Le Vent de la Chine Numéro 16 (XX)

du 18 au 24 avril 2015

Editorial : Un hiver qui s’attarde…

À première vue sans liens évidents, deux temps forts de la semaine se révèlent, à l’analyse, issus de la nervosité des pouvoirs publics, suite à la chute de la croissance.

Le 11 avril, Li Keqiang, 1er Ministre, en tournée d’inspection à Changchun (Jilin), adressa vertement aux plus importants cadres de la province : « Atteignez vos objectifs de croissance ! », lança-t-il aux pouvoirs locaux, tout en les blâmant de « ne rien réussir, faute de tenter quoique ce soit ». 

Cette mission et cette diatribe témoignaient de l’inquiétude du pouvoir central : en 2014, les régions ont vu leur PIB végéter, surtout au Nord-Est. Le Liaoning n’atteignit que 5,8% de hausse de PIB, alors qu’il visait 9%.
En cause, l’énorme dette des provinces (3000 milliards de $ en novembre) et les dépenses publiques improductives (nationales comme provinciales), telles cette profusion de lignes ferroviaires ayant coûté 560 milliards de $ de dettes au ministère de tutelle, ou les autoroutes bâties sans souci d’utilité, dont le plan de recettes (péages) accusait fin 2014, 10 milliards de $ de déficit. Tel encore l’aéroport insulaire de Dachangshan au large de Dalian (Liaoning -cf photo) qui pour un avion/semaine, recevra 240 millions de $ d’investissements de rénovation en 2015… 

Le tourment de Li Keqiang vient aussi des derniers chiffres de conjoncture (15/04), qui sont mauvais : avec –14,6% d’export et -12,3% d’import en mars, et un PIB de +7% au 1er trimestre, c’est le pire score national en 6 ans. L’« investissement social global » n’atteint que 56% (1180 milliards de ¥) du chiffre de 12 mois plus tôt, et la foire de Canton qui ouvrait le 15 avril, n’attend que 180.000 acheteurs étrangers au mieux (10% de moins qu’en 2012).
Signe fatidique, pour la 1ère fois depuis longtemps, la croissance industrielle, à +5,6%, est inférieure au PIB. Les infrastructures, les usines sont à la traîne, et ne sont plus les « locomotives » de l’économie, comme jusqu’à hier.

Pour faire face, le pouvoir a commencé à desserrer les cordons du crédit, rétabli le droit d’acheter plus d’un appartement en ville. Ma Kai, le vice 1er ministre, annonce une rallonge de 130 milliards de $ au plan ferroviaire du futur 13ème plan (2016-2020). Elles financeront 8000 km de lignes nouvelles, radiales et « Intercity », en sus des 450 milliards déjà programmés (pour 23 000 km de voies ferrées). Vieille recette donc, pour maintenir la vapeur d’un cycle économique qui s’épuise… 

En parallèle, le 15 avril, cinq féministes incarcérées depuis 5 semaines pour avoir voulu manifester (lors de la journée mondiale de la Femme) sont libérées.
Mais contre ces militantes de 25 à 32 ans, les charges demeurent : durant un an, elles ne pourront voyager sans en informer la police, et la justice se garde l’option de les inculper. En fait, à ce qui semble, leur élargissement, facilité par une large mobilisation (UE, Etats-Unis…), aurait été du à l’absence de dépôt de charges contre elles par le procureur, comme la police le réclamait – peut-être signe d’un désaccord interne.
Sur la forme, elles avaient été arrêtées pour trouble à l’ordre public. Mais sur le fond, c’était plutôt pour revendication des droits de l’Homme. C’était un avertissement froid aux partisans de la société civile, dont la direction du PCC ne veut pas entendre parler pour l’instant.
Et pour cause : quand l’économie cale, la tolérance des dirigeants envers la critique diminue proportionnellement.


