Le Vent de la Chine Numéro 40 (2023)

du 11 décembre 2023 au 14 janvier 2024

Editorial : Entre la Chine et l’Union Européenne, une interdépendance contrainte
Entre la Chine et l’Union Européenne, une interdépendance contrainte

Après un hiatus de plus de quatre ans, l’Union Européenne (UE) et la Chine (RPC) ont enfin tenu leur 24e sommet bilatéral le 7 décembre 2023. Le président du Conseil européen, Charles Michel, et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, se sont rendus tous les deux à Pékin pour y rencontrer le président chinois, Xi Jinping, et échanger avec Li Qiang, son Premier ministre.

Après la césure des années Covid et la suspension de l’accord d’investissement UE-Chine en 2020, qui avait nécessité plus de sept ans de négociations et avait été porté à bout de bras par Angela Merkel malgré l’opposition de la Belgique, des Pays-Bas et de la Pologne, ce sommet était l’occasion de renouer le dialogue avec la Chine, dans un paysage économique et géopolitique complètement différent.

Sur le plan géopolitique, qu’on le veuille ou non, le fait est que la Chine et l’Europe ont rarement été si peu unis par « une communauté de destin ». Le 4 février 2022 marque le début d’une nouvelle ère : celle où la Chine et la Russie entretiennent un partenariat d’amitié « sans limite » dont la plateforme commune est la résistance à un ordre mondial dit « occidental », gardé par des Etats-Unis perçus comme une nation en déclin. Les Européens n’étant dans cette perspective que des vassaux que l’on va s’efforcer de détacher de leur suzerain tutélaire (les Etats-Unis).

Vingt jours plus tard, l’agression par la Russie de l’Ukraine donnait une dimension claire à cette amitié. L’opposition frontale de l’Europe à cette guerre d’invasion d’un pays souverain par un autre, reniant la parole diplomatique et les accords internationaux du mémorandum de Budapest de 1994 signés par la Russie stipulant que Moscou n’envahirait jamais Kiev, a donc trouvé très peu d’échos en Chine. En attendant, cette guerre (qu’elle soit « la faute de l’OTAN » ou non) a même renforcé le partenariat d’amitié (qu’il soit sincère ou calculé) entre Moscou et Pékin. Elle a créé un regain inédit de relations commerciales entre les deux pays : les exportations de Pékin vers la Russie ont bondi de 50 % sur l’année pour atteindre 100,3 milliards de $ entre janvier et novembre, tandis que les importations en provenance de Russie ont grimpé de 12 % pour atteindre 117,8 milliards de $. En 2022 déjà, le commerce bilatéral total entre la Russie et la Chine avait atteint un niveau record de 190 milliards de $ en 2022, soit une hausse de 30 % par rapport à 2021. Depuis, l’Union Européenne et la Chine vivent dans deux mondes géopolitiques différents : croire que cette différence est simplement due à l’inféodation de l’Europe aux « Yankees » serait faire injure à l’indépendance intellectuelle et morale des Européens.

Ainsi si l’Italie se retire de l’initiative Belt & Road (BRI), ce n’est pas simplement sur pression américaine. Il faut se rappeler que la BRI n’a pas eu des résultats si substantiels en Europe. Le port grec du Pirée fait partie des plus grandes acquisitions chinoises en Europe dans le cadre de la BRI. Or, d’un côté, certes, l’argent de Pékin a transformé le port, les volumes de conteneurs ayant quintuplé depuis 2009. Cependant, de l’autre, la Chine n’a pas respecté son obligation contractuelle d’investir 300 millions de $ dans les installations portuaires. Par ailleurs, le Monténégro avait contracté un prêt d’un milliard de $ auprès de la Chine en 2014 pour construire une nouvelle autoroute, qui reste inachevée. Début 2023, après le retrait en 2022 de l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie du « 17+1 », club exclusif de la Chine pour interagir avec les pays d’Europe centrale et orientale, le ministre tchèque des Affaires étrangères déclarait qu’il avait disparu. Plus encore, même le restant, le « 14+1 » n’aurait selon lui « ni substance ni avenir. »

Quant au paysage économique, il n’est pas meilleur. Certes, en termes de volume global, les relations commerciales entre la Chine et l’Europe ont dépassé celles entre l’Europe et les Etats-Unis. Cependant, ces relations commerciales sont extrêmement déséquilibrées et le sont de plus en plus. L’UE achète à la Chine bien plus qu’elle ne vend. En conséquence, l’UE connaît un déficit commercial croissant. Plus encore, en quatre ans ce déficit s’est accru à un niveau sans précédent. Entre 2018 et 2022, le déficit commercial bilatéral de l’UE avec la Chine est passé de 154,7 à 396 milliards d’euros, principalement sous l’effet d’une forte hausse des importations de l’UE (+83 %).

