Le Vent de la Chine Numéro 40

du 15 décembre 2008 au 11 janvier 2009

Editorial : Une fin d’année dans la tension

Le conclave économique qui vient de finir (8-10/12) le précise, l’essentiel du grand plan (ou du moins, de ses 100MM² frais) n’ira pas en davantage d’industrie, mais dans le niveau de vie : agriculture, HLM, ouvrages routiers anti-bouchons, environnement et écoles. La presse abonde de gadgets symboliques : abris pour 140.000 mendiants dans Canton, bus gratuit à Pékin pour 1,6M de vieux et surtout, soutien d’urgence aux nouveaux pauvres, qui augmentent en avalanche, avec 40M attendus sous quelques mois. Notamment le paiement des salaires dans les milliers de firmes aux patrons en fuite. Il faut résorber les émeutes dès qu’elles se forment, sans leur laisser le temps de gonfler. Telle celle de 1000 ouvriers électroniciens renvoyés de chez Yixin, usine taiwanaise à Shanghai, (8/12). Le moral de la rue  est  bas (suicides en hausse, à 280.000/an), mais Pékin, ne peut offrir plus que les 500MM² du plan, déjà sur la table !

Le 8/12, deux jours avant le jour mondial des droits de l’homme, l’activiste Liu Xiaobo et quelques compagnons sont aux arrêts, pour avoir créé la Charte 08, d’après la « Charte 77 » de V. Havel. Aussi inspirée par la France («liberté», «égalité»), la charte 08 réclame la démocratie à l’occidentale, et appelle les forces vives de Chine à s’unir pour changer la société. D’autres bavures émaillèrent cette journée mondiale, telle l’arrestation d’une  journaliste-juriste de la  CCTV pour avoir dénoncé un cas de corruption,  telle l’annonce de l’internement psychiatrique de 18 pétitionnaires à Xintai (Shandong).  Fait rare, ces cas sont dévoilés par la presse (Journal de la Jeunesse, China Daily). On note aussi l’embarras du pouvoir : presque tous les 300 signataires de la Charte restent libres et le 11/12, Hu Jintao admet que les droits de l’homme en Chine laissent à désirer, et promet pour l’avenir, d’aller de l’avant dans les réformes.

  Après la rencontre de Sarkozy avec le Dalai Lama (6/12, Gdansk), Pékin a sévèrement critiqué, puis (9/12) a appelé Paris à «réparer ». L’ambassadeur Hervé Ladsous a été convoqué, et suite à la conférence de presse tenue pour tenter de calmer les esprits, critiqué dans la presse : pour la 3ème fois dans l’année (après le passage de la torche olympique à Paris en avril, puis les hésitations de Sarkozy en mai à assister aux Jeux Olympiques), la France est au coeur d’une campagne critique. Pourquoi elle, et pas tous ces autres pays qui «voient» le prélat lamaïste en toute quiétude? Notre croyance : parce qu’aux yeux chinois, la France est un pays spécial, (berceau de la révolution et des « lumières ») et parce que (ça tombe mal) la Chine traverse des temps toujours plus dangereux. La déception de Pékin n’est pas simulée, mais elle en use aussi, pour prouver à son opinion son ardeur patriote !

Mais pour faire face à tous ces défis, relancer son économie, signer les accords futurs mondiaux de commerce (Doha) et d’environnement (Copenhague), Pékin peut moins que jamais se passer de l’Europe et des USA —de leur marché, de leur confiance. Remonter la pente, trouver un accommodement, voilà, en réalité, ce qu’elle cherche, et ce en quoi il faudra l’aider.

 

 


A la loupe : Relance – la Chine innovante mais économe

Outre les objectifs déjà évoqués en notre éditorial, le conclave ministériel (8-10/12, Pékin) d’ajustement du plan de sauvetage, a évoqué l’orientation d’abaisser, d’ici 2020, la part des échanges commerciaux dans le PIB, de 65% à 40%. Pékin veut une économie plus autocentrée, et une société épargnant moins et consommant plus. Pour l’an 2009, il tente de sauver au moins 8% de croissance, conscient du fait que 7%, seraient  synonyme de récession. Mais face à ses objectifs sociaux (écoles, hôpitaux, Sécurité sociale), il voit face à lui l’opposition sourde des provinces, qui entendent bien réaliser coûte que coûte les projets d’équipements lourds et de complexes industriels dans leurs cartons depuis des lustres.

