Le Vent de la Chine Numéro 37-38 (2019)

du 11 au 17 novembre 2019

Editorial : Macron, un émissaire européen ?

En janvier 2018, il s’engageait à revenir chaque année. Promesse tenue pour Emmanuel Macron qui s’envolait pour son second voyage en Chine du 4 au 6 novembre, trois jours consacrés à établir une « relation de confiance » avec la deuxième puissance économique mondiale. Le Président français visita la seconde Foire de Shanghai (CIIE, du 5 au 10 novembre) où la France était invitée d’honneur, en compagnie de son homologue Xi Jinping. Il lui fit découvrir plusieurs vins français – tout un symbole alors que l’administration américaine venait de les taxer à 25%. Ainsi, les deux leaders affichaient leur entente sur le multilatéralisme, le dossier iranien, le climat, isolant un peu plus les Etats-Unis. Sur la réforme de l’OMC, Macron appelait l’Europe et la Chine à être force de proposition.

A l’issue de la visite présidentielle, la partie chinoise se félicitait de la signature d’une quarantaine d’accords pour 13,5 milliards d’€. Aucune estimation n’était publiée côté français, refusant d’entrer dans une logique de montants records à chaque visite, d’autant plus si elles ont lieu tous les ans. A l’Elysée, on se félicitait des ouvertures du marché chinois et autres avancées notamment dans la filière agroalimentaire (tel le zonage). De plus, après huit ans de négociations, était signée la reconnaissance de 100 indications géographiques protégées (IGP) chinoises et européennes (dont 26 françaises), concernant le vin, le Roquefort, le Comté, les pruneaux d’Agen, le cognac mais aussi le whisky irlandais, la feta grecque, le Porto, le jambon de Parme… L’UE exporte annuellement pour 1,2 milliard d’€ de ces produits vers la Chine. Si l’accord est respecté, ils seront protégés des imitations et usurpations sur le marché chinois. La liste devrait être élargie à 175 IGP en 2024.

C’est ce qui expliquait la présence aux côtés du Président Français, de Phil Hogan le commissaire européen à l’Agriculture, mais aussi d’Anja Karliczek la ministre allemande de l’Education. Déjà en mars dernier à Paris, Macron partageait « sa » rencontre avec Xi Jinping avec le Président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker et la chancelière Angela Merkel. Se présenter à la Chine en collectif européen deviendrait-il une marque de fabrique du Président français ? Devant un parterre de grands patrons français et allemands à Shanghai, Macron affirmait : « Il y a des agendas nationaux, mais plus on joue en franco-allemand et surtout en Européens, plus on a de la crédibilité. »

En mars dernier, l’UE semblait s’éveiller à la puissance chinoise en la qualifiant de « rival systématique » mais aussi de « partenaire de coopération ». Suite à cette déclaration, nombreux avaient été ceux qui espéraient une visite conjointe franco-allemande. Il n’en fut rien, la chancelière allemande devançait le Président Macron en septembre, en étant de passage pour sa 12ème visite en Chine. Les deux locomotives européennes sont-elles sur la même page chinoise ? Les situations sont bien différentes de part et d’autre du Rhin. A l’est, une dirigeante en fin de carrière et un pays affichant un excédent commercial avec la Chine de 21 milliards d’euros. A l’ouest, un leader à mi-mandat, désireux d’endosser un rôle sur la scène internationale, et un déficit commercial de 29,2 milliards.

Toutefois, l’Allemagne assurera la présidence du Conseil Européen de juillet à décembre 2020, période durant laquelle elle a tenu à organiser le prochain sommet UE-Chine à Leipzig (septembre 2020). Elle sera également présente jusqu’au 31 décembre 2020 au Conseil de Sécurité à l’ONU, auquel siègent France et Chine en tant que membres permanents. Enfin, la future présidente de la Commission Européenne n’est autre que l’ex-ministre allemande de la Défense, Ursula von der Leyen. Autant d’opportunités de travailler main dans la main au nom de l’UE, et pourquoi pas signer le traité sino-européen sur les investissements qui traine depuis sept ans ? Car la lassitude gagne à Bruxelles, les diplomates chinois étant accaparés par les négociations commerciales avec les USA. Même si les Européens se réjouissent qu’un mini-deal soit trouvé entre Pékin et Washington, ils craignent que cela se fasse à leur détriment.

Enfin, ne se limitant pas à l’Allemagne et la Commission européenne, Macron pourrait élargir sa mission d’émissaire européen en incluant d’autres nations, comme la Suède ou des pays d’Europe de l’Est. Ce serait une manière productive de faire des différences européennes, une force.


