Le Vent de la Chine Numéro 28 (2023)

du 3 au 9 septembre 2023

Editorial : Une « tempête » anti-corruption s’abat sur la santé
Une « tempête » anti-corruption s’abat sur la santé

« Sans précédent ». C’est ainsi qu’est présentée dans la presse l’actuelle campagne anticorruption qui s’abat sur le système de santé chinois. Pas moins de 10 ministères et administrations sont mobilisés, dans un effort de coordination assez rare pour être souligné, même sous l’ère Xi Jinping.

Des mots de la Commission Nationale de Santé (CMS), à l’origine de la campagne, ce vaste coup de filet vise à la fois hôpitaux, laboratoires et caisses d’assurance maladie. Il s’agit autant de cibler les pots-de-vin versés aux directeurs d’hôpitaux que les prescriptions abusives et les médicaments surfacturés aux patients. De quoi bouleverser les règles du jeu du secteur médical et pharmaceutique, préviennent les professionnels. Cette campagne, qui devrait se poursuivre jusqu’en 2024, s’annonce inédite de par son ampleur. Rien à voir avec celle d’il y a dix ans, qui avait uniquement pris pour cibles quelques multinationales étrangères comme GSK et AstraZeneca…

Depuis le début de l’année, plus de 180 directeurs d’hôpitaux ont été placés sous enquête – le double de l’an passé. Dans l’un des cas dévoilés par la Commission centrale de l’inspection de la discipline (CCID), le directeur de l’Hôpital du peuple à Pu’er (Yunnan) aurait empoché plus de 16 millions de yuans suite à l’achat d’un appareil de radiothérapie d’une valeur de 15 millions. Au mois de juillet, deux dirigeants de compagnies pharmaceutiques chinoises ont également été arrêtés. Prudents, les représentants des laboratoires ont interrompu leurs « activités marketing », et plusieurs conférences médicales nationales, prévues durant l’été, ont été reportées sine die, ces événements étant souvent accusés d’être propices à la corruption.

A voir le sort que Pékin a réservé aux promoteurs immobiliers (soumis à une cure de désendettement qui les a poussés au bord de la faillite) et aux groupes de soutien scolaire (interdits de donner cours du jour au lendemain), les investisseurs s’attendent au pire… Suite à l’entrée en scène de la CCID le 28 juillet, la capitalisation boursière du secteur médical s’est évaporée de 300 milliards de yuans en quelques jours.

Ces problèmes de corruption dans le monde de la santé ne datent pas d’hier. Ils remontent aux années 90, lorsque l’Etat a commencé à diminuer ses financements aux établissements hospitaliers, qui n’ont eu d’autre choix que de commencer à facturer aux patients des examens superflus ou des médicaments à prix exorbitants pour ne pas tomber dans le rouge… Même chose chez les médecins, notoirement sous-payés, qui se sont mis à accepter des dessous-de-table de la part des laboratoires pharmaceutiques… L’absence de médecins traitants en dehors du système hospitalier n’a rien arrangé, poussant systématiquement les malades – même avec une simple fièvre – vers les hôpitaux, surchargés… Certes, 95% de la population chinoise bénéficie d’une couverture santé, mais très souvent insuffisante face aux dépenses à engager pour se faire soigner.

Aujourd’hui, le coût des soins élevé est devenu l’un des sujets majeurs de préoccupation de centaines de millions de Chinois « ordinaires ». Selon les statistiques officielles, la santé représentait 8,6% des dépenses des foyers en 2022, contre 6,5% en 2016. Un chiffre amené à augmenter avec le vieillissement de la population.

Bien conscient du problème, Xi Jinping a fait de l’accès aux soins son cheval de bataille, au même titre que le logement (« pour y vivre, pas pour spéculer ») et l’éducation (« pour tous »). Ce triptyque est d’ailleurs au cœur du concept de « prospérité commune » qu’il a remis au goût du jour. En effet, le dirigeant de 70 ans, qui vient de rempiler pour un 3ème mandat, veut qu’on se souvienne de lui comme celui qui a osé s’attaquer aux problèmes les plus épineux.

Néanmoins, on peut se demander pourquoi Pékin a choisi un tel moment pour battre campagne, alors que l’économie chinoise semble à bout de souffle. Certes, elle pourrait bien faire baisser les coûts des soins pour les patients (la CCID pointe une réduction de 21,4% dans un hôpital du Guangdong suite à l’intervention de ses inspecteurs), mais certains analystes soupçonnent d’autres motivations…

De fait, Pékin part souvent à la chasse aux corrompus lorsque l’argent vient à manquer. C’est particulièrement vrai en ce moment, alors que les finances des gouvernements locaux se retrouvent impactées par la baisse des ventes de terrain aux promoteurs immobiliers et par trois années de « zéro Covid ».

