Le Vent de la Chine Numéro 19 (2017)

du 14 au 20 mai 2017

Editorial : Deux visions de l’avenir

Comme ailleurs sur Terre, la Macronite s’est abattue sur la Chine : le Président de 39 ans, séduit Pékin qui trouve bien des attraits à sa victoire du 7 mai. La Chine est soulagée d’échapper au scénario d’une France quittant l’Euro et l’Europe, pour s’arc-bouter dans une défense hargneuse de ses intérêts à court terme. Il y a aussi le profil de Emmanuel Macron, son passé technocrate, en lequel la Chine dirigeante se reconnaît.
C’est toutefois un autre argument qui a inspiré l’appel du Président Xi Jinping le 9 mai. Xi lui a demandé de soutenir ses « nouvelles routes de la soie », dont le Sommet « Belt and Road Initiative » se tenait les 14-15 à Pékin avec 29 chefs d’Etat et de gouvernement. Il l’a aussi prié de l’aider à protéger le plan mondial COP21 contre le réchauffement climatique, face à un D. Trump tenté de s’en dissocier. Macron a répondu (selon la presse chinoise) positivement, promettant de renforcer la coopération. Les deux leaders envisagent une première rencontre lors du G20 de Hambourg, les 7-8 juillet. Xi Jinping par ailleurs, ne se fait aucune illusion sur le fait que la relation future avec la France, sera sans complaisance. Macron ne fait pas mystère de son désir de renforcer la défense de l’emploi européen face à tous les avatars protectionnistes, notamment ceux des USA et de Chine – le déséquilibre commercial, la fermeture du marché public, des services chinois. De même, sous l’influence de son allié J.Y. Le Drian (ex-ministre de la Défense), Macron voudra aussi préserver la liberté de navigation : soutenir l’action avec Australie, Inde et Japon contre toute nouvelle avancée de l’APL en mer de Chine du Sud.

Une autre coopération se dessine entre l’ASE (Agence Spatiale Européenne) et son homologue chinois l’ASC dans la conquête de l’univers, pour un travail commun longtemps reporté pour cause de fossé idéologique et méfiance mutuelle. Des échanges ont déjà lieu à échelle réduite, sous forme de fourniture de données et d’outils embarqués. L’ASE négocie le passage et le séjour d’un cosmonaute à bord de Tiangong-2, le futur laboratoire géostationnaire.
Mais surtout le 26 avril, Tian Yulong secrétaire général de l’ASC, et Jan Wörner directeur de l’ASE, annonçaient des négociations pour associer la partie chinoise au projet de « Moon Village », future colonie humaine permanente sur la Lune. Ce projet européen servirait de point de départ aux expéditions vers Mars, à un lucratif tourisme spatial (permettant de financer les missions d’exploration), et à une collecte de minéraux tels l’hélium-3 (combustible possible des réacteurs nucléaires à fusion) ou le zirconium pour industries automobiles et des smartphones. Les programmes des deux agences s’avèrent complémentaires. Grâce à sa mission Smart-1, l’Europe a pu cartographier le pôle nord sélénite. Elle a surtout commandé au cabinet d’architectes Foster Partners la conception d’une cabine de vie dont les murs extérieurs seraient « imprimés » en 3D sur place, à partir de matériau lunaire, pour protéger les habitants de radiations et de micrométéorites. Cette hypothèse technologique sera validée en novembre grâce au partenariat chinois, au retour de la mission Chang’e-5 sur la Lune, qui rapportera des échantillons de roches et sédiments. La Chine peut aussi offrir sa fusée Long March-5 d’une capacité de charge de 25 tonnes sur orbite basse. En 2030, son prochain modèle de 100m de haut, quadruplera la capacité.

Pour cette mise en commun des efforts, les négociations ne font que débuter, encore freinées par les militaires des deux bords suivant des considérations de sécurité. D’autres agences spatiales guignent aussi leur place dans cette aventure – Roscosmos (Russie), la NASA américaine… C’est ainsi que l’espace rassemble des adversaires idéologiques d’hier, et pour une simple raison : en ce type de projets à la pointe de la technologie, très onéreux par nature, aucun pays ou groupe de pays ne peut gagner seul.