Industrie : Produits dangereux, le bout du chemin

SITA (filiale de SUEZ environnement), en joint-venture avec le  SCIP  (éco-parc de Caojing, Shanghai) -  SCIPSWS, ne produit rien que de la vapeur d’eau (240°C, 20 bars), revendue aux usines chimique voisines. En terme d’empreinte carbone et de rejet de gaz à effet de serre, elle évite au parc de brûler 30.000 tonnes de houille par an. Avec 130 employés et 2 lignes d’ incinération de déchets de 60.000 tonnes par an, elle passe pour petite comparée à ses géants voisins, telle la JV BP-Sinopec (900.000 tonnes d’ éthylène par an). Le projet d’implantation d’une 3ème ligne d’activité, qui devrait dès 2016 doubler sa capacité, est ultra-prioritaire, car c’est elle qui éradique les produits dangereux de ses 200 clients actifs.

Dans le cycle de destruction, la 1ère étape pour les chimistes de SCIPSWS, consiste à se rendre sur le site émetteur pour analyser le déchet, voir s’il peut être traité – s’il figure parmi les 3500 types de déchets répertoriés. 

« Les déchets ne sont pas toujours dangereux », confie Benjamin Chan-Piu, directeur du site, « certains sont inoffensifs, comme des cigarettes contrefaites, ou des séries ratées de Croc’s, les sandales en silicone… Le client nous les apporte pour s’assurer qu’une fois au rebut, ils ne réapparaîtront pas sur les marchés secondaires. 

La plupart des marchandises souillées sont cependant à prendre « avec des pincettes » et supposent dans leur maniement tout un savoir-faire de chimiste, tels ces corps inflammables au-delà de 10°C de température - ceux-là voyagent en camion-citerne sous azote. Les volumes aussi sont extrêmement variables, certains livrés en palettes d’un mètre cube, d’autres en seaux de 10 litres, ou encore par pipeline, 2 fois par jour. 

Le second test, au laboratoire SCIPSWS, va servir à définir la stratégie de destruction. Une part des déchets sont biologiquement traités par la station d’épuration, aussi gérée par SUEZ environnement. Mais certains peuvent être refusés, car trop agressifs envers la flore bactérienne chargée de les « digérer ». 

Pour ceux à incinérer, les déchets sont assortis par familles de matières, selon leur pouvoir calorifique.
Ceux solides sont parfois broyés pour assurer une meilleure combustion. Puis agit le four rotatif, tambour horizontal d’une dizaine de mètres, pour réduire en vapeur les matières à 850°C. Puis elles passent à 1100°C dans la chambre de postcombustion, pour la décomposition moléculaire.
Suit la redescente en température, l’addition de chaux et de charbon actif pour fixer les chlores, métaux lourds et poussières. La matière solide est ensuite séparée des gaz par une douche : les boues sont séchées en briques, conservées au sec, et les gaz repartent dans l’atmosphère. 

Sita UsineVisible en permanence par l’ordinateur central de l’éco-parc SCIP, l’écran moniteur annonce 6 milligrammes par m3 de gaz carbonique et diverses traces de soufre, NOX et autres polluants. C’est très peu, moins du dixième des normes en vigueur. 

Fait encourageant, le principe de payer pour l’élimination de déchets est de plus en plus accepté par les industriels, qui apprennent aussi très vite à emballer ces produits dangereux selon les normes. 

« A l’ouverture en 2006, se remémore B. Chan-Piu, presque seuls les groupes étrangers nous sollicitaient pour mettre leurs poisons hors d’état de nuire. Les autres recourraient à des PME coûtant jusqu’à moitié moins cher, mais au travail très médiocre.
Mais depuis, sous l’action du ministère de l’Environnement, ces unités peu professionnelles ont fermé et nous tournons à pleine capacité. Shanghai interdit même l’importation de déchets d’autres provinces. Ainsi, une véritable révolution est en cours dans les mentalités, et désormais toutes les provinces sont en manque de déchetteries comme la nôtre ». 

En 2014, SCIPSWS a reçu 50 patrons des bureaux provinciaux de l’Environnement, en deux stages d’une semaine à l’initiative du ministère, avec le soutien théorique de l’université Tsinghua. 

Le but n’était pas d’apprendre à ces patrons de la « police de l’environnement » comment ouvrir ou gérer des déchetteries, mais simplement de leur en présenter les technologies et ce qu’elles pouvaient faire pour améliorer l’air et l’eau de leur région. Et de la sorte, avoir une vision plus claire de quoi mettre dans le futur cahier des charges des sites de neutralisation des déchets dangereux. 