Malgré un butin qui pourrait facilement atteindre plusieurs centaines de milliards de yuans, cette campagne anti-corruption ne résout pas les questions pourtant fondamentales du financement des hôpitaux publics et de la rémunération des médecins, devenus les boucs-émissaires de tous les maux dont souffre le système de santé chinois.

« Cette campagne anti-corruption pourrait bien réduire à néant le peu de confiance qui subsistait encore entre les patients et le personnel soignant, déjà victime de violences à répétitions* », met en garde Alex Payette, fondateur du cabinet Cercius, qui ajoute :« Il n’y a aucune garantie qu’une fois les inspecteurs rentrés chez eux, il soit plus facile de voir un médecin ou de se faire soigner à moindre coût. C’est même plutôt le contraire, à en croire ce qui est arrivé aux géants de la tech et aux leaders du soutien scolaire ».

Une chose est sûre : la campagne anti-corruption ne doit en aucun cas devenir un ersatz à la poursuite de la réforme du système médical (qui a d’ailleurs connu quelques succès depuis son lancement en 2009). Ce principe est bien sûr valable pour le domaine de la santé, mais aussi pour bien d’autres secteurs. Or, force est de constater que, ces dix dernières années, la Chine a connu beaucoup d’anti-corruption et bien peu de réformes…

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*Les violences en milieu hospitalier sont tellement courantes en Chine que ce phénomène a un nom : yīnào (医闹).


Diplomatie : Des BRICS en Afrique du Sud au G20 en Inde, une diplomatie chinoise contrastée
Des BRICS en Afrique du Sud au G20 en Inde, une diplomatie chinoise contrastée

C’est à Johannesburg que se sont retrouvés les chefs d’État (ou de gouvernement) des cinq États membres des BRICS (le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud) pour leur 15ème sommet annuel (22-24 août), rejoints par ceux de l’ensemble des pays du continent africain à l’invitation du président sud-africain Cyril Ramaphosa.

Rappelons que le terme « BRICS » est un acronyme qui désigne le groupement en 2009 du Brésil, de la Russie, de l’Inde, de la Chine, auquel s’ajouta en 2010 l’Afrique du Sud. Le terme fut inventé en 2001 par l’économiste de Goldman Sachs, Jim O’Neill, pour décrire les économies à croissance rapide qui domineraient l’économie mondiale d’ici 2050.

En 2015, l’économie totale des BRICS représentait 25,6 % du PIB mondial pour environ 42 % de la population mondiale (soit 3 milliards d’habitants). Pourtant, la divergence avec la trajectoire de croissance annoncée et l’asymétrie entre les différentes composantes ont pu faire douter de la validité du concept. En effet, à partir de 2012, la stagnation de l’économie mondiale a sérieusement affecté les BRICS, entraînant un ralentissement quasi simultané de la croissance des BRICS, accompagné de sorties de capitaux étrangers, qui ont fait chuter la valeur des devises, accru l’inflation et exacerbé les inégalités. A cela s’est ajouté trois années de Covid-19 et la guerre de la Russie à l’Ukraine

Certes, les cinq BRICS actuels contribuent désormais à 31,5 % du PIB mondial, tandis que la part du G7 est tombée à 30 %. Cependant, les récentes tendances économiques font craindre que la croissance exponentielle des BRICS ne touche à sa fin. En effet, la Chine, qui représente près de 70 % du PIB total des BRICS, semble être entrée elle-même dans une phase de croissance descendante.

Dans ce contexte, il était vital de proposer une sortie par le haut afin de revitaliser les perspectives de croissance du groupe, au risque cependant de diluer encore plus son unité politico-stratégique. En effet, si l’Afrique du Sud, la Chine et la Russie peuvent s’entendre dans la promotion d’un ordre mondial « désoccidentalisé », le Brésil et l’Inde se contenteraient d’un ordre mondial « polycentré », sans hégémonie (que celle-ci soit américano-européenne ou sino-russe).

Ainsi, plusieurs pays avaient récemment exprimé leur intérêt à rejoindre le groupe BRICS : Algérie, Bahreïn, Bangladesh, Biélorussie, Bolivie, Cuba, Honduras, Kazakhstan, Koweït, Palestine, Sénégal, Thaïlande, Vénézuela, Vietnam… Ce sont finalement l’Argentine, l’Égypte, l’Éthiopie, l’Iran, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis qui ont été admis au club des BRICS, leur adhésion prenant effet à partir du 1er janvier 2024.