Le Conseil d’Etat fait aussi face à l’épuisement de ses moyens. Refusant de puiser dans ses réserves, il va laisser filer à 40,7MM$ (soit +56%) son déficit budgétaire en 2009. L’argent dégagé permettra de financer des mesures fiscales, telle l’exonération de la taxe sur les profits d’investissements pour le Fonds de pension, (pour l’aider à éponger ses pertes boursières), ou une baisse de 1% de l’impôt des sociétés, qui rapportait 87MM$ en 2007. En soutien aux ménages, le seuil de l’imposition sur le revenu passera de 2000¥ à 3000¥ mensuels (50MM¥). Pékin déploie aussi des mesures non monétaires, de nature à restaurer la confiance par exemple, en améliorant le cadre de la santé. La presse annonce au 1er janvier, l’apparition sur le paquet de cigarettes d’images et formules destinées à inquiéter le fumeur. Au 10/12 débutait une campagne de quatre mois de raids massifs sur les usines alimentaires, de listes noires de producteurs, de mise au ban d’additifs dangereux, etc. Autre innovation qui changera bientôt la vie de la Chine côtière : grâce à 110.000 cheminots, la construction du TGV Pékin-Shanghai progresse comme l’éclair et serait « presque finie », avec plus que trois ouvrages à achever, dont le Terminal de Shanghai et les importants viaducs de franchissement du Yangtze et de la Huai : dans un an, Shanghai, Pékin ne sont plus qu’à 5 heures – et l’avion, détrôné.

Les groupes d’aviation publics (Air China, Eastern, Southern) se voient priés de reporter ou d’annuler leurs commandes d’avions neufs. L’Etat a de bons moyens de se faire entendre, devant encore leur octroyer des impôts allégés pour faire face à la forte diminution des passagers. Airbus pourtant, signale qu’aucune rétractation ne lui est parvenue à ce jour : 430 appareils sont concernés.

Signalons pour finir l’accueil réservé à cette retouche au grand plan : à peine le conclave terminé, la bourse de Shanghai s’est effritée (-2,28% le 11/12) : chagrine qu’aucun crédit nouveau n’ait été promis—et surtout, suivant sa soeur mondiale en pleine bérézina—Tokyo :-5,6%, Berlin (Dax) : -2,2%…

 

 

 


Joint-venture : Automobile – la Chine croit son heure arrivée

AUTOMOBILE 汽车

    La Chine croit son heure arrivée

Second mondial en nombre de voitures produites, le secteur automobile chinois ne pouvait pas être indemne de la crise. Pour la 1ère fois en des années, il doit se contenter d’une croissance nationale de 8% (lui qui caracolait depuis 5 ans à plus de 20%). Avec 9,6M de production en 2008, il ne gagnera pas son pari qui au printemps semblait encore gagné d’avance, de franchir la barre des 10M. Les ventes de novembre confirment ce marasme : 10,28%, 522.800 unités. La raison : la bourse ayant fait perdre à ses millions de clients 70% de leur fortune dans l’année. Aussi FAW-VW, avec 465.000 ventes en 11 mois, n’atteint pas 80% de son objectif, Shanghai-VW, 74,6% (440.000), et General Motors seulement 65%, même chiffre que le Chinois Chery. General Motors affirme pourtant à qui veut l’entendre, qu’il atteindra l’an prochain un objectif de 9% supérieur. Pronostic contesté par les experts, qui voient le marché chinois de 2009 amputé de 5 à 6%. Mais GM, harcelé de créanciers, voit dans la Chine un des outils de sa survie future.