Investissements : Un Sommet « Routes de la soie » dans l’expectative

Les 14-15 mai se rassemblait à Pékin le dernier-né des meetings planétaires : le sommet BRI (acronyme anglophone pour « Belt and Road Initiative »), ce concept du Président Xi Jinping pour relancer la croissance de la planète. Ont répondu à l’appel 29 chefs d’Etat ou de gouvernement, dont Vladimir Poutine, l’Italien Paolo Gentiloni, ses homologues espagnols, grec et hongrois, et la birmane Aung San Suu Kyi. Mais ni Merkel, ni Trump, ni le nippon Shinzo Abe ne seront présents… La France elle, sera représentée par J.P Raffarin, l’éternel avocat de la République au Céleste Empire. Mais on sent une sous-représentation à ce sommet BRI, comparé à un G20 ou un sommet de Davos. Et pourtant, c’est le moment où, pour la première fois dans son histoire, la Chine propose au monde son concept du développement, en rupture avec la pratique normale. Le monde observe, reste en retrait, réserve sa réponse.

L’initiative BRI (anciennement OBOR, « One Belt, One Road » ou « nouvelles routes de la soie ») ) vise à exporter les surcapacités chinoises (acier, ciment, verre, panneaux solaires), et ses énormes réserves en devises, dans des projets hors frontières. Depuis 2013, époque du lancement de la BRI, la Chine y a dépensé 50 milliards de $. D’ici 2022, calcule Crédit Suisse, elle investira 313 à 502 milliards de $ dans 62 pays, principalement Inde, Russie, Indonésie, Iran, Egypte, Philippines et Pakistan. 79 milliards de $ iront en outre à 13 pays d’Afrique.

Une équipe et des outils ont été établis pour faire fonctionner la BRI. Jin Liqun préside l’AIIB (Banque Asiatique d’Investissements en Infrastructures) créée en octobre 2014 avec 100 milliards de $ de capital et 57 pays membres (sans les Etats-Unis). Jin Qi est présidente du Fonds « Routes de la soie », créé en janvier 2015 avec 40 milliards de fonds propres. Wang Yi, le ministre des Affaires étrangères, est depuis mars 2013 « l’ambassadeur » de la BRI à travers la planète, expliquant inlassablement aux gouvernements ce nouveau mécanisme. Xu Shanda, ancien n°2 de la taxation, est l’initiateur du concept, plaidant dès 2009 pour investir les réserves chinoises en devises vers l’étranger. Gao Hucheng (ex-ministre du Commerce), Liu He, bras droit du Président, Xiao Jie, ministre des Finances, sont aussi des personnages-clés de cet aréopage.

Depuis 2013, les chantiers BRI réalisés, incluent 56 zones industrielles, aéroports, ports, autoroutes… Ces projets ont fait les choux gras des aciéries, cimenteries et industries lourdes, tels les engins de levage Sany, Zoomlion, les camions de chantier Sinotruk… Aujourd’hui la Chine cherche à associer plus les partenaires étrangers : le malais Gamuda, le pakistanais Lucky Cement, le français EDF, avec la centrale nucléaire d’Hinkley Point (Royaume-Uni), ou Siemens, qui bâtit une centrale thermique en Arabie Saoudite pour un milliard de $.

En dépit de ce dynamisme, la BRI inspire de nombreux doutes, y compris en Chine. Pan Guangwei, n°2 à l’association nationale bancaire, note que des banques « politiques », telle l’Exim Bank, augmentent leurs prêts, mais que celles « commerciales » se font tirer l’oreille. Et de fait, en 12 mois, les financements BRI ont baissé de 2% en 2016, de 18% en 2017. Pour quelles raisons ? Selon The Economist, le plan souffre d’abord d’une absence de priorités, de normes et d’objectifs, remplacés au plan local par du volontarisme. Chaque province aligne des projets hétéroclites, espérant ainsi attirer la manne publique, sans arbitrage. Les exemples abondent de tels chantiers à risques. Au Kirghizstan, la raffinerie (chinoise) de Kara-Balta ne tourne qu’à 6% de sa capacité, faute de disposer d’assez de matières premières. À Qinzhou (Guangxi), un port se bâtit, qui vise 1,8 million de conteneurs par an, mais risque de ne jamais être profitable, vu le suréquipement chronique du pays en ports, avec dès 2013 un excédent de capacité de 50 millions de « boîtes ».

