Le Vent de la Chine Numéro 15

du 23 au 29 avril 2006

Editorial : Hu Jintao—travelling américain

Quel genre d’homme est Hu Jintao, le Président chinois ? Sa personnalité réelle est indéchiffrable, derrière les rares données offertes par son CV officiel. Hu apparaît moins chaleureux que  Jiang Zemin qui n’hésitait pas, à l’étranger, à citer Tennyson ou Twain, chanter en russe, jouer de la guitare hawaïenne ou valser avec Mme Chirac.

On sent plutôt l’obsession de nourrir un pedigree du communiste le plus orthodoxe: au Tibet, son 1er  poste, il fait ériger (17/04) la plus haute statue de Mao (12m, 35t), pour honorer l’homme qui souda le territoire à la Chine.

A Pékin, il forge un slogan : les 八荣八耻 (ba rong ba chi), séries de «8 honneurs et 8 déshonneurs», code de conduite morale à usage de ses concitoyens, tel «être ardent à la tâche et non à la débauche» : dans la ligne des « trois représentativités » de Jiang Zemin, et tout aussi éloigné que celles-ci, des soucis de l’homme de la rue.

Moraliste donc, Hu se veut également économiste, déplorant la boulimie de la croissance au 1er trimestre, avec +10,2% au lieu des 8% attendus, et la masse des prêts bancaires qui dépassent déjà 50% du quota prévu pour 2006, avec 126MM² ! Hu ne semble cependant pas prêt à activer l’arrêt d’urgence—sauf exception, tels ces 60 chantiers arrêtés pour cause écologique (VdlC n°13) : mais là, le projet de Hu est d’éveiller la Chine à l’idée d’économie durable, plus que réellement refroidir la chaudière…

Le Président Hu veut aussi rester dans l’histoire pour sa défense du paysannat. Le ministre du sol enquête (18/4) sur 2  expropriations abusives, celle par l’aciérie Dezhong (Hebei), celle par la ville de Suining (Anhui), ayant ensemble confisqué 60ha aux paysans au défi de Pékin. La presse révèle 1M de ventes foncières illégales en Chine, 330.000ha en 7 ans, soit un an de construction dans le pays. Clairement, Hu se bat contre la classe possédante -le pouvoir provincial !

Face à G.W. Bush, Hu aux USA du 18 au 21/4 a tenté de rassurer : par rapport aux ambitions planétaires de ses GEE, aux espoirs (« commerciaux seulement ! ») sur le cône sud.  L’enjeu était de décourager la tentation US d’encerclement ou « containment » de la future superpuissance rivale, en cimentant autour d’elle un glacis de Corée, Japon, Australie  voire Inde.

Autant dire, le voyage s’est passé moyennement : manifs à Yale, Washington, Seattle, à la Maison Blanche-même; accord avec Bush sur rien, Hu déclarant qu’il ne prendra pas de leçons de démocratie des USA. Et sur le fond, malgré la prière chinoise, Bush n’a pas voulu accorder à la mission de l’hôte, l’honneur du statut de « visite d’Etat » !

 

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A la loupe : Bourse : après la diète, la mue, et le banquet !

Avec le pire rendement au monde depuis 2001, ayant perdu 12% en valeur rien qu’en 2004, les bourses de Shanghai et Shenzhen avaient été mises à la diète en mai 2005, priées de privatiser 30% de leurs parts publiques, jusqu’alors incessibles (200MM$). Entretemps, toute cotation de valeur nouvelle était interdite.

Onze mois après (18/4), 60% des 1460 firmes cotées ont obtempéré. Le succès est net : malgré les craintes, la bourse ne s’est pas effondrée. Les actionnaires ont été consultés et dédommagés. Des étrangers ont pu entrer au capital d’Entreprises d’Etat, tel Danone le 14/4, qui prend 10% (passant à 20%) du laitier shanghaien Bright, pour 36M². Et le 18/4, la cotation de valeurs nouvelles est rouverte, signe de confiance de la tutelle CSRC – la commission de régulation boursière!