Conséquence : tout le monde débauche, ces semaines, Ford (Chongqing), BMW (Shenyang), VW, PSA (Wuhan, 1000 jobs)…

 Très volontariste, Chery change son fusil d’épaule, casse le partenariat passé avec Chrysler pour lequel il aurait d’ici 2010 produit des voitures sous la marque du n°3 américain : aux abois, ce dernier ne pouvait plus l’aider à s’imposer hors frontières. Et pourtant, Chery qui a perdu chez lui, et en Russie, et en Ukraine, a compensé sur les marchés africains et du monde arabe, vendant 115.000 voitures depuis janvier : il se fait prêter 10MM$ par l’ExImbank chinoise, pour développer des modèles, et prétend tripler son export d’ici 2010, à 400.000. Suivant le mot d’ordre « voiture low cost, ton jour de gloire est arrivé ».

Great Wall aussi y croit : venant de renoncer à son usine au Tatarstan (Russie), le spécialiste du tout-terrain prétend se redéployer début 2009 en Bulgarie, créant une petite chaîne de montage de 80M² et 1500 salariés.

Chang’an lui, guigne un des joyaux de la couronne de Ford, que sa gloire passée ne lui permet plus de garder.  Ayant déjà cédé pour 1,7MM$ Jaguar et Land Rover à Tata l’émergent indien, il discute avec le groupe de Chongqing, avec qui il détient  une JV depuis 2001, et assemble -entre autres- les Volvo S40 et S80… Chang’an vise aussi une usine à Mexico, tremplin vers les USA. Exactement le même projet que FAW. Mais ici, FAW a un métro d’avance, ayant obtenu l’agrément mexicain, après s’être engagé à placer outre-Pacifique 100M$, et à produire 50.000 voitures par an.

 

 


A la loupe : Au ralenti, la Chine

Ceux qui croyaient en septembre qu’une Chine-miracle, d’une espèce économique différente du reste de la planète, serait immune de la récession, ont dû perdre leurs dernières illusions en prenant connaissance des chiffres conjoncturels de novembre.

            Pire score depuis 1999, la croissance industrielle n’augmente que de 7,2% et la consommation de courant, à 257MM Kw, chute de 7,5% (de bien plus, dans les provinces métallurgiques du centre). Et c’est là qu’on apprend le risque d’une industrie aux 2/3 tournée vers l’export : quand le client étranger tombe malade, plus rien ne va. La consommation intérieure reprend certes, +20,8% en novembre, à 143MM$, mais c’est signe de méfiance (et faute de sanctuaire fiable pour l’épargne). Pour le reste, c’est la chute libre.

Octobre avait vu celle du textile et des jouets: novembre voit  celle des transporteurs. En aviation, OKay, 1er transporteur privé se met en berne «pour un mois» : pour ses 11 appareils, les aéroports exigeaient le paiement cash des pleins. En maritime, Cosco annule 120 commandes de vraquiers ou porte-conteneurs. CIMC, n°1 mondial du conteneur, assemblait 1,3M de « boites » de 20 pieds au 1er trimestre : au 4ème, il n’en sort plus que 100.000, soit -25% cette année et -20% l’an prochain.

Les Grandes entreprises d’Etat ont reçu ordre de sauver l’emploi, contrairement aux 10aines de milliers de PME privées étrangères qui ferment, causant en 10 mois, le quasi-doublement des conflits de travail : WISC, l’aciérie de Wuhan, promet  que 一个不能少 (« yige bu neng shao ») : on ne renverra « pas un seul homme » !

Jusqu’à l’été, l’IDE, l’investissement direct étranger, légitime ou de contrebande- s’était accumulé, fuyant la tempête américaine. C’est lui qui génère un chiffre janv-nov de +26,3%, à 86,4MM$, battant aisément, en 11 mois, le record de l’an dernier de 74,8MM$. Mais en novembre, il ne fait plus que 5,3MM$ : inversion de cycle, et pour 2009, la Banque centrale attend encore moins, d’autant plus qu’elle baisse le yuan !

Enfin justement, démentant Chen Deming, ministre du Commerce (« nous n’allons pas jouer sur la monnaie pour dépanner les exportateurs »), l’office Statistique (10/12) annonce un nouveau record historique de l’excédent commercial, 40,1MM$ pour novembre, 115MM$ pour les 11 mois. Grâce au ¥ sous-évalué, l’export a sauvé 97,8% de son chiffre de 12 mois plus tôt, aux dépens de l’import qui plonge de 17,9%. Pour l’économiste M. Pettis, cela signifie que la Chine force (à coup d’incitations, de baisse du yuan) ses exportations. Au risque, pour l’étranger, de voir ses propres plans anticrise ne servir qu’à … acheter chinois. Au risque aussi, bien plus grave pour la Chine, d’exacerber les réactions protectionnistes ! Situation très dangereuse, qui ne peut être évitée que par le dialogue -auquel l’Union Européenne aujourd’hui, adjure Pékin !