C’est là du point de vue européen que se pose la nécessité de repenser son partenariat économique avec le « rival systémique » chinois. Le président du Conseil européen, Charles Michel, déclarait : « La relation UE-Chine est importante. Mais nous devons rendre nos relations commerciales et économiques plus équilibrées, réciproques et mutuellement bénéfiques ».

Cependant, la Chine semble être peu portée à changer un système qui est largement en sa faveur. Avant même le sommet, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Wang Wenbin affirmait que l’UE portait la responsabilité du déséquilibre commercial, car elle empêchait ses entreprises d’exporter vers la Chine. Plus encore, en « habile » stratège, Wang disait aussi : « Si l’UE, d’un côté, impose des restrictions sévères aux exportations de haute technologie et, de l’autre, espère augmenter fortement ses exportations vers la Chine, j’ai bien peur que cela n’ait aucun sens ». Autrement dit, la Chine veut utiliser son excèdent commercial comme un élément de négociation pour détacher l’Europe de « l’embargo » américain sur les exportations vers la Chine de produits à haute valeur technologique (dont certains dérivés finiront en Russie, en Iran ou en Corée du Nord pour développer un arsenal militaire permettant de contester l’ordre libéral international).

Toutefois, il n’est pas sûr que l’UE veuille encore renforcer son concurrent direct en allégeant une pression qui rendrait sans limite la domination chinoise à l’export sur tous les produits à valeur technologique ajoutée (des panneaux solaires aux voitures électriques). Ainsi, croire que l’on puisse sortir de l’inféodation géopolitique aux Etats-Unis en renforçant l’inféodation économique à la Chine est à la fois intellectuellement naïf et moralement problématique. Quant à sortir de l’un et l’autre à la fois… On est certes libre de rêver.

Par Jean-Yves Heurtebise


Vocabulaire de la semaine : « Maladies respiratoires, enfants, code QR de santé, Moody’s, notation, profil bas, sommet Chine-Europe, divergences »
« Maladies respiratoires, enfants, code QR de santé, Moody’s, notation, profil bas, sommet Chine-Europe, divergences »
  1. Hiver : 冬 ; dōng
  2. Echelle : 范围 ; fànwéi (HSK 5)
  3. Respirer : 呼吸; hūxī (HSK 5)
  4. Maladie : 疾病 ; jíbìng (HSK 6)
  5. La plupart : 尤其是 ; yóuqí shì
  6. Enfant : 儿童 ; értóng (HSK 4)
  7. Ecole : 学校 ; xuéxiào (HSK 1)
  8. Des rumeurs qui circulent : 盛传 ; shèngchuán
  9. Endroit, zone, espace, territoire : 地方 ; dìfāng (HSK 3)
  10. Redémarrer, remettre en service, réactiver : 重启 ; chóngqǐ
  11. Utiliser : 使用 ; shǐyòng (HSK 4)
  12. Code QR de santé : 健康码 ; jiànkāng mǎ (HSK 4)

中国今年入以来大范围爆发呼吸疾病尤其是儿童患者居高不下。据了解,在部分省市有学校已实施停课。近期盛传,有地方政府重启新冠疫情期间全民使用的“健康码”。

Zhōngguó jīnnián rù dōng yǐlái dà fànwéi bàofā hūxīdào jíbìng, yóuqí shì értóng huànzhě jū gāo bùxià. Jù liǎojiě, zài bùfèn shěng shì yǒu xuéxiào yǐ shíshī tíngkè. Jìnqí shèngchuán, yǒu dìfāng zhèngfǔ chóngqǐ xīnguān yìqíng qíjiān quánmín shǐyòng de “jiànkāng mǎ”.

« Depuis le début de l’hiver de cette année, des maladies respiratoires se sont déclarées à grande échelle en Chine, et un nombre particulièrement élevé d’enfants en souffrent. Il se dit que dans certaines villes, certaines écoles ont suspendu les cours. Récemment, des rumeurs circulent selon lesquelles certains gouvernements locaux auraient réactivé le « code de santé » utilisé par tous lors de l’épidémie de Covid-19 ».

************************

  1. International : 国际 ; guójì (HSK 4)
  2. Notation : 评级 ; píngjí
  3. Agence, organisme, institution : 机构 ; jīgòu (HSK 6)
  4. Gouvernement : 政府 ; zhèngfǔ (HSK 5)
  5. Crédit : 信用 ; xìnyòng
  6. Perspective : 展望 ; zhǎnwàng (HSK 6)
  7. Négatif : 负面 ; fùmiàn
  8. Employé, salarié : 员工 ; yuángōng (HSK 5)
  9. Révéler, divulguer : 透露 ; tòulù (HSK 6)
  10. Conseiller, recommander, suggérer : 建议 ; jiànyì (HSK 4)
  11. Garder, faire : 保持 ; bǎochí (HSK 5)
  12. Profil bas : 低调 ; dīdiào

本周,国际评级机构穆迪(Moody’s)调低中共政府信用评级展望至“负面”,而其员工透露,穆迪在这一动作之前,建议中国员工在家上班,保持低调

Běn zhōu, guójì píngjí jīgòu mù dí (Moody’s) diào dī zhōnggòng zhèngfǔ xìnyòng píngjí zhǎnwàng zhì “fùmiàn”, ér qí yuángōng tòulù, mù dí zài zhè yī dòngzuò zhīqián, jiànyì zhōngguó yuángōng zàijiā shàngbān, bǎochí dīdiào.

« Cette semaine, l’agence de notation internationale Moody’s a abaissé la perspective de la note de crédit du gouvernement chinois à « négative ». Ses employés ont révélé qu’avant cette décision, Moody’s avait conseillé à ses salariés en Chine de travailler à domicile et de faire profil bas ».

************************

  1. Sino-européen : 中欧 ; zhōng’ōu
  2. Sommet : 峰会 ; fēnghuì
  3. Prendre fin, se terminer : 落幕 ; luòmù
  4. Réunion, conférence : 会议 ; huìyì (HSK 3)
  5. Commun, conjoint, uni : 联合 ; liánhé (HSK 5)
  6. Déclaration : 声明 ; shēngmíng (HSK 6)
  7. Bien que, malgré : 虽然 ; suīrán (HSK 2)
  8. Souligner : 强调 ; qiángdiào (HSK 5)
  9. Les deux parties, bilatéral : 双方 ; shuāngfāng (HSK 5)
  10. Fondamental, basique : 根本 ; gēnběn (HSK 5)
  11. Parvenir, accomplir : 达成 ; dáchéng
  12. Consensus : 共识 ; gòngshì
  13. Reconnaître, dire franchement : 坦言 ; tǎnyán
  14. Commerce : 贸易 ; màoyì (HSK 5)
  15. Droits de l’Homme : 人权 ; rénquán
  16. Taiwan : 台湾 ; táiwān
  17. De nombreux, beaucoup : 许多 ; xǔduō (HSK 4)
  18. Encore (persister, perdurer) : 依然 ; yīrán (HSK 5)
  19. Divergence, désaccord, différence d’opinion : 分歧 ; fēnqí (HSK 6)
  20. Sévère, sérieux, grave : 严重 ; yánzhòng (HSK 4)

周四(12月7日),第二十四次中欧峰会在北京落幕,会议没有联合声明。虽然中方在会后强调双方在一些根本性问题上达成共识,欧方在会后则坦言双方在从贸易人权台湾许多问题上依然分歧严重

Zhōu sì (12 yuè 7 rì), dì èrshísì cì zhōng’ōu fēnghuì zài běijīng luòmù, huìyì méiyǒu liánhé shēngmíng. Suīrán zhōngfāng zài huì hòu qiángdiào shuāngfāng zài yīxiē gēnběn xìng wèntí shàng dáchéng gòngshì, ōu fāng zài huì hòu zé tǎnyán shuāngfāng zài cóng màoyì dào rénquán dào táiwān děng xǔduō wèntí shàng yīrán fēnqí yánzhòng.

« Jeudi 7 décembre, le 24e sommet Chine-UE s’est terminé à Pékin sans déclaration commune. Bien que la partie chinoise ait souligné après la réunion que les deux parties étaient parvenues à un consensus sur certaines questions fondamentales, la partie européenne a admis que les deux parties avaient encore de sérieuses divergences sur de nombreuses questions allant du commerce aux droits de l’Homme en passant par Taiwan.».

************************