Si l’on regarde les pays entrants, deux observations simples s’imposent : tout d’abord, il n’y a aucun nouveau pays asiatique ; ensuite, il s’agit presque d’une sorte d’ « OPEP+ » (Organisation des pays exportateurs de pétrole)  au sens où l’on réunit les plus grands producteurs (Iran, Arabie saoudite, Émirats arabes) aux plus grands consommateurs (Inde et Chine). Si, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la Chine continuera de représenter un sixième de la demande mondiale de pétrole et la moitié de la croissance de la consommation mondiale de pétrole, l’Inde dépassera bientôt la Chine en tant que principal moteur de la demande mondiale.

Cette nouvelle donne des BRICS a entraîné son flot de commentaires « géopolitistes », souvent triomphateurs, voire revanchards, saluant avec gourmandise et Schadenfreude « la fin de l’Occident ». Cela semble toujours étrange que tant de gens en « Occident » soient si avides d’annoncer « la mort de l’Europe », le « déclin de l’Amérique » et la « fin du dollar ». Pour autant l’extension des BRICS, qui semble en passe de devenir le club des régimes les plus répressifs, ne semble ni soulever un horizon d’espoir pour l’humanité (développementalisme autoritaire dopé aux énergies fossiles) ni véritablement en mesure de créer un « nouvel ordre international ».

L’autre observation c’est que les BRICS + 6 manquent pour le moins de ciment. Le lien géostratégique au sein du bloc est absent avec un ensemble de dipôles continentaux en tension réciproque : non seulement en Asie entre Inde et Chine, mais aussi en Amérique Latine entre Argentine et Brésil, en Afrique entre Éthiopie et Egypte, et au Moyen-Orient entre Iran, Emirats et Arabie saoudite.

De fait, la décision de Xi Jinping de ne pas se rendre en personne au sommet du G20 organisé par l’Inde de Narendra Modi montre le degré de frictions entre les deux géants asiatiques, ainsi que le degré de frustration de la Chine vis-à-vis de ses partenaires « occidentaux ». Rappelons au passage que si les BRICS constituent 31,5% de l’économie mondiale, le G20, c’est 85 % du PIB mondial, 75 % du commerce international et les deux tiers de la population mondiale. Ce faisant, l’absence du chef d’Etat chinois, quelles qu’en soient les raisons, augure mal d’un nouveau régime planétaire dont le centre serait Pékin…

Par Jean-Yves Heurtebise


Géopolitique : La nouvelle carte de Chine jette une ombre sur l’Asie
La nouvelle carte de Chine jette une ombre sur l’Asie

Dans un message sur Twitter (interdit en Chine) le 28 août, le quotidien nationaliste Global Times, organe de presse quasi-officiel du Parti communiste chinois, pour légender la nouvelle carte qui sera utilisée comme modèle pour la diffusion de l’image physique du pays dans le monde et en Chine même, a écrit la phrase suivante : « L’édition 2023 de la carte standard de la Chine a été officiellement publiée lundi et lancée sur le site Internet du service de carte standard hébergé par le ministère des Ressources naturelles. Cette carte est établie sur la base de la méthode de dessin des frontières nationales de la Chine et de divers pays du monde. »

Si l’on regarde la carte en question, on remarquera que plusieurs territoires longtemps revendiqués mais non encore acquis se retrouvent validés comme étant déjà chinois sur cette nouvelle carte : parmi les territoires inclus dans l’édition mise à jour de la carte figurent l’État indien d’Arunachal Pradesh, revendiqué par la Chine comme partie sud du Tibet, et l’Aksai Chin, l’extension nord du Ladakh occupée par la Chine depuis la fin de la guerre sino-indienne de 1962. Une autre caractéristique de la carte est la présence d’une « ligne à dix traits » (et non plus neuf) autour de la mer de Chine méridionale (neuf traits) et de l’île entière de Taïwan (le dixième trait), qui comprend également plusieurs petites surfaces rocheuses (« îlots ») revendiqués par les différents pays riverains d’Asie du Sud-Est comme le Vietnam, les Philippines, Brunei, la Malaisie et l’Indonésie, mais aussi l’île de Bolchoï Ussuriysky, partagée entre la Chine et la Russie grâce à un accord signé en 2004 et finalisé en 2008 après plus d’un siècle de différends.