C’est un signe des temps qui viennent, croit B. Chan-Piu, annonciateur d’un tournant dans la pratique industrielle chinoise.
En terme de protection de l’air, de l’eau et de la terre, dans 5 ans pour les provinces riches, et dans 10 pour les autres, la perception officielle et l’organisation administrative auront radicalement changé, pour le meilleur.


Politique : La cavale planétaire des « cadres nus »

Depuis novembre 2012, début de la campagne anti-corruption, les  cadres nus s’enfuient, exfiltrant famille et patrimoine avant de prendre la poudre d’escampette. En réaction, Pékin lance une action d’envergure, priant les pays étrangers de l’aider à récupérer les fugitifs et leurs biens mal acquis. 

En 2014 à travers 69 pays, la campagne « Chasse au renard » fit extrader 290 fugitifs, inspira 390 retours « volontaires », récupéra 490 millions de $. Puis le 15 avril, une version affinée du plan démarre : « Filet du ciel », inspiré du proverbe « le filet du ciel a de larges mailles, mais nul oiseau du mal ne peut lui échapper ».

Le tableau de chasse de 2014 pourrait faire impression. Mais il ne représente en fait qu’une infime partie des montants envolés : Global Financial Integrity, (Washington), évalue la fuite des capitaux de 2002 à 2012 à 1250 milliards de $. Ce sont donc moins de 0,1% qui ont été récupérés. Côté humain, le chiffre est plus présentable : 4% des 18.000 d’hommes en cavale ont été rattrapés.
Ce n’est pourtant pas faute de bonne volonté des pays d’accueil. Discutant (10-11/04) avec le ministre Meng Jianzhu et le chef de la police Guo Shengkun, le Secrétaire d’Etat américain Jeh Johnson promet d’accélérer les rapatriements, « en harmonie avec les lois et valeurs américaines». France, Royaume-Uni, Grèce et d’autres pays échangent aussi avec Pékin dans le même sens. 

A cette coopération, on voit 3 raisons. Ces vieilles démocraties veulent renforcer l’Etat de droit en Chine, et ne veulent pas couvrir des coupables. Elles savent aussi qu’à l’avenir, de bonnes relations seront indispensables. Enfin, les fonds saisis, feront l’objet d’un partage entre les deux pays, ce qui ne laisse aucune administration entièrement indifférente.
Ceci peut expliquer que des policiers chinois aient pu se rendre en privé (presque « en touristes ») en Australie ou au Canada pour « convaincre » des fugitifs de retourner au pays. 

A noter, partout, cette coopération a ses limites strictes : celle des lois locales, de l’existence ou non d’accords réciproques d’extradition, et des Droits de l’homme – du risque de peine de mort, inacceptable pour nombre de pays occidentaux. 

Enfin, quand on pense au faible degré de confiance accordé à la Chine aux lendemains du drame de Tian’anmen en juin 1989, on mesure le chemin parcouru. Cette coopération policière/judiciaire reflète le degré d’interdépendance croissante entre les pays. Une certaine sensibilité démocratique peut en souffrir, mais au fond, c’est pour le bien commun.


Société : Déterré, le calumet de la guerre anti-tabac

En matière de lutte anti-tabac, Pékin a finalement pris position, peut-être poussé par Peng Liyuan, 1ère dame du pays et ambassadrice anti-tabac.
Dès février, pour éviter tout conflit d’intérêt, le 1er ministre Li Keqiang donnait le ton en sabrant son propre frère Li Keming, au poste de n°2 au monopole national du Tabac, privant ainsi le lobby d’un formidable soutien. Puis fin mars, une campagne débutait dans la capitale, pour imposer au 1er juin le ban sur l’herbe de Nicot dans tout restaurant, bar ou gare (entre autres lieux publics). 