 

 


Argent : Chassez la pub, elle revient – sur le net!

INFORMATIQUE   –   电脑

Informatique : Lenovo au Brésil

 Encore un raid chinois sur le Brésil, après celui pétrolier (cf p.1): ces affaires pouvant être l’une et l’autre liées à la méga mission de Hu Jintao en juin 2007, avec ses 600 hommes d’affaires. L’électronicien Lenovo s’attaque au n°1 local Positivo Informatica (24% du marché, 1,6M d’ordinateurs produits), dont les ventes doublent presque chaque année. Pour le Pékinois, le moment est doublement bon. Trois années lui ont permis de « digérer » IBM, racheté en 2005, d’en absorber le réseau et l’expérience mondiale. Et à présent, la chute des affaires casse la part Positivo ,-76% depuis janvier…  Affaire d’autant plus tentante qu’elle lui  offrirait un grand marché local de l’ordianteur (n°5 mondial), à l’avenir assuré (pressenti n°3 en 2010). Tout en se créant un tremplin (une base de production) vers les USA. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres. Lenovo aussi a vu ses profits fondre (78%) au 3ème trimestre, et Dell aussi brigue les faveurs de la belle métisse, avec de bons atouts en main (ses actifs de 7,9MM$, ses 9% de ses ventes en pays émergents, en progrès de 20% cette année). Ce sera un combat «de titans», pour Positivo qui vaudrait en bourse 376M$, mais dont la transaction pourrait atteindre 800M$. En cas de succès, Lenovo «pèsera» 7,9% du marché global. En cas d’échec, il se rabattrait sur la branche ordinateur de Fujitsu-Siemens, projet en l’air depuis septembre.

Chassez la pub, elle revient -sur le net !

Quels sont les secteurs, en Chine, à qui la crise profite? On verra comment l’automobile chinoise rêve d’en être via ses marchés à l’export. La publicité en ligne elle, en fait déjà partie, à en croire la dernière étude de Nielsen, sur le 3ème trimestre. La TV reste bien n°1 avec 12,3MM euros (+19%), les quotidiens n°2 avec 2,44MM euros (+9%), mais internet  se glisse en n°3 avec 413M euros (+42%), coiffant les magazines avec 311M euros, (+18%). La raison, explique Nielsen : à peine le dernier fanion des Jeux Olympiques replié, le marché de la pub s’est mis en berne, entendant les premiers grondements de la récession.

Pour 2009, la TV demeurera la référence (1,06MMeuros au monopole CCTV pour sa dernière enchère des temps de haute écoute), qui absorbe l’essentiel des budgets. Mais une fois placée cette valeur sure, les firmes soucieuses d’économies tentent «d’en avoir plus pour leur argent» -surtout sur le marché des jeunes, meilleurs clients de la toile, où ils viennent échanger et jouer. Ici, les bénéficiaires sont Sohu et Sina, les sites à gros débit.

D’autres ont pressenti ce report d’activité: comme Microsoft qui chipe à Yahoo son ex-boss de la pub en Chine, Qu Li. Ou comme Taobao (propriété Yahoo à 40%), le poids lourd chinois du commerce digital qui met la dernière main à Alimama, service de pub voulant aider ses 80M de petits commerçants à mieux vendre—et à leur faire payer leur « boutique » jusqu’alors gratuite.

       Trois-Gorges, trois soucis

Fierté technologique du pays, le barrage des Trois-Gorges, le plus grand au monde avec (en 2012, à terme) 32 turbines géantes d’une capacité de 22.500MW, connaît trois soucis, qui viennent d’occasionner l’interruption discrète de la montée en eau de 145 à 175m, conformément aux plans. Après un mois de tentative, selon la révélation de l’hebdomadaire de Canton Nanfang Zhoumo, le niveau s’est bloqué à 172.47m.