Autrement dit, la Chine avec sa nouvelle carte semble vouloir se mettre volontairement l’ensemble de ses voisins à dos dans une étrange « anti-diplomatie » qui est devenue un peu la marque de fabrique du « sharp power » chinois depuis Xi Jinping. Les réactions ont donc été rapides et vives. L’Inde a été la première à se plaindre en déposant une « vive protestation » par la voix du ministre indien des Affaires étrangères, Arindam Bagchi. Le ministère malaisien des Affaires étrangères a également rejeté les « revendications unilatérales » de la Chine. Son homologue philippin a déclaré que la carte est « la dernière tentative visant à légitimer la prétendue souveraineté et juridiction de la Chine sur les caractéristiques et les zones maritimes des Philippines (et) n’a aucun fondement en vertu du droit international ». Taipei a également critiqué la nouvelle carte en rappelant que Taïwan n’avait jamais été gouvernée par la République Populaire de Chine.

On pourra opposer à cette carte, celle émise par le Japon en 2021, qui a « heurté la sensibilité de tous les Chinois », puisqu’elle n’offrait qu’une description objective du territoire (c’est-à-dire qu’elle ne comprenait ni une partie de l’Inde, ni Taïwan, ni la mer de Chine du Sud).

Les cartes ont toujours été des objets non seulement de pouvoir mais aussi de projection sur le monde : en Chine particulièrement, lié sans doute aux origines divinatoires du langage, la description du « réel » a souvent été une manière de lui imposer notre vision imaginaire. L’idée est qu’en décrivant les choses telles qu’on voudrait qu’elles soient, cela leur permettra de devenir effectivement telles. Cette vision du monde qu’on appelle en psychologie anthropologique « pensée magique » est fondamentale pour comprendre la Chine. Si dire le réel est si difficile en Chine (que ce soit au niveau historique, économique, démographique, politique ou social), voire devenu impossible tant les conséquences pénales sont terribles pour qui s’y risque, c’est parce que le réel est vu comme un obstacle passager que l’on doit oublier pour se concentrer sur ce que l’on veut en obtenir, selon une longue tradition magico-politique qui survit hélas jusqu’à aujourd’hui…

Le plus triste étant que cette nouvelle carte fera aussi partie de l’éducation nationale et de l’apprentissage du chinois : si l’invention de la carte ne transformera jamais la réalité du territoire, elle sera pourtant en mesure de changer la cartographie mentale des esprits non prévenus. Car, derrière la carte s’étend l’ombre d’un désir : la volonté néo-impérialiste de revenir à la Chine des Qing (cf. carte), actant ainsi de la transformation dynastique du Parti communiste chinois.

Par Jean-Yves Heurtebise


Santé : Fin de la politique « zéro Covid » … à quel prix ?
Fin de la politique « zéro Covid » … à quel prix ?

La Chine a annoncé la fin de déclaration de « test négatif au Covid de 48h » pour tous les voyageurs arrivant de l’étranger à partir du 30 août. Cette annonce arrive quelques jours après la publication du tout premier article scientifique sur l’estimation des décès consécutifs à la brusque interruption de la politique « zéro Covid » début décembre 2022. Cette étude du Fred Hutchinson Cancer Center de Seattle vient confirmer les évaluations précédentes avec 1,87 million de décès supplémentaires entre décembre 2022 et janvier 2023. Ce sujet, objet de multiples spéculations de la part d’experts occidentaux, est une mesure capitale, parmi d’autres indicateurs socio-économiques qu’il faudra encore plusieurs années pour évaluer, pour juger de la pertinence de la stratégie chinoise.

Entre 1,1 et 2 millions de décès, c’est ce qu’on attendait, et c’est dans la fourchette de ce que les experts de l’université Fudan (Shanghai) avaient prévu en mars 2022, soit 9 mois avant la réouverture, en simulant une accélération de la campagne de vaccination. L’étude avait été publiée début mai 2022 en plein confinement de Shanghai afin de calmer les ardeurs des partisans du « vivre avec ».

De son côté, le Bureau National des Statistiques (BNS) publie depuis 2021 un chiffre annuel national des décès à la mi-janvier sur l’année passée. En attendant cette statistique pour 2023, il faut composer avec des sources non officielles. C’est ce qu’ont fait les chercheurs du Fred Hutchinson Cancer Center en se basant sur deux sources :

– Les rubriques nécrologiques de trois universités (l’Université de Pékin et celle de Tsinghua à Pékin, ainsi que l’Institut de Technologie de Harbin dans le Heilongjiang) depuis janvier 2016. La galerie des portraits des défunts (principalement des professeurs honoraires âgés de 89.6 ans en moyenne) faisait état de 4,5 fois plus d’annonces de décès qu’à l’accoutumée. Fait intéressant, en juillet, la province du Zhejiang publiait brièvement les données relatives au nombre de crémations du premier trimestre 2023 (avant d’être censurées). Celui-ci faisait état d’une augmentation de 73% des crémations, soit une multiplication par 4,5 sur un mois, corroborant ainsi les chiffres de l’étude en question.