En même temps, une série d’assouplissements du cadre règlementaire est annoncée. Le but : encourager la distribution de dividendes, le renforcement des courtages, l’élargissement de l’éventail des produits boursiers. L’enjeu est immense : assainie après la traversée du désert, la bourse doit attirer une part plus grande des 63MM$ d’épargne en gestion, surtout parmi les 45% placés en bons à court terme. Elle devrait aussi enrayer la désaffection des fonds mutuels, comme cette JV entre Crédit Suisse et ICBC – la banque de l’industrie et du commerce- qui a perdu 51% en 3 mois, victime des prises de dividende…

Parmi les assouplissements annoncés, figurent la vente directe aux investisseurs stratégiques (étrangers) de tranches supplémentaires de valeurs existantes  – avantage réservé aux 430 Entreprises d’Etat ayant achevé leur vente de parts incessibles. Une autre facilité (réservée d’abord à 5 courtages), est le feu vert aux achats hypothécaires d’actions (margin buying), et à leur vente anticipée  (short selling). Une autre, la création d’une société de financement « tampon » entre banques et courtages, la China Securities Finance. De tous ces outils nouveaux, on attend dans les mois prochains un redémarrage sur les chapeaux de roues : jusqu’à 60MM², en incluant les ventes de parts ex-incessibles par les 40% de EE en retard. Sans compter pour 10MM² de titres nouveaux. Sur la capacité du marché à absorber un tel influx, les experts sont partagés. Le marché lui, a voté, par la confiance initiale : le 17/4, Shanghai remontait de 1,4% – le plus fort indice, depuis novembre 2004!

 

 


Joint-venture : Linux le pas cher, Microsoft le piraté !

—  En fait de systèmes d’exploitation des ordinateurs et serveurs, Linux reste minuscule face à Microsoft, avec 11,8M$ de marché en 2005. Mais il a progressé de 27%, surtout auprès des gros utilisateurs. Linux profite de son atout originel: la stabilité, même face à des applications multiples et conflictuelles. Selon l’expert international IDC, ces progrès se font au détriment de SCO (US), leader à bout de souffle :

[1] Jusqu’à 2005, seuls les Linux chinois accédaient aux appels d’offre, comme Sun Wah, avec 142.000 licences vendues au ministère de l’éducation.

[2] Des alliances, telles China Standard Software+ Novell (US), ont permis d’intégrer à Linux des applications, le rapprochant du Windows. En 2006, croit IDC, la concurrence s’exacerbera. SCO tente un retour avec son Openserver n°6. Nul ne peut dire à qui profitera l’obligation nouvelle d’”habiller” tout ordinateur, à l’import et à l’export, d’un logiciel légal. IDC voit pour Linux une hausse de 34%/an, et 51M$ de chiffre en 2010. Il prédit aussi l’accélération des fusions, les luttes intestines dans Linux étant dommageables à la filière et à sa création d’applications, et donc, au succès de foule – surtout face à Windows, piraté, gratuit !

— L’habillement aussi est en pleine étuve, surtout celui de luxe qui devrait progresser de 60%/an.

Deux étrangers y débarquent, avec des concepts opposés. Saks (US) tente de s’y refaire une santé, après ses 2,4MM$ d’hémorragie en 2005. La compagnie d’investissement Roosevelt a obtenu la licence et ouvrira en 2008, à Shanghai sur le Bund, dans un palais ‘art nouveau’ de 28.000m². Saks distribuera des griffes telles Prada ou Valentino, à temps pour les JO (Pékin, 2008) ou l’Expo universelle (2010, Shanghai).

Zara lui, a ouvert dès février 2000m² rue de Nankin, en une démonstration immédiate de son concept «plus vite, moins cher». Cet enfant terrible de la Corogne (Galice) offre un style acclamé à travers le monde pour sa fraîcheur, mais à prix abordable. Il épargne en créant vite (le modèle en 2 semaines) et faisant l’impasse sur la pub : ses revenus passent en boutiques, déjà 850 au monde.

Objection : les riches chinois sont supposés haïr le bon marché, dans leur soif de se démarquer des pauvres. Mais pour l’instant, Zara-Shanghai a la forme, avec 1M¥ en caisse dans les jours fastes : «même les fortunes commencent à compter», dit Cheng Dapeng, Secrétaire général de la fédération de l’habillement.