 Un problème était la navigation en aval. Paquebots de 1000 passagers et cargos de 3000t nécessitent un tirant d’eau de 3m, que le débit réduit ne permettait plus d’assurer durant le remplissage. De ce fait, l’administration fluviale de Chenglingji rapporte que les échouages ont été quasi-quotidiens durant la seconde moitié d’octobre, sur des centaines de km, en dépit d’une interruption du trafic durant 4 heures le 20/10, le temps d’un dragage qui n’eut d’effet que trois jours -le bas débit entraîne aussi le dépôt d’alluvions. La crise fut réglée le 31/10 avec le retour à un débit de 8700m3/seconde, puis l’interruption sine die de l’action.

L’interruption était aussi due à la prolifération des immondices  de surface, dont le volume augmente quand le cours ralentit. Depuis début septembre, la flotte de collecte des déchets (51 bateaux), a remonté 40.000 t, et avoue perdre cette bataille. Dans l’intervalle, 33.900 heures humaines, 7.700 heures de navires furent dépensées, nécessaires pour maintenir propres les abords de la station de pompage de Wanzhou, mais sans empêcher le réservoir d’être ailleurs recouvert d’ordures, cadeau malodorant de toutes les villes riveraines. Pourtant il y a 10 ans, le 1er ministre Zhu Rongji promettait 30 stations d’épuration.

Aussi préoccupant quoique « sans conséquences », selon les responsables, le dernier souci tient aux 4719 chute de falaises constatées durant le remplissage, précipitant des M de m3 de loess dans le fleuve. Selon la Commission des ressources du Yangtzé et un institut géographique nankinois, 627 au moins de ces chutes étaient « associées » au remplissage…

Autant de problèmes qui avaient été pressentis par la communauté scientifique 20 ans en arrière. Au point qu’au moment du vote au Parlement (ANP) en 1992, un tiers des élus s’étaient opposés au gouvernement (300 contre, 700 abstenus) : c’était le record de fronde parlementaire de l’histoire du régime. Suite à quoi le chantier démarra quand même en 1994. Li Peng, le 1er ministre de l’époque, était ingénieur hydraulicien, formé à Moscou, notoire supporter des mégaprojets.

NB : au-delà de ses effets indésirables, le barrage a déjà remboursé à l’Etat, en taxes, en cinq ans, près de 3MM$ – soit 15% de l’investissement. Le projet verra son achèvement en 2012, après la pose des six dernières turbines.

 

 


Pol : Doha-Kyoto – en attendant Obama

Fraude Sanlu : l’heure des dommages et intérêts

Sous l’angle social, la fraude Sanlu, de lait maternisé à la mélamine (matière plastique) atteint un record mondial: 22M de bébés testés, 294.000 atteints de calculs aux reins (mal d’ordinaire réservé aux vieillards), 54.000 internés en hôpital, et «6» morts. Par la voix de son porte-parole Mao Qun’an, le ministère de la santé annonce (11/12) des compensations à payer par Sanlu «et quelques autres firmes à problèmes»: les dossiers sont en cours de constitution. La Chine qui vient de dépenser des centaines de millions de ¥ en IRM et autre prise en charge médicale, réagit donc en Etat responsable.

Toutefois, parmi les familles et leurs avocats, la procédure est critiquée. L’Etat a choisi une action pour l’instant à huis clos, sans concertation avec les victimes. D’autre part, les plaintes privées ont été déboutées -« l’instruction étant en cours». Y-compris la plainte collective de 63 familles réclamant 14M¥, dans le Hebei, rejetée le 9/12. Les raisons de l’Etat sont compréhensibles -éviter le dérapage « politique », et garder en main toutes les cartes pour sauver Sanlu et ses emplois. Mais il risque, disent les gens de robe, de perdre le bénéfice de son action : que les victimes ne sentent pas, au moment du verdict, que justice a été faite. A moins que l’enveloppe qui leur reviendra, soit correcte, et prenne en compte le préjudice moral de la confiance trahie !