Agriculture : La fièvre porcine laisse place à la pénurie

Depuis son arrivée à la frontière sino-russe en août 2018, il n’aura fallu que neuf mois à la fièvre porcine africaine (FPA) pour se répandre sur l’intégralité du territoire chinois, de la Mongolie Intérieure, en passant par le Tibet, jusqu’à l’île tropicale de Hainan. A ce jour, c’est presque toute l’Asie qui est touchée : Mongolie, Vietnam, Cambodge, Corée du Nord, Laos, Philippines, Birmanie, et depuis le mois dernier, la Corée du Sud.

Parfois comparée au virus Ebola, elle est inoffensive pour l’homme, mais fatale pour les porcs, sangliers et phacochères. Cette maladie virale hémorragique devrait décimer 55% du cheptel porcin chinois d’ici la fin de l’année, soit plus de 200 millions de têtes, selon les dernières estimations de la banque néerlandaise Rabobank. Certains experts sont plus alarmistes et évaluent des pertes allant jusqu’à 80% dans certaines provinces. Même si les chiffres varient, tous s’accordent à dire que la progression irrésistible en Chine de la FPA est inédite depuis l’apparition du virus au Kenya il y a un siècle. On peut la retrouver partout, dans la faune sauvage, dans les petits élevages comme dans les grosses exploitations, sous les semelles des bottes des paysans, dans les camions, les abattoirs, dans les assiettes des restaurants, puis dans les poubelles… que l’on donne aux cochons !

Les rares paysans n’ayant pas perdu leur cheptel, engraissent leurs porcs jusqu’à ce qu’ils atteignent en moyenne 140 kg, soit 30 de plus qu’avant l’arrivée de l’épizootie. Ainsi, en vendant ces kilos supplémentaires, ils espèrent financer le renouvellement de leurs stocks. A Nanning, la capitale provinciale du Guangxi au sud du pays, un des porcs de Pang Cong pèse aussi lourd qu’un ours polaire (une demi-tonne) ! Les géants du secteur eux, tels Wens Foodstuffs, COFCO Meat, New Hope Liuhe ou Muyuan Foods s’en sortent plutôt bien, la hausse du prix du porc ayant compensé leurs pertes animales.

Car sur les marchés, le prix de la viande préférée des Chinois flambe, provoquant le mécontentement des petits portefeuilles…. Par défaut, les consommateurs chinois se rabattent sur d’autres viandes, comme le bœuf ou le poulet dont les prix augmentent dans le sillage de celui du porc. Une inflation qui n’est pas prête de ralentir, surtout à l’approche des fêtes du Nouvel An chinois le 25 janvier 2020.

Alors, le gouvernement chinois se lance alors dans le sauvetage désespéré de sa filière en misant sur la relance de sa production domestique. Des subventions ciblées sont promises aux élevages d’une taille suffisante pour améliorer leur niveau de biosécurité, et donc se protéger du fléau qui rode toujours, avec de nouveaux cas déclarés chaque semaine. « La maladie étant répandue sur tout le pays, l’isolement des rares élevages sains devient leur avantage. Mais la vigilance doit être maximale, l’hiver approchant, la baisse des températures peut le faire ressurgir dans les exploitations repeuplées », explique un expert vétérinaire. Ce redémarrage n’est donc pas sans risque : « il suffit d’une désinfection mal réalisée pour avoir à nouveau à en découdre avec le virus ».

En parallèle, le développement d’un vaccin est devenu prioritaire. Depuis un an, l’institut de recherche vétérinaire de Harbin (HVRI), le seul habilité à étudier le virus sur des animaux vivants, met les bouchées doubles. Bu Zhigao, directeur du centre, affiche sa détermination : « nous nous devons de contrôler la maladie, peu importe le coût ». Des essais cliniques ne devraient pas tarder à débuter, mais il faudra probablement plusieurs années avant qu’un vaccin puisse voir le jour. Mais cette course contre la montre peut être dangereuse. Dans les années 60 en Espagne et au Portugal, un vaccin expérimental testé sur 500 000 porcs sains se termina en désastre : un quart des bêtes tombèrent malades, ou moururent de pneumonie… Courant octobre, des scientifiques chinois dévoilaient une reconstitution 3D de la structure du virus : elle serait similaire à celles des micro-organismes qui causent la malaria et la tuberculose. Ses cinq couches le rendent particulièrement rare et complexe, tandis que son diamètre de 260 nanomètres est dix fois plus gros que celui de l’hépatite A. Son enveloppe étant extrêmement résistante, le virus peut survivre enterré pendant des mois, et dans un environnement gelé durant des années !