– Le second indicateur est encore plus intéressant car national celui-là et aussi reconstitué depuis 2016 avec un détail par province : ce sont les recherches sur Baidu sur 4 mots-clés sur le thème des funérailles, Baidu représentant 90% de pénétration des moteurs de recherche en Chine.

Bien que ces estimations devront être comparées aux chiffres officiels pour valider leur exactitude, cette étude nous apporte dès à présent de précieux éclairages. En effet, d’après l’analyse des annonces nécrologiques, 76% des décès publiés à Pékin étaient des hommes et 80% avaient plus de 85 ans – des résultats similaires étant observés pour l’Université de Harbin. Le pic de décès a été constaté dans les deux villes durant la quatrième semaine de décembre – ce qui correspond aux données tirées de Baidu sur l’ensemble des provinces ce mois-là. Enfin, les incrémentaux par province issus de l’index Baidu vont de +77% pour le Guangxi à +279% pour le Ningxia. Le Tibet, bien isolé en ce début d’hiver de décembre 2022, serait la seule province ne présentant pas d’excès. Ainsi, le classement des provinces montre que celles qui ont été touchées le plus tardivement (comme le Fujian et le Guangxi) ont un plus faible excès de mortalité : les personnes fragiles ont eu plus de temps pour se vacciner (en cause notamment l’ouverture tardive de la 4ème dose début décembre) et s’auto-confiner

Pour autant, l’exactitude des résultats de cette étude devra être comparée aux chiffres officiels des autorités chinoises. Ces dernières se défendent d’ailleurs des accusations d’opacité de la communauté internationale. La Chine a toujours prévenu qu’en période de saturation, les indicateurs sont peu fiables et qu’il faudrait du temps pour avoir une vue plus complète du nombre de morts lié au Covid. Lors du discours de « clôture » de l’«ère Covid » du 15 février, le Président Xi Jinping n’a d’ailleurs pas mentionné de nombre de décès. Il avait en revanche introduit le nombre cumulé de patients traités « avec succès » en réanimation (800 0000 sur trois mois pour une capacité de 165 000). C’est bien la preuve qu’il est acté que le chiffre de 83 000 décès à l’hôpital déclaré dans les bulletins du CDC et souvent vilipendé par les institutions internationales, ne constitue pas une référence en terme de bilan…

Par Carole Gabay

Fondatrice de Solidarité Covid-Français de Chine

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Vocabulaire de la semaine : « Propriété intellectuelle, récession, pessimisme, test d’acide nucléique »
« Propriété intellectuelle, récession, pessimisme, test d’acide nucléique »
  1. Commerce, affaires : 商务,shāngwù (HSK 5)
  2. Exprimer: 表达, biǎodá (HSK5)
  3. Inquiétude, préoccupation: 担忧, dānyōu
  4. Décrire, qualifier: 描述, miáoshù
  5. Adapté à: 适合, shìhé (HSK 4)
  6. Investissement: 投资, tóuzī
  7. Entreprise: 企业, qǐyè (HSK 4)
  8. Propriété intellectuelle : 知识产权, zhīshi chǎnquán
  9. Amende: 罚款, fákuǎn (HSK 5)
  10. Développement: 进展, jìnzhǎn (HSK 6)

周二,美国商务部长吉娜雷蒙多向中国官员表达了她一连串的担忧,这些担忧促使商界将中国描述为“不适合投资”。周二晚,她在接受记者采访时说,企业知识产权盗窃等长期存在的问题,以及企业遭突击搜查、新的反间谍法和没有解释的高额罚款等一系列新进展表示担忧。

Zhōu’èr, měiguó shāngwù bùzhǎng jí nà·léi méng duō xiàng zhōngguó guānyuán biǎodále tā yīliánchuàn de dānyōu, zhèxiē dānyōu cùshǐ shāngjiè jiàng zhōngguó miáoshù wèi “bù shìhé tóuzī”. Zhōu’èr wǎn, tā zài jiēshòu jìzhě cǎifǎng shí shuō, qǐyè duì zhīshì chǎnquán dàoqiè děng chángqí cúnzài de wèntí, yǐjí qǐyè zāo tújí sōuchá, xīn de fǎn jiàndié fǎ hé méiyǒu jiěshì de gāo é fákuǎn děng yī xìliè xīn jìnzhǎn biǎoshì dānyōu.

Mardi (29 août), la secrétaire américaine au Commerce, Gina Raimondo, a exprimé des inquiétudes aux responsables chinois, conduisant le monde des affaires à décrire la Chine comme « inadaptée à l’investissement ». Mardi soir, lors d’une interview avec des journalistes, elle a déclaré que les entreprises étaient préoccupées par des problèmes persistants tels que le vol de propriété intellectuelle, ainsi que par une série de nouveaux développements tels que les perquisitions surprises, la nouvelle loi anti-espionnage et des amendes élevées non expliquées.