 

    Doha-Kyoto : en attendant Obama…

Doha et Kyoto-II, les palabres qui tiennent en haleine la planète, s’achèvent (12/12) sans accord, mais sans rupture -nul ne voulant en porter la responsabilité! A Genève, la ronde de Doha sur de nouvelles concessions commerciales multilatérales bloque sur un conflit entre les USA (S. Schwab) et l’Inde, sur des questions pointues, oiseuses au vu de l’enjeu, telles les droits d’import agricole, les aides au coton ou les zones franches chimiques. Le conflit n’a pas bougé depuis juillet, et les pays émergents ne se privent plus, Brésil en tête, d’appeler Obama à la rescousse, pour écarter l’équipe américaine présente! A Poznan, les débats de Kyoto-II, pour un futur protocole de lutte contre le réchauffement global, avancèrent tout doucement, ponctués par l’obtention (tardive, difficile) d’un accord interne entre les 27 Européens, de réduire de 20% leurs émissions, entre 1990 et 2020. Accord délayé par des concessions l’Europe de l’Est, Pologne en tête. Ces divisions permirent à la Chine d’apparaître comme un des héros de la fête, premier émetteur de CO² mondial, mais offrant ce plan audacieux de quotas… individuels d’émission de gaz à effet de serre, de 2,33t de CO² par habitant d’ici 2050… Enfin, le démocrate américain J. Kerry rasséréna les 11.000 congressistes perplexes, en leur prédisant que Obama, fin 2009, signerait l’accord à Copenhague, «même si les lois fédérales n’étaient pas prêtes».

Impression conclusive: en coopération climatique comme en celle de l’OMC, l’organisation mondiale du commerce, le monde en panne, attend le dépanneur Obama !

 

 


Temps fort : 2009, An 01 de l’énergie chère

La Chine s’apprête à vivre une formidable pression en matière d’énergie, coincée entre un passage trop rapide (en 20 ans) au monde moderne, et une tradition d’énergie «subventionnée» et «inépuisable». La récession arrive, pour balayer cette illusion de 60 ans, pratique non durable: des bouleversements se préparent! 

 [1] Une vraie taxe au carburant

Enfin les conditions sont mûres pour elle, avec un cours mondial du pétrole éreinté (47$/baril), l’inflation idem (2,4%), une consommation en recul. Aussi, l’Etat ose enfin lancer son vieux projet. Au 1/1/09 la taxe à la pompe, jusqu’alors symbolique, quintuplera à 1¥ par litre. Comme l’Etat s’est gardé de répercuter la chute du cours, il va s’offrir le luxe, une fois la taxe instaurée, d’un prix à la pompe plus bas qu’avant (-9%, voire -22% selon les produits). De quoi rassurer le citoyen ! Le produit de cette taxe (qui en remplace six autres) ira à l’entretien des routes et en prime aux usagers pauvres, dont les paysans.

NB : la taxe pénalisera les gros cubes, et les routiers : meilleure incitation qui soit, à un report vers un marché des voitures légères et peu gourmandes !

[2] La naissance d’un véritable marché du pétrole

 Leur marché historique saturé, les pétroliers de l’Ouest doivent investir en Chine, en demande de leur technicité et appoint en service. Exemple, BP dont le directeur des opérations Tony Hayward veut «à moyen terme» tripler son investissement chinois, aujourd’hui de 4,6MM$. En face, les pétroliers locaux doivent souffrir un zeste de concurrence, mais l’alignement sur les conditions mondiales, leur garantissent de vendre chez  eux à profit. Forts de cette promesse, ils partent plus que jamais à la conquête du monde. Exemple, l’ExImbank, sans doute au nom de la Cnooc, offre au monopole brésilien Petrobras 10MM$ «pour commencer» pour développer des gisements immenses en eaux profondes au large de Rio. La seule poche du Tupi porterait le Brésil, en réserves, à l’égal de l’Arabie Saoudite. Le ministre brésilien E. Lobao commente: «Emirats, Canada et Japon sont aussi candidats, mais nous ne donnerons pas forcément suite : pour cette valeur sûre, le crédit se trouvera toujours, et pas la peine d’aliéner le patrimoine de la nation ». Le Président Lula veut créer un second groupe pétrolier, dont les profits alimenteraient les programmes sociaux du pays.