Enfin, la Chine cherche à booster ses importations auprès de ses fournisseurs traditionnels comme l’Espagne, l’Allemagne, le Canada (dont l’activité va pouvoir reprendre après un hiatus de quatre mois), les Etats-Unis (malgré des taxes douanières passées de 10 à 62%), le Danemark, les Pays-Bas, le Brésil et la France, qui se classe au 8ème rang. Déjà, en marge de la foire de Shanghai, la COFCO signait avec le producteur danois Danish Crown un joli contrat d’une valeur de 100 millions de $. Mais aucun de ces pays ne sera capable de combler l’appétit chinois : cette année, la Chine va manquer de 10 millions de tonnes. C’est plus que les quantités mondialement disponibles. Un professionnel du secteur commente : « le pic de contamination de la FPA est atteint, par contre la pénurie n’est pas encore à son point le plus critique ».

Alors les producteurs étrangers se demandent combien de temps ils disposent pour tirer parti de la carence chinoise. Selon un rapport du cabinet de consulting Gira commandé par les producteurs de porc américains, les exportateurs étrangers ont trois ans pour s’engouffrer dans la brèche. En effet, les importations chinoises atteindront un pic en 2022, resteront élevées jusqu’en 2025, mais avec des prix plus bas, avant de décliner progressivement au fur et à mesure que la production chinoise se remettra de la maladie en 2027. Toutefois, son niveau de production sera 13% moins élevé que celui d’avant la fièvre porcine. De plus, comme le porc coûtera plus cher, les consommateurs chinois modifieront leur régime alimentaire, au profit du poulet et du bœuf. D’ici 2040 seulement, les importations chinoises de porc retrouveront leur niveau de 2017-2018.

A tout le moins, cette crise porcine représente une opportunité pour les exploitations chinoises de se moderniser, au secteur de se restructurer et aux exportateurs étrangers de profiter de cette disette chinoise !


Agriculture : La fièvre porcine, une opportunité à saisir pour l’hexagone ?

Le malheur des uns fait le bonheur des autres. Au marché du porc breton de Plérin, sous l’effet de la demande chinoise, le cours a grimpé de 1,2 à presque 1,7 € le kilo en quelques mois, une bonne nouvelle pour les éleveurs. Au rythme actuel, les exportations françaises vers la Chine devraient atteindre cette année les 150 000 tonnes (+40%), soit un jour de consommation dans l’Empire du milieu. Traditionnellement, abats, oreilles ou pieds de cochons sont très prisés des Chinois. Désormais, leur intérêt se porte sur des pièces plus nobles, comme le jambon ou l’épaule.

Pour toute la filière, le principal enjeu sera d’être capable de suivre le rythme des commandes, car les capacités de production, de congélation et de stockage sont déjà saturées. En effet, la particularité du marché français est qu’il est proche de l’équilibre entre production et consommation – un choix historique pour privilégier le marché national et européen. C’est ce qui explique que les capacités d’exportations françaises soient plus limitées que celles d’autres voisins européens.

Pour augmenter les volumes à l’export, il faudrait multiplier les élevages, mais dans quelles conditions? Et quelles seraient les conséquences sur l’environnement ? Il serait également nécessaire que tous les acteurs de la filière investissent simultanément pour moderniser l’ensemble de la chaîne de production. Afin de rentabiliser tout nouvel investissement, il est impératif que la demande chinoise se maintienne au niveau actuel pendant plusieurs années. Or, par le passé, les fluctuations de celle-ci ont déjà mis à l’épreuve les filières laitière et vinicole tricolores.

Autre incertitude : la France sera-t-elle à son tour contaminée par la FPA ? Le virus trépigne déjà à la frontière belge depuis un an, ayant contaminé des sangliers. En guise de rempart, 112 km de clôtures ont été installés. Peu avant l’atterrissage sur un vol Paris-Pékin, à la demande des autorités chinoises, l’hôtesse faisait l’annonce suivante : « la fièvre porcine faisant rage en Europe, il est interdit de ramener de la charcuterie dans vos bagages, et de jeter vos déchets alimentaires dans la nature ». C’est dire si la Chine prend des précautions, alors que la France est pour l’instant indemne et que son propre territoire a été décimé par la FPA… N’excluant pas la possibilité d’une apparition du virus dans l’hexagone, le Président Macron négociait lors de sa visite en Chine (4-6 novembre), une feuille de route avec le gouvernement afin qu’il reconnaisse le principe de « zonage géographique », selon la règle de l’Organisation Internationale des Epizooties (OIE). Cet accord « prioritaire » prévu pour 2020 permettrait d’éviter que toutes les exportations françaises vers la Chine soient pénalisées par un embargo national si la maladie était détectée dans une seule région. Un principe qui pourrait être étendu à tous les membres de l’UE, et qui représenterait une garantie importante pour la filière porcine française !


