Le Vent de la Chine Numéro 34

du 27 octobre au 2 novembre 2008

Editorial : Parti communiste chinois —rivalités ou douleurs d’accouchement?

Après des années d’unité, des rides de division apparaissent à la surface du Parti communiste. Le contraire eût surpris, après les secousses essuyées cette année par le pays, séisme et troubles financiers entre autres !

Un groupe de conservateurs de la CCPPC (Conférence Consultative Politique du Peuple chinois) et du Quotidien du Peuple a accusé le 1er ministre Wen Jiabao de «danser sur la musique de l’Ouest», de la démocratie. Hu Jintao, le Président, se serait offusqué de la popularité de Wen, suite à son action énergique et compatissante déployée dans l’après-séisme. Wen d’ailleurs, saisit l’occasion du scandale du lait contaminé pour s’autocritiquer… Autre chose : le n°2 Xi Jinping déclare (20/10) : « le PCC n’est plus ‘révolutionnaire’, mais ‘le parti au pouvoir’». Apparente banalité, mais qui lui permet de rappeler qui sera le maître du pays en 2012, de lui ou Li Kejiang. Et la rumeur de préciser que si Wen quitte, Li devra le suivre… C’est dans ce climat glauque qu’à Hong Kong, dans la revue 开放 « Ouverture », un article qui critiquait Wen Jiabao sort saboté, rendu illisible par des inconnus : du travail d’artiste, et une péripétie de ce « combat des chefs », exporté jusque dans la presse  !

Bien sûr, de ces rumeurs, il faut en prendre et en laisser. Sur les équipes qui se suivent au pouvoir depuis un quart de siècle, le tandem Hu-Wen est à la fois le plus soudé, et celui aux meilleurs succès en terme d’image (les JO, la mission spatiale de septembre).  Simplement, dans ses décisions collégiales, le Comité Permanent exprime deux sensibilités contradictoires, donnant l’impression de zig-zag ou dents de scie :

[1] Conservateur-autoritaire, il poursuit le harcèlement des dissidents, et dénonce farouchement le prix Sakharov accordé à Hu Jia (cf p.3). Selon le PEN – club, les écrivains et journalistes en prison sont plus nombreux qu’en décembre 2007. Il traque aussi Tibétains et Ouighours -une liste noire (21/10) de huit « terroristes olympiques» ouighours présumés est publiée. Et on dénonce à Pékin le maintien d’une dizaine de prisons clandestines, détenant hors de toute loi les pétitionnaires avant de les renvoyer en province… Enfin, une campagne contre la corruption bat son plein, condamnant à mort avec sursis Liu Zhihua, ex vice-maire de Pékin.

[2] Mais il s’avère aussi, en même temps, libéral et réformiste. Il vient d’approuver cette réforme foncière rurale – sa plus importante action politique depuis 20 ans. Malgré une contestation interne très vive, il s’apprête à garantir au paysan le droit d’usage sur sa parcelle pour 70 ans (celui de location, mais non de vente ni d’hypothèque sur la terre arable), et un permis de résidence facilité dans les villes petites et moyennes. Pékin prolonge aussi les droits, ouverts à l’origine pour la période des JO, aux journalistes étrangers d’interviewer et de voyager librement, sauf en quelques zones comme le Tibet… Tandis qu’un vice-directeur à l’école du Parti prédit pour 2020 une démocratie chinoise, avec élections et consultations…

Tout ce que cette valse hésitation confirme, est la conscience  au sommet  d’un besoin d’air frais et un combat incessant contre des hordes de vieux dragons assoupis sur leurs privilèges !

 

 


A la loupe : Vent de révolte à Taiwan, tour de vis à Macau

«一个人当兵…» («Un seul être s’engage dans l’armée, tout le monde en profite »…) Ce slogan dans les rues du pays révèle à lui seul l’avancée de la crise : l’APL, l’armée chinoise,  voit que c’est le bon moment pour recruter parmi les 10M de jeunes arrivant sur le marché du travail ! Avec 9% de croissance en septembre contre 11,9% l’an dernier, la Chine se retrouve au plus bas niveau de croissance depuis 6 ans. Les 1ères victimes sont les exportateurs de Canton et de Shanghai. Depuis janvier, des milliers d’usines de chaussures ont fermé, comme 3631 usines de jouets (plus de 50%), même chez les plus grands noms tels Smart Union (6500 salariés, Canton), producteur à façon pour Mattel et Disney, ou China Dyeing &Printing (Zhejiang, 3000 jobs). Frappés par l’envol du ¥ (+15% sur l’² en 3 mois), des coûts de l’énergie et des matières 1ères (x2 en 4 ans), ou ceux des tests de qualité, que le ralentissement des exportations (22,3% contre 27,1% en janvier) ne permet plus de résorber, alors que les banques refusent le crédit : sur l’année, 2,5M d’emplois seront perdus dans le seul Delta des Perles.

Mais une des forces de la Chine est sa réactivité, due à l’étroitesse des liens entre ses décideurs administratifs et d’affaires. En un fantastique demi-tour, après les années de sevrage du crédit, elle monte en quelques semaines un plan de relance tous azimuts, applicable au 01/11. Elle a déjà coupé deux fois en octobre les taux d’intérêt – quatre autres coupes pourraient suivre d’ici décembre. Pour pallier les faillites frauduleuses, et payer les salaires, un fonds de secours naît à Canton. Un plan fiscal massif (21/10) revalorise les restitutions à l’export: 3486 produits bénéficient de ces grâces d’impôts de 5 à 17%, tels dans le textile, le jouet, le plastique, le meuble, la pharmacie. Pour l’immobilier, Pékin supprime certaines taxes au promoteur comme à l’acheteur. Déjà favorisés par l’envol des cours depuis 12 mois, les paysans obtiennent une hausse du prix public du blé, de 15,3% à 1,66¥/kg : histoire d’encourager sa culture et reconstituer le stock public. L’ABC, la banque de l’agriculture, est refinancée (19MM$ frais + structure de défaisance, pour un passage en bourse en 2010). En infrastructures, 34MM² sont débloqués, promesses de routes, d’aéroports, de centrales nucléaires et hydroélectriques, et de 150.000 km de gazoducs et d’oléoducs à construire sous 12 ans…

Manifestement, Pékin n’a pas suivi le credo étranger qui lui conseillait de tout miser désormais sur le marché intérieur. L’Etat a décidé de se battre sur tous les fronts: de sauver ses marchés étrangers, par des subventions en forme de dumping. L’autre objectif  du plan était de relever la bourse, en défendant l’immobilier… Mais 4 jours après, force est de constater l’absence d’effets visibles sur les marchés : comme ailleurs au monde, manque la confiance.

 

 


Joint-venture : Wal-Mart : cap vers la distribution, et le durable

Wal-Mart : cap vers la  distribution, et le durable

En grande distribution, la tendance est manifeste : c’est la course aux villes nouvelles, là où grandit la classe moyenne. Dès 2007, l’analyste A.T. Kearney prédisait que dix ans plus tard, les trois quarts de cette fortune s’épanouirait dans ces villes de «2ème» et de «3ème» catégorie (de moins de 5M d’habitants). Aussi retenant le message, les groupes étrangers, Carrefour, Starbucks (cafés) et Wal-Mart accélèrent leur implantation en cette Chine urbaine profonde. N°2 étranger avec 3,1MM$ de ventes, derrière Carrefour (4,3MM$), Wal-Mart a ouvert l’an dernier 30 magasins dont 3 seulement sur Shanghai, Pékin et Shenzhen. Lee Scott, son Président en est sûr : la croissance chinoise dépassera l’américaine, tendance vérifiée par les chiffres du groupe au 2d semestre : 32,2% pour la Chine, 16,9% à l’international. Par ailleurs, Wal-Mart doit faire face à un flux de critiques montantes. Pour avoir commandé l’an dernier 9MM$ de produits de grande consommation, ce roi des «prix bas tous les jours» voit se multiplier les rappels de biens made in China et frelatés, tels ces produits laitiers à la mélamine, ou ces 1,6 million de berceaux défectueux. C’est pourquoi en une action-phare, aboutissement d’années de préparatifs, le géant de Bentonville (AR) convoquait à Pékin (22/10) 1000 de ses 20.000 fournisseurs, pour leur clarifier les  nouvelles règles, applicables dès janvier 2009, à titre «expérimental», puis définitif deux ans après. L’esprit est d’introduire la durabilité dans les pratiques face à l’employé, au consommateur, à l’environnement. Elles vont du respect des normes de qualité à l’économie d’énergie (éclairage, eau, emballage etc.), du respect du temps de travail et des lois sociales, au recyclage sécuritaire des déchets etc. Cet effort des PME doit être strictement audité. Ceux ayant le plus de succès dans ces efforts, se substitueront progressivement aux malchanceux ou récalcitrants, rayés des listes des fournisseurs. 