[3] On note la libération «l’an prochain» du prix du charbon, qui permettra aux gros charbonniers de produire à profit, et donc d’investir. On voit aussi les progrès rapides des renouvelables, telle cette centrale solaire  bâtie au Yunnan par Huaneng l’électricien, d’une capacité de 166Mw, pour un prix record de 1,3MM$

NB : Touts ces efforts fébriles pour satisfaire une demande énergétique exponentielle, se produisent alors que la consommation justement chute : durant un voire plusieurs ans, on risque un équipement excédentaire – bonne occasion pour éradiquer les vieux outils polluants!

 

 


Autres : Adieu Françoise Genot-Wang -Fangfang- au pays des Miao

Françoise Grenot-Wang, fondatrice de Couleurs de Chine, l’association de parrainage d’enfants des minorités eth-niques Dong et Miao, nous a quittés le 11 décembre 2008 dans l’incendie de sa maison en bois à Danian (Guangxi).

Le feu, elle le craignait par-dessus tout. « Triste nouvelle de Danian » avait-elle plusieurs fois écrit pour donner l’alar-me: un nouvel incendie venait de ravager le village. Fangfang (Françoise) appelait à l’aide, espérant des fonds pour rebâtir —car la vie continuait, pour ces pauvres bergers-sylviculteurs. Mais le 11/12, ce tocsin sonnait pour elle…

Comme ceux qui ont connu Fangfang, Le Vent de la Chine veut aider Couleurs de Chine à poursuivre son oeuvre  —tout en apportant aux enfants en ce moment dramatique un message d’espoir, et une sorte de cadeau de Noël :

Donnez : 50² = 1 an d’école, 600² = 1 an d’université, ou ce que vous voulez, pour les reconstructions d’écoles

Compte « Couleurs de Chine » IBAN FR76 1870 7000 6309 1212 4706 928, SWIFT BIC : CCBPFRPPVER 

Philippe Marescaux, Président de l’association, et Marine Vitré, nommée pour assurer le suivi à Danian, s’y rendront jeudi 18 décembre 2008.

 

Le Vent de la Chine s’était rendu sur place, à Danian, en mai 2005, et avait partagé la complicité de Fangfang et de ses petites filles Miao.

Retrouvez les  articles publiés à cette époque, sur le blog de la semaine du VdlC, moments de gaité et de complicité

http://www.leventdelachine.com/blog.php

ainsi que Gamberge au pays des Miao : http://www.leventdelachine.com/vdlc.php?id=200516

Après « La mosaïque des minorités », Françoise Grenot-Wang avait publié en 2007 « Au coeur de la Chine, une Française en pays Miao »

Le Vent de la Chine en avait fait l’écho dans son numéro 25/26 de juillet 2007. En voici le contenu :

Une vie parmi les Miao, par Françoise Grenot-Wang

Travaillant entre Pékin et Guilin, dans les années ’90, Françoise Grenot-Wang aimait rien de plus que se perdre dans le Guangxi profond, aux pentes de terre rouge boisées de pin.

Lors d’une de ces escapades, elle y rencontra sa destinée à Danian, terre des Miao, minorité étrange, refoulée du nord vers ce sud au fil des siècles  et des guerres perdues. Ils perdirent la bataille mais ni leur langue, ni leur culture, si différente. Les maisons sont de bois, à plusieurs étages – rareté en Chine. Leur générosité est proverbiale comme leurs bijoux d’argent, leurs tenues de coton bleu sombre ou orangé, lissé au maillet et brodé. Une fois l’an, les Miao se rassemblent, à seule fin de faire convoler leurs jeunes après des jours et nuits de danses nuptiales. Envoûtée, Françoise décida de consacrer sa vie à ce peuple hors du temps. Après bien des difficultés, elle parvint à convaincre les autorités locales et bâtit sa maison de bois parmi les leurs.

Elle créa Couleurs de Chine (www.couleursdechine.org), association philanthropique pour scolariser les fillettes Miao. Au 1er janvier 2008, 5100 fillettes étaient scolarisées, et 61 écoles reconstruites. Telle est la riche oeuvre de Fangfang, qu’elle raconte plaisamment dans « Au coeur de la Chine », son dernier livre, chez Albin Michel (22²) : à lire !