Culture : Le Centre Pompidou à Shanghai, symbole du soft-power français
Le Centre Pompidou à Shanghai, symbole du soft-power français

Inauguré le 5 novembre par le Président Emmanuel Macron, le Centre George-Pompidou lançait sa troisième antenne internationale à Shanghai, après Malaga et Bruxelles. L’inauguration avait lieu durant une semaine riche en événements artistiques et culturels dans la ville, avec le West Bund Art & Design Fair et Art 021, les deux grandes foires annuelles d’art contemporain de l’Empire du Milieu, ainsi qu’une exposition consacrée à l’architecte français Jean Nouvel.

L’histoire de l’institution parisienne en Chine commence en 2005 avec l’exposition « Nouvelles Vagues, un point de vue sur l’art français contemporain » organisée au Shanghai Art Museum, dans le cadre de l’année de la France en Chine. Un succès qui allait convaincre le Centre Pompidou l’année suivante, d’ouvrir une nouvelle branche dans la mégalopole. Il jetait alors son dévolu sur un bâtiment historique datant des années 1930, situé sur la prestigieuse Huaihai Lu – l’actuelle Maison Hermès. Une ouverture prévue à l’origine pour 2010, mais qui ne se fera finalement jamais, le projet ayant fini par capoter, notamment à cause d’opaques désaccords entre acteurs et partenaires.

Ce n’est qu’en 2016, en partenariat avec le musée Picasso, que le Centre Pompidou revient à Shanghai, tambour battant, avec « Masterpieces from the Centre Pompidou, 1906-1977 ». Une exposition qui fit l’événement – 72 chefs d’œuvres montrés pour la première fois en Chine – et qui bénéficia d’une belle couverture médiatique. Ce fut une étape décisive quant au projet, jamais abandonné, de lancer un Centre Pompidou temporaire en Chine…

En 2019 , le projet se concrétise enfin avec l’ouverture au public le 8 novembre, du « Centre Pompidou x West Bund Museum Project » pour une durée initiale de 5 ans, renouvelable. Il occupe 2 100 des 25 000 m2 d’un bâtiment flambant neuf signé par l’architecte britannique David Chipperfield, situé au cœur du nouveau et très prisé Xihui Waterfront, le « corridor culturel » dédié à l’art contemporain de la mégalopole.

Ce « cube blanc » inauguré avec l’exposition « The Shape of Time » rassemblant une centaine d’œuvres d’artistes du XXe et XXIe siècles dont Picasso, Kandinsky ou encore Duchamp autour de la notion du temps. Cinq furent toutefois refusées par les autorités locales. Le président du centre parisien Serge Lasvignes, relativisait le problème, affirmant qu’il était toujours possible de faire des choses intéressantes, tout en étant conscient des critères de censure. Sous l’angle financier, même si le Centre Pompidou reste en charge de la programmation, c’est bien West Bund qui est le commanditaire, couvrant tous les frais. Le musée parisien devrait toucher annuellement 1,4 million d’€ pour l’exploitation de sa marque, auxquels s’ajouteront 2,5 millions d’€ pour la totalité de ses prestations. Jusqu’en 2024, le partenariat prévoit trois expositions majeures d’une durée de 18 mois ainsi que deux expositions temporaires par an, montrant exclusivement des pièces de la collection parisienne. A Paris, le Centre Pompidou mettra en avant expositions et projets portés par des artistes chinois.

Avec cette nouvelle antenne provisoire, le Centre Pompidou perpétue sa politique hors-les-murs engagée depuis une dizaine d’année en France et à l’international, mais permet surtout au pays des Lumières d’exercer son soft-power par le biais de son rayonnement culturel à l’étranger. Emmanuel Macron a d’ailleurs tenu à saluer les nombreux projets menés par des grandes institutions culturelles françaises en Chine parmi lesquelles les musées Picasso et Rodin (qui s’installe à Shenzhen), le château de Versailles (avec une exposition à la Cité Interdite), les rencontres d’Arles (à Xiamen)…

Il en va de même dans le secteur des loisirs et du divertissement : le parc vendéen du Puy du Fou va monter d’ici 2022 un spectacle au pied de la Grande Muraille (à Qinhuangdao), évoquant l’histoire du 1er empereur chinois. Enfin, l’acteur et réalisateur Guillaume Canet, cherche à filmer en Chine certaines scènes d’« Astérix et Obélix, l’empire du Milieu ». Mais les aventures des irréductibles Gaulois pourront-elles aussi être diffusées en Chine ? Il est trop tôt pour le dire…

Par Caroline Boudehen


Politique : Un 4ème Plénum sans vagues

A l’hôtel Jingxi à Pékin, avait lieu avec plusieurs mois de retard, la rencontre à huis clos la plus importante de l’année : celle des 371 membres du Comité Central du Parti, réunis pendant quatre jours (du 28 au 31 octobre) pour le 4ème Plénum du 19ème Congrès. Leur tâche : approuver les propositions faites par le puissant Politburo.