— Filiale de Century City (HK), Paliburg retouche son projet déjà approuvé de tours jumelles de 200m de haut à Chaoyang (Pékin) : il passe à 300m, pour un gratte-ciel unique qui fera record d’altitude de la capitale, à 80 étages d’appartements, hôtel et bureaux.

Comme son compatriote Tomson à Shanghai (VdlC n°13), il veut truster le marché du béton technologique de haute volée. Ce chantier remplace un projet de complexe hôtelier à Macao, annulé pour cause de saturation du marché. Rien ne décourage ce groupe qui sort juste d’une crise financière :ni les 522M² d’investissement dont il paiera 59% avec sa filiale Regal, ni la nouvelle licence qu’il doit obtenir, ni les 120.000m² qu’il doit encore racheter pour compléter le périmètre du chantier. Paliburg lui aussi parie sur la fierté de la capitale, et sur son absence, pour l’instant, d’une tour emblématique!

 


A la loupe : La Chine, médaille d’argent de la greffe du visage

Le 17/04 sort cette «bombe» dans l’univers médical : après la transplantation de visage au CHU d’Amiens sur une patiente (novembre 2005), c’est à l’hôpital militaire de Xi’an d’effectuer la greffe d’une joue, d’une lèvre et d’un nez sur Li Guoxing, 30 ans, défiguré par un ours deux ans plus tôt. Il a fallu 14h. au Dr Guo Shu-zhong et à son équipe pour mener à bien cette prouesse qui fait de la Chine le n°2 mondial d’une technique chirurgicale encore dans les langes.

On aurait attendu, plutôt que la Chine, les USA, le Royaume-Uni ou le Brésil ! Mais la Chine, forte de 320.000 hôpitaux ou cliniques, fait 50.000 à 60.000 transplantations/an, autant que USA et Europe réunis : cornées, reins, coeurs, mais aussi doigts, mains et pieds.

Elle effectue aussi des opérations futuristes encore contestées, telle l’injection de cellules-souches pour restaurer des lésions aujourd’hui irréversibles, sur la moelle épinière par exemple. Des établissements travaillent avec l’Occident pour associer ses techniques de pointe à leur  expérience praticienne et à leurs salles d’op. à bas coût. Ainsi des centres chinois sous la férule du neurochirurgien Wise Young (Rutgers Hospital, New Jersey), testent les derniers traitements pharmaceutiques des lésions spinales. 

Les candidats à ces greffes ne sont pas que chinois, tant s’en faut : américains, pakistanais, indiens, nippons, coréens font antichambre aux portes de la Chine. Et l’attraction exercée par cette offre sans attente et à prix très bas, pose de lourds problèmes médicaux ou éthiques, comme celui du rejet par l’organisme, l’absence de suivi post-opératoire (deux faiblesses entraînant souvent le décès du receveur), et surtout, l’origine des organes, souvent prélevés sur des condamnés à mort (peut-être exécutés pour leur compatibilité avec le receveur).

La greffe chinoise de visage posera un dilemme aux étrangers : comment leur assurer des profils ethniques caucasiens, en ce pays de teint et relief faciaux asiatiques? Mais pas besoin d’être médecin ni économiste pour le prédire, une fois les problèmes techniques et éthiques réglés, la Chine aura devant elle, un avenir prodigieux d’export de ce savoir-faire de transplantation, sans concurrence imaginable !

 

 


Argent : Air China, le profit atypique !

— Le bureau du travail de Shenzhen, l’enclave cantonaise autour de Hong Kong (3,5M habitants les plus prospères du pays) prépare pour mai une  hausse du salaire minimum local de 16%, à 800¥ dans la Zone économique spéciale.

Un «mal inévitable» pour les patrons, pour attirer les ouvriers de l’intérieur du pays et les garder. A noter qu’à ce salaire net, s’ajoute un montant équivalent en charges patronales, dortoir et repas. Logiquement ce delta des Perles, source du tiers de l’export chinois, quitte le premier le statut de «négrier» pour rejoindre les conditions modernes d’emploi. Pour financer de tels niveaux de salaires, le Sud chinois doit sans cesse augmenter la qualité, et cesser de se mesurer à des pays comme la Thaïlande ou le Cambodge, pour affronter la concurrence sud coréenne et bientôt européenne, dit Leo Cheng, vice Président de GLHF, un gros producteur cantonais de chaussures qui se prépare à en découdre avec l’Italie, le champion du monde du soulier de luxe !