Autre problème sérieux, l’acceptabilité des projets au plan local. Ici, le bât blesse du fait du défaut d’écoute des entrepreneurs chinois quant aux attentes et besoins des pays destinataires. Question de culture politique : en Chine-même, la consultation des riverains n’est pas essentielle, lors du tracé des routes, ou d’incinérateurs de déchets. Mais hors frontières, ce comportement passe mal. Entre Thaïlande et Laos, le projet de navigabilité du Mékong jusqu’en Chine, soulève les environnementalistes, qui dénoncent d’avance une faune et une flore fluviale dynamitée « au seul profit chinois ». En Birmanie de même, le barrage de Myitsone à 6 milliards de $, qui devait fournir 6 GW au Yunnan, est bloqué depuis 5 ans. Au Pakistan, le « corridor économique » du CPEC (China-Pakistan Economic Corridor) devant relier le pays à la Chine, est gardé par 10.000 soldats, contre le vandalisme d’insurgés locaux, opposés à la présence chinoise envahissante. Curieusement, ce même corridor est très critiqué en Inde, qui revendique la région comme partie de son territoire. Pour cette raison, entre autres, l’Inde reste absente de ce sommet BRI, en dépit des milliards de $ que la Chine compte déverser en biens d’équipements sur son sol – un comble !

Sur base de ces cas et de bien d’autres encore, le groupe Gavekal évalue à 80% les pertes financières à attendre des investissements BRI au Pakistan, à 50% au Myanmar, et à 30% en Asie Centrale. Même si le plan à long terme est couronné de succès, l’addition sera lourde.

A la veille du meeting, Pékin espérait voir les 29 chefs d’Etat présents se ranger derrière son propre communiqué, validant son projet chinois.  Côté étranger pourtant, on s’attendait à voir des objections apparaître.

En clair, pour faire de ce projet chinois un chantier mondial, il faut un partage des décisions et des contrats, et des projets rentables. La Chine n’aura certainement pas le temps de réaliser ceci en deux jours de rencontres. Mais elle aura eu la latitude de découvrir quelle voie prendre, pour sortir de l’impasse.


Technologies & Internet : La censure 2.0

Par rapport à ses prédécesseurs, le Président Xi Jinping tient le plus fermement au contrôle de l’internet. Les 16-19 novembre 2016 à Wuzhen (Zhejiang) devant la 3ème Conférence mondiale de l’internet, il revendiquait le droit de tout pays à limiter, voire même de couper le réseau en urgence. Depuis des décennies, cette exigence a été facilitée par la coopération de leaders mondiaux étrangers, tels Microsoft, Yahoo, Cisco et d’autres : leurs équipements et services ont permis à la Chine de déployer ce que l’on appelle la « Grande Muraille de feu », qui limite ou bloque l’accès à tout contenu non autorisé.

Le 8 mai, Pékin renforçait cette barrière, révisant son cadre réglementaire de l’information sur internet. S’y trouvent inclus tous les services nés depuis 12 ans—sites, portails, applications, forums, blogs, microblogs, comptes publics, messageries instantanées, streaming. Dès le 1er juin, les fournisseurs de contenu devront avoir obtenu leur enregistrement en Chine et leur permis de l’Administration du cyberespace. Leurs rédacteurs en chef devront avoir la nationalité chinoise. Avant diffusion, toute émission devra avoir été visée, script ou enregistrement, par un « éditeur agréé ».

A peine ce cadre publié, la tutelle a expurgé certains programmes des plus grands portails de l’internet (Sina, Tencent, Netease, iFeng, Phoenix TV), traitant de toute l’actualité, y compris internationale ou militaire, et considérés comme « non-conformes au nouveau cadre, sans affiliation à un organe de presse autorisé ».