Avant tout, quelques chaises musicales étaient de rigueur, entre les postes de secrétaires et gouverneurs, en Mongolie Intérieure, au Ningxia et au Henan. Deux membres suppléants étaient formellement admis au Comité Central, après la mise sous enquête du patron de la tutelle boursière, Liu Shiyu, et le suicide du directeur du bureau de liaison de Macao, Zheng Xiaosong.

Outil de consolidation du pouvoir du Président, 27 cadres étaient épinglés par la campagne anticorruption. Parmi eux, deux anciens patrons de la compagnie publique d’électricité Huadian (Yun Gongmin et Li Qingkui). Deux généraux de l’Armée Populaire de Libération (APL) (Rao Kaixun et Xu Xianghua) étaient également déchus. A ce sujet, le communiqué final du plénum réaffirmait le « leadership absolu du Parti sur l’APL, qui accomplira fidèlement ses missions », ce qui conforte l’idée que les rangs des forces armées vont continuer à être scrupuleusement inspectés à l’avenir. Tragique, un décès émaillait ce plénum : Ren Xuefeng, n°3 de Chongqing et autrefois star montante à Tianjin, se serait jeté par la fenêtre de l’hôtel.

Certains médias taiwanais et hongkongais prédisaient la montée de deux autres leaders au Comité Permanent (réduit à 7 sept membres par Xi en 2012), comme une amorce de succession de Xi Jinping en 2022. Il n’en fut rien, confirmant que le Président n’a aucune intention de passer la main à cette échéance. On parle toutefois beaucoup de Chen Min’er, le secrétaire de Chongqing, qui a les faveurs de Xi, de Hu Chunhua, vice-premier ministre (protégé de Hu Jintao), mais aussi de Li Qiang, patron de Shanghai. L’un de ceux-là fera-t-il son ascension au Comité Permanent après 2022, pour être prêt en 2027, à la fin du 3ème mandat de Xi Jinping qui aura alors 74 ans ? Ou alors Xi sautera-t-il cette 6ème génération de cadres pour passer directement à la 7ème, celle née dans les années 70 ? Le débat semble largement prématuré, mais ces spéculations auraient pu être volontairement alimentées par diverses factions du Parti de façon à pousser leurs poulains, et Xi Jinping vers la sortie. En tout cas, à ce jour, Xi reste fermement aux commandes, et personne n’a la carrure pour prendre sa place.

En guise de préambule au Plénum, la revue du Parti, Qiushi, publiait l’extrait d’un discours de Xi datant de janvier 2018, où il affirmait que « nous-mêmes sommes les seuls en mesure de mettre en péril le Parti, personne d’autre ». Ainsi, le thème du 4ème Plénum se résumait en une question existentielle : après 70 ans de règne, comment le Parti peut-il moderniser sa gouvernance afin de faire face aux différents challenges qui s’imposent à lui, et donc se maintenir au pouvoir jusqu’à son centenaire en 2049 ?

Déjà, en choisissant de mettre en avant la « gouvernance » du Parti, plutôt que sa propre gouvernance, Xi Jinping évitait d’avoir à répondre personnellement des mauvais résultats de l’économie, de la contestation envers son plan Made in China 2025, des résultats en dents de scie de son initiative BRI, de sa concentration inédite des pouvoirs et de son mandat illimité en tant que Président. Il n’y avait d’ailleurs aucune allusion directe à la guerre commerciale avec les Etats-Unis dans le communiqué.