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  1. Ressentir, percevoir : 感受, gǎnshòu
  2. Economie: 经济, jīngjì (HSK 4)
  3. Situation actuelle: 现状, xiànzhuàng (HSK 6)
  4. A l’opposé de: 大相径庭, dà xiāng jìng tíng
  5. Ecart: 扩大, kuòdà (HSK 5)
  6. Sérieux: 严重, yánzhòng (HSK 4)
  7. Déclin (récession économique): 衰退, shuāituì (经济衰退)
  8. Conduire à: 导致, dǎozhì (HSK 6)
  9. Pessimisme : 悲观, bēiguān (HSK 5)
  10. Etat d’esprit: 情绪, qíngxù (HSK 5)

许多中国人感受到的中国经济现状与北京的描述大相径庭,而且这一认知鸿沟还在不断扩大。对于许多中国老百姓来说,数十年来最严重的经济衰退之一已经导致了普遍的悲观和气馁情绪

Xǔduō zhōngguó rén gǎnshòu dào de zhōngguó jīngjì xiànzhuàng yǔ běijīng de miáoshù dàxiāngjìngtíng, érqiězhè yī rèn zhī hónggōu hái zài bùduàn kuòdà. Duìyú xǔduō zhōngguó lǎobǎixìng lái shuō, shù shí niánlái zuìyánzhòng de jīngjì shuāituì zhī yī yǐjīng dǎozhìle pǔbiàn de bēiguān hé qìněi qíngxù.

De nombreux Chinois ressentent une réalité économique en Chine qui est très différente de la description faite par Pékin, et cet écart de perception continue de s’agrandir. Pour de nombreux citoyens chinois, l’une des pires récessions économiques des dernières décennies a engendré un sentiment généralisé de pessimisme et de découragement.

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  1. Exiger : 要求, yāoqiú (HSK 3)
  2. Touriste : 旅客, lǚkè
  3. Effectuer : 进行, jìnxíng (HSK 4)
  4. Covid-19 : 新冠病毒, xīnguānbìngdú
  5. Test d’acide nucléique : 核酸, hésuān
  6. Frontière : 边境, biānjìng (HSK 6)
  7. A nouveau: 重新, chóngxīn (HSK 4)
  8. Ouverture, s’ouvrir : 开放, kāifàng (HSK 5)
  9. Étape importante, jalon : 里程碑, lǐchéngbēi (HSK 6)
  10. Évènement : 事件, shìjiàn (HSK 6)

从本周三(8月30日)开始,中国将不再要求入境旅客进行新冠病毒核酸或抗原检测。这是中国在2020年3月关闭边境三年之后重新向世界开放的一个里程碑事件

Cóng běn zhōu sān (8 yuè 30 rì) kāishǐ, zhōngguó jiāng bù zài yāoqiú rùjìng lǚkè jìnxíng xīnguānbìngdú hésuān huò kàngyuán jiǎncè. Zhè shì zhōngguó zài 2020 nián 3 yuè guān bì biānjìng sān nián zhīhòu chóngxīn xiàng shìjiè kāifàng de yīgè lǐchéngbēi shìjiàn.

À partir de ce mercredi (30 août), la Chine ne demandera plus aux voyageurs entrants de se soumettre à des tests d’acide nucléique ou d’antigène pour le coronavirus. Cet événement marque une étape importante pour la Chine, qui rouvre ses frontières au monde après une fermeture de trois ans depuis mars 2020.


Petit Peuple : Shanghai : Yu – Quelques feuilles de mûrier
Shanghai : Yu – Quelques feuilles de mûrier

Ça lui a pris comme ça. Yu a su d’un coup ce qu’il fallait faire, plus de doute, une paix immense l’a envahie tandis qu’elle regardait sa grande amie Fei prendre la pose sous la banderole rouge aux caractères jaunes : « Profite de la démission, la vie n’attend pas ! ». Yu était venue dans ce restaurant pour fêter la démission de Fei, exploitée dans une entreprise de cosmétique, et qui souriait de bonheur devant sa vie enfin éclaircie.

