et mise en place.


Education : Écoles : le grand dilemme, créativité ou innovation ?

L’éducation en Chine fait l’objet d’un immense défi : 260 millions de jeunes aux études, 15 millions de professeurs, entre 514.000 écoles et 1000 universités… Entre 2005 et 2014, la part de l’enseignement dans le budget public s’est stabilisée autour de 4,2%. Dans la période, le budget a pourtant quasi-quadruplé, à 330 milliards de ¥. Les résultats sont plus qu’honorables. 99% des jeunes sont scolarisés, et à l’issue des 9 ans de cursus, seuls 5% restent analphabètes.
Depuis une vingtaine d’années, le régime veut et doit aller plus loin, passer à une étape supérieure, pour rejoindre le niveau des pays occidentaux. De cette montée en puissance, le XIX. Congrès de 2017 en avait fait une tâche prioritaire. Les 23-24 février 2019, le Comité Central publiait la feuille de route, en votant deux plans pour l’éducation, l’un à court terme (2018-2022), l’autre à l’horizon 2035.

L’objectif, dans les deux plans, apparaît double, reflétant deux vieilles attentes du régime. Le guovernement veut en effet augmenter les compétences et savoir-faire des jeunes, mais sans oublier de marteler leur loyauté envers le Parti. Aux professionnels de l’éducation, il ordonne d’infléchir l’enseignement vers la créativité, mais avant tout (1ère tâche), d’« introduire la pensée de Xi Jinping sur le socialisme aux couleurs de la Chine pour une ère nouvelle, dans les manuels, les salles de classe et les esprits ».

Ce principe posé, le plan reprend nombre d’objectifs louables : l’égalité des chances de la maternelle à l’université, la formation professionnelle adaptée aux besoins des employeurs, les écoles pour handicapés. Il précise l’espoir de promouvoir des universités du niveau de celles de Londres ou Harvard et la poursuite d’échanges avec les pays partenaires des projets « routes de la soie » (BRI). Il veut aussi multiplier hors frontières les Instituts Confucius et Ateliers Luban, alors que plusieurs universités des USA, du Canada, de France ou de Suède commencent à en fermer certains sur leurs campus, leur reprochant d’encadrer trop activement les jeunes étudiants chinois …

Où en est l’école chinoise de 2019 ? La fondation allemande Mercator se penche sur la question par le biais d’une enquête menée depuis 2018 sur quelques écoles et des dizaines de professeurs disséminés entre les 30 entités régionales en Chine.

La volonté de modernisation de l’école chinoise répond à la fierté patriotique, mais aussi et surtout à la conscience de devoir anticiper le vieillissement de la population. D’ici 2050, les 260 millions de sexagénaires d’aujourd’hui auront presque doublé. Alors, les retraites dévoreront 26% du PIB, contre 7% actuellement. Aujourd’hui quatre actifs supportent un retraité. Demain, ils ne seront qu’un pour chaque retraité. Seule solution : renforcer la capacité des jeunes à s’enrichir par leurs compétences acquises !

La Chine a donc donné l’objectif à toutes ses écoles de développer une « double créativité » (双创) chez l’enfant, à la maison et à l’école – mais assez rapidement, l’objectif de « créativité » a muté en une course à l’innovation. Au bout d’une dizaine d’années, selon Mercator, le pays semble avoir gagné son pari, étant passé de la 22ème place à la 17ème de l’innovation mondiale en 2018.

Mais dans cette course, de nombreux obstacles se sont dressés, et demeureront, à ce qui semble, pour très longtemps : 53% des 80 enseignants interrogés croient que l’accession des enfants à une vraie créativité prendra « une ou plusieurs décennies ». Pourquoi ? De nombreuses raisons apparaissent. Les parents et les professeurs constituent un premier frein, en attendent des enfants des résultats « utiles » ou idéologiques. Dans l’esprit de tous, les écoles doivent former dans un esprit « patriote », et « compétitive » – très tôt dans la vie, l’enfant doit réussir aux examens. Une école qui mettrait devant ces impératifs, celui de créativité, devrait assez vite fermer, faute d’inscriptions. On voit même dans toutes les écoles, les professeurs organiser de coûteux cours privés, ouverts chaque week-end et chaque vacances, qui étudient le programme en avance. Aucun parent n’ose faire l’impasse : à Shanghai, 21% des familles paient plus de 10.000¥ chaque été en ces genres de cours particuliers.