Ensuite, le terme « moderniser » ne signifie en aucun cas réformer son système politique vers une démocratie à l’Occidentale. Au contraire, il s’agit de mettre en place des outils de modernisation « aux caractéristiques chinoises », notamment le système de crédit social qui vise à contrôler tout aspect de la vie des individus comme des entreprises, ou le réseau national de caméras à reconnaissance faciale. Toutefois, le week-end suivant à Shanghai, Xi Jinping soulignait l’importance « d’établir des canaux officiels » pour permettre à la population de s’exprimer, et d’explorer diverses formes de démocratie « à la chinoise ». En septembre, le Président de l’Assemblée (ANP), Li Zhanshu, promettait aux gouvernements locaux de leur accorder plus de latitude dans leur législation. Pas par hasard non plus, le 14 octobre, le Bureau des Conseillers du Conseil d’Etat (COSC) situé à Zhongnanhai, ouvrait ses portes à la presse pour la première fois depuis 1949. Il a pour rôle de rassembler les avis de chercheurs ou chefs d’entreprises (même étrangers), aux deux tiers non-membres du Parti, afin de les soumettre au Premier ministre. Mais pourquoi le régime a-t-il ce soudain désir de communiquer sur ses méthodes de consultation ? La crise à Hong Kong a peut-être permis une prise de conscience, ayant été imputée à une mauvaise évaluation du mécontentement des Hongkongais de la part des autorités en charge. Il s’agirait surtout d’éviter que toute situation similaire ne se reproduise sur le continent.

Dans la même ligne, la veille du plénum, était mis à jour le guide des valeurs morales à adopter par la population, ce dernier ayant légèrement pris la poussière depuis 2001. Dans cette nouvelle version, se référant à “la nouvelle ère de Xi Jinping” et au marxisme, le régime expliquait à ses citoyens comment utiliser internet, élever ses enfants, trier ses poubelles, correctement célébrer les fêtes nationales, bien se comporter à l’étranger, réduire son empreinte carbone en voyage, s’occuper de ses vieux parents, défendre l’honneur de sa patrie…  Une section était réservée aux ruraux et à « leurs folklores dépassés », comme les mariages et enterrements « extravagants ». Dans le registre religieux, il appelait le peuple à avoir « foi en Xi Jinping et en le Parti », induisant une sorte de devoir moral de louer son Président et le régime. Ainsi, en dictant les normes privées et publiques, ce guide, largement inspiré des valeurs confucéennes, ambitionne de marquer encore un peu plus la société de la vision de Xi Jinping.

Les dominantes politiques et idéologiques de ce rendez-vous palliaient l’absence de tout nouvel aspect économique. Tout juste apprenait-on que le 14ème plan quinquennal (2021-2026) avait été débattu et que le rôle « dominant du secteur public » était réaffirmé, laissant suggérer que les firmes d’Etat devraient continuer à bénéficier d’un traitement de faveur. Il est cependant probable que le régime préfère attendre et garder ses cartouches « de réforme et d’ouverture » pour les faire peser dans un accord sino-américain ? Attendons la suite…


Hong Kong : L’épineux dossier du 4ème Plénum

Lors du 4ème Plénum, la crise hongkongaise a occupé une large place dans les discussions.

Diverses rumeurs voulaient que le patron du bureau de liaison à Hong Kong, Wang Zhimin, et celui des affaires hongkongaises à Pékin, Zhang Xiaomingtous deux de la faction de l’ex-Président Jiang Zemin – soient remplacés prochainement. Puis ce serait au tour de la cheffe de l’exécutif hongkongais, Carrie Lam d’être limogée, mais pas avant l’année prochaine…

Comme pour faire taire les racontars, le Président Xi Jinping affichait toute sa confiance à Mme Lam lors d’une entrevue « surprise » la veille de l’ouverture de la foire de Shanghai (CIIE). C’était également leur première rencontre officielle depuis le début de la crise il y a cinq mois (cf photo).

Sur la question de la nomination du chef de l’exécutif et autres hauts responsables hongkongais, le plénum concluait qu’il fallait « perfectionner » le processus de sélection des candidats et de révocation, sans donner plus de détails. Toutefois, l’invalidation de la candidature du jeune militant pro démocratie Joshua Wong aux prochaines élections locales (24 novembre) augure plutôt d’un tour de vis… Actuellement, le chef de l’exécutif est élu parmi deux ou trois candidats par un collège de 1 200 grands électeurs, majoritairement inféodés à Pékin.

Suite au plénum, le régime affirmait qu’il allait améliorer le concept d’« un pays, deux systèmes », notamment par un moyen légal. Le gouvernement compterait-il ramener l’ordre en imposant une loi anti-subversion, alors même que l’article 23 de la Basic Law stipule que seule la RAS est habilitée à promulguer ses propres lois ? En 2003, des centaines de milliers de Hongkongais défilaient dans les rues contre une loi de Sécurité Nationale, poussant ainsi à la démission le tout premier chef de l’exécutif, Tung Chee-hwa. Depuis, les trois leaders successifs se sont bien gardés de toute nouvelle tentative…

Pékin est conscient de la forte perte de crédibilité de Mme Lam. Mais serait-il tout de même prêt à l’envoyer au casse-pipe ? Selon Wang Zhenmin, ancien directeur légal du bureau de liaison à Hong Kong et conseiller auprès du gouvernement, « l’échec de la loi d’extradition ne signifie pas qu’un projet de loi de Sécurité nationale échouera (…) Si l’administration de la RAS est incapable de mettre un terme au chaos, c’est à cause de l’absence d’une telle loi (…). Tout le monde voit bien que Hong Kong est malade, mais personne ne veut administrer le bon traitement ». Au regard des accès de violence qui suivirent la récente ordonnance d’urgence bannissant les masques, difficile d’imaginer une réaction différente de la part des manifestants.