Soigneusement préparée, la campagne se donne un maximum de moyens pour briser l’échine à un siècle de tabagie. Elle fait appel à la population non-fumeuse, pour obtenir son soutien actif. Liu Zejun, patron d’un Comité de santé patriotique, explique qu’un compte à rebours est lancé d’ici la date de l’interdiction, pour convaincre les fumeurs de s’abstenir désormais en lieux publics : « selon notre expérience, 99% vont arrêter ». Pour les autres, l’amende sera multipliée par 20, soit 200¥ par fumeur, et 10.000¥ pour le bar ou l’organisation tolérant la cigarette.

Un compte WeChat a été ouvert, où les citoyens peuvent dénoncer les transgresseurs, accompagné d’une photo ou d’une vidéo—une solution à la portée de 557 millions d’utilisateurs de smartphones.
Un poster a été publié (cf photo) donnant le choix entre 3 gestes et 3 mots pour tancer les fumeurs. Mises au vote, c’est l’image de gauche qui s’impose, avec 1 million de voix sur 1,8 million de votes exprimés.
Circulent aussi des vidéos d’acteurs, présentateurs TV, qui soutiennent le ban ou décrivent les méfaits du tabac, tels l’appauvrissement du sperme du gros fumeur. 

Le fait que le pouvoir appelle à la bonne volonté civique, est rare, car il risque de réveiller de mauvais souvenirs de la Révolution culturelle.
D’autre part, ce faisant, Pékin reconnait implicitement une voix, un pouvoir à la population. C’est un accroc au dogme officiel, à l’insistance du Parti pour préserver son monopole d’organisation sociale – un pas atypique, de la part d’un régime d’ordinaire plus conservateur. 

Enfin, il faudra voir quelle parade le lobby du tabac opposera à la campagne. Déstabilisé, il n’a pas perdu tous alliés, tel le Yunnan, 1er producteur, ou le ministère des Finances qui tirait en 2013 des taxes du tabac, 7 à 10% de l’impôt national, 130 milliards de $. Fameuse bataille en perspective.


Economie : Avis de tempête sur la distribution chinoise

Après 20 années de croissance effrénée, la distribution chinoise fait face à un « parfait orage », série de facteurs défavorables qui se renforcent mutuellement, forçant la consolidation du secteur.

La campagne anti-corruption tarit les ventes du luxe (joaillerie, habillement, restauration). L’épargne atteint des records, à 41% des salaires. L’inflation faible ou la déflation, pousse à reporter les achats, tout en forçant les commerçants à une valse constante des étiquettes—vers le bas. L’e-commerce détourne une part du marché toujours plus importante. Enfin, la hausse des salaires et des loyers grignote aussi les marges.

Les ventes en hypermarchés ont aussi reculé suite à la mise au ban en 2014 des cartes d’achats communément offertes aux employés, en complément de salaire hors taxe (fuli, 福利). La pratique a été interdite aux cadres publics, mais le patronat privé a suivi, trouvant l’occasion trop belle de compenser ses hausses salariales. 

Le résultat est cette tempête à travers la Chine depuis 2014. Jingdong (JD.com), l’e-commerçant, réalise 101 milliards de ¥ d’exercice, perd 5 milliards de ¥. Tesco, le géant mondial britannique, cède son réseau de magasins en Chine à China Resources. Au plan national, le prix de vente d’huile chute de près de 20%. Unilever, au 2nd semestre, perd 20% en ventes de lessives. 200 hypermarchés ferment dans l’année, dont 30 pour Wal-Mart. Seuls secteurs à résister : les produits « verts » et la pharmacie, l’automobile et les pneus (par anticipation sur les quotas de nouveaux véhicules dans les villes).

En 2014, pour ce qui est des ventes en ligne, la Chine perd son 1er rang mondial, conquis en 2013 : avec 238 milliards de $ de chiffre, les Etats-Unis reprennent leur titre. A.T. Kearney (07/04) attribue le recul chinois aux retards en infrastructures, aux faiblesses du service après-vente, et à une baisse de tonus des villes moyennes, sur lesquelles toute la distribution chinoise mise depuis 5 ans pour maintenir la vapeur.