 Or la pédagogie chinoise pratique le « gavage », le cours magistral et le par-cœur. Et si les enseignants tentent d’innover pour stimuler l’imagination, ils se retrouvent seuls : ni subvention, ni manuels ! Ici, vient se mêler un autre insidieux problème, l’écart de richesses entre régions. Les provinces riches peuvent doter leurs collèges d’ateliers de création, de salles high-tech ou de salles « labyrinthes » où les enfants doivent apprendre à concevoir des puzzles, et les résoudre par eux mêmes. Les provinces pauvres n’offrent rien…

Enfin, le blocage principal envers plus de créativité vient du régime, dont le principal souci est son maintien à long terme, ce qui dans l’esprit de sa tendance la plus conservatrice, est incompatible avec l’individualisme et la contestation.

Ce faisant, selon Mercator, l’Etat ignore l’approche d’un développement « autocentré », de l’être pour lui-même. Comme par le passé, les forces vives doivent être dépensées pour l’entreprise, la nation, ou le Parti. Et dès lors, nombre de professeurs n’y trouvant aucun avantage personnels, ignorent purement et simplement l’enseignement de la créativité.

Malgré tout, la Chine scolaire évolue. Les enseignants commencent à admettre que l’innovation ne peut pas s’imposer par décret.
Éveiller l’imagination, conclut Mercator, est un choix irrévocable du régime. Mais pour concilier cet éveil et la stabilité sociale, tout en démantelant des millénaires d’autoritarisme, il faudra plusieurs générations. 


Politique : Sabotage à la Cour Suprême

Cui Yongyuan l’ex-animateur TV comptait déjà à son actif la révélation de la fraude fiscale de l’actrice Fan Bingbing. Or à présent, il médiatise un autre scandale, en trois actes depuis le 26 décembre.
Acte I Ce jour-là, il dévoile un vol à la Cour suprême de documents sur un litige vieux de 12 ans entre deux groupes du Shaanxi. Filmé en vidéo, Wang Linqing, le juge de 44 ans, dénonce la disparition du dossier de son bureau. Kechley Energy, groupe privé, et le très public Xian Institute of Geological and Mineral Exploration se disputent une mine de charbon aux réserves estimées à 50 milliards d’€. Fin 2017, la Cour avait penché pour Kechley, mais sous des motifs dilatoires, son verdict n’était pas émis. Bien sûr, la disparition des pièces bloque le procès.
Acte II, le 3 janvier : le juge Wang remet ça, se plaignant de pressions subies pour favoriser l’institut de Xi’an : « Si tu t’obstines, tu auras des ennuis », l’aurait-on prévenu… Le 8 janvier, une enquête s’ouvre. Une semaine après, Zhao Zhengyong, l’ex-secrétaire du Parti au Shaanxi jusqu’en 2016, est arrêté comme ayant exercé des pressions contre Kechley, et pour suppression de preuves. Zhao cependant n’était pas sans appuis, membre notoire d’une faction ayant englobé l’ex-chef de toutes les polices Zhou Yongkang (condamné à perpétuité en 2017), et Zhou Qiang, Président de la Cour Suprême.
Mais à huit semaines des « deux Assemblées » cette affaire faisait désordre. Et voilà qu’en Acte III, le 22 février, le juge Wang Linqing ressort de l’ombre et apparaît au journal télévisé, confessant un supposé mensonge : l’affaire lui ayant été retirée, il aurait pris les papiers pour saboter le travail des collègues. Formellement donc, le mystère des pièces disparues est résolu. Mais nombre d’internautes se demandent : pourquoi le juge aurait-il dévoilé en Acte 1 un délit qu’il aurait lui-même commis ?

Quoiqu’il en soit, le scandale écorne la volonté du régime, réaffirmée ces derniers jours, d’Etat de droit. Il dévoile aussi le malaise sur la question très politique de la propriété de mines de charbon. Surtout, cette affaire porte sur la place publique des luttes de factions internes. Forcée ou pas, la confession de Wang Linqing sauve la place de son patron Zhou Qiang. Mais pour combien de temps encore ? Xi Jinping ne peut que souhaiter gagner le contrôle de la Cour Suprême, un des seuls organes qui lui échappent encore, avec la Commission Centrale Politique et  Légale (« zhengfawei ») dirigée par Guo Shengkun

Avec Alex Payette


Corées : La Chine garde la main sur Pyongyang

A la fin du second sommet entre Donald Trump et Kim Jong-un à Hanoï au Vietnam (27-28 février), l’absence de consensus sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne n’a pas empêché l’hôte de la Maison Blanche de réitérer que « la Chine a été d’une grande aide ». En effet, même en pleine guerre commerciale, alors que certains observateurs se prennent à parler d’une nouvelle guerre froide sino-américaine, certains intérêts communs demeurent, comme leur besoin de voir Pyongyang tirer un trait sur son arsenal atomique.