En cas d’échec, Pékin pourrait être contraint d’imposer lui-même cette législation à la RAS – et pourquoi pas lors de la prochaine assemblée (ANP) début mars 2020 ? Le leadership est toutefois conscient que s’il fait passer cette loi de force, cela impactera les négociations américaines qui ont récemment approuvé un projet de « loi sur les droits de l’Homme et la démocratie à Hong Kong », conditionnant le statut économique spécial accordé par les USA à l’ancienne colonie britannique. Mais aux yeux du Parti, le risque est moindre que de laisser Hong Kong devenir une base de subversion…


Petit Peuple : Xilinhot – La saga de Xi Guijin, Malandrin (2ème partie)

A la prison de Xinlinhot, Xi Guijun, repris de justice, mène la grande vie, ayant fait creuser par ses compagnons un tunnel vers l’extérieur, qu’il emprunte régulièrement tout en purgeant sa peine…

Une fois libéré, en 2007, Xi retourna tout bonnement à Hohhot, sa ville de naissance, où il retrouva ses compagnons de la triade des « loups blancs » pour redéployer toutes sortes de crimes et délits. Commençant à petite échelle, il alla trouver le directeur des abattoirs municipaux, lui « proposant » un contrat de protection contre d’autres bandes armées. D’abord réticent, le cadre finit par accepter cette coopération, quand il retrouva trois bestiaux empoisonnés, yeux révulsés, mousse rose sortant du mufle. Chaque mois donc, il dut verser une prime de 10 000 yuans à l’homme envoyé prendre la commission.

Xi répéta l’opération avec une compagnie de taxis, la brasserie locale, puis avec deux lignes de minibus privés. Il taxa aussi lourdement une charcuterie industrielle, la forçant à acheter exclusivement à travers son propre réseau le sel nécessaire à sa production, au décuple de sa valeur marchande. Durant toutes ces années, Xi restait dans les meilleurs termes avec le chef de la police municipale, qu’il n’oubliait pas d’arroser de ses largesses. Sa société noire ne cessait de grandir, comptant désormais des centaines de membres qui écumaient toute la région.

Son bonheur dura jusqu’à l’été 2018, soit onze années d’or, où il demeura libre de racketter la région à outrance, en toute impunité. Tout s’arrêta quand Xi Jinping, le président de la République, ordonna l’éradication de toutes les triades à travers le pays, sous peine de prison pour les cadres qui désobéiraient. Des quotas par ville et par région furent édictés, ainsi que des objectifs précis : celles de sociétés secrètes déjà dans le radar de la sécurité publique nationale.

Sous telles conditions, la police de Hohhot n’avait plus le choix, et coinça le parrain qui avait désormais 43 ans. D’abord, il fallait trouver un motif légal : rien de plus facile, une fois qu’on est déterminé à agir. Guijun fut donc incarcéré pour chantage, ayant extorqué un total de cinq millions de yuans au propriétaire d’une mine de charbon de la région. Pour ce faire, le malfrat avait commencé par menacer ce patron de le dénoncer pour équipements de sécurité insuffisants dans sa mine. Mais l’homme, membre du Parti et intime des autorités politiques locales, l’avait envoyé paître. C’est alors qu’il lui avait envoyé l’une des plus jolies filles de son réseau, avec mission de l’attirer dans une garçonnière, d’où ils furent filmés à son insu. Dès lors, il suffisait d’envoyer à cet entrepreneur le film de leurs ébats, assorti d’une menace d’envoyer le document compromettant à la commission provinciale de vérification de la discipline. En effet, telle preuve de vie extravagante et de débauche suffisait aisément à justifier son arrestation. L’homme avait donc commencé à payer, vaincu par le plus vieux stratagème du monde : le « piège de la belle » (美人计, měirénjì).

Mais c’était compter sans les services de renseignement chinois, qui poursuivaient la campagne antimafia avec rage. En septembre, l’industriel finit par tout avouer aux enquêteurs, y compris ce qu’il savait par ailleurs, sur la complicité des cadres de la prison avec les agissements criminels de Xi Guijun. Jugé sans tambour ni trompette, ce dernier écopa d’un nouveau verdict, cette fois de 14 années à l’ombre.