 

 

 

 

 

 

 

 


Petit Peuple : Suzhou—le Père Noël et la jeune-fille

Le Vent de la Chine vous propose cette anecdote étrange, aux allures de roman à l’eau de rose -à ceci près qu’elle est authentique. El-le arrive au bon moment, veille de Noël, temps des cadeaux.

Au printemps 1972, Huimin et Yueying ouvriers en usine chimique à Suzhou, tombèrent amoureux, chose bien normale, à leur âge (19 et 18 ans), et en ce royaume célèbre des jardins et des amours…

C’était une erreur pourtant, et pas petite : à l’époque, seul l’amour révolutionnaire était licite, et les idylles ne pouvaient fleurir que sous la serre du socialisme. On se fréquentait, passée la 20aine, après le vote de l’assemblée de l’usine, point. Quant au mariage, c’était pour bien plus tard et sous conditions plus dures encore. Aussi à l’amidonnerie, nos tourtereaux évitaient de se parler et de se regarder (soucieux de ne pas trahir leur secret) : ils roucoulaient en silence -confiants en l’avenir, en un délicieux émoi.

Leur patience devait pourtant s’avérer vaine : En 1974, la fille fut renversée par un camion et il devint bientôt clair que Yuejing, la colonne vertébrale détruite, ne marcherait plus jamais !

Durant ces mois de convalescence, Huimin passa ses jours et ses nuits à l’hôpital, dans son dortoir à son chevet, lui donnant la becquée, s’occupant de ses soins d’hygiène – se substituant aux infirmières rares et débordées. Une fois de retour chez elle, il lui bricola un pupitre pour qu’elle puisse bouquiner allongée, et vint tous les soirs après le travail la voir chez ses parents, dont le soulagement n’avait d’égal que la stupéfaction. 

La ville finit par s’émouvoir pour ce beau garçon qui s’étiolait si énergiquement. De la famille, de  l’usine, du Parti, 1000 proches lui présentèrent des filles. Yuejing elle-même fit campagne pour qu’il fonde un foyer, fasse sa vie -après tout, elle-même ne pouvait plus lui offrir un héritier. Mais dur comme le diamant, Huimin réagit à la chinoise, lâchant l’accessoire pour tenir sur l’essentiel: il n’épouserait que celle qui partagerait avec lui les soins de sa malade.

C’était une recette gagnante s’il en était, pour faire fuir toutes ses prétendantes : quelle femme accepterait de se mettre du matin au soir, au service de la reine du coeur de son mari? Pourtant six ans plus tard, il s’en trouva une du genre qui savait voir avec le coeur : en 1980, patiente et simple, Minfang écouta leur histoire, rencontra l’invalide, qu’elle trouva souriante et affable. Elle releva le défi, et passa avec Huimin au Bureau des mariages.

Depuis, ils ont vécu 28 ans ensemble, à s’ingénier à rendre la vie de Yueying plus supportable, plaçant l’hiver un brasero sous son lit, un pain de glace aux mois chauds, la massant et lui mitonnant des plats…La paralytique leur rend ce sacrifice par tous ses moyens, notamment en acceptant de ne pas se laisser dépérir, à seule fin de ne pas les décevoir, ou en jouant la 2de mère pour leur fille, jour après jour, et l’éduquant en leur absence. En un mot, Huimin et Minfang se sont faits l’outil de vie de Yueying – mais elle, est devenue le sens de leur existence.

Si cette histoire touche ces jours-ci des millions de lecteurs chinois, c’est parce que Huimin et Minfang forment un exemple tangible de ceux «portant de la braise aux autres quand il neige » (雪中送炭 xǔe zhōng sòng tàn), capables de compassion. Elle annonce aussi que ce sacrifice apporte sa récompense – la félicité loin du confort, l’harmonie hors de l’espoir. Racontée par le « Quotidien du Yangtzé », cette parabole chinoise digne de la Bible s’inscrit en faux contre le principe directeur de la vie des Chinois modernes, le chacun-pour-soi !