La Chine avait déjà proposé en 2017 de joindre au dossier du nucléaire, celui du processus de paix : le thème a bel et bien été repris à l’agenda des deux sommets à Singapour en juin 2018 puis cette fois à Hanoï.

Face à l’échec de ce dernier meeting, la Chine ne se réjouit donc pas de la déconvenue de Trump : Wang Yi, son ministre des Affaires étrangères à Pékin est sur la même longueur d’onde que Trump. Les discussions doivent continuer car « la dénucléarisation de la péninsule coréenne, n’aura pas lieu du jour au lendemain ».

Pour autant, le coup d’arrêt présent permet à la Chine de maintenir son influence sur le petit voisin. Kim s’était rendu à Singapour par un appareil Air China ostensiblement prêté par Pékin. Pour son trajet vers Hanoï, son train blindé a été tracté par une motrice de la China Railway Corp. La Chine est loin d’être marginalisée par ces discussions américano-coréennes, car elle est toujours consultée. Le cher leader ne prend pas rendez-vous avec Trump, sans en prendre un au préalable avec son voisin Xi Jinping. Kim était à Pékin en janvier, et envisageait de s’y arrêter sur son périple de retour de Hanoï. Malgré les « lettres d’amour » que s’échangent Trump et Kim (sans fruit d’ailleurs, à ce jour), l’allié n°1 du « pays du Matin Calme » reste l’empire du Milieu,  titulaire de plus de 90% des échanges avec la Corée du Nord, et garant de sa sécurité sur la scène internationale.

Pyongyang fait donc l’objet des convoitises de Pékin et de Washington. Kim Jong-un cherche à tirer profit de ce nouveau rapprochement avec les Etats-Unis, tout en évitant de trop froisser son allié historique. Un vrai numéro d’équilibriste dans lequel il fait, pour l’instant, un sans faute. Trump l’admet implicitement, en disant : « la Corée du Nord prend ses propres décisions, car Kim Jong-un est une forte personnalité ».                           Par Charles Pellegrin à Hanoi

 


Monde de l'entreprise : Haidilao, le hot-pot robotisé
Haidilao, le hot-pot robotisé

Chaîne de hot-pot sichuanaise depuis 1994, Haidilao a investi 22 millions de $ pour son nouveau restaurant, ouvert en octobre 2018, au cœur du CBD de Pékin. Il est si populaire qu’il faut s’attendre à 2h de queue avant d’obtenir une table. A l’entrée, une fois le ticket retiré, le client se verra confortablement installé dans un amphithéâtre de 106 strapontins. Il tuera le temps en grignotant des snacks gratuits et en jouant à des jeux vidéos sur trois écrans géants grâce à son smartphone. S’il gagne, il pourra même se voir offrir un plat ! « Les premiers jours, nous projetions des films, mais nous les avons retirés faute de licence d’exploitation », déclare M. Yang, le chef de salle. Dans un coin de l’écran, les clients peuvent s’assurer de la bonne hygiène des cuisines grâce à une caméra en direct. Quand arrive enfin son tour, le client rejoint une salle de 500 tables, où 2000 convives s’activent autour de leur marmite. La pénombre du lieu est compensée par des scènes diffusées sur les parois latérales d’écrans LCD : un soleil de Van Gogh, une jungle tropicale à la faune multicolore… 

La commande se passe sur iPad, puis est transmise à l’instant en cuisine. Viandes, légumes et tofu arrivent à vitesse vertigineuse : deux minutes en moyenne tandis qu’une bière atterrit en moins de 60 secondes.