Elles venaient toutes les deux de la renommée Université du Hunan, avaient partagé la même chambre sur le campus, avaient semé rêves de carrière, de gros salaires, de poste à responsabilité et de voyages business le long des galeries des centres commerciaux où elles faisaient du shopping et des allées du parc Juzizhou où elles couraient le dimanche. Elles avaient toutes les deux décroché le graal, un poste à Shanghai, dans deux des 500 plus grosses entreprises du pays. Et les rêves n’ont cessé de s’effilocher, ternis par les horaires déments, la compétition, l’indifférence de la hiérarchie, le manque de temps pour sortir, se faire des amis ; tailladés finalement par les confinements à répétition instaurés pour endiguer l’épidémie de Covid-19. Terrorisée à l’idée de prendre plus de congés que les autres loups de son équipe, Yu avait refusé de rentrer voir sa famille dans le Hunan quelques jours durant l’été 2019. Quelques mois plus tard, juste avant de la retrouver pour le nouvel an 2020, sa mère mourrait d’un AVC et sa grand-mère paternelle la suivait dans la tombe quelques semaines plus tard sans qu’aucun chef d’équipe ne vienne lui présenter de condoléances ni ne lui offre quelques jours pour les enterrer. Alors, Yu a sombré. Le temps passait trop vite, n’apportait que des vicissitudes, les mers bleues étaient autrefois des champs de mûriers (渤澥桑田, bó xiè sāng tián) emportés d’un coup, qui ne repousseraient pas.

Pendant presque deux ans, bourrée d’antidépresseurs, Yu tentait de donner le change devant son père, sa tante, ses collègues de travail et ses amis. Fei la poussait à démissionner comme elle. Mais pour faire quoi ? Sans les horaires et le rythme imposés par son travail, sans aucune énergie pour chercher un autre poste, sans but précis, elle savait que plus rien ne l’empêcherait de toucher le fond et peut-être commettre l’irrémédiable. « La vie n’attend pas » avait fait inscrire Fei sur la banderole commandée pour cette démission qu’elle organisait comme une fête, rejoignant ainsi ces milliers de jeunes Chinois qui, dans les mouvements « tang ping » ( 躺平, tǎngpíng), « bai lan » (摆烂, bǎilàn) ou « neijuan » (内卷, nèijuǎn), disent leur ras-le-bol de la société des générations passées, dominée par la contrainte, la compétitivité, la résignation et le travail à outrance. Oui, la vie n’attend pas, se répétait-elle dans sa tête. Et qui symbolisait cette vie pour Yu, aujourd’hui ? N’était-ce pas son « yéye » (爷爷), ce grand-père paternel qui l’avait élevée depuis ses cinq mois et qui se battait depuis presque un an contre un cancer des poumons ? S’il s’accrochait, elle s’accrocherait ! Démissionner oui, mais avec un objectif en tête : tout faire pour prolonger la vie de ce grand-père aimé. S’il vivait, elle vivrait aussi. Le reste viendrait de lui-même.

Dès le lendemain de la fête organisée par Fei, Yu démissionnait sans états d’âme, retournait dans le Hunan retrouver son grand-père et finançait la reprise des soins que son père et sa tante pensaient abandonner par manque de résultat. Accrochés l’un à l’autre, grand-père et petite-fille se sont soutenus dans leurs combats respectifs. Aujourd’hui, le vieil homme voit l’un de ses rêves se réaliser : pour fêter la rémission de son cancer, Yu l’emmène pour deux mois de voyage entièrement financé par ses propres deniers. Shanghai, le Jiangsu, le Zhejiang, l’Anhui, le Jiangxi, ils logent dans des hôtels cinq-étoiles, louent des yachts et des chaises à porteur, rien n’est trop cher pour faire vivre à son grand-père la meilleure expérience possible. Les vidéos réalisées et partagées sur les réseaux sociaux, pareilles à quelques feuilles de mûrier, resteront et parleront de l’arbre quand il aura disparu. Elles rappelleront à Yu ces moments magiques où la vie a ralenti le pas, s’est laissé embrasser. Rien n’abrège la vie comme les pas perdus et les actes vides de sens. Comme l’a fait si justement remarquer une internaute : « il y aura toujours des offres d’emploi mais seulement un grand-père. »

Par Marie-Astrid Prache


Rendez-vous : Semaines du 4 septembre au 22 octobre
Semaines du 4 septembre au 22 octobre

4-6 septembre, Shanghai: CITEXPO, Salon chinois international du pneu, des constructeurs, distributeurs et métiers associés

4-6 septembre, Canton: CIBE – China International Beauty Expo, Salon international de l’industrie du bien-être et de la beauté

4-6 septembre, Shanghai: Rubbertec, Salon dédié aux machines de traitement du caoutchouc, produits chimiques, aux additifs et matières premières

4-6 septembre, Shanghai: Sign China, Salon chinois international de l’enseigne et de la publicité

5-8 septembre, Shanghai : CIFF – China International Home Furniture Fair, Salon international du meuble et de l’ameublement pour le bureau et la maison

