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Le Blog d'Eric MEYER

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Chan et Zhou, deux hommes qui jouent et perdent

05 février 2010 | 10:00 | Exprimez-vous! (0 commentaire)

Que mes fidèles lecteurs me pardonnent une semaine de silence, qui ne va d’ailleurs pas tarder à se reproduire. C’est cette fin d’hiver qui s’éternise et augmente la charge du travail. Ajoutez une semaine de congés, et voilà pourquoi votre serviteur est muet – sauf à ce moment que je saisis pour vous, pour vous conter les histoires de deux hommes qui jouent toute leur existence sur un coup, mettant dans la balance leur liberté pour s’offrir la chance d’une fortune milliardaire. Et puis ils perdent.
C’est la version chinoise à l’état pur, de l’art de prendre des risques. Sans tremper l’orteil dans la piscine, et puis se plaindre que l’eau en est trop froide. 

Mais regardez plutôt, à Hong Kong, le dénouement du procès de Tony Chan, extraordinaire escroc qui défraie depuis tant d’années la chronique du « rocher ». J’en parlais en juin dernier dans Le Vent de la Chine n°21, en ces termes :

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Mao, le Qijiuba (798), art jeune, art inquiet

25 janvier 2010 | 17:10 | Exprimez-vous! (1 commentaire)

Bonjour,
Depuis des années, une théorie ne cesse de courir à travers la Chine - depuis toujours, en fait : Mao reviendrait en vogue, y-compris auprès de la jeunesse, parce que son époque aurait été plus égalitaire, plus simple et solidaire, bref parée de toutes les vertus du monde, au nom de la bonne vieille rengaine de Georges Brassens,
« il est toujours joli, le temps passé,
Une fois qu’ils ont cassé leurs pipes
On pardonne à tous ceux qui nous ont offensé,
Les morts sont tous des braves types »
Je crois personnellement que cette fascination, ce retour morbide, comme la collision de l’insecte contre le verre de la lampe la nuit, est davantage dérivée d’un réflexe naturel, bien décrit par Freud en son temps, celui du symptôme de névrose, qui serait la plainte d’un viol subi, sans qu’on ait le droit de mentionner l’auteur du crime, lequel ne serait autre que le père. Père de la nation, ici. Elle est aussi le fait, cette maomanie, des couches d’âges qui ne l’ont pas connue, avec la complicité de celles qui se taisent. Les deux conférences que vient de donner Claude Hudelot à Pékin, qu’il a redonné ensuite à Shanghai et Hong Kong, nous en donne quelques indices. Consacrées au documentaire de Claude sur « Hou Bo, Xu Xiaobing, photographes de Mao » (co-auteur : Jean Michel Vecchiet), à son livre « Le Mao » sorti en septembre 2009 aux éditions du Rouergue, sur l’iconographie du Grand Timonier (co-auteur : Guy Gallice), et au documentaire de Zhang Bingjian "Ready Made" sur deux sosies de Mao, ces soirées nous replongeaient dans une ambiance du passé, offrant une mine inépuisable de faits et d’images, et de réflexion sur l’homme et la manière dont son époque le percevait.
Dans le film et dans la salle, la vieille madame Houbo (87 ans), ne semblait avoir jamais eu conscience du ressort d’une époque se dévorant elle-même, et de  la manipulation du démiurge disposant du sort de ses centaines de millions de concitoyens. Ce dont elle se souvenait, était que vu la rareté de la pellicule à l’époque, elle ne pouvait prendre qu’un cliché par scène (jour, ou voyage). Et du fait qu’elle vivait avec son mari Xu Xiaobing à Zhong nai hai, au palais, à deux pas de Mao et de tout le haut appareil, et que ses enfants, à l’école très spéciale où ils étaient admis, prenaient le même bus privé pour retourner à la maison, que ceux de Mao. Ce qui me frappe le plus, de ces soirées, est l’image d’un peuple survolté, plein d’espoir de vie meilleure, et ayant en ce nom-là abdiqué volontairement, joyeusement toute liberté individuelle de pensée.

La vision des deux sosies de Mao (un homme, une femme) fut fascinante, puis pesante.
Ces êtres aux vagues ressemblances avec le leader, étaient tous deux bien plus petits (Mao faisant 1m.80) et se trouvant obligés de porter des chaussures orthopédiques spéciales, au prix atroce (27000 yuans la paire). La femme, du fait de sa voix totalement féminine, devait rester muette, mais l’homme lui, s’entraînait à reproduire certains discours célèbres de Mao avec son accent si paysan du Hunan. Il se produisait dans des foires, à des fêtes publiques, et y remplissait une fonction sociale très précise : celle de restituer pour quelques secondes, à son public, l’impression que le seigneur était de retour, qu’il n’était jamais parti. Ses efforts scolaires pour se fondre dans la personnalité du leader, étaient pathétiques et décourageants. Il passait des mois et des semaines à maîtriser quelques secondes d’apparition de Mao, tel qu’il l’avait fait tel soir de telle année. A s’approcher d’un mas traînant, à serrer des mains, à prononcer quelques phrases que tout le monde connaît, d’une époque révolue. Devant sa famille, il exprimait un « devoir sacré » sans préciser lequel. Et finalement, il me semblait représenter le symbole-même, dans sa vie par procuration, de la société chinoise entière de l’époque, voulant se fondre dans l’adoration de son leader, et piétinant ses propres parents, ses propres enfants dans l‘oubli de tout ce qui ne traduisait pas ce rêve.

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Où l'on parle d'Avatar, et de bottes de sept lieues

17 janvier 2010 | 19:27 | Exprimez-vous! (1 commentaire)

Bonjour, 
Un petit mot sur le film « Avatar », de James Cameron, que j’ai été voir cette semaine, au beau milieu d'une foule d'heureux élus extatiques : c’est en Chine un succès phénoménal, qui s’apprête à dépasser et de loin le précédent record – celui de « Battle of the Red Cliff », je crois, le film à grand spectacle tiré du roman historique « les 3 Royaumes ». Succès dû à la technique, d’abord – au plaisir de voir le film en 3D, avec cet effet de relief si saisissant, presque angoissant (la réalité de ces monstres et machines qui se ruent sur vous, votre position parmi les acteurs, dans cette jungle, sur cet arbre). Succès dû aussi, spécifiquement en Chine, à la simplicité mythique de l’intrigue. Sans dénigrer, on pourrait parler de "pauvreté" de l'intrigue. Comme pour compenser l'extrême sophistication et la nouveauté du support technique. L'histoire a déjà été racontée mille fois, et est déjà assimilée et imprégnée dans les âmes depuis des générations, remake de westerns comme « Little big man » ou « Soldier blue ».
Sous prétexte de science-fiction (le film se passe sur une planète imaginaire), je soupçonne Cameron d'avoir voulu produire avec ce film ce que l’Amérique n’a jamais eu le courage de faire envers ses Indiens (ni la France, l’Espagne ou la Hollande envers les esclaves qu’elles trafiquaient vers les Amériques) : une demande de pardon pour la destruction de leur habitat, univers, liberté et culture. Pour nous autres Occidentaux,  nourris de septième art depuis notre enfance, cette simplicité de l’intrigue est le point du film où le bât blesse. Mais pour cette Chine qui commence tout juste sa renaissance, c’est certainement, précisément, une de ses forces et de ses atouts : la Chine n'est ni blasée, ni gavée de couleurs, d'effluves, de sentiments ni de sons. Plus elle en a, et plus elle est en joie. 

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Krabi - souvenirs de plage envolée, et de tsunami

07 janvier 2010 | 13:52 | Exprimez-vous! (2 commentaires)

Bonjour,
Tandis que nous pataugeons à Pékin toujours dans la neige durcie en glace, entre blizzard et tricycles réquisitionnés qui hoquettent vers la banlieue pour y déverser leurs bennes de neige sale, Krabi, où nous étions 15 jours plus tôt poursuit sa vie douce et tropicale, entre Thaïlande et Malaisie, comptoir assoupi en mer d’Andaman. Le bonheur sans histoire : pastèque ou ananas le matin, crevettes et poissons le reste du temps, frits ou cuits à la vapeur au curry rouge, vert, jaune et pour le reste, ballades et lectures dans ce sable fin, natation, excursions en pirogue aux moteurs pétaradant vers l’une des multiples îles avoisinantes (Hong, Chicken, Poda, Phiphi, etc) pour y goûter des eaux encore plus turquoise et pures.

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Avant Noël, dîner de têtes

14 décembre 2009 | 13:48 | Exprimez-vous! (3 commentaires)

On arrive doucement à la fin de l’année - pleine de fêtes et de mondanités pékinoises, à rythme frénétique dans l’espoir vain de battre la dead line des fêtes de Noël, prélude à une retraite en forme de trêves des rôtisseurs de dindes. 

L’autre jour, j’invite à dîner à la maison un ami de longue date – une de mes relations les plus extraordinaires, fantasques et bon enfant : faite de tolérance et de compréhension mutuelle, dans la disparité totale des modes de vie respectifs. Depuis que nous nous connaissons, cet homme, appelons le Wang, ne parvient jamais jusqu’à chez moi. Ou alors, il le fait avec deux heures de retard, et quoiqu’annoncé seul, arrive à quatre convives, en incluant son chauffeur,  son "grand frère" en réalité cousin lointain, de sa ville natale, qui lui sert de factotum, conseiller et compagnon de tous les jours. Il agit ainsi, moins par souci d’originalité bohème ou de cultiver une différence gominée, mais dans un naturel parfait, entouré qu’il est du matin tôt à tard le soir, d’une myriade de clients et démarcheurs, cousins et amis d’amis nécessitant la manne de ses guangxi ou de ses conseils – qu’il leur prodigue d’ailleurs sans barguigner.

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