Le secret se trouve derrière une paroi de verre réfrigérée à 4°C : 14 robots Panasonic (produits en JV) trient les plats, les scannent, sondent leur fraicheur (pour écarter les éventuels ingrédients périmés), et préparent les plateaux dix fois plus vite qu’un être humain. Chaque fois qu’une table se libère, un robot plus petit (AGV) de conception 100% chinoise, rapporte la vaisselle sale, tout en contournant les personnes sur sa route, guidé par des messages encodés au plafond. Les marmites seront nettoyées à 180°C sur une chaîne automatisée. « Aujourd’hui, les robots nous font plus de publicité que d’économies, mais nous gagnons en expérience ! D’ici 10 ans, nos cuisines devraient fonctionner presque sans personnel », commente M. Yang. La question suivante fuse, évidente : « vous, ne craignez-vous pas de perdre votre emploi ? ». « Nullement, répond d’un sourire ce jeune de 29 ans, les tâches physiques seront reprises par les machines, et il faudra toujours du personnel pour la supervision et la maintenance ».

Société « privée » à participation publique, Haidilao emploie 50.000 personnes et gère 310 succursales en Chine et dans le monde. Coté à Hong Kong, le groupe « pèse » 700 millions de $. Ce concept robotisé, encore largement perfectible, ouvre une  nouvelle ère dans la restauration et pourrait se développer à travers le monde.


Monde de l'entreprise : Meituan qui pleure et Meituan qui rit
Meituan qui pleure et Meituan qui rit

Meituan, start-up technologique spécialisée dans les services par smartphone, apparaît selon le cas, « Jean qui rit » ou « Jean qui pleure ». Réservations d’hôtels, de places de cinéma, ou de vélos partagés (il vient de racheter Mobike), son cœur de métier est la livraison de repas cuisinés. Ce groupe filiale de Tencent employait en 2018, 2,7 millions de livreurs, 22% de plus qu’en 2017. Les migrants de 20 à 30 ans constituent 77% de son personnel, souvent à temps partiel. Depuis 2011, Meituan a réalisé 28 milliards de transactions pour un chiffre d’affaires de 34 milliards de $. En moyenne, il livre des repas à 350 millions de clients trois fois par semaine, et a ratissé 4,2 milliards de $ en bourse de Hong Kong en septembre 2018, meilleur score mondial en 4 ans, pour une firme de services internet.

Le problème est que depuis sa fondation, il n’a pas fait de bénéfices, dans sa course d’investissements pour atteindre la masse critique qui lui permettra enfin de gagner de l’argent. Il perdait 2,8 milliards de $ en 2017, puis encore 626 millions au 1er semestre 2018 et 497 millions au 3ème trimestre. Des mauvais résultats qui faisaient déraper son cours de 14% en novembre : avertissement au groupe d’inverser la vapeur, ce qu’il faisait en s’imposant une cure sévère de restructuration. 
Les employés en découvrirent les effets après le nouvel an chinois : « Avant, 40 à 50 livraisons me garantissaient un revenu de 230¥ par jour. Mais avec les nouvelles règles, je ne fais plus que 130¥ à peine », déclare un livreur à Linyi (Shandong). Dès lors, depuis le 18 février, des grèves se poursuivent, entre Shandong, Zhejiang et Guangdong. Les manifestants affichent sur leurs motos des appels à ne pas prendre de commande, y compris à leurs collègues de Ele.me, groupe concurrent, filiale de Alibaba qui ne va guère mieux, et pratique le même genre d’économies féroces. On attend la réaction de l’Etat, hostile au syndicalisme libre, mais soucieux d’éviter l’explosion sociale. Déjà Pékin, en messagerie de colis, a imposé aux employeurs un règlement-cadre portant sur les conditions de travail des convoyeurs. Un autre texte serait imminent, dans la livraison de repas.

Enfin, la dernière nouvelle a dû être douce aux oreilles des patrons de Meituan. Le 1er mars, le groupe est sacré champion mondial 2019 de l’innovation, loin devant Apple (17ème). C’est le signe d’un groupe déterminé à assurer l’avenir, en prenant tous les risques, pour s’imposer sur tous les fronts.


Petit Peuple : Huishui (Guizhou) – L’amour de Yu Zhenguo, fétichiste (1ère Partie)

Depuis 11 ans, Yu Zhenguo à Huishui à 80 km de Guiyang (Guizhou) pleurait en silence sa femme, Wang Guifei. Non qu’elle soit morte… pire, elle l’avait plaqué, comme il arrive trop souvent en Chine aux gens mariés trop jeunes, qui se déchirent, faute de savoir se parler.