Au demeurant, ayant grandi trop vite, le e-commerce chinois est rattrapé par ses propres mauvaises pratiques. Une équipe de chercheurs de l’Université du Delaware a suivi pendant deux mois 11.000 vendeurs sur les 8 millions que compte le site Taobao d’Alibaba. Ils en ont surpris 4.109 qui simulaient des ventes (pratique du ‘brossage’) pour renforcer fictivement leur référencement. En un mois, selon l’enquête, ils jouissaient de la notoriété qu’un commerçant honnête atteignait en un an. Or sur ces 37% de tricheurs invétérés, Alibaba n’en a repéré et puni que 2% : son mécanisme de police interne est en défaut !

Alibaba et son Président Jack Ma affirment vouloir endiguer la fraude, et les ventes de contrefaçons ou de produits légitimes, mais à prix cassés. Alibaba déclare dépenser 16 millions de $ par an, pour 2300 agents et 5400 inspecteurs volontaires. Sur Tmall, sa plateforme d’articles de marque (dont 5 à 10% de produits suspects), il n’admet plus que 5000 marques (chaussures, sacs, cosmétiques) et leurs revendeurs agréés.
Cependant, le ministère du Commerce s’énerve : depuis le 01/04, tout vendeur attrapé à faire de fausses ventes est passible de 150.000¥ d’amende. 

Mais l’Etat hésite encore, sur sa politique vis-à-vis du commerce en ligne : s’il le punit trop, il risque de compromettre l’émergence d’un secteur neuf, où la Chine pourrait prendre la 1ère place. Mais en fermant les yeux, il accepte que 70% des ventes en ligne ignorent ses licences, ses règlements sanitaires et surtout sa TVA de 15%, causant pour l’Etat et pour le commerce classique, une distorsion insupportable.

En tout état de cause, d’après un professionnel, ce commerce en ligne, en offrant la manutention et la livraison, n’est pas profitable : la pratique le ferait dans la plupart des cas travailler à perte, ce qui serait la cause primaire de ses difficultés à investir dans la logistique. Une conclusion s’impose : son business-modèle devra changer radicalement.

Et Carrefour, en Chine ? Pour Thierry Garnier son CEO, loin de croire que l’ère des hypermarchés est révolue, le groupe en prépare 15 nouveaux dans l’année : « bien gérée et contrôlée, la formule reste rentable ». Pour le groupe d’ailleurs, la Chine est déjà passé 1er marché mondial, avec 240 hypermarchés contre 210. Et avec 60.000 employés il est 1er employeur français du pays. 

À l’instar d’autres chaînes telles Wal-Mart ou Gome, Carrefour recherche la synthèse entre distribution classique et e-commerce. Déjà les 24 centrales d’achats en Chine sont en cours de concentration en six, avec recrutement de 2000 acheteurs, comptables ou camionneurs. Une génération de magasins de quartier, dits « Easy Carrefour » est testée à Shanghai (cf photo) depuis fin 2014, où la ménagère peut passer prendre le cabas qui l’attend, des denrées choisies et payées sur la boutique en ligne du groupe.

L’idée est de suivre pas à pas ces 649 millions d’internautes, dont 33% connectés en permanence et 58% deux à quatre fois par jour. Et d’inventer, pour cette Chine en pleine mutation, un nouveau commerce : vaste programme!


Petit Peuple : Chengdu – La seconde vie de Dai Dali (2ème Partie)

Ex-employée d’une librairie d’Etat à Chengdu (Sichuan), Dai Dali partit à la retraite en 2008, à 58 ans, s’étant ruinée la santé au travail. Pour se reconstruire, elle s’essaya à toutes formes de gymnastiques et de danses—en vain. 

Pourtant depuis des années, Dai Dali avait en main l’outil de sa renaissance – sans le savoir. Elle connaissait en effet la Pole Dance, ce sport canaille, si mauvais genre, d’une moralité au mieux douteuse, chargée de sirupeuse sensualité. C’était le gagne-pain de nombreuses fleurs de province qui montaient à la ville, dans l’espoir d’échapper au clan, au village, aux préjugés et mariages forcés, ou qui, après quelques temps en usine à des jobs usants, répétitifs et dangereux, refluaient vers ce monde de la nuit qui était plus facile et mieux payé. Ces demoiselles commençaient alors par la Pole Dance à prétention artistique, sans se rendre compte que c’était un premier pas fatidique, sur la pente de la perte de l’estime de soi et de la prostitution. 