Les choses commençaient à sentir le roussi pour Zhao Qinglin, le directeur de la prison. Suite aux révélations du propriétaire de la mine, une enquête officielle fut lancée contre lui, son numéro deux et le secrétaire du Parti du pénitencier. Il ne lui fallut que quelques semaines pour conclure que les trois hommes, avec la complicité de treize autres gardiens, avaient su que Xi recrutait des bras pour faire creuser le tunnel, et n’avaient rien fait, ni pour le stopper, ni pour l’empêcher d’en faire usage. Par la suite, c’était encore eux qui avaient œuvré à obtenir une réduction de peine de 66 mois pour Guijun – moyennant la falsification de documents judiciaires et une demi-douzaine de faux en signatures. Zhao, le directeur, fut exclu du Parti et perdit sa place. Selon la presse chinoise, il n’échappa à des poursuites judiciaires que parce que les faits reprochés étaient prescrits. Pendant ce temps, les deux autres cadres et les 13 matons étaient démis de leurs fonctions, blâmés, rétrogradés ou mutés vers d’autres centres de détention.

On peut s’interroger sur la clémence extraordinaire de la justice envers ces hommes évidemment corrompus et qui, par leur appétit du gain, tournaient en ridicule le système carcéral national tout entier. Mais il est vrai qu’entre autorités pénitentiaires et fonctionnaires des tribunaux, on est presque collègues et on développe des affinités. Et puis pour l’Etat, traiter ses serviteurs avec trop de rigueur, c’est s’exposer au risque de les perdre. Ce fut donc la voix de la prudence, qui finalement prévalut.  Enfin, dans le cas de Xi Guijun, à 45 ans désormais, ses perspectives de se retrouver à l’air libre sont désormais des plus diaphanes, avant la soixantaine à tout le moins !


Rendez-vous : Semaines du 11 novembre au 8 décembre
Semaines du 11 novembre au 8 décembre

5 – 11 novembre, Shanghai : CIIE – China International Import Expo, Salon international des importations

9 – 11 novembre, Canton : Interwine China , Salon chinois international du vin, de la bière, et des procédés, technologies et équipements pour les boissons

12 – 14 novembre, Shanghai : FHC – Food and Hotel China, Salon international de la restauration et de l’hôtellerie

12 – 14 novembre, Shanghai  : Metro China Expo, Salon international et conférence sur la transport par rail urbain et régional

12 – 14 novembre, Shanghai  : PROWINE, Salon international du vin et des spiritueux en Chine

13 – 15 novembre, Shanghai : OI China – Oceanology International China Exhibition, forum durant lequel l’industrie des sciences de la mer, les universités et les gouvernements partagent leurs connaissances en océanologie

13 – 17 novembre, Shenzhen : China Hi-Tech Fair, Salon international des nouvelles technologies

15 – 17 novembre, Shanghai : AirExpo China, Salon international des technologies et des services liés à l’aviation

15 – 17 novembre, Shanghai : Paperworld, Salon international de la papeterie, de matériel de bureau et de loisir créatif

20 – 23 novembre, Shanghai : CIPS – China International Pet Show, Salon international des animaux de compagnie

21 – 23 novembre, Shanghai : BIC, Salon asiatique international de l’ingénierie du bâtiment

21 – 23 novembre, Shenzhen : C-Touch & Display,  Salon international des écrans tactiles et de la chaîne de fabrication des téléphones mobiles de dernière génération

21 -24 novembre, Shanghai : The Shanghai International Art Fair, Salon international d’art de Shanghai

22 novembre – 1er décembre, Canton : Auto Guangzhou, Salon international de l’automobile

25 – 27 novembre, Shanghai : HEATEC , Salon international des technologies de génération de chaleur

25 – 28 novembre, Shanghai : SHANGHAITEX, Salon international de l’industrie textile

25 – 28 novembre, Shanghai : SWOP 2019, Salon international de l’agro-alimentaire et de l’emballage

25 – 28 novembre, Chengdu : CITE – CHENGDU INTERNATIONAL TOURISM EXPO, Salon international du tourisme

3 – 6 décembre, Shanghai : AUTOMECHANIKA, Salon professionnel international chinois des pièces détachées et accessoires pour l’industrie automotive, des équipements pour garages et stations-services

3 – 6 décembre, Shanghai : LABELEXPO ASIA, Salon international de l’industrie de l’impression et de l’emballage

 3 – 6 décembre, Shanghai : MARINTEC CHINA, Salon international et conférence sur l’industrie maritime