—  Leader national des transporteurs du ciel, Air China est un des rares à afficher en 2005 un profit (+0,9%). Son chiffre d’affaires monte de bien plus, (+14%) à 3,9MM² – l’écart, et même au delà, passe dans la flambée du pétrole (+77%). Si Air China reste profitable, c’est dû, dit son bilan semestriel, à :

[1] l’effacement d’une partie de ses dettes, suite à la réévaluation de 2% du ¥ en été 2005 (97M² de dette gommée);

[2] sa vocation internationale qui lui permet, plus que d’autres, de commander «à terme» 12% de son carburant (22M² d’économie);

[3] des économies sur les frais d’entretien, et

[4] une baisse d’impôts (50M²). Par comparaison, on se rappelle (VdlC n°14) les déboires de China Eastern (Shanghai) : China Southern, de Canton, est logée à même enseigne, ayant perdu 57M² (3ème année dans le rouge).

 Et pourtant, ce n’est pas faute d’avoir transporté : +56% de passagers (44M), et +42% de fret  (0,77Mt), contrairement aux +13% et +10% d’Air China (27,6M passagers, 0,73Mt fret).

Conséquence : Air China investira 0,9MM² dans l’achat de 32 avions, dont 15 Boeing 737. China Southern fera de même (+15% d’avions neufs, à 299 appareils), mais vendra aussi 11 « coucous » MD82, pour éponger ses pertes !

 

 


Pol : Sauver la banque rurale – quels dégâts d’abord?

— Indécises, les actions de Pékin vis-à-vis du voisin nippon la semaine passée!

Pékin (17/4) impose une impossible zone interdite jusqu’à septembre, au milieu des eaux internationales en mer de l’Est, sur le gisement gazier de Pinghu dont elle prépare l’exploitation unilatérale. Puis elle se déjuge (18/4), alléguant l’«erreur technique».

De même, le 19/4, face à la presse japonaise, le pouvoir rétropédale pour altérer l’effet de la phrase de Hu Jintao du 31/3, selon laquelle la Chine n’accepterait de sommet sino-nippon, que si son 1er min. Koizumi renonce aux visites au temple de Yasukuni, où gisent 14 criminels de guerre. Aux journalistes, il rappelle que «ses relations avec le Japon figurent parmi celles prioritaires», mais «régler le problème de ces visites est une «précondition» à l’embellie. Ces actions marquent l’hésitation de la Chine face à Tokyo: dès 2005, la part chinoise des investissements nippons a reculé de 16%, à 40%, et ce n’est qu’un début. Aussi la Chine marquant ses exigences, peut-elle se sentir en terrain instable. Désarroi qu’elle exprime d’ailleurs, déclarant aux journalistes que ces difficultés ne sont pas (sic) « de celles qu’elle veut voir »!

— Face aux 2000 députés de l’ANP – le Parlement chinois, en mars dernier, Wen Jiabao le 1er ministre avait promis, de déployer sous 5 ans (11ième Plan) une infrastructure fonctionnelle pour le monde rural, y compris en matière bancaire.

Elle débute par un état des lieux, une inspection quasi-immédiate, jusqu’à juillet, de quelque 500 coopératives de prêts, pour évaluer leur endettement non recouvrable. En juin 2005, il atteignait supposément 39MM² et 17,5% de leurs actifs (contre 131MM² au niveau national, et 8,9% fin 2005).

Mais plus que d’autres, les cadres ruraux peuvent « sous-estimer » ce taux, et l’an passé voyait le dépassement de tous les records de prêts, d’une qualité que la tutelle bancaire, la CBRC, estime douteuse.

Par exemple, ses récents contrôles inopinés dans sept provinces entre Dongbei, Hubei et Hunan ont fait apparaître une érosion du capital d’au moins 10% de plus que cette moyenne, soit 30% -ou bien plus. Aussi pour l’Etat, pas possible de renflouer à l’aveugle -il faut assainir d’abord, voire fermer et reconstruire à partir de rien !