Ils avaient convolé en 1982, lui à 24 ans, elle à 19 ans, en un mariage arrangé par les parents au village. Ils étaient partis à la ville pour gagner mieux et fuir leur univers rural de dur labeur et de misère. A Huishui le chef-lieu, ils avaient monté une fabrique des cerfs-volants en papier peint et bambou refendu, spécialité traditionnelle de leur village.

L’affaire avait marché du feu de Dieu, leur permettant de recruter et de produire à la chaîne. Obsédés de s’enrichir, ils réinvestissaient tous leurs gains, se privaient de tout plaisir. Après cinq ans de tels sacrifices, ils s’offraient une maison de 500m2 à trois étages, avec vue sur la rivière Li. Puis en 1999, Yangyang. leur fils unique, voyait le jour.

C’est alors que Guifei avait succombé à la folie des grandeurs. Fréquentant le gratin de Guiyang. Elle se parait de ses plus beaux atours et voulait faire la dame, gommant ainsi leur passé de pauvres. Mais son mari lui faisait honte, en refusant de l’accompagner, ou bien en le faisant en costume de travail maculé de colle et de couleurs. Elle en perdait la face et se mettait en rage ! Pire, après un petit verre, il jurait, riait sans retenue, comme le paysan qu’il était resté. À table, il tâchait ses chemises : il semblait tout faire pour contrecarrer les plans d’ascension sociale de Guifei ! 

De plus en plus souvent, elle explosait, retournait chez ses parents, pour revenir quelques jours plus tard. Mais ce jour d’été 2018, elle avait claqué la porte pour ne plus revenir. S’étant trouvé un amant mieux éduqué et assez riche, elle s’envola. Ni les larmes de Zhenguo, ni ses promesses de s’amender ne purent la faire revenir sur sa décision.

Alors débuta pour Zhenguo l’immense solitude, dans sa grande maison désertée, avec pour seule compagnie, son fils adolescent. Il tenait le coup en se tuant au travail, encollant et peignant ses cerfs-volants, multipliant les commandes nouvelles. Mais la nuit, il errait en pleine misère morale, s’accusant d’avoir raté sa vie faute d’avoir su retenir Guifei.

Et quand une autre fille, attirée par sa fortune ou attendrie par sa détresse, tentait de se rapprocher de lui, c’était l’échec programmé. Hanté par la perspective de la voir partir, il alternait vis-à-vis d’elle froideur et mépris jusqu’à ce que découragée, elle ne parte. Il restait seul, certes, mais au moins, c’était lui qui l’avait voulu. Sans s’en rendre compte, il reproduisait indéfiniment le schéma de son échec !

En 2013, après une énième rupture, il tira un trait sur tout espoir conjugal. Des femmes, il se forgeait désormais l’image de monstres, renardes avides de boire son sang dans son sommeil, si jamais il se laissait aller à les laisser entrer dans sa vie.

Jusqu’à ce qu’un copain ne l’entraîne dans une échoppe de produits pour adultes… Il y tomba sur une poupée grandeur presque nature (1m30), faite pour les jeux sexuels d’hommes seuls. Cet objet le bouleversa au premier regard.

Depuis les années 90, ce genre de produit était très demandé par des légions d’hommes séparés de leurs épouses par le travail, ou trop pauvres pour se marier. Les premières versions étaient grossières. Mais Petite Neige, de dernière génération, était plus sophistiquée. Importée du Japon, elle paraissait tellement réelle. Son visage fin possédait une riche chevelure noire de jais. Son corps de silicone était tendu d’une belle peau blanche, aux membres souples et jointures élaborées. Devant le modèle, Zhenguo fut ébloui. C’était la femme parfaite, sans méchanceté aucune, ni danger… Evidemment, le prix était exorbitant, à 79.900 yuans. Après avoir infructueusement tenté de négocier, Zhenguo repartit, découragé.

Mais nuit après nuit désormais, l’image de cette Eve artificielle, le hanta. Il en perdit le sommeil. N’y tenant plus, il alla sur Taobao, étudia tous les modèles. Il retrouva Petite Neige, en version piratée, à un tiers du prix : ainsi, craqua-t-il.