Mais Dai avait passé l’âge de se soucier de l’opinion des autres. Elle avait fait le tour de tous les sports bien pensants, dans la moitié des parcs de Chengdu, sa ville.
Ce qui la fit basculer dans cette aventure, fut l’opinion d’une vieille connaissance, compagne d’exercices : la Pole dance était infaillible pour renforcer poignets et chevilles, genoux et coudes, avant-bras et cuisses. 

Elle alla sur internet : à sa surprise, elle trouva d’innombrables sites. Elle visionna des heures entières des démonstrations aux barres verticales, où se produisaient tantôt des jeunes athlètes en concours, tantôt des cocottes thaïes. Des sites américains offraient des initiations sous-titrées en chinois, détaillant les figures des plus simples aux plus élaborées. 

Sur Taobao, le site marchand, Dai commanda sa barre verticale, qu’elle fit installer dans sa chambrette à côté de son lit (cf photo). Elle commença ainsi les étirements, grands écarts, torsions arrière, et autres positions auxquelles ses années d’entraînement multisports l’avaient préparée. Au bout de trois mois, elle était prête. 

Dai se rendit alors en ville à un gymnase identifié quelques mois plus tôt, qui offrait des stages de Pole Dance. Elle s’en souviendrait pour le restant de ses jours : sa première prestation sur la barre verticale se tint sous le regard incrédule de l’instructrice et les sourires en biais des plus jeunes se préparant au futur métier. Invoquant son âge avancé et l’absence de tenue vestimentaire idoine, la prof avait tenté de l’éconduire. Mais Dai lui avait cloué le bec, tirant de son sac d’un geste sec ses cuissardes à talons hauts (indispensables pour éviter de se brûler les mollets en glissant sur la barre), le short noir taille basse, le t-shirt moulant écarlate. À vrai dire, physiquement, toute en muscles et d’une fière posture, Dai ne faisait pas ses 65 ans. Aussi la prof l’avait-elle laissée lui montrer ce qu’elle savait faire.

DaidaliAgrippant la barre métallique des bras et des jambes, Dai sentit le vertige de l’apesanteur, la joie de la giration, le plaisir de détacher son corps de l’axe vertical, de faire un grand écart vertical, de se recroqueviller en position fœtale la tête en bas, le tout à un mètre de hauteur. Loin de se moquer, les jeunettes applaudirent à tout rompre. Sur quoi subjuguée, la professeur l’accepta dans son cours. 

Les étapes suivantes suivirent, toujours plus rapides. Des agents publicitaires vinrent réserver ses prestations, la faire tourner dans des clips en promotion de produits de santé. Des journalistes vinrent l’interviewer. Des concours de Pole dance se succédèrent. 

En 2014, elle passa sur CCTV, la TV nationale. En janvier, au concours de Kuala Lumpur, elle défendait la Chine, face à 15 filles-lianes venues de toute la terre. Situation burlesque, gênante presque, Dai dépassait toutes les autres d’un demi-siècle en moyenne. Aussi le jury, ébahi, le public, n’en croyant pas ses yeux lui réservèrent une standing ovation, pour la qualité impeccable des figures et la pureté sans faute des enchainements. 

En avril, elle éblouissait l’Asie entière par sa performance dans l’émission Asia’s Got Talent (retrouvez sa prestation ici). C’était pour la pole-danseuse une consécration, doublée d’une triple revanche. Face à ses patrons d’antan, qui n’avaient jamais vu autrefois en elle qu’une médiocre porteuse de bouquins, elle montrait qu’elle avait plus de talent et de volonté qu’eux tous réunis. 

Face à la tradition qui veut isoler la femme à la maison ou à l’usine, Dai, partie de rien, s’imposait comme une artiste et une danseuse séduisante.
Enfin, sa troisième victoire, celle dont elle était la plus fière, était sur son âge, sur ces années qui érodaient ses forces et son corps. À Kuala Lumpur après la remise de son prix, elle confiait aux journalistes : « Je ne veux plus être qu’un ‘corps de courage’ (浑身是胆  húnshēn shì dǎn). Dès que je m’entraîne, l’âge ne peut plus rien : je danse pour ne pas vieillir, je danse pour ne pas mourir » !