 


Temps fort : Marine chinoise cherche mousses, matelots et loups de mer

Le bien-être progressant, la mer attire moins les Chinois. Les aspirants-marins préfèrent une vie de famille, et prendre les emplois industriels et tertiaires de la côte.

Aussi, alors que son trafic a quasi doublé en deux ans (2.8MMt en 2002, 4,9MMt en 2004), la marine marchande aux 500.000 marins dont 10% hauturiers, manque de 13.000 hommes. Le déficit va s’aggraver : 130.000 vieux loups de mer sont proches de la retraite!

Pourtant, les 76 écoles chinoises d’officiers de marine sont très appréciées dans le monde, telles les universités maritimes de Dalian, Shanghai, l’Université Technologique de Wuhan ou l’Institut de Navigation de Jimei. Mais ils ne forment que 10.000 capitaines, mécanos ou ‘bosco’ par an. Que faut-il faire, se demandent (18-19/4) les 300 spécialistes du  Forum Maritime International de Shenzhen?

Deux mesures sont en cours, pour pallier au déficit violent.

[1] Le monopole de ces écoles est levé, sur les examens d’Etat aux métiers maritimes : tout ingénieur diplômé pourra s’y présenter.  

[2] Des campagnes de promotion se préparent dans les pauvres provinces de l’Ouest, pour informer les enfants des campagnes sur ces métiers proportionnellement bien payés (1200¥/mois pour un matelot).

La flotte mondiale aussi, pourrait embarquer plus de fils du Ciel. Ils ne sont que 40.000 à voguer sous pavillons aliènes, comparés aux 250.000 Philippins : leur nombre étant limité par la pénurie nationale, et leur faiblesse en anglais, la langue de la mer. Mais ce problème serait en cours d’amélioration.

Voilà comment, depuis 2003-2004, on voit toujours plus de gars de l’Anhui ou du Henan faire leur balluchon pour prendre la mer, suivant les traces de l’illustre amiral Zheng He  le découvreur (en 1421) de la corne de l’Afrique, qui était du Ningxia !

 

 

 


Petit Peuple : A Urumqi, le joueur joué, cul par-dessus tête

La Chine est -aussi -un pays joueur.

Comme si ses usines ne suffisaient pas à brûler ses forces, et comme si elle voulait protéger le monde de sa surproduction. Le jeu online happe les faibles, déçus d’une vie médiocre, qui trouvent dans son éther une illusoire compensation.

A Urumqi l’isolée, loin de la vraie vie, Wang Jianming s’est jeté dans ‘World of Legend’, jeu de cape et de massue aux yeux bridés, un produit de Shanda, vaisseau-amiral du métier. A force de défaire les brigands, libérer les pucelles et pourfendre les dragons, le joueur compulsif a accumulé tant d’h. de vol qu’il est y passé maître. Pour ses 20.000¥, à la force du joystick, il a accumulé un dérisoire magot virtuel : un couteau, 3 gourdins magiques, une armure, une bague, 5 cartes d’îles aux trésors. Or, au 1/03, se connectant à l’aube, Wang défaillit : ses chers objets manquaient.

Hacké dans la nuit, son compte était bloqué! Vite, il alla sur Shanda, qui promit réaction sous 72 h. Mais Wang n’eut pas autant à attendre : dès le 2/03, il voyait ses bijoux en vente sur le forum du jeu. Angoissé, il appela la firme, suppliant de geler son compte squatté : chou blanc, le webmestre lui rétorqua que sauf ordre d’un juge, il ne pouvait agir.

La police-même, se dit incompétente… Les dés étaient joués : le 3/03, un Shanda flegmatique lui annonça la perte des trésors, écoulés au noir… A Wang, il fallut 27 jours avant de se rendre au tribunal, déposer contre Shanda, réclamant ses jouets et 1000¥ de dommages.

Le prétoire accepta la plainte : une 1ère au Xinjiang ! Le juge reconnaît l’existence d’un contrat entre Wang et Shanda, et d’une propriété virtuelle à protéger contre l’indélicat prestataire de services.

Lequel se débat comme un diable : prendre des images pour leur réalité,本末倒置,ben mo dao zhi, c’est vraiment «mettre racine et branche, cul par-dessus tête » !