Quand la poupée arriva dans son emballage, le 10 mai 2014, Zhenguo s’était mis sur son 31 pour l’accueillir. Chez le coiffeur, il s’était fait tailler barbe et cheveux avec un soin qu’il n’avait jamais eu quand il était marié. Ayant commandé un banquet fastueux, il avait fait venir tout son clan. Il annonça ce soir-là qu’avec Petite Neige, entrait dans la famille sa fille adorée, celle que sa femme n’avait pu lui donner. Elle serait le début d’une vraie famille à lui, la petite sœur de son fils, Yangyang. A Zhenguo, elle apporterait le « baume et le remède » à sa solitude ( 送医送药到山寨, sòngyī sòngyào  dào shānzhài »). Emue, la famille entière applaudit.

Avant que ne quittent les invités, Zhenguo demanda à sa nièce de 14 ans, Xiao Yi, de lui faire une faveur : il ne lui appartenait point, à lui le père, d’habiller sa fille pour la nuit. Alors, accepterait-elle d’enfiler à Petite Neige ses habits de nuit, puis de dormir à ses côtés ? Amusée, Xiao Yi accepta de se prêter au jeu. Sur quoi, il porta dans ses bras la poupée dans sa chambre, suivie de sa nièce, apportant leurs affaires de nuit. Puis, il déposa au front de la poupée un baiser chaste avant de laisser seules les deux « filles », se gardant bien l’indiscrétion d’assister à l’habillage !

Voilà donc un homme fou de solitude, mais pas pervers. Jusqu’où ira-t-il ? On le saura … la prochaine fois !


Rendez-vous : Semaine du 4 au 24 mars 2019
Semaine du 4 au 24 mars 2019

22-23 mars : Visite officielle du Président Xi Jinping en Italie, où il sera question de signer un accord sur la participation de l’Italie dans les  » Nouvelles routes de la soie  » (BRI).

24 mars : Atterrissage de Xi Jinping à Nice, avant de rejoindre Monaco – une première dans l’histoire la Principauté. 

A partir du 25 mars : Visite de Xi Jinping en France.

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4-6 mars, Canton : PACKINNO, Salon international de l’emballage et du packaging

4-6 mars, Canton : PRINTING SOUTH CHINA, Salon international des industries du Prépresse et de l’imprimerie

4-6 mars, Canton : SINO PACK, Salon international des machines et matériaux pour l’emballage.

4-6 mars, Canton : SINO PRINT – SINO LABEL, Salon international chinois de l’imprimerie

4-6 mars, Canton : WINDOW DOOR FACADE EXPO CHINA, Salon du bâtiment spécialisé dans les ouvertures : fenêtres, portes, façades

4-10 mars, Tianjin : CIRE, Salon international chinois de la robotique industrielle

5 mars, Shanghai : SILE – LED SHANGHAI, Salon chinois international de l’éclairage – Salon chinois international des technologies industrielle des LEDs

5-7 mars, Shanghai : IRRISHOW, Salon international de l’irrigation en Chine

5-7 mars, Shanghai : SEED TRADE SHOW, Salon international des semences en Chine

5-7 mars, Shanghai : CAC SHOW, Salon international et conférence dédiés à l’agrochimie et aux technologies de protection des récoltes

5-7 mars, Shanghai : FSHOW – INTERNATIONAL FERTILIZER SHOW, Salon international dédié aux fertilisants et aux équipements destinés à la fertilisation et à l’irrigation en Chine

6-9 mars, Shanghai : DESIGN SHANGHAI, Salon international de la décoration et de l’architecture intérieure

7-10 mars, Shenzhen : HOME FURNITURE, Salon de la décoration d’intérieur

7-10 mars, Tianjin : IMEX China, Salon international de la machine-outils

8-10 mars, Canton : China PET Fair, Salon  international de l’animal de compagnie

8-11 mars, Pékin : BUILD + DECOR : Salon international des matériaux de construction et de décoration

10-12 mars, Canton : 3D Printing Asia, Salon international de l’industrie de l’impression 3D et de la fabrication additive

10-12 mars, Canton : SIAF GUANGZHOU, Salon international pour l’automatisation des procédés

12-14 mars, Shanghai : CHIC Salon chinois international de la mode, de l’habillement et des accessoires

12-14 mars, Shanghai : INTERTEXTILE HOME TEXTILES, CHINA, Salon international du tissu d’ameublement et du textile pour l’habillement

13-15 mars, Qingdao : QINGDAO INTERNATIONAL METAL WORKING EXPO, Salon international de Qingdao (Chine) pour l’industrie du métal