6-8 septembre, Shenzhen: CIOE – China International Optoelectronic Expo, Salon international de l’optoélectronique

11-15 septembre, Shanghai: Furniture China, Salon de la fabrication et des fournitures pour l’industrie du meuble

11-15 septembre, Pékin: World Water Congress, Congrès international axé sur les fondations pour la sécurité et la résilience mondiales de l’eau

12-14 septembre, Pékin: Allfood Expo, Salon international de la confiserie, des snacks et des glaces

12-14 septembre, Shanghai: TCT Asia, Salon international de l’impression 3D et de la fabrication additive

14-17 septembre, Tianjin: China Helicopter Exposition, Salon International et convention d’affaires des hélicoptères civils

15-17 septembre, Canton: FISHEX, Salon international de la pêcherie et des fruits de mer

15-17 septembre, Chengdu : China Licensing Expo, salon international des licences d’exploitation

15-18 septembre, Chongqing: CIMAMotor, Salon international du deux-roue

19-21 septembre, Shanghai: BIOFACH, Salon mondial des produits bio

19-23 septembre, Shanghai : CIIF – Shanghai International Industry Fair, Salon de l’industrie en Chine sur le thème cette année de l’économie digitale et de l’industrie de la décarbonisation

19-23 septembre, Shanghai : IAS – Industrial Automation Show, Salon international de l’automatisation des usines, de l’ingénierie mécanique et électrique, de l’informatique industrielle et de l’ingénierie

20-21 septembre, Pékin : China Energy Summit & Exhibition, Sommet et exposition de la transition industrielle vers la sécurité énergétique et la neutralité carbone

20-21 septembre, Shanghai : Chinabio Partnering Forum, Forum et exposition pour l’industrie des industries biotechnologiques et pharmaceutiques

20-22 septembre, Canton : IE Expo, Salon professionnel international de la gestion et traitement de l’eau, du recyclage, du contrôle de la pollution atmosphérique et des économies d’énergie

20-23 septembre, Pékin : BICES, Salon international et séminaire sur les machines de construction et d’industrie minière

21-23 septembre, Tianjin (en ligne): China Mining Congress & Expo, Salon et congrès chinois de l’industrie minière

21-23 septembre, Pékin: Sustainable Design China Summit, Salon international de la décoration et de l’architecture intérieures sous la bannière du développement durable

21-23 septembre, Shenzhen : CIE Fair – China (Shenzhen) International Cross-border E-commerce Products Fair / CILF – China International Logistics And Transportation Fair, Salon et forum Internationaux de l’e-commerce, de la logistique et de la supply chain

21-23 septembre, Shanghai : Interior Lifestyle, Salon chinois international des produits et accessoires pour la maison

24-26 septembre, Haikou: DPES Expo, Salon professionnel de la signalétique, de l’affichage, de la gravure laser, des équipements et consommable d’impression

26-27 septembre, Shanghai : Interfilière, Salon international de la production textile

11- 13 octobre, Shenzhen : Automotive World China, Salon international de l’industrie automobile

11- 13 octobre, Shenzhen : C-Touch & Display, Salon international des écrans tactiles et de la chaîne de fabrication des téléphones mobiles

11- 13 octobre, Shenzhen : NEPCON Asia – « PCBA & IC Packaging », Salon international des produits électroniques, cette année sur le thème des solutions PCBA, usine intelligente, emballage et test de semi-conducteurs…

11- 13 octobre, Canton : REMATEC Asia, Salon professionnel de la reconception de pièces d’automobiles et de camions pour l’Asie

11- 13 octobre, Shenzhen : S-Factory Expo, Salon dédié aux solutions d’automatisation de la fabrication électronique

11 – 14 octobre, Shanghai : Music China, Salon international des instruments de musique

15 octobre – 4 novembre, Canton (En ligne : 16 sept – 15 mars 2024) : Canton FairFoire internationale ou s’exposent électronique grand public & électroménager, pièces détachées automobile, machines, outils, matériaux de construction, produits chimiques, cadeaux, décoration, textile et habillement, cuir…

17 – 19 octobre, Shanghai : China Toy Expo, Salon international chinois du jouet et des ressources pédagogiques préscolaires

18 – 20 octobre, Qingdao : API China, Salon chinois de l’industrie pharmaceutique

18 – 21 octobre, Foshan : CERAMBATH, Salon chinois international de la céramique et des sanitaires

21 – 22 octobre, Shanghai : China Education Expo, Salon international de l’éducation et des formations supérieures

21 – 23 octobre, Yiwu : China Yiwu Commodities Fair, Salon chinois international des articles d’usage courant