Le Blog d'Eric MEYER
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Grand-écart : de Chunjie à Bahia
29 janvier 2012 | 11:57 | Exprimez-vous! (0 commentaire)
Bonjour à tous :
C’est la fin de la semaine du « Chunjie », festival du printemps lunaire, avec son début de transhumance, ses centaines de millions de Chinois retournant au bercail.
Je vais donc aujourd’hui vous parler de ce temps de fête chinoise au ralenti, dans les limbes traditionnelles (et pas de Notre tradition), et aussi achever en accéléré la description de notre périple au Brésil, à l’autre bout du monde.
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Dans le maquis du Cerrado, Brasilia, la ville du savant fou
14 janvier 2012 | 17:51 | Exprimez-vous! (2 commentaires)
Imprimées sur mauvais papier de l’après guerre,les bandes dessinées de mon enfance évoquaient des tours futuristes, translucides et hautes, s’élançant à la conquête du ciel grâce à leurs courbes audacieuses, survolées d’improbables cigares et libellules aéronefs. C’était 20 ans avant l’apparition des fameuses BD belges, des cités obscures de Peters et Schuyten.
Aussi quand nous survolons Brasilia, en approche finale pour l’aéroport International Kubitschek, le sentiment qui m’envahit, est la petite Madeleine de Proust, un moment de temps retrouvé, une « intermittence du cœur », un repli caché de mon passé qui m’est restitué en un « pang » cordial – temps d’un éclair, en voyant par le hublot s’étirer les deux axes « l'Eixo Rodoviario » de la capitale, les alignements cubiques des ministères en épis, le lac en forme de lépidoptère ou de colibri, tout cet agencement formidablement esthétique et ordonné d’une ville idéale, c'est-à-dire utopique. Vue d'avion, la ville est belle, comme une utopie, et la lumière intense, au milieu de ce désert du Cerrado ou Sertão.
Brasilia, ville née de d’un rêve d’enfant, réalisé par un pays-enfant, plein de sève et d’avenir. Au XIX. siècle, Don Bosco faisait une « prophétie » suite à l'un de ses rêves dans lequel il vit la création d'une cité prospère située au bord d'un lac entre le 15 et le 20ième parralèle de l'hémisphère sud. La gestation a duré un siècle, thème d’expéditions pour localiser le site idoine – à l’une de ces missions participait un géographe français. Puis un Président, Kubitschek a décidé, fait voter, alloué les crédits, endetté le nation pour 50 ans, afin que la nouvelle capitale sorte de terre sous 5 ans, en 1960, avant la fin de son mandat.
Brasilia, capitale du pays, correspondait à un impératif politique, pour diffuser, redistribuer la croissance concentrée sur les grandes villes de la côte atlantique, et donc garantir l’intégrité du territoire, des frontières à l’Ouest.
Deux millions et demi d’âmes sont logées autour d’un lac artificiel en forme de libellule à quatre ailes.
La vie y coûte plus qu’ailleurs, du fait de la nécessité d’importer tout, des vivres aux briques ou aux tuiles à travers 1500km de désert. Mais la sécurité y est meilleure qu’en bien des points du Brésil, du fait d’une densité moindre de peuplement, et d’une activité politique et de services assurant un meilleur niveau de vie. Du fait aussi du design de cette ville entièrement inventée selon des critères rationnels et une science urbanistique.
Cela dit, Brasilia me laisse sur ma faim, et nous divise. Comme elle divise nos bons hôtes, Malu et Hugo. qui expriment les écarts d’opinion du pays tout entier. Ville symbole, miniature du Brésil.
Pour Malu, elle est la splendeur et la gloire d’une nation qui se fait, fleurit, gagne. C’est la quintessence des qualités humanistes, mariant la générosité du climat doux et humide avec celle de l’urbaniste Costa, avec le génie de l’architecte Oscar Niemeyer, omniprésent dans la ville, du paysagiste Burle-Marx. Entre ses collines et ses bras de lac, la ville se distribue en quartiers fonctionnels, taillés avec grâce pour satisfaire les besoins spécifiques de leurs usagers –quadras d’habitation confortables sur pilotis, écoles, commerces, et surtout les quartiers administratifs et politiques avec tous leurs palais, parlements, ministères, comme celui des affaires étrangères aux hautes colonnes fines comme du papier, émergeant d’un plan d’eau tandis qu’une jungle pénètre et se marie avec les plans supérieurs de l’édifice, entre lesquels l’on circule via un spacieux escalier en colimaçon sans rambarde ni piliers de soutènement…
Mais pour Hugo, Brasilia reflète surtout la corruption, l’envers du décor. Kubitschek avait confié à des « copains » les chantiers de la ville, leur faisant faire fortune. Le béton a mal vieilli et se délite, même le mausolée du père fondateur dont les façades se crevassent après 12 ans à peine. Mal d’une ville concept, réalisée bien trop vite, promise à la dégradation et aux flétrissures du 3ème âge avant l’heure.