Des manœuvres de ce type avaient déjà été constatées par le passé : en 2013, la tutelle SARFT ordonnait aux 250.000 journalistes du pays de suivre des cours de marxisme et passer un « examen unifié », pour voir leur carte de presse renouvelée. En 2014, un règlement « temporaire » imposait des licences aux fournisseurs de contenus sur WeChat et autres réseaux sociaux. En 2015, plusieurs portails se voyaient amputés de leurs rédactions autonomes.

Entre la tutelle et les sites/portails, il y a donc guérilla permanente – inévitable, en raison de la demande.  680 millions d’internautes, dont 80% sur smartphones, dévorent du contenu jour et nuit. Toutiao, portail d’intégration, offre 200.000 articles et vidéos par jour, œuvre de 4000 fournisseurs. Le client « est roi » – et zappe vers le contenu le plus créatif et amusant. L’enjeu de ce marché, pour les fournisseurs, est une course effrénée pour des dizaines de milliards de yuans.

Les compagnies productrices, souvent proches du Parti, sont prises  entre les deux feux de la discipline politique et du profit. Mais sur un marché concurrentiel, elles n’ont pas vraiment le choix, et doivent chercher avant tout à contenter le public. 

Comme alternative à la liberté de création, l’Etat propose de valoriser la « propagande positive », comme  des émissions sur les succès du socialisme et les priorités du régime. Même hors de Chine, en langues étrangères, pour renforcer son image de « soft power ». L’exemple le plus récent est cette série vidéo proposée par China Daily en anglais. Destinée aux enfants à l’heure du coucher, elle raconte la saga de l’initiative nationale « une ceinture, une route » (BRI). Réminiscence de la revue multilingue « la Chine en construction » d’il y a 50 ans, elle chante les ports, les lignes ferrées bâties par la Chine aux quatre coins du monde. « BRI est une initiative chinoise, rappelle la vidéo sur internet, mais elle appartient au monde, et tous les pays peuvent y participer ». Cependant le succès du programme auprès des tout-petits et de leurs parents, reste à évaluer…

Le dernier cadre du cyberespace chinois, a donc pour effet de resserrer encore un des filets de l’internet les plus étroits au monde. Au palmarès 2017 par Reporter sans frontières de la liberté des médias, la Chine se classe 176ème sur 181 nations.

Une question se pose : que compte faire le régime, après le XIXe Congrès d’octobre ? À cette date, les plus conservateurs des 7 leaders du Comité Permanent, adversaires de Xi Jinping mis en place en 2012 par Jiang Zemin, doivent partir en retraite. Dès lors, le n°1 chinois n’est plus forcément obligé de s’astreindre à un conservatisme rigide. Avec sa liberté de manœuvre élargie, il aurait loisir de  déployer les réformes foncières, financières et de taxation promises depuis 2012 par lui et son n°2 Li Keqiang. Et une libéralisation des médias pourrait s’expliquer  : l’information libre étant un vecteur démontré de croissance. Pour la Chine, elle serait le moyen de rattraper les sociétés occidentales en matière (par exemple) d’excellence universitaire, de créativité industrielle et de concurrence. Hélas, le renforcement actuel des contrôles publics, remise ces espoirs au casier des vœux pieux. À l’évidence, Xi Jinping ne crée pas cette nouvelle censure pour quelques mois seulement.

Cela pourrait surprendre, mais ce qui dérange le plus la rue chinoise, est moins la censure des émissions TV ou de l’internet, que celle de leurs forums de discussion sur Weibo ou WeChat. Les armées de « wumao » (censeurs payés 0,5¥ par suppression en ligne) n’ont besoin que de quelques secondes pour éliminer de la toile un message non conforme : cette rapidité est ressentie par beaucoup comme insupportable.

Ironie : le 6 mai, une boutade sur les réseaux sociaux se moquait de l’interdiction temporaire de WeChat en Russie pour « cause administrative ». Ainsi, pour certains, voir WeChat bloqué hors frontières est un juste retour des choses : le peuple voit ses libertés bridées en Chine, et le brideur chinois voit les siennes bridées à l’étranger.


Agriculture : Cris d’orfraie au Henan

Branle-bas de combat au Henan en plein scandale du blé. Sinograin, monopole du stockage, achète les récoltes, les stocke et les revend. Il les paie au dessus du cours mondial, dans le but louable de garantir à la nation un approvisionnement correct et au paysan, un revenu décent. Mais le système ouvre la porte à toutes sortes de « magouilles » sur la qualité ou l’origine des céréales.
S’interposant entre producteur et marché, Sinograin encourage aussi le paysan à faire du volume sans viser la qualité. Au final, les silos croulent sous des stocks invendables, et la réserve nationale dépasse de loin les 15% d’une récolte – ce qui est la norme de la plupart des pays développés.

En 2010, Sinograin dut confier, faute de place disponible, 16.000 tonnes de blé à Jinshuo, stockeur privé. De qualité incertaine, ce blé resta longtemps sans preneur. Testé en 2014, il fut trouvé impropre à la consommation : il ne pourrait plus aller qu’en aliment du bétail, ou distillé.
Enfin après 12 mois, Sinograin finit par trouver acheteur. Mais en un coup de théâtre, Jinshuo refusa alors de déstocker : il attendait le défraiement de son service, dépassant un million de yuans par an. On note au passage que Sinograin disposait pour ce stockage, d’un budget de 70¥ la tonne, mais avait réussi à négocier avec Jinshuo 50¥/tonne. Ainsi, même en versant son dû au groupe de silos, il aurait réalisé des profits sans lever le petit doigt.

Toujours est-il qu’aucun accord n’a été trouvé. Plutôt que de payer, Sinograin préféra tergiverser. Jinshuo alors, qui maintenait 24h/24 ce stock sous ventilation et fumigation anti-vermine, arrêta les frais… 18 mois plus tard, en avril, Sinograin finit par obtenir en justice une injonction à Jinshuo de libérer le blé : ce fut bien sûr pour le retrouver moisi, infesté de charançons !

Mais qui paiera les pots cassés ? Le stockage de Jinshuo et ces 16.000 tonnes de blé de Sinograin disparues corps et bien ? Chaque partie accuse l’autre  de violation de contrat. Les internautes aussi s’indignent, pensant aux temps du grand bond en avant où par millions, on mourait de faim.

D’autres questions suivent, inévitables : comment associer à l’avenir le paysan à la gestion du marché, l’intéresser à produire dans les volumes et qualités attendus ? Comment mettre un terme à de tels incidents ? Jusqu’à 35 millions de tonnes de céréales seraient perdues chaque année, au grand bonheur des oiseaux, des rongeurs et de la vermine… Un bon début de solution pourrait consister à considérer que Sinograin a fait son temps, et déréguler en Chine le commerce du grain.


Diplomatie : Manille—Entre les deux, mon cœur balance

En marge du Sommet « Belt & Road Initiative », le Président philippin Rodrigo Duterte poursuit un jeu incertain, entre puissances chinoises et américaines.

Le 7 mai, il offrait à l’armée chinoise des manœuvres conjointes. Comme Président actuel de l’ASEAN (l’Association économique de l’Asie du Sud-Est), il proposait aussi de servir d’arbitre dans cette crise maritime, quoique son pays en soit partie prenante. 
Mais deux jours plus tard, Donald Trump lui adressa un appel téléphonique, et à en croire le leader américain, l’échange se déroula dans un climat assez amical pour lui permettre d’inviter Duterte en visite officielle—elle n’a pas été rejetée. On est donc loin de l’explosion de colère de septembre 2016, quand le fantasque philippin insultait Barack Obama, et cassait le lien traditionnel entre son pays et les USA.

Que se passe-t-il ? Il est trop tôt pour l’affirmer de manière péremptoire. Mais par discrètes petites vagues, des bruits et rumeurs reviennent de Manille, permettant de distinguer de nouvelles tendances, une ambiance différente.

En ce pauvre archipel qui resta longtemps sous protectorat américain, la coupure par Duterte du cordon ombilical n’a pas été prise par tous avec sérénité. Les Etats-Unis, pour les Philippines, est un idéal de modernité et un espoir d’une vie meilleure. Des millions de Philippins y ont fait leur vie, entretenant ainsi un lien indestructible.
Duterte peut aussi se trouver contesté du fait de sa sanglante guerre aux narcotrafiquants – ses méthodes lui valent des critiques de partout. 

De même, les 27 projets d’infrastructures obtenus à Pékin par Duterte lors de sa visite d’octobre 2016, pour 24 milliards de $ en prêts et dons, font craindre aux opposants un accroc à la souveraineté de l’archipel, voire un partenariat avec des firmes douteuses – l’une d’elle est sur liste noire de la Banque Mondiale.

Dans ce climat instable, il est prudent de rééquilibrer les relations—de recommencer à miser sur les USA. D’autant que le mirifique plan national d’équipement des Philippines à 72 milliards de dollars sur trois ans, annoncé par Duterte au début de mandat, reste lettre morte… 
Mais si de son côté, Trump fait les yeux doux aux Philippines, c’est qu’il doit les ramener dans sa zone d’influence. Pour ce faire, il devra à son tour sortir le carnet de chèques—et Duterte y compte bien !


Petit Peuple : Xi’an — Les noces contrariées de Xiao Liu (1ère partie)

En ce 30 avril 2017, dans cet hôtel 3 étoiles de Xi’an, les premiers invités se présentèrent dès 11h30, à la porte de la grande salle de bal. Depuis 6h30, les sœurs de Xiao Liu, la future mariée, étaient déjà à pied d’œuvre. Elles étaient allées au marché aux fleurs, puis à l’hôtel, aider le personnel à décorer les tables rondes,  afficher les photos de mariage (cf photo) à l’entrée, et tapisser le chemin nuptial de pétales de roses…

Arrivée à 11 heures de chez le coiffeur en tenue de ville, Xiao Liu était passée dans la chambre servant au maquillage, à l’habillage. En robe à traîne blanche de location, elle aurait dû être impérialement heureuse. Mais elle exprimait par les tics du visage, une nervosité, attendant Wang Xianhun, l’imminent mari, pour ce plus grand jour de leur vie – un moment qu’ils préparaient depuis six mois. Elle avait 24 ans et lui 27.

Mais dans cette fête, tant de mystères semblaient lui échapper… Pourquoi donc Wang ne lui avait-il jamais présenté ses parents, alors qu’il connaissait les siens de longue date ? Depuis 3 ans qu’ils sortaient ensemble, son père et sa mère l’avaient adopté, séduits par ses manières douces et bien élevées… Il était reçu comme un gendre.

Mais tout ce que Wang avait daigné lui confier sur les auteurs de ses jours, était de vagues allusions au passé d’un père aujourd’hui retraité, ancien édile à la mairie, tandis que sa mère aurait été professeure dans un collège. Sur son travail, Wang se disait « dans les affaires »… Généralement parlant, Xiao Liu n’avait pas à se plaindre de lui, toujours attentionné, passant régulièrement la prendre pour l’emmener en de longues promenades, au café ou au restaurant, dont il réglait les additions rubis sur l’ongle.

Pour autant, sous des prétextes dilatoires, il avait toujours reporté le moment de l’amener chez lui, tout comme il avait éludé sa demande de lui présenter ses ami(e)s. Ses cercles et les siens étaient trop différents, justifiait-il, ils risquaient de n’avoir pas les mêmes centres d’intérêts… Or Wang ne voulait aucune ombre inutile à leur amour. Mais que Xiao Liu ne se fasse pas de soucis, tous ses copains, elle les découvrirait le jour du mariage, et ses parents aussi !

Tandis que Xiao Liu, avec sa famille et ses amis, amenait 40 invités, Wang en annonçait 200 « et encore, avait-il ajouté, j’ai dû me restreindre et faire une sélection sévère ».

A 11h40, le voilà enfin, arrivant en costume noir, gominé, en sueur – il avait couru, évidemment. Il serrait Xiao Liu dans ses bras, morte d’angoisse. Il la gratifiait d’un sourire nerveux avant de lui demander l’état des préparatifs. « Mais tes parents, où sont-ils, faisait-elle en guise de réponse, et lui de fournir une réponse évasive : « t’inquiète, ils sont en chemin », avant de se détacher d’elle pour retourner à l’entrée, saluer ses amis à grandes démonstrations de joyeuses plaisanteries…

Mais à midi, alors que les premières entrées froides commençaient à être servies, aucun couple de sexagénaires ne s’était encore présenté, vers qui Wang aurait dû se précipiter pour les accueillir, les présenter à la belle famille, et les installer aux places d’honneur. La mariée sentit la moutarde lui monter au nez, se penchant vers ses deux sœurs, elle leur demanda discrètement de se renseigner auprès des invités de Wang sur leurs liens exacts avec l’homme de sa vie.

La question était d’autant plus légitime, qu’ils étaient étrangement habillés pour cette cérémonie : pas même repassées, les chemises faisaient très négligées… Pas une cravate, ni un nœud papillon… Sans compter qu’aucun « hongbao » (enveloppe rouge de contribution aux frais) n’avait été déposé de leur part !

Donc, Xiao Lian et Xiao Yu, son aînée et sa cadette, allèrent faire leurs amabilités parmi les tables, buvant ensemble un gorgeon de bière et posant adroitement aux invités leurs petites questions. Dix minutes plus tard, les enquêteuses firent un rapport hélas dévastateur : pas un ni une seul(e) des prétendus amis de Wang n’étaient capable de détailler leur relation avec lui – ils ne semblaient pas même se connaître. L’un d’eux, avait même fini par cracher le morceau : simple chauffeur de taxi de son état, il avait été recruté par Wang moyennant 80¥. Attiré par la perspective d’un gueuleton à l’œil, il avait même fait venir cinq gens de son bourg de banlieue.

Dévastée, Xiao Liu contemplait le désastre de son mariage raté. Elle le voyait bien, « le yin manquait, et le yang était faux » (阴差阳错, yīn chā yáng cuò). Elle agrippa alors le téléphone que lui tendait sa sœur et composa le 110, numéro de la police, laquelle arriva au bout de dix minutes.

Dans la salle de bal où le service était interrompu, le désordre était à son comble. Les proches de la mariée criaient leur colère, essuyaient une larme. De table en table, une équipe de TV arrivée d’on ne sait où, interviewait les faux invités, et constatait les identités de ces soi-disant « amis » : des paysans, chômeurs, étudiants fauchés, tous avaient reçu 80 à 100 yuans par WeChat pour venir manger et faire de la figuration. Mais quelle catastrophe… se disait Xiao Liu, comment avait-elle pu en arriver là, avec ce garçon en qui elle avait toute confiance ?

Le dénouement au prochain numéro !


Rendez-vous : Semaine du 15 au 21 mai 2017
Semaine du 15 au 21 mai 2017

15-18 mai, Shanghai :  THIS, The Health and Industry Summit, Salon et Congrès de l’industrie mondiale de la pharmacie et de la médecine

15-18 mai, Shanghai : ICMD, Salon international de la conception / fabrication des appareils médicaux

15-31 mai, Penglai : SITEVINITECH, Forum international du vin et des équipements viticoles

16-18 mai, Shanghai : SINOPHEX, Salon international de l’industrie pharmaceutique : machines, technologies

16-18 mai, Shanghai : PHARMCHINA, Salon international de l’industrie pharmaceutique

16-18 mai, Wuhan : API China / PHARMPACK, Salon de l’industrie pharmaceutique : matières premières, chimie fine, machines de process et d’emballage

16-19 mai, Canton : CHINAPLAS, Salon international des industries du plastic et du caoutchouc

17-19 mai, Shanghai : SIAL China, Salon international de l’alimentation, boissons, vins et spiritueux

17-19 mai, Kunshan : CIE – China Import Expo, Salon pour promouvoir les importations en biens d’équipements stratégiques

17-19 mai, Suzhou : EMEX China, Salon des fabricants d’électronique

18-20 mai, Qingdao : CAHE, China Animal Husbandry Exhibition, Salon de l’élevage en Chine

18-20 mai, Canton : PAPER Expo China, Salon professionnel de l’industrie du papier