NB : c’est un tournant dans le développement social: le supermarché se mue en outil contre le réchauffement global et pour la « société harmonieuse ». Applaudi par l’Etat, il vient du commerce étranger, seul à pouvoir le faire. Pas seulement Wal-Mart. Carrefour, par exemple, mène un effort parallèle, avec toutefois une différence conceptuelle: tandis que Wal-Mart, en bon anglo-saxon, applique à la Chine une stratégie globale, le Français conçoit son innovation localement, avec des nouveaux magasins super économes en énergie. Quitte à réexporter, peut-être, ces techniques vers son réseau planétaire.

 

 


A la loupe : Santé : elle aussi, en bas régime

L’Etat vient de présenter (18/10) son dernier plan de réforme de la santé : après un an de recherche soutenue par l’OMS, (l’organisation mondiale de la santé), la Banque mondiale et McKinsey, et plusieurs universités. Après 20 ans d’essais ratés de «modernisation» et privatisation, la Chine n’a plus droit à l’erreur. Ce rapport débouche sur la remise en cause de 30 ans d’un dogme : à l’avenir, les hôpitaux ne seront plus supposés gagner de l’argent mais seront pris en charge à 100% – quitte à rendre ses rentrées à l’Etat. Le malade ne paiera plus cash, à la porte de l’hôpital, 50 à 60% de ses soins, contre 45% en Corée, 15% au Japon, 20% en France (ticket modérateur). Ceci, pour mettre un terme à cet échec flagrant du régime : selon la revue britannique the Lancet, l’hospitalisation en Chine vaut un an de salaire… C’est pourquoi 35% des citadins et 43% des ruraux soignent leurs maux par le mépris, ou bien vont à l’hôpital, mais s’y ruinent.

Autre objectif : la sécurité sociale couvrira 90% de la population dès 2010, le reste en 2020. Présentant ce projet, l’Etat pratique sa « démocratie à la chinoise», en sollicitant l’avis des gens: avec succès, puisqu’en une semaine, 12.000 avis se sont affichés au site de la NDRC (National Development and Reform Commission). Le plan contient pourtant de sérieuses lacunes, sur le financement de cette médecine davantage gratuite. Face aux frais énormes encourus à l’avenir, Sécurité sociale, ministère des finances, Banque centrale se «repassent le bébé». Pour autant, l’horloge tourne, et chaque jour passé sans réinvestir dans la santé des gens, se paie au prix fort, en espérance de vie. The Lancet encore, le précise, dans une étude choquante: 177M d’hommes souffrent d’hypertension, suite à une diète trop grasse et trop salée. 300M fument, et 580M sont fumeurs passifs. 100M d’hommes mourront prématurément d’ici 2050 (2M/an), de troubles cardio-respiratoires et du cancer, dont la létalité est passée de 47% en ‘1973, à 74% en 2005—et ce n’est pas fini! Et les exercices physiques en perte de vitesse sont aussi un problème : la société moderne e st en échec, par rapport aux temps de Deng et Mao avec leur gym quotidienne obligatoire. Enfin, sida (700.000 cas), stress/dépression (15% de la société) prennent leur dîme sur la vie et le sentiment de bonheur des gens : prix à payer pour ces 30 ans de lâchage par l’Etat de la santé public.

Il faut enfin noter l’enjeu politique de ce remaniement, pour une nation ambitionnant le leadership économique mondial, après 20 ans passés à plus de 10% de croissance annuelle, suivis d’un blocage soudain. Ce succès eut pour face cachée la précarité de la rue, qui s’en prémunit en thésaurisant sur le bas de laine. Seuls 40% du PIB vient de la consommation. Pour renouer avec « sa » croissance de plus de 10% /an, il faut réaliser la vraie sécurité sociale—maintenant.

 

 


Argent : Xinzhou-600, 3ème larron du turbo-prop mondial

Fusions&Acquisitions : le grand chambardement

La crise financière en Chine, apparaît avant tout comme une foi-re d’empoigne, permettant un flux d’opérations inédites hier. Depuis Hong Kong, Citic Pacific appelle sa maison mère, avouant 2MM$ de pertes de change en transactions interdites : la maison est en examen, et son patron H. Chan, en «congé». China Railways et China Railways Construction Co, titans des chantiers ferroviaires continentaux, doivent admettre un « trou » de 331M$, suite à un agiotage malheureux sur le $ australien.

Sous un tel climat, la topologie des affaires entre Chine et étranger, bouge fort. Pour 2008, des compagnies étrangères en mal de protéger leurs devises face au yuan, veulent racheter pour 76,1MM$ de valeurs chinoises -c’est un record. De leur côté, les groupes chinois s’empressent de ramasser des intérêts expatriés exsangues. Telle la banque de Pékin qui avale 50% de la branche d’assurance-vie chinoise d’ING, la banque néerlandaise en mal de cash. CIC, le fonds souverain, « dilue » ses pertes chez Blackstone -ses 9,9%, acquis 3MM$ en juin 2007, n’en valent plus qu’un tiers – CIC en rachète encore, pour passer à 12,5%. Cette année, la Chine a re-pris pour 46,1MM$ d’actifs hors frontières, et elle ira plus loin. C’ est d’ailleurs pour cette raison que le gouvernement français ouvre (23/10) un fonds de 100MMeuros pour protéger ses firmes de possibles raids de traders asiatiques -chinois, d’abord.

Xinzhou-600, 3ème larron du turbo-prop mondial

Deux vols tests pour le Xinzhou-600 (MA-600), le turboprop low cost d’AVIC-1, la compagnie aéronautique de Xi’an (Shaanxi). Les 09/10 et 19/10, il a volé 30 et 10 minutes, à Xi’an puis à Tianjin, emportant à bord un petit groupe d’hommes d’affaires et de journalistes. Ces vols étaient réglementaires, pour la certification attendue pour la mi-2009 (1ères livraisons mi-2010). Son aîné le MA-60 s’est vendu, selon Xinhua, à 136 exemplaires, en Chine et en des pays à faible revenu tels Congo, Zambie ou Laos. Développé en trois ans, le MA-600 transportera 50 à 60 passagers, sur un rayon d’action de 1600km. Le constructeur vante son confort amélioré, son entretien simple et économique, et sa capacité d’atterrissage et de décollage sur piste d’herbe ou de gravier. Déjà nanti de 40 commandes dont 10 en leasing, l’appareil arrive à un moment stratégique, juste avant le salon de Zhuhai (4-7/11). L’époque est faste pour ce type d’appareils qui vit depuis 10 ans une renaissance, due à sa faible demande en kérosène -un tiers de moins que les jets classiques de 50 places, qui disparaissent. Progressant en qualité et en confort, tout en gardant le meilleur prix, il rêve d’obtenir une part des 1900 turboprop qui se vendront au monde d’ici 20 ans. Signe de ses ambitions, le Xinzhou-700 (70 places) est déjà dans les cartons. Il aura pour rivaux le Q-400 de Bombardier (Canada), technologiquement le plus avancé (30% de pollution en moins) et du franco-italien ATR – leader du marché, et qui prépare lui aussi une version inédite !

 

 


Pol : Hu Jia—le prix qui divise

Business africain—le salaire de la peur

CNPC, Sinopec, Minmetals et bien d’autres firmes chinoises investissent fort en Afrique.

Mais la Chine parvient de moins en moins à passer au dessus des violences et soubresauts sociaux locaux, tablant sur un toujours moins probable statut d’exception : toujours plus, ses ressortissants sont kidnappés :

[1] Le 18/09 au large de la Somalie, 8 pirates font main basse sur le «Great creation»,  de Sinotrans, basé à Hong Kong : avec sa charge de 17.000t de sel marin de Tunisie à destination de Pipavav (Inde) et 23 marins chinois, le minéralier est détourné depuis maintenant un mois. Pratique bien chinoise, Sinotrans n’a rien dit : ses employés ont appris l’affaire par la presse occidentale, suite à l’appel d’un marin à sa famille sur son portable, autorisé par les pirates.                         

NB : Malgré l’intervention  de flottes de guerre diverse (US, russe, française…), la piraterie somalienne a presque doublé de janvier à septembre le nombre de ses captures, inscrivant à son actif 63 arraisonnements, le tiers du chiffre mondial. Le cas le plus insolite concerne un navire iranien transportant une poudre radioactive, que l’on croit être une arme secrète destinée originellement à Israël : ayant manipulé la marchandise, une fois à leur port d’attache, 16 pirates sont morts ensuite dans des souffrances atroces. Discrètement mais chichement, l’armateur iranien avait offert 200.000$ de rançon. Finalement, c’est l’US Navy qui a emporté la mise, payant cash 7M$ pour un droit de visite du navire.                                   

[2] Au  Kordofan-Sud (Darfour, Soudan), 9 techniciens chinois sont enlevés le 19/10 par des bédouins revendiquant leur part du pétrole d’un consortium de la CNPC (Chine), l’ONGC (Inde), Petronas (Malaisie) et la locale Sudapet. Les rebelles visent de plus en plus les intérêts chinois dans la région : la Chine est le plus gros investisseur dans cet or noir, et le premier utilisateur des 300.000 barils par jour. Sans conviction, l’armée ratisse la région… 

Taiwan se rebiffe, Macao fait le dos rond

A Taiwan, l’autorité morale du Président Ma Ying-jeou vient souffrir (21/10), ainsi que sa ligne de rapprochement avec la Chine. En visite «privée», Zhang Mingqing, n°2 de l’ARATS (l’organe chinois du dialogue avec l’île) s’est fait molester. Plus qu’un coup de fièvre, c’était un coup monté: en tête de 200 manifestants, Wang Dingyu, édile DPP (d’opposition séparatiste) piétina sa voiture! Il faut le dire, c’était une situation de «wrong man, wrong place». Zhang est célèbre à Taiwan pour ses diatribes anti-indépendantistes, et Tainan, ville natale de Chen Shui-bian l’ex-Président DPP, est un des fiefs rebelles. Physiquement choqué, le cadre écourta son séjour, retournant à Pékin le lendemain. Hasard ? Quelques heures avant l’incident, Ma faisait cette insolite promesse, «durant son mandat, il n’y aurait pas de guerre entre les 2 rives du détroit»… Mais l’affaire révèle son imprudence : avant de se lancer dans son plan de réconciliation, il aurait dû sonder l’opinion. A présent, les francs-tireurs du DPP viennent de torpiller l’action, causant un mal irréparable. Sentant sa propre vulnérabilité dans l’affaire, Pékin a réagi avec doigté, déclarant bien vite que pour la visite prochaine de Chen Yunlin, son négociateur, rien n’était changé. Et pourtant si !  Le DPP prépare pour Chen Yulin une manif de 0,5M de protestataires. Et en attendant, 9 cadres touristiques chinois, attendus à Taiwan, viennent d’annuler leur voyage…

A Macao, l’autre tentative du régime se présente mieux. Chef de l’exécutif à un an du départ, Edmund Ho lance sur ordre de Pékin (22/10) un projet de loi de restriction des libertés, qui a de bonnes chances de passer. Il faut dire que la chancellerie chinoise a eu le temps d’apprendre… de ses erreurs ! A Hong Kong en 2002, elle avait tenté d’imposer un «article 23», menaçant de lourdes peines les voix critiques -la prison à vie pour ceux professant la «sécession» par voie de presse ou d’internet. L’affaire avait causé la mobilisation générale : 0,5M étaient descendus dans la rue, autant 12 mois plus tard : le projet avait été enterré. A Macao, Ho fait le dos rond, précisant que seule l’incitation à la violence est visée, pour une peine max de 30 ans. Macao il est vrai, avec sa tradition lusitanienne de laisser-vivre latin, a généralement la main moins lourde que l’ex-colonie de sa gracieuse Majesté.

Hu Jia – le prix qui divise

« La RPC exprime son indignation à l’attribution du prix Sakharov au criminel Hu Jia, en dépit de ses multiples représentations à l’Europe de n’en rien faire»: telle fut la réponse du Ministère des affaires étrangères au Parlement européen, en pleine nuit du 23 /10, quelques heures après l’annonce. La Chine socialiste exprimait sa déception de voir honorer celui qu’elle détient en prison, alors que 15 jours plus tôt, le comité Nobel avait finalement renoncé à le faire, optant pour le finlandais Ahtisaari (cf VdlC n°32). Avec le juriste invalide Gao Zhisheng, Hu avait été pressenti par jury d’Oslo. Hu a été arrêté après avoir publié ses échanges avec Gao. Gao était lui-même en prison pour avoir dénoncé la stérilisation forcée de 7000 femmes dans le Shandong. Jeune activiste protestant, Hu Jia s’est aussi battu pour la liberté religieuse, et pour des mouvements de lutte contre le Sida.

Loin de voir en lui un héros, la Chine a condamné Hu Jia à trois ans et demi pour sédition. Un chef d’inculpation, dit la rumeur, serait un don de 180.000$ par le National Endowment for Democracy, du Département d’Etat qui soutient des mouvements anti communistes dans le monde. La date de publication du prix était problématique, à la veille du sommet de l’ASEM, alors que l’Union Européenne demandait au gouvernement chinois de coopérer davantage. Comme toujours en ce cas de figure, Pékin comprend mal qu’on lui tienne deux langages, pour le fustiger, et  faire appel à son partenariat ! A Pékin le soir de l’octroi, des leaders comme Angela Merkel, la chancelière allemande et José Barroso, le Président de la Commission durent « applaudir » le prix, face à la presse. Mais dans leur entourage, certains grinçaient des dents…

 

 

 


Temps fort : L’Europe et l’Asie, main dans la main

Au sommet de l’ASEM (Asia-Europe Economic Meeting) à Pékin les 24-25/10, on a vu pour la 1ère fois dans l’histoire, Europe et Asie parler d’une même voix, avec une conviction inédite. Après deux jours de débats, les 43 chefs d’Etat et de gouvernement sont tombés d’accord pour «entreprendre une réforme effective et complète des systèmes internationaux monétaires et financiers». En une démarche comparée par certains aux accords de Bretton Woods (1944), les 16 pays asiatiques ont appuyé les suggestions des européens, davantage de supervision des banques, d’encadrement des fonds de pension, de nouvelles règles de fonctionnement aux firmes de credit-rating, un renforcement du Fonds monétaire international ainsi qu’une «constitution financière planétaire» et un «conseil de surveillance» de la finance mondiale (ces dernières idées émanant d’Angela Merkel, la chancelière allemande).

C’est une victoire pour J.M. Barroso, le Président de la Commission de Bruxelles qui déclarait que «soit nous nageons ensemble, soit nous coulons ensemble», propos repris presque dans les mêmes termes par le 1er ministre chinois Wen Jiabao. Et surtout, une victoire pour N. Sarkozy, Président  en exercice de l’Union Européenne, qui s’était engagé dans cette bataille pour le soutien asiatique. Chine et Europe gagnent ensemble, la 1ère en annonçant la présence probable du Président Hu Jintao au sommet G20 de Washington, pour y jouer une « influence déterminante », la 2de, en ayant convaincu l’Asie de s’engager à ses côtés, dans la remise en cause d’un système actuel très favorable à l’Amérique. 

Au demeurant, l’ASEM a vu fleurir plusieurs projets bilatéraux. Parmi ceux-ci, cette future Zone Economique sino-vietnamienne à 200M$ au port de Haiphong, ce fonds commun pan asiatique de 80MM$ de soutien des monnaies, à constituer avant juin 2009, tandis que la Thaïlande suggérait un fonds de 200MM$, mais uniquement au sein de l’ASEAN (Association des Nations d’Asie du Sud-Est)

c’est à dire hors de l’influence de la Chine qui n’en sera donc sans doute pas un ardent défenseur. La Chine pour sa part, signe avec Singapour son 7ème accord de libre échange. Plus important : les asiatiques, y compris la Chine et l’Inde, se sont engagés, au sein du futur accord écologique mondial de Kyoto-II, de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, d’une manière contraignante et vérifiable : c’est une 1ère, toute aussi prometteuse que les signaux donnés par la Chine (le vice 1er Wang Qishan) d’une volonté d’aboutir, dans les vieilles discussions sur le prochain traité de l’OMC dit de Doha.

Comme quoi ce forum biennal, normalement ronronnant et sans efficacité, s’avère un terrain inattendu de rapprochement accéléré : sous l’effet magique de la crise. Avec quand même une ombre au tableau, grand absent à ce sommet et qui prépare sa riposte, déterminé à défendre sa position financière dominante : les Etats-Unis d’Amérique …

 

 


Petit Peuple : Wuhan—la décision de Mei Nansheng

Mei Nansheng restera-il dans les ordres ? La Chine des stades n’a que cette question en tête. Par le choix qu’il vient de faire, cet homme de 44 ans incarne les désespoirs de millions de fans du ballon rond chinois, face à ses échecs répétés. A leurs yeux de patriotes, la situation est horrible: après avoir su en 20 ans retrouver une place d’honneur en tous domaines (artistique, spatial, industriel ou olympique), la Chine échoue piteusement sur le gazon du foot ! Face aux autres Onze, on voit bien ce qui manque à leurs joueurs, le sens du jeu, personnel et d’équipe, mais surtout, l’affirmation de soi, brimée par un système où l’Etat-Parti, despote éclairé, se mêle de tout—de la vie des clubs, comme de celle des gens ! 

A Wuhan (Hubei), il ne fallut que 40 ans à Mei Nansheng pour s’imposer en chantre et pitre naturel du football chinois. Poussé par ses parents, il han-te depuis l’âge de 5 ans les vestiaires de son club. 6ème et dernier fils, il n’en fit jamais qu’à sa tête. Quantités négligeables, ses quatre soeurs, lui passaient ses lubies. Ainsi, dès l’adolescence, son monde était masculin, patriote et ludique: celui du foot. Comme d’autres vont à l’ église, Mei ne manquait pas un match, gras-double de 110kg peinturluré, le front ceint de son bandana rouge de «la Chine qui gagne» et d’un mirliton de fer fait de ses propres mains.

Avec une telle aura, il finit par être plus célèbre que son club lui-même, et dès ’98, pour son mariage (au stade, bien sûr), il attirait 30.000 supporters!

10 ans après, tout bascule.  En août aux JO, l’équipe nationale se fait éliminer sans gloire. En octobre, suite à une rixe de terrain, la star du «11» wuhanais se fait suspendre pour 8 matches et son club, ruiné, décide de boycotter la super league. Ce qui aurait été un suicide, même s’il n’a plus rien à perdre, mais l’ANF, l’autorité de tutelle l’interdit.

C’est alors que Mei, dramatiquement, se fait tonsurer, adopte la vie monastique, et la Chine se perd en conjectures. Car pour justifier son départ du monde profane, Mei prétend avoir « perdu ses deux fils» (le onze national et Guangqu, son club municipal), sans un seul regard pour Meimei, sa fille de huit ans en chair et en os, et sa femme qui depuis 10 ans, subit tout de lui. D’ailleurs, le prieur bouddhiste est très net sur la question : intégrer Mei, oui, mais uniquement après divorce…  Le choix même du monastère confirme l’esprit macho du personnage : il n’est autre que Shaolin (Henan), celui des moines-boxeurs, le fondateur mythique, 1500 ans plus tôt, de la confrérie des bandits d’honneur. Shaolin est aussi l’adepte d’un sport dont Mei s’est jusqu’alors toujours dispensé, préférant la fête des gradins à l’enfer de la cendrée.

Mais la décision de Mei Nansheng comporte une  facette, plus intime et cachée. Quand le 2/10, les dirigeants du Guangqu sont venus le supplier de s’entremettre auprès de l’ANF pour le sauver, Mei a refusé, par peur de passer pour dissident. Sa dérobade a été mal vécue des autres supporters, l’appelant désormais 缩头乌龟 suō tóu wū guī : la tortue qui planque sa tête. Ayant perdu la face, il se fait moine, moins pour retrouver la paix, que sauver son honneur.

Puis, comme toute chose publique en Chine, l’affaire tourne à la politique. Bastion anachronique, l’ANF défend son monopole, son existence, pour empêcher les clubs de prendre leur pouvoir, via une fédération élue—accessoirement, leur part des pactoles liés aux droits de retransmission des matchs.  Aussi, si à l’avenir, Mei quitte son cloître, il faudrait chercher, la trace du deus ex-machina, pour effacer, dans l’esprit des masses, la marque indélébile d’échec du ballon rond !

 

 


Rendez-vous : CEBIT Asia, salon des télécom

27-30 oct, Shanghai : CEBIT Asia, Salon des télécom et de l’électronique,

28-29 oct, Shanghai : Logistics + ICT Asia

27-31 oct. Wen Jiabao en visite en Russie et au Kazakhstan—30 oct réunion du Club de Shanghai

29-31 oct., Pékin : Global Wind Power Conférence