Surtout, et Malu. n’en disconvient pas, la ville est mariée « contre son gré » avec l’automobile, rendant pénible la marche sur d’immenses distances sous un soleil inclément, et le piéton absent : sans voiture, point de salut. Et les transports publics sont cruellement déficients. Les prolétaires, sortant de leurs bus à la gare routière, regardent incrédules les immensités bétonnées se déployant sous leurs pieds, promesse de suées et de n’être jamais à leur aise en cette ville pour aristocrates du pouvoir. On comprend après coup l’erreur du planificateur, qui a organisé les fonctions par quartiers distincts, sans les intégrer pour gagner en place, en intensité, comme l’ont fait naturellement Rome, Paris ou Londres.
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São Paulo, premiers pas (I)
08 janvier 2012 | 12:23 | Exprimez-vous! (2 commentaires)
Le Brésil est avec l’Inde Le pays faisant face à la Chine, son omega, son yang.
Sous prétexte familial (cause noble), nous venons Brigitte et moi d’interrompre l’hiver pékinois (sa pollution), et comblé un rêve d’enfance en nous rendant en ce pays du bois de Brésil. Depuis des mois, nous nous sommes préparés à la rencontre avec ce pays,lisant, rencontrant, écoutant, écrivant, échangeant. Nous avons été puissamment aidés par d’excellents amis – merci, Any, Solange, Marc, Liana, Duda, Malu, Hugo, Haroldo et les autres. Et puis nous sommes partis pour ce territoire de tous les extrêmes. 21 jours dont 4 d’avion –deux aller, deux retour, et encore, à condition de vous soumettre sans pâlir au régime des salles d’attente et salles d’embarquement. Bonjour, jet-lag !
Toujours, durant ce périple, nous avons gardé en tête la Chine, pour comparer ces pays-continents si différents par leur culture, mais égaux en superficie et en espoirs d’avenir. Voici donc mon petit carnet de voyage, suivant nos quatre étapes, São Paulo, Brasilia, Salvador, Rio.
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La poupée et son tailleur
09 décembre 2011 | 16:47 | Exprimez-vous! (3 commentaires)
Appelons là « Milu » - Rosée de miel. C’est une ravissante jeune femme, enfin, plus si jeune, mais extrêmement bien tenue. A la table ronde de ce grand dîner où elle m’est présentée, elle apparaît une poupée gracile, de petite taille, aux traits fins tirés au pinceau. Coquine, elle a choisi une robe de soirée à échancrure soigneusement calculée pour offrir aux regards le maximum présentable de sa jolie poitrine. Quand nous échangeons quelques phrases, elle me retient la main tout ce temps,et en caresse discrètement le creux, de son pouce. Elle me sourit, attentive à son effet. Comme dans l’expectative. Comme une petite fille qui s'applique.
Milu a de la fortune, discrètement évoquée par la fine étole de vison nouée à son cou délicat, pour lui épargner les traîtrescourants d’air de la grande salle. August, l’ami néo-zélandais qui nous a présenté, l’a rencontrée quelques mois plus tôt, dans le cadre de son métier de l’import-export. Milu l’avait convié à dîner, pour traiter un contrat et lui présenter d’autres prospects. Bien des détails, ce soir là, devaient frapper August, comme l’argent jeté à flot dans des mets importés, caviar ou huîtres auxquels nul ne toucherait et nul ne penserait même - l'argent, ici, ne compte pas. Ou comme les alcools extravagants, qu'August lui-même, quoique raisonnablement nanti, ne rêverait pas de commander. Mais ce qui stupéfierait le plus mon ami, serait le discours que Milu lui tiendrait sur le coup de minuit. Elle était lassée des garçons chinois qui n’en voulaient qu’à son argent, et s'avéraient si décevants sur toute chose du coeur et du corps. Milu en avait fait le tour. Si le cœur lui en disait, il emménagerait avec elle et cesserait de travailler purement et simplement. Il aurait voitures, sorties, voyages, et tout ce qu'il voudrait, avec elle. Il pourrait se dédier à son art, s'il en avait un. Elle avait bien assez de fortune pour eux deux ! Et en amours comme en affaires, elle le propulserait vers d’autres sphères bien plus élevées : sa fortune était faite, s’il le voulait !
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Les quatre temples, anciens et nouveaux
28 novembre 2011 | 18:04 | Exprimez-vous! (1 commentaire)
Voici une promenade impromptue à travers Pékin, qui vous montre en peu de pas, la capitale à travers les âges. Vous commencez au bord du second boulevard périphérique, celui qui a troqué sous Mao son auguste muraille pour son anneau nauséabond de fumées des pots d’échappements. Le mieux, pour faire cette ballade, est à vélo, à travers le lacis de Hutongs encore partiellement inviolés de la vieille ville, dans les murs.
1° Plus précisément, au Temple des Lamas, un des monuments incontournables de la ville, moins pour son aspect esthétique que pour son histoire et surtout son sens politique. Ce monastère très classique de facture, aux toits incurvés de tuiles jaunes et aux colonnes pourpres en trois ou quatre cours, a été construit pour les ordres monastiques du Tibet. Il appartiendrait sans doute au Dalai Lama, si celui-ci était en cour. Mais depuis bien avant la révolution, depuis le début du XX.Siècle en fait, c’est le Panchen Lama qui est en compte avec la Chine, ainsi que son monastère de Tashilunpo à Xigaze, et donc, ce temple est la résidence permanente du Panchen Lama dans la capitale.
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