Chiffres de la semaine : 57 membres, l’Anhui n°1, première année…

57, c’est le nombre de membres « fondateurs » de l’AIIB (Banque Asiatique d’Investissements en Infrastructures), avec les derniers arrivants : Suède, Israël, Pologne, et Afrique du Sud. Grands absents : les Etats-Unis, Canada et le Japon, tandis que la candidature de Taïwan a été rejetée.

En 13 ans, la population migrante a doublé, de 121 millions (9,6% de la population totale chinoise) en 2000, à 245 millions  (18%) en 2013
L’Anhui étant la province d’origine du plus grand nombre de travailleurs migrants, et le Guangdong, la terre d’accueil n°1, suivie du Zhejiang. 

L’an dernier, le taux d’urbanisation (proportion de citadins) était de 53,7% (selon la NDRC), avec un objectif de 60% pour 2020. 

Presque la moitié des jeunes shanghaiens (nés après 1980) se marie dès la première année en couple, et plus de la moitié de ces couples se sont rencontrés via la famille ou des amis. La différence d’âge la plus répandue est entre 7 et 12 ans, avec seulement un quart des couples ayant le même âge (source : Population Research Institute de la East China Normal University).


Rendez-vous : Semaine du 20 au 26 avril 2015
Semaine du 20 au 26 avril 2015

10 avril – 10 juillet : 10ème édition du Festival Croisements
100 programmes et 400 événements organisés pendant trois mois dans plus de 20 villes de Chine : d’expositions en rétrospectives de cinéma, de spectacles en concerts et performances, le festival est une plateforme qui montre le meilleur des échanges culturels entre la Chine et la France.
Cette année, pour célébrer ses 10 ans, le festival s’articule autour de 10 disciplines : arts visuels ; architecture et design ; nouveaux médias ; musique classique et contemporaine ; jazz et musiques actuelles ; danse ; théâtre, nouveau cirque et arts de la rue ; cinéma ; littérature ; jeune public. 

Croisements cette année reçoit le soutien de 10 marraines et parrains issus du monde culturel chinois : le pianiste Lang Lang (musique classique et contemporaine), le réalisateur Feng Xiaogang (cinéma), le metteur en scène Meng Jinghui (théâtre et nouveau cirque), le professionnel de la musique Shen Lihui (jazz et musiques actuelles), le peintre Zeng Fanzhi (arts visuels), la chorégraphe Jin Xing (danse), la styliste et designer Jiang Qiong Er (architecture et design), l’écrivain Jiang Fangzhou (littérature), le vidéaste Zhang Peili (nouveaux médias), le magicien Yif (jeune public)…
Toute la programmation du festival Croisements 2015 sur www.croisements.faguowenhua.com ainsi que sur WeChat (ID : faguowenhua) et sur l’application iPhone et Android Croisements.

15-16 avril, Shanghai : CHINABIO Partnering Forum, Forum des industries biotechnologiques et pharmaceutiques

16-17 avril, Shanghai : AD:TECH China, Salon et conférence sur les technologies de la publicité numérique

16-18 avril, Pékin : AIFE (Asia international import Food Exposition), Salon de l’industrie agroalimentaire

16-18 avril, Pékin : China International Green Food & Organic Food Exhibition, Salon de l’alimentation bio

16-18 avril, Pékin : CIHIE, China International Healthcare Industry Exhibition, Salon de l’industrie de la santé

16-18 avril, Pékin : High-end Bottled Drinking Water Expo & Nice Water Contest, Salon et compétition dédiés à l’eau potable et à l’eau de source en bouteille

Auto Shanghai20-29 avril, Shanghai Salon de l’automobile

21-24 avril, Shanghai : NEPCON China, Salon des matériaux et équipements pour semi-conducteurs

22-24 avril, Pékin : China Lighting Expo, Salon de l’éclairage, et LED