Le Vent de la Chine Numéro 14 (2019)

du 7 au 13 avril 2019

Editorial : Un printemps aux couleurs chinoises

Tandis que des vents sibériens  éclaircissent le ciel chinois, le Parti lui aussi veut rendre la société plus transparente en y introduisant à partir de 2020 son « crédit social », score de fiabilité du citoyen, calculé d’après son comportement. À cet effet, deux organes nationaux viennent de sortir leur  application mobile.

En janvier, le département de la propagande sort Xuexi Qiangguo (学习强国), « étudier la grande nation » (avec  jeu de mot sur le « Xi » de Xi Jinping), recueil des idées du Président sur toutes choses, de la stratégie militaire, aux affaires du foyer en passant par la psychologie. Le citoyen peut y étudier ces aphorismes, et vérifier ses connaissances via des quizz constamment renouvelés. Cet effort est rétribué par des crédits, convertibles en coupons de réduction sur des sites marchands et en billets de  musées ou cinémas. Les 80 millions de membres du Parti sont encouragés à télécharger l’application en s’enregistrant sous leur réelle identité. Un tel « marché captif » permet à l’application de surfer en tête de la section « études » sur l’AppStore (China). Dans le sud du pays, certains cadres sont tenus d’engranger 30 crédits par jour. Par bonheur, la triche est aisée—il suffit de laisser l’application ouverte  pour empocher les points…

L’autre appli, Unictown, de la Ligue de la Jeunesse, doit former 460 millions de 18-45 ans au crédit social, en les évaluant selon des scores de 350 à 800 points. Pour les étudiants, publier un article de recherche ou faire un stage en maison de retraite rapporte des crédits—plagier en fait perdre. Les meilleurs scores remplaceront une lettre de recommandation lors de la recherche d’emploi. Ces applications ne sont qu’une goutte dans l’océan des systèmes de crédit social expérimentés en Chine. Municipalités et géants de l’internet multiplient les leurs, sur base du cadre fixé par le Conseil d’Etat en 2013 et de la loi de cybersécurité de 2017. Toute cette effervescence dévoile une rivalité entre NDRC et Banque Centrale, les tutelles du système. Fin 2018, la NDRC listait 26 compagnies de scores individuels telle Sesame Credit (filiale d’Alibaba). « Une simple liste de référence », déclarait la NDRC. Mais pour les experts, la publier, équivalait à une validation de ces firmes. Pourtant, certaines s’étaient déjà vu refuser l’agrément de la Banque Centrale. En effet, celle-ci à même époque, créait Baihang credit,  plateforme de firmes limitant leur évaluation de fiabilité des citoyens à leur comportement financier. Aujourd’hui, la NDRC défend son choix d’une large liste de sociétés de crédit social aux règles différentes selon les lieux. Selon un de ses cadres, « les pouvoirs locaux devraient pouvoir faire leurs propres expériences »…

Derrière ce bras de fer autour du crédit social, se cache une question fondamentale, dont dépendra sans doute  son succès final : faut-il viser un seul crédit social centralement géré, ou bien de multiples systèmes délocalisés ? Et faut-il juger les citoyens sur base de données publiques ou bien privées également ? Au sommet, dans la tradition autoritaire chinoise, la tentation est grande d’instaurer un système efficace au détriment des libertés du citoyen… Mais le pouvoir doit aussi prendre en compte que trop d’arbitraire réduirait ses chances d’acceptation… Affaire à suivre !

Autre nouvelle de la semaine : Microsoft dévoile sa découverte d’un pilote servant de porte d’entrée aux hackers dans des PC portables Huawei. Il l’a notifié fin 2018 au groupe de Shenzhen, qui l’a corrigé le 9 janvier 2019. Ces PC surfaient sur internet en 4G, mais Huawei veut actuellement convaincre l’Europe d’acheter son système 5G et dissiper les soupçons de risques sécuritaires. Jusqu’à présent, il arguait que nulle « porte de derrière » n’avait jamais été découvert sur ses équipements. Or, cette nouvelle arrive au pire moment pour Huawei – peut-être pas par hasard…


Environnement : Drame de Tianjiayi : un air de déjà-vu

Au port industriel de Chenjia, dans le district de Xiangshui, près de Yancheng (Jiangsu), l’explosion le 21 mars de l’usine Tianjiayi creusa un cratère de 170 m de large par 2m de profondeur, sema la ruine 3km à la ronde, et fit 78 morts, 640 blessés. Le complexe produisait une trentaine de produits intermédiaires de la teinture ou peinture.

L’enquête du ministère de gestion des Urgences, est en cours. En attendant les résultats, certains avancent que la catastrophe aurait été causée par l’explosion d’une citerne de 4000 m3 de gaz naturel liquéfié (GNL). Quant au détonateur, une rumeur évoque la proximité d’un incinérateur, l’autre d’un recyclage de déchets dangereux, comme ces solvants susceptibles d’autocombustion au dessus d’une température de 10°C.

Des barrages ont été dressés pour contenir sur site l’eau polluée (18.000 tonnes étaient déjà pompées 72h après le drame). Les journalistes ne furent pas autorisés à pénétrer – ils en furent réduits à s’inspirer des papiers de l’agence Chine nouvelle, tandis que sur les réseaux sociaux, tout témoignage était gommé.

Sur place, les usines locales assiègent les centres de recyclage environnants pour leur confier leurs déchets avant l’arrivée des inspections volantes. Quant aux dirigeants de Tianjiayi, ils sont en prison, l’Etat ayant de vieux comptes à régler avec l’entreprise. En 2017, le directeur prenait 18 mois avec sursis pour non-traitement de 120 tonnes de déchets. En 2018 pour 13 infractions sécuritaires, l’usine écopait de sept mois de fermeture – mais sans s’arrêter. Selon la presse, ses licences n’étaient plus valides depuis 2016.

Après l’accident, une campagne vigoureuse s’ébranle à travers le Jiangsu, province fer de lance de la chimie nationale avec 4,500 compagnies. Sur Xiangshui, le PIB est passé de 1,5 milliard de $ en 2009 à 5,2 milliards en 2018, généré par trois parcs assurant 90% de ses revenus. Le 5 avril, les autorités annonçaient la fermeture définitive du parc de Chenjiagang.

Choisi pour son emplacement en bord de mer Jaune qui facilitait le transport maritime, le site de Chenjia avait été ouvert en 2007 sans planification sérieuse. Le transport du GNL, matière première et énergie, se faisait non par gazoduc mais par noria de camions-citernes. Non retraités, les déchets atterrissaient plus souvent qu’à leur tour en décharges sauvages. L’usine s’était montée beaucoup trop près des zones habitées, à 500m d’un village et 2km de la première école, dénonce Ada Kong, de Greenpeace. Les habitants surnommaient le parc la « bombe à retardement ». Peng Weiguo, ingénieur ayant travaillé sur le site, déclare que les dangers étaient bien connus des autorités qui fermaient les yeux. Une situation gagnant-gagnant : les cadres atteignaient leurs objectifs de croissance leur assurant une promotion, tandis que les patrons s’enrichissaient, invariablement prévenus des inspections. Les ouvriers eux, se taisaient au nom de la paie supérieure de 35% à 50% à d’autres secteurs— le salaire de la peur. Ren Guanying, 58 ans, ouvrière dans le parc dès son ouverture, avait échappé à l’explosion de 2007 (ayant fait 7 morts) et à la fuite supposée de chlorine de 2010. Cette fois, elle n’a pas réchappé à l’accident du 21 mars.

Ce énième accident industriel a donc un goût de déjà-vu. En 2005 dans le Dongbei, l’explosion d’un complexe pétrochimique de la CNPC provoqua un déversement massif de benzène dans la Songhua. Dernière catastrophe majeure en date : l’incendie gigantesque au port de Tianjin en août 2015, en zone des produits dangereux, coûtait la vie à 173 personnes, suite à quoi 25 cadres et 24 dirigeants étaient condamnés à de sérieuses peines de prison.

Pourtant, selon un professionnel, la Chine, dans sa gestion de la sécurité, exerce un contrôle parmi les plus sévères au monde sur les usines de recyclage étrangères, avec brigades volantes constantes, exigence de réseau vidéo sur toute entrée et sortie de produits dangereux, surveillée en temps réel par les pompiers, et rédaction de rapports très fréquents et très détaillés. Les risques d’accidents se trouvent sur deux points de la chaine : lors du stockage excessif de produits dangereux des usines de fabrication (comme lors des accidents de Tianjin et de Xiangshui), et de déchets dangereux dans des centres de recyclage qui en acceptent plus qu’ils ne peuvent retraiter.

C’est sans compter l’extrême rentabilité de l’activité, entraînant corruption et lobbying. Ainsi, suite à la catastrophe de Tianjin, une loi de sécurité des produits dangereux est en chantier, visant à encourager le « changement systémique des pratiques ». Mais elle reste depuis quatre ans en discussion, freinée par les lobbies du secteur.

Selon Chen Jining en 2015, alors  ministre de l’Environnement, il y avait 25.000 usines chimiques à travers le pays, et 700 parcs chimiques. Ainsi, surveiller toutes les usines est une gageure.

Comme solution, le ministère des Urgences veut croire, le 28 mars, à l’efficacité des blockchains, des « big data » et de l’intelligence artificielle, pour suivre sur tout le territoire, en temps réel, les étapes d’acheminement, de transformation, de recyclage.

Le Président Xi Jinping a récemment réitéré l’exigence de ne pas sacrifier l’environnement et la sécurité à la croissance. Pour ce faire, il faudra bien plus que des mesures « emplâtres », mais plutôt une radicale remise en question des pratiques.


Taiwan : Terrain de jeu pour la rivalité sino-américaine

Le 31 mars à 11h du matin, deux chasseurs bombardiers J-11 de l’Armée Populaire de Libération (APL) déclenchaient l’alerte rouge dans toutes les bases aériennes taïwanaises, en franchissant la ligne médiane qui divise le détroit de Taïwan. Sans tenir compte d’un avertissement radio, ils se maintinrent 11 minutes dans l’espace aérien de la République de Chine, pour atteindre un point à 185 kilomètres de Taipei, avant de rebrousser chemin, nerveusement escortés par des F-16 taiwanais. Depuis Taipei, le ministère des Affaires étrangères dénonçait en urgence l’acte « intentionnel, téméraire et provocateur » de l’APL. Le lendemain, la Présidente Tsai Ing-wen se voulait intransigeante, postant sur Facebook sa photo au téléphone, entourée de militaires, et ce commentaire : « j’ai instruit notre défense aérienne de procéder à l’expulsion de tout appareil franchissant à l’avenir la ligne médiane ».  

Pékin, suite à l’incident, faisait silence radio—aucune réaction officielle, suite à cette intrusion d’un espace aérien évidemment destiné à tester les défenses insulaires, à observer leur temps de réaction et leur capacité à maîtriser leurs nerfs. D’un point de vue continental bien sûr, selon le principe d’une seule Chine, les chasseurs bombardiers n’avaient rien franchi du tout, mais était restés « dans leur espace ». Global Times, le tabloïd anglophone du Parti, mettait même en doute la réalité du franchissement « présumé », et citait un analyste pour qui cette distinction de deux espaces aériens au dessus de l’isthme serait « purement psychologique ». Entonnant un autre argument, l’article suggère que l’incursion pourrait être la « réponse ferme aux forces indépendantistes taïwanaises et aux Etats-Unis qui provoquent toujours plus la Chine en se servant de Taipei ». Citant d’autres experts anonymes, le journal avance que cette affaire pourrait avoir des répercussions sur les relations sino-américaines, notamment sur les négociations pour enterrer la guerre commerciale.

Sans aborder le sujet en face, ces commentaires étaient autant d’allusions aux passages, chaque mois depuis le début de l’année, de bâtiments de la US Navy à travers le détroit, effectués au nom de la liberté de navigation, s’opposant à la prétention chinoise à posséder la quasi-totalité de la mer de Chine.

Alors que Pékin a rompu tout dialogue avec Taipei depuis l’élection de Tsai Ing-wen en 2016, suite à son refus (et à celui de son parti démocrate progressiste, DPP) de reconnaître le principe d’une seule Chine, on assiste à un rapprochement entre Etats-Unis et Taïwan. En février 2018, D. Trump signant le Taiwan Travel Act, permettait aux cadres de haut rang des deux bords de se rendre visite. En mars 2019, 16 sénateurs républicains et démocrates ont lancé une pétition pour demander au Président Trump de déléguer un membre de son cabinet à Taipei à l’occasion du 40ème anniversaire du Taiwan Relations Act signé par l’administration Carter en 1979.   

Après des décennies de grande prudence, Washington apporte son soutien en fournitures militaires. Selon Bloomberg, Trump a autorisé la vente de plus de 60 chasseurs bombardiers F-16V, d’ancienne génération il est vrai. Si le Congrès confirme, ce sera la première livraison d’avions militaires à Taiwan depuis 1992, et elle permettra de réduire le déséquilibre des forces, pour un contrat à portée symbolique très forte. En effet, le Taiwan Relations Act n’autorise que la vente d’armements défensifs à Taipei. Cette vente attise la colère des décideurs politiques chinois. Il est vrai que Trump a bien choisi son moment : Pékin a les mains liées par son besoin de sortir du bras de fer commercial américain qui mine sa croissance.

Le réarmement ultrarapide de l’APL est source d’inquiétude occidentale, voire mondiale. Au rythme d’un bâtiment par mois, Pékin monte depuis 20 ans la flotte la plus étoffée du monde. Selon l’Institut International de Recherche sur la Paix de Stockholm (SIPRI), les dépenses militaires chinoises étaient en 2017, 23 fois plus élevées que celles de Taïwan,  qui  doit continuer à investir dans sa défense pour pouvoir espérer dissuader toute tentative chinoise. Dès 2016, la RAND Corporation prédisait qu’en cas de conflit, les missiles balistiques de courte portée de l’APL avaient la capacité de mettre hors service toutes les pistes des bases taïwanaises, voire les avions sur place.

En janvier, le Président Xi Jinping avait répété que vis-à-vis de Taïwan, l’objectif final restait l’unification et que l’option d’utiliser la force restait sur la table. La probabilité d’un tel scénario dépend de nombreuses variables, mais surtout de la réponse du garant de la sécurité de Taipei, c’est-à-dire Washington.

Enfin, cette vente américaine d’avions de chasse peut être considérée comme un message clair à Pékin.  Taipei réclamait des F-35, aux capacités bien plus développées que les F-16V, mais ne les a pas obtenus. Cela pourrait changer si la Chine multiplie les actions de harcèlement ou passe à une étape de confrontation plus directe. 

De même, la vente des 60 appareils, un nombre malgré tout considérable, est compris par les experts comme un signal destiné à ôter tout doute dans l’esprit des décideurs militaires chinois. En dernier recours, en cas d’attaque de l’île, les Etats- Unis la défendront, et ne laisseront pas sombrer Taiwan, vu traditionnellement comme leur « porte-avions » en mer de Chine.

Par Charles Pellegrin


Blog : Le docteur Bussière, héros de la Chine d’hier
Le docteur Bussière, héros de la Chine d’hier

Célébré en mars, le centenaire du Mouvement Travail-Etude (MTE) commémora l’histoire des 2000 Chinois envoyés en France étudier et travailler dans les usines françaises, dans les années 20, parmi lesquels des hommes, tels Zhou Enlai ou Deng Xiaoping. Le médecin qui auscultait ces futurs leaders était Jean Jérôme Augustin Bussière, officier de marine, en poste à Pékin, arrivé en Chine en 1913. Jusqu’en 1954, le Dr Bussière allait soigner les Chinois riches et pauvres, former des générations de médecins aux universités de Pékin (Beida), de Shanghai (Université « Aurore »), et administrer des hôpitaux, tel celui de Beihang (Saint Michel).

Grand intellectuel, Bussière tenait salon. Durant les années ’20 à ‘40, il convia l’élite sino-étrangère en sa résidence près de Wangfujing et sur les collines de Yangtai au Nord-Ouest de Pékin. Parmi ses habitués comptèrent des écrivains tels Victor Segalen ou Saint-John-Perse, 3ème secrétaire à la Légation, qui obtiendrait en 1960 le prix Nobel de littérature, et des lettrés comme Wu Zhihui ou Li Shizeng, fondateur francophile du Mouvement Travail-Etude. Longtemps à l’abandon, le domaine de Yangtai fut sauvé en 2013 par la volonté d’un Etat chinois reconnaissant à titre posthume l’œuvre du médecin. Désigné « Base sino-française d’échanges culturels », il est restauré dans sa gloire d’antan, ouvert au public sous le nom de « Jardin Bussière (贝家花园) ». Il abrite une exposition permanente consacrée à sa vie de « patriote et de héros chinois ».

En effet, en 1937 quand éclata la guerre sino-japonaise, la vie changea du tout au tout, se chargeant de dangers. Le Dr Bussière prit parti sans hésiter contre l’occupant. Il soigna clandestinement, voire hébergea  les résistants (communistes comme nationalistes), traversa les lignes avec sa voiture, puis (quand le carburant disparut ) à vélo, portant aux combattants le ravitaillement médical fourni par son dispensaire. Il transborda même des postes de radio à galène, ce qui, si découvert, lui eût valu l’exécution sommaire.

Après 1949, pour Bussière comme pour la totalité des étrangers, la prise de pouvoir par Mao sonna l’heure de l’expulsion. Parmi les objets exposés  à Yangtai compte une lettre à Zhou Enlai, son ancien « patient », le priant de lui octroyer le droit de mourir sur terre chinoise. Mais quoique favorable à sa requête, Zhou ne put rien faire – Mao voulait faire place nette. A 82 ans, Bussière dut embarquer avec sa jeune épouse chinoise, 30 dollars en poche, devant laisser ses effets personnels en Chine. Il devait décéder quatre années plus tard, non sans avoir engendré un dernier fils… Fin romanesque, mais heureuse, pour un personnage phare dans l’histoire entre les deux pays !


Santé : Nuits blanches

La Chine paie sa croissance au prix fort, en sommeil perdu. Ils sont 534 millions à mal dormir, 38% de la population, soit 11% de plus que le niveau mondial, selon l’OMS. C’est le signe du stress, syndrome des temps chinois modernes. L’insomnie gagne surtout dans la jeunesse. À Pékin, Guo Xiheng, chef du département des troubles du sommeil à l’hôpital Chaoyang, a 30% de ses patients de moins de 30 ans, effectif triple de 10 ans plus tôt.

Nés après 1990, ces insomniaques sont étudiants, conducteurs de VTC, informaticiens ou commerciaux. Comme cause à leurs nuits blanches, 70% accusent la pression au travail, la peur de le perdre, le besoin de rester compétitif face au spectre du chômage. 47% évoquent aussi les pressions de la famille, de l’entourage.

Une autre raison est le smartphone, omniprésent, brouillant la frontière entre travail et vie privée, entre jour et nuit. Publié par China Daily, le sondage Index de qualité du sommeil en Chine 2018 dévoile que 28,7% des moins de 30 ans pianotent au lit sur leur portable, surfant sur Weibo ou WeChat. 13,6% regardent la TV, 11,6% discutent avec leur amis, 9,9% jouent. Pointée du doigt, la lumière bleue de l’écran perturbe la production de l’hormone du sommeil (la mélatonine), retardant de 30 minutes l’endormissement pour 46,4%, de plus d’une demi-heure pour 30% d’autres.

En Chine, 68% des moins de 30 ans estiment manquer de sommeil. Ils le paient en manque de concentration, sautes d’humeur, ou de perte de mémoire à court terme… Mais seuls 2% d’entre eux acceptent de consulter des spécialistes, en tout état de cause en nombre insuffisant. Selon un rapport Ipsos de 2018, seuls 220 hôpitaux chinois disposent d’un département dédié aux troubles du sommeil—signe d’une société qui n’a pas encore pleinement pris conscience de l’ampleur du problème du stress, tant sous l’angle de la baisse de productivité, que sous celui du bonheur individuel.


Petit Peuple : Changsha – La jalousie de Zhang Ying (1ère partie)

En septembre 2014, les parents de Zhang Ying furent éblouis d’apprendre la nouvelle : la mairie les expropriait. À Changsha (Hunan), ville plutôt prospère, ils pouvaient tirer deux millions de ¥ de compensation. En y réfléchissant, c’était l’occasion pour eux de pouvoir enfin marier Ying, leur fils de 32 ans. Beau gosse, cuisinier, ambitieux, la seule chose qui lui manquait, était un appartement –  qui devenait à présent accessible ! Ainsi sur base du papier de la mairie, purent-ils emprunter et acquérir un autre appartement en banlieue de Changsha.

La mère appela alors ses entremetteuses. En quelques jours, les candidatures s’accumulèrent. La mère commença par écarter les migrantes, faute du hukou (permis de résidence). Il était exclu d’accepter pour lui une épouse de seconde zone. Elle raya les enjôleuses, coureuses de dot, ou trop légères, puis celles trop pauvres, ou trop riches – il fallait un statut social comparable. Enfin apparut Feng Mei, 27 ans, cochant tous les critères. Elle était ouvrière spécialisée dans une bonne usine, bien notée du patron.

Les présentations eurent lieu en octobre : les deux jeunes se plurent. Discrète, à la mode mais sans trop, elle savait se taire et sourire en toute occasion. Les préparatifs furent donc lancés. Pour le logement, la banque acceptait le prêt. 15 jours avant la noce dans un trois étoiles, les tourtereaux et les parents emménageaient ensemble dans le nouvel appartement !

Mais à peine dans leurs murs, les jeunes mariés virent se noircir l’horizon. De la vie conjugale, chacun s’était fait un rêve, mais sans s’en ouvrir à l’autre : à présent au pied du mur, ils découvraient que leurs attentes étaient incompatibles.

Au chapitre décoration, Ying ne jurait que par le blanc des murs, les lourds fauteuils en velours capiteux, plafonnier rococo. Mei préférait des teintes pastel, des meubles de style scandinave, des éclairages indirects tamisés. Et comme Ying ne voulait pas remettre en cause les choix, en fait de sa maman, c’était le clash.

Les styles de vie aussi détonnaient. Tambouillant jusqu’à pas d’heure, Ying rentrait tard de sa cuisine et épuisé, ne pensait qu’à dormir. Mei s’ennuyait. Pendant qu’il ruisselait sur ses woks, elle appelait les copains pour qu’ils passent la prendre, aller se faire une toile ou un KTV. Elle se débrouillait pour rentrer avant lui. Mais la belle-mère la voyant sortir, rapportait tout à son fils.

Il y avait pire. Quand Ying et Mei étaient au travail, Mme Zhang entrait régulièrement dans leur chambre pour fouiller et entrer dans leur intimité de couple. Mei commençait à se sentir en prison, avec la belle-mère comme geôlière. Dans un tel climat, les disputes s’enchaînaient.

En mai 2015, après cinq mois, Mei saisit le taureau par les cornes, déclara sa mutation pour un poste mieux payé : elle partait pour la nouvelle usine à Xiangtan, à 56km de là. Loin de vouloir briser son couple, la jeune femme espérait mettre entre elle et son mari une distance réparatrice, le temps de respirer, de murir, de repartir ensemble du bon pied. Mais au repas du dimanche midi, l’annonce fit l’effet d’un tsunami sur le mari et les parents : leur ordre paternaliste du monde était bafoué, leurs choix de vie remis en cause. Même l’espoir de faire l’héritier était compromis par l’abandon du domicile conjugal. Mme Zhang s’épancha en amers reproches, suivie du père, sans que Ying ne puisse intervenir pour défendre son épouse.

Mais Mei, visage fermé, leur rappela alors que la mairie de Changsha n’avait toujours pas payé la prime d’expropriation. C’était de leur faute : trop prudents, ils n’avaient pas osé activer leurs pistons pour passer par la « porte de derrière »!  Alors, le clan embarrassé se tut : elle avait raison, au fond. Dans leur contrat, la clause essentielle, celle du logement, était compromise…  Or, pas d’appartement, pas de mariage, ni de bébé – c’était le deal ! 

Ying conduisit Mei à sa nouvelle vie dans la 4X4 des parents—achetée à crédit, pour confirmer le rang social. Sur un soupir, il repartit sur Changsha. Soulagée, Mei lui promit que la séparation serait courte—ils s’appelleraient régulièrement.

Une nuit, une Mei hors d’elle-même, la voix angoissée, le tira de son 1er sommeil. « Un homme ivre se trouve sur mon balcon, chevrotait-elle, j’ai peur, je suis seule au dortoir, toutes les collègues habitent chez elles »… Zhang Ying s’efforça de la rassurer. Il fallait dormir. Mais après l’étrange appel, Ying eut du mal à se rendormir, tant le traversaient 100 soupçons bizarres : n’aurait-elle pas monté toute cette mise en scène, à seule fin de lui cacher une liaison ? Au fond de son lit, il voyait soudain d’un autre œil cette femme, sa femme, qu’il connaissait si mal : était-elle bien la compagne loyale qu’il avait cru épouser pour la vie, un rempart face à toutes les tentations, « l’herbe qui résiste au  blizzard » (疾风劲草(jífēngjìngcǎo) ?

Trente jours après, elle l’appela toute en joie, pour lui claironner la nouvelle : l’heureux événement était en route ! Par ce joyeux moment, elle espérait remettre son couple sur ses rails, car entre eux, elle sentait bien, un fossé de froideur n’avait cessé ces derniers temps de se creuser … Donner un bébé à la famille, c’était faire son devoir de femme chinoise, et se mettre au dessus de tout reproche.

Emu par son annonce, Ying lui demanda de rentrer, qu’il puisse s’occuper d’elle et du petit trésor. Le lendemain, après avoir démissionné, elle était de retour à la maison… 

Mei et Ying, enfin assagis, seront-ils prêts au nouveau départ ? Dans une semaine, nous serons fixés !


Rendez-vous : Semaine du 8 au 14 avril 2019
Semaine du 8 au 14 avril 2019

7-12 avril, Canton : IAPH WORLD PORTS CONFERENCE, Conférence internationale sur les ports

8-10 avril, Canton : GUANGZHOU INTERNATIONAL TOY & EDU FAIR, Salon international du jeu et du jouet en Chine. Guangzhou International Toy & Hobby Fair présente une large gamme de jouets, de licences d’animation et de produits sous licence, de modèles et d’outils pédagogiques

9-11 avril, Canton : CIAME (CHINA INTERNATIONAL AUTOMOBILE MANUFACTURING EXPOSITION), Salon chinois de l’automobile et forum mondial de l’innovation, de la technologie, de l’équipement et de l’industrie manufacturière automobile

9-11 avril, Qingdao : QINGDAO RUBBER & TYRE EXPO, Salon international de Qingdao (Chine) pour l’industrie du caoutchouc et des pneus

9-11 avril, Shanghai : CHINA REFRIGERATION EXPO, Salon international de la réfrigération, de l’air conditionné, du chauffage et de la ventilation, des process pour les aliments congelés, de l’emballage et du stockage

9-11 avril, Shenzhen : CEF – CHINA ELECTRONIC FAIR – SHENZHEN, Salon chinois de l’électronique. Composants électroniques, instruments de test et de mesure, équipements de fabrication, outils, photo électronique, ordinateurs, électronique pour la maison…

9-11 avril, Canton : GUANGZHOU INTERNATIONAL GAS APPLICATION TECHNOLOGY AND EQUIPMENT EXPO, Salon international des technologies et équipements liés gaz à Guangzhou

10-11 avril Shanghai, LUXE Pack Shanghai, Salon du packaging des produits de luxe

10-12 avril, Pékin : INFOCOMM CHINA, Salon des systèmes pour présentations audiovisuelles, multimédia